Eléments sur l’installation d’une dictature en Europe – Julian Assange à la Old Bailey 7 au 10 septembre 2020

Monika Karbowska

La Old Bailey à la City of London Corporation prépare le sort de Julian Assange la nuit du 6 septembre 2002

Le voyage en Europe

Ce difficile voyage en Europe du 3 au 11 septembre 2020 fut à bien des égards un exploit. Je n’aurais jamais pu imaginer, lorsqu’il y a un an je décidais de voir de plus près les tribunaux anglais ou Julian Assange devait comparaitre, que l’année d’après je parcourrai les familières routes de l’Europe dans une atmosphère d’apocalypse sanitaire, de tension politique intense et de destruction d’un mode de vie, de valeurs, de systèmes juridiques, de tout ce qui a fait notre culture. Je suis obligée de placer le procès de Julian Assange dans ce contexte de cette forme de suicide collectif de nos sociétés qu’est en réalité la « crise du coronavirus » et de lier les deux phénomènes, même si certains penseront que c’est exagéré, et que la persécution d’un homme innocent n’a rien à voir avec l’ambiance sourde de peur dans laquelle nous sommes des millions à vivre depuis 6 mois. Tant pis. Ceci est ma vision et mon analyse. Le peu de liberté d’expression qui nous reste, je l’utilise pleinement et sans masque avant qu’ils ne soient en mesure de nous bâillonner et nous enfermer pour de bon.

Je quittais la France avec soulagement le 3 septembre en ayant l’impression, pour la première fois de ma vie, que le pays ou j’ai choisi de vivre il y a 28 ans s’est transformé en hôpital psychiatrique à ciel ouvert. Le cynisme des politiques disputait la palme du prix de la violence avec une hideuse dictature policière et hygiéniste imposée à coup de décrets illégaux par des préfets autoritaires dans la plus pure tradition de Vichy. L’Occident a déjà connu beaucoup de périodes de folie – la dernière et la plus destructrice fut la folie collective du fascisme et de la guerre des années 1930 et 40, mais 1914 -18 comme suicide collectif de la culture européenne fut marquant également. On a accusé les Yougoslaves des années 1990-98 de « suicider leur Nation », mais les Occidentaux d’aujourd’hui ne peuvent plus servir de modèle de démocratie et de raison pour personne ! La date fixée pour le lancement du jugement de Julian Assange m’a frappée, le 7 septembre 2020 étant le jour du 80ème anniversaire du début du « Blitz » – l’opération « Seelöwe », l’invasion programmée de la Grande Bretagne par Hitler, remplacée in extremis par 57 jours et nuits de bombardements continus des maisons et des usines britanniques par l’aviation nazie. Cette date est aussi le symbole de la Résistance du peuple anglais au fascisme, et le début de la fin de la marche victorieuse du nazisme allemand sur l’Europe. Si les élites britanniques ont décidé de jeter un voile d’oubli sur cette date, elle ne m’a néanmoins pas échappée grâce à des auteurs comme Joshua Levine[1].

Imposition du masque obligatoire partout dans les rues, les parcs, les jardins, les champs de la banlieue, les bureaux, les ateliers, les transports, les magasins, les rares lieux culturels et sociaux encore résistants… 22H sur 24 pour de nombreux prolétaires. Port du masque muselière empêchant de respirer et de s’exprimer pour tous les enfants et les jeunes de France, chicanes et punitions pour ceux qui demandent à avoir leur mot à dire. Des enfants exclus des école pour cause de pseudo tests covid, privés d’éducation suite à de fermetures d’école complètement illégales aux regards de la Convention de l’ONU des Droits de l’Enfant sans parler de notre Constitution et autres textes fondamentaux… Interdiction policière des rassemblements et manifestations. Paris ville vide à nouveau, car personne n’a envie de se promener avec la muselière la peur au ventre de voir les flics débouler pour te coller une amende pour physique non adéquat. Les bars du bord de Seine de nouveau vides de jeunes alors même que ce sont les rares lieux ou on peut enlever pour 1 heure ou 2 notre symbole de soumission à Macron et à l’idéologie covidienne. Comment tuer économiquement, socialement et politiquement une ville, une nation, un pays. Je sentais l’ambiance lourde de menaces policières et je me réjouissais à l’idée de m’aérer ailleurs. Mais je n’avais pas encore vu l’état réel de l’Europe…

L’Allemagne décrète l’embargo sur la France

La veille de mon départ je consulte le site de l’ambassade allemande en France et j’ai la désagréable surprise de lire que notre puissant voisin a décrété la France zone pestiférée et imposé une quarantaine aux voyageurs venant de l’Ile de France, du Midi et des Antilles. Comment les Allemands comptent-ils vérifier qui vient d’où sachant que les transports collectifs (trains et bus) pour chez eux partent de Paris ? Le site du gouvernement allemand ne fournit pas de détails. Comme toujours dans l’affaire du covid le discours médiatique et la violence réelle de la police tiennent lieu de Loi, l’Etat de droit a été relégué dans nos pays au rang de souvenir des « temps anciens » par opposition au « Nouveau Monde », que la gauche espère toujours voir naitre spontanément comme enfant de la « crise du covid ».

La réponse m’est donnée le lendemain dans la lourde atmosphère de cris, d’insultes et de tension qui règne à la gare low cost de Bercy désormais dans les mains de l’entreprise monopoliste allemande Flixbus. 25 personnes attendent de pouvoir monter dans le Paris-Berlin, dans la saleté d’une gare jamais nettoyée et en étouffant sous le masque obligatoire obstruant les voies respiratoires, alors que les deux chauffeurs de bus polonais leur crient directives et menaces dans un mauvais Anglais. Nous attendons une heure debout comme un bétail docile qui ne sait pas à quelle sauce il va être mangé. Les chauffeurs nous interdisent de mettre nos sacs dans la bagagerie du bus car à cause de nouvelles « mesures » de l’Allemagne déclarant la France « zone rouge », nous devons d’abord montrer nos papier d’identité aux chauffeurs et remplir une curieuse attestation « Passenger Locator Card ». Cette feuille de papier A4 parle de « special rules » (normes spéciales) qui s’appliquent désormais aux voyageurs de France déclarée « high risk area» (zone à haut risque) par les « autorités de l’Allemagne » (qui ?). Nous devons remplir le formulaire car omettre ou cacher des informations peut être puni d’une « amende de 25 000 Euros ». Le formulaire exige de savoir d’où nous venons, nos noms et dates de naissances, notre nationalité, notre numéro de téléphone, l’adresse ou nous allons rester et les adresses ou nous voulons nous rendre les 14 jours prochains. En bas je distingue un questionnaire de « santé covid » – avez-vous de la fièvre, de la toux, perte de gout et d’odorat. La dernière question exige de savoir si on a eu le test du covid, quel a été son résultat et dans quel pays il a été fait !

Les gens sont comme sonnés par la violence de la charge, pressentant l’illégalité monstrueuse de la chose, mais ne pouvant se défendre car otage de la firme Flixbus qui peut leur refuser de voyager. Un homme néanmoins proteste qu’il a payé son billet et qu’il n’est pas question qu’il ne monte pas dans le bus. Les deux chauffeurs polonais, un homme et une femme, sont visiblement terrorisés eux-mêmes mais remplissent leur rôle de kapos en criant violemment sur l’homme, en appelant des agents de sécurité privés de la gare et en menaçant que la « Polizei » va s’occuper de lui à Berlin s’il ne remplit par le formulaire. Je suis très inquiète et excédée , d’autant plus qu’une Ukrainienne mal élevée me pousse dans le dos pour me passer devant. Mais je calme le jeu en parlant doucement en Polonais aux deux chauffeurs. Mes mots amènent un peu d’humanité dans cette folie et la femme finit par faire son job et enregistrer les voyageurs, leur bagages et les installer dans le bus. Elle finit par nous faire remplir les formulaires et nous les prend des mains (je ne remplis pas les adresses et ni la partie « avez-vous eu le covid ». Après tout j’ai acheté un billet pour la Pologne, l’Allemagne n’est qu’un transit). Nous partons soulagés. Alors que Flixbus a condamné les toilettes pour cause de « coronavirus », le chauffeur polonais finit par se comporter en vrai professionnel : il sait qu’il transporte des humains et pas une cargaison de bétail dans un wagon plombé sur 1300 km du Paris-Berlin. Une fois loin de Bercy, il ouvre la porte des toilettes pour nous permettre de les utiliser. Il s’arrête même dans la nuit sur une aire d’autoroute pour une pause interdite par son employeur. Tous les masques tombent au cours de la nuit, et je suis soulagée de voir le visage marquée mais humain de la femme chauffeur si stressée.

Violations des Droits en Europe

J’examine alors le formulaire de Flixbus et toutes les violations des lois me sautent aux yeux immédiatement. Le formulaire ne mentionne aucune institution : quelle institution a décrété en Allemagne la France « high risk zone » ? Sur quelle base légale ? Un décret ? Une Loi ? Une circulaire ? On n’a pas le droit de menacer les gens de punition ni d’amende simplement comme ça sur une feuille de papier sans aucun en tête d’institution publique et de faire porter la responsabilité des menaces aux employés de l’entreprise privée, ici Flixbus. Flixbus en tant qu’entreprise privée se rend coupable de nombreuses violations de droits en obligeant ces clients à lui fournir des informations aussi sensibles que l’état de santé de ses clients (« avez-vous eu de la toux, de la fièvre, aves vous fait le test covid et quel a été le résultat » ?), leurs adresses de résidences dans plusieurs pays, leurs numéros de téléphone. Je soupçonne que la « Polizei » qui sert d’épouvantail est un storytelling destiné à nous faire peur, comme souvent aussi bien dans l’affaire Assange que dans l’affaire du Covid. En effet, nous passons la frontière sans aucun contrôle de la police aux frontières qui elle n’a pas l’air d’avoir envie de participer des mesures arbitraires de la folie « covidienne». Elle laisse cela aux employés de Flixbus…

Nous avons deux heures de retard lorsque nous arrivons à Berlin le lendemain matin. Il ne me reste qu’une heure pour mon bus pour la Pologne. Mais alors que nous arrivons au ZOB «(Zentraler Omnibus Banhof), un événement inquiétant se produit : le bus rentre dans le parking de la gare, tourne un peu puis ressort. Les voyageurs se lèvent de leur siège inquiets : où sommes-nous donc conduits, enfermés que nous sommes dans cette boite de métal ?

Le bus contourne l’espace du ZOB et apparait alors un espèce de « camp » composé de tentes blanches derrière des barrières de sécurité gardées par des hommes en uniforme. Plus tard je verrai que le camp était estampillé « Deutsches Rotes Kreuz », Croix Rouge allemande. Le bus cale devant le camp sans cependant ouvrir la porte et les « policiers » s’approchent. Les voyageurs ont un mouvement de panique. La chauffeur polonaise a peur. Elle lâche « Polizei Polizei », crie que nous n’allons pas sortir si nous n’obéissons pas et si nous ne faisons pas le test du covid, tout en nous redistribuant les fameux formulaires. En fait de police, ce sont des agents de sécurité privée, des migrants visiblement. Je me tourne vers la chauffeur et je lui dis en Polonais que je ne vais pas en Allemagne mais en Pologne et qu’en l’occurrence forcer les gens à faire un test médical est illégal. Son collègue ouvre alors la portière et tout va très vite. Je sors la première et je cours vers l’agent de sécurité privée. Je lui crie en Allemand, mon billet à la main « Je ne vais pas en Allemagne mais en Pologne, mon bus part tout de suite ! »  Il me regarde dans les yeux et il a compris que j’ai compris : « prends tes bagages et sauves toi» me crie-t-il. Je ne demande pas mon reste, j’attrape mon sac à dos et je cours de toutes mes forces pour mettre le plus possible de distance entre moi et le bus. Je rentre dans le parking du ZOB en courant. Un homme s’approche alors de moi et me demande si je « viens de Paris ». Je prends peur qu’il ne soit un flic en civil et je crie « nein » ! A tout prix ne pas être identifiée à la France, le pays des pestiférés !

Je ne peux me reposer que quand je constate que la vie se déroule à peu près normalement dans cette grande gare de la capitale de l’Allemagne. Quasiment pas de masques, sauf dans les bus au moment de monter, une pizzeria qui fonctionne, des voyageurs qui se comportent normalement, loin de la folie dans laquelle nous vivons depuis 6 mois en France. Le bus pour la Pologne est presque vide, le chauffeur est détendu. Une co-voyageuse polonaise de 70 ans me raconte sa vie dans la ville de Politze, grande ville industrielle de la banlieue de Szczecin, haut lieu d’industrie chimique construite par la Pologne Populaire et privatisée au profit des oligarques allemands. Elle me raconte que sa famille de « l’est », les territoires ukrainiens, ont reconstruit la ville des ruines, mais aussi utilisé les maisons et objets des anciens habitants allemands chassés par les décisions alliés de Potsdam. En une heure j’ai droit à une belle réflexion humaniste sur la folie de la guerre, ceux qui en ont souffert de part et d’autre de la frontière germano-polonaise désormais sur l’Oder et sur la réconciliation entre les peuples. Elle est fière de me raconter son histoire d’ouvrière polonaise et aussi de se dire « anticléricale » en m’annonçant le mariage non religieux de sa fille, ce qui pour une Polonaise est une marque importante de convictions de gauche. La Pologne telle que cette femme me présente me remplit de bonheur et d’amour. C’est cette Pologne que j’aimerais voir revivre dans la liberté et la dignité.

Nous nous trouvons dans une phase aigüe de la lutte – la dictature qui s’abat sur la vie personnelle de chacun fait qu’il n’est plus possible de fermer les yeux sur ce visage hideux du capitalisme. Les groupes polonais sur Facebook « Stop à la dictature sanitaire » et « Commission d’enquête sur les abus de la dictature sanitaire » comptent des dizaines de milliers de Polonais qui s’éveillent brusquement à la vie citoyenne lorsqu’ils découvrent que les restes de leurs libertés personnelles sont abolis, que des gens meurent devant la porte des hôpitaux publics car les médecins refusent de les soigner « sans test covid rien n’est possible », que des enfant subissent des maltraitances et même tortures de la part des directeurs d’écoles quand ils ne supportent plus le masques 8 heures par jour. Des enfants sont aussi déjà exclus des écoles immédiatement pour non-port du masque. Les parents polonais doivent accepter que leurs enfants leurs soient enlevés et placés dans des « institutions » s’ils ont une fièvre ou un rhume… ou sont privés d’école, grave violation de la Convention des Droits de l’Enfant de l’ONU. Brusquement les citoyens, privés de droits citoyens se trouvent confronté à la nécessité de lutter pour cette citoyenneté et la révolte européenne à Berlin le 29 août dernier fut le coup d’envoi de cette insurrection.

Justement le formulaire obligatoire de Flixbus viole plusieurs droits garantis par la Charte Européenne des Droits Fondamentaux : l’article 3 qui garantit le droit à l’intégrité et notamment le « consentement libre et éclairé » de la personne « dans le cadre de la médecine et de la biologie », l’article 6 garantissant « la liberté » – (que dire d’une pratique consistant à amener des personne captives dans une boite de métal pour un test forcé que c’est une privation de liberté ? Ensuite vient l’article 45 garantissant « le droit de circuler et de séjourner librement dans l’espace de l’Union » et enfin, l’important article 8 sur la « protection des données personnelles » stipulant que la récolte des données personnels ne peut se faire que dans le cadre de la Loi et sur la base du consentement de la personne et avec garantie d’accès à ces données[2].

Flixbus n’a absolument AUCUN droit de rassembler en tant qu’entreprise privés ces données personnelles sur la santé et les lieu de circulation des citoyens voyageant dans l’UE. Mais il y a tellement de Droits Fondamentaux Humains violés depuis la privation de liberté de 400 millions d’Européens appelée « confinement » par la propagande covidienne que toutes les digues entre démocratie et dictature sautent facilement… De même ces pratiques arbitraires violent les articles 3 de la Déclaration Universelle des droits de l’Homme (droit à la liberté), l’article 13 (droit à la liberté de circulation), l’article 12 (protection de la vie privée)[3]. Même le Traité de Lisbonne que nous avons tant critiqué à gauche est allègrement violé, notamment l’article 2 assurant « la libre circulation des personnes » [4]! Le Pacte des Nations Unies relatifs aux Droits Politiques et Civils a été également violé par la politique de l’enfermement pseudo sanitaire des population (article 12 garantissant la liberté de circulation dans le cadre de son pays) tandis que les tests covid obligatoires violent l’article 7 du Pacte « En particulier, il est interdit de soumettre une personne sans son libre consentement à une expérience médicale ou scientifique ». De plus, si le Pacte permet des dérogations exceptionnelles en cas de menace « grave sur la vie de la Nation », elles ne peuvent être que limitées dans le temps et surtout ne concernent pas des articles aussi fondamentaux que l’interdiction d’expériences médicales…

Il faut aussi souligner combien la politique d’embargo à laquelle l’Allemagne soumet la France avec le pseudo argument sanitaire est aussi une violation de l’égalité entre les Etats censés être garantie par les Traités Européens… Le peuple français est présenté par la propagande des Etats puissants tels l’Allemagne comme dangereux pour la « santé » de l’Europe comme s’il était porteur de la maladie contagieuse de la révolte ! En septembre 2020 plane sur l’Europe le spectre du système de Vienne de 1815 quand les royaumes réactionnaires se sont ligués pendant 100 ans pour isoler la France coupable de Révolution ! Dans cette ambiance de folie il n’est pas étonnant que la ville de Szczecin, anciennement grand port industriel, maintenant enclavée et décrépie, m’a semblé ce 4 septembre 2020 un havre de paix. Je n’oubliais pas pourtant que les seules protestations lors de la fermeture de toute l’Europe en mars et avril ont eu lieu justement ici : dans les villes de la frontières germano-polonaises, des citoyens désespérés ont bravé la police dans des manifestations interdites car la fermeture de la frontière avait privé ces travailleurs transfrontaliers de moyens de subsistance. Priver l’humain de moyen de subsistance : encore une violation de la Déclaration Universelle des Droits de l’Hommes dont les articles 23 et 25 garantissent le droit au travail et le droit à un revenu décent !

La Fin de l’Etat de droit en Europe ?

Devant tant d’arbitraire je n’étais pas du tout assurée de pouvoir retraverser l’Europe du Nord et arriver en Angleterre pour le procès de Julian Assange alors que je quittais Szczecin accompagnée de la militante de gauche polonaise Basia W.

La route familière Pologne- Allemagne- Pays Bas- Belgique- France que je connais par cœur depuis que je suis née m’a paru brusquement jalonnée d’embuches et de dangers. Avant de partir nous remplissons le formulaire obligatoire pour rentrer en Grande Bretagne comportant nos numéros de téléphone, nos adresses de résidence et de séjour et les numéros de proches « à contacter si jamais vous avez contaminé quelqu’un avec le coronavirus », alors même que nous ne sommes pas en tant que Polonaises soumise à la quarantaine.

Si le trajet Szczecin-Berlin a été sans problème, Berlin sans touristes, restaurants vides un samedi soir du premier week-end de septembre m’a paru étrange et sinistre. Les habitants, même révoltés, même libre de masque dans la rue, même sans les annonces alarmistes dans les transports ( le slogan « contre le coronavirus ensemble restons mobilisés » du métro parisien font étrangement écho aux attentats terroristes de 1995), restent calfeutrés chez eux. Le bus Berlin- Rotterdam était donc presque vide aussi. Conduit par un chauffeur polonais effrayé comme ceux de la route Paris- Berlin, notre bus fut stoppé en rase campagne en pleine nuit par une voiture banalisée. Nous avons été sommés de sortir et alignés en rang par deux grands hommes blonds en civil et en armes comme les baqueux français. Dans cette ambiance angoissante nous ne savions même pas ou nous nous trouvions, en Allemagne ou aux Pays Bas. Les hommes, sans aucune insigne de police, (ils auraient pu très bien être des coupeurs de route ou des mafieux) interrogeaient les voyageurs sur leur lieu de destination à Rotterdam et sur les raisons de leur voyage et séjour. Arbitraire et totalement illégal, surtout qu’ils ne sont pas une Police des Frontières. Une mère de famille qui avait laissé ses trois petits enfants dans le bus est sommée de les extraire afin de les présenter aux « flics » à l’extérieur. Avant mon tour je demande au chauffeur polonais comment il a su que ceux qui lui ordonnent de s’arrêter en pleine nuit sont bien des policiers, car « ça fait peur de les voir comme ça vous arrêter sur la route». Le chauffeur désigna le panneau lumineux qui s’allumait à l’arrière de la voiture « police follow me », qui me parut bien léger comme signe de reconnaissance. Il ajoute : « Et encore, vous n’avez pas vu ce qu’ils sont capables de faire ! Lors de mon trajet précédent ils nous ont alignés avec les bagages comme pour nous fusiller » ! Le mot est prononcé, l’inquiétude monte. Ayant peut-être entendu cet échange, le baqueux hollandais entrouvre sa veste et apparait alors un un logo censé représenter son corps de police, mais toujours sans aucun numéro d’identification. Lorsque vint mon tour, l’homme vérifie ma carte d’identité polonaise, me demande ou j’habite et ou je vais et ce que je vais faire à Rotterdam. Rien, je vais à Londres chercher du travail, comme tant de migrants polonais. Et combien de temps allez-vous rester en Grande Bretagne ? Réponse de migrant : tant que durera le travail. Avec un tel interrogatoire, la liberté de circulation a bien cessé d’exister en Europe.

Dimanche matin la gare de Rotterdam, si proche du grand port qu’on entend les mouettes crier, a des allures de monstre de verre capitaliste. Elle ressemble au hideux quartier de Bruxelles ou sont concentrés les institutions de l’Union Européenne. Nous sommes pourtant heureuses de découvrir un café sans masques et sans folie hygiéniste: si la police néerlandaise protège son pays des intrus, c’est bien parce que les élites très mondialistes de ce pays ont la faculté de protéger leurs propres citoyens de la folie régnante ailleurs. Les gens vivent donc normalement aux Pays Bas et dans le Flixbus qui arrive deux heures plus tard pour nous emmener à Londres en passant par Lille et Calais l’atmosphère pesante et violente propre à la France et un peu à l’Allemagne s’est estompée. Seuls quelques jeunes font figure d’acharnés du masque mais il faut dire que justement, étant en pleine santé, ils ne se rendent pas encore compte à quelle contrainte ils soumettent leurs poumons en respirant sous le tissu de fibre synthétiques.

A Lille de nombreux voyageurs français montent dans le bus et nous voilà partis vers la dernière étape du trajet qui me semble la plus difficile : le passage à Calais devant la police britannique et française avant le tunnel de l’Eurostar. Depuis mes 14 voyages pour le procès de Julian Assange je connais les lieux, pourtant tout me parait bizarre depuis que l’hystérie autoritaire de la « coronaguerre ». Les policiers français heureusement ne font pas de zèle. Alors qu’ils sont jeunes, ils sont fatigués sous leur masques 8 heures par jour derrière leur guérite en verre et enlèvent leur accoutrement dès qu’une occasion se présente. Nous enlevons le nôtre pour leur présenter nos visages. Nous sommes comme les femmes saoudiennes qui gardent l’abaya noire en permanence mais doivent bien soulever un pan du « secret » pour montrer leur visage aux contrôle frontalier. Nous sommes fatigués de trainer nos bagages afin de le faire passer dans le scanner de contrôle. Puis nous remontons dans le bus et redescendons pour le contrôle anglais. Surprise. Le passage que j’ai tant redouté se déroule sans encombre : les policiers britanniques ne contrôlent pas du tout les fameuses attestations ! Même les voyageurs français en théorie soumis à la quarantaine ne sont pas inquiétés ! La fameuse quarantaine s’avère donc être un storytelling de plus ! La police britannique dit à ma collègue polonaise quelque chose sur la quarantaine qu’elle ne comprend pas bien mais le papier qu’elle lui remet renvoie au site internet https://visas-immigration.service.gov.uk/public-health-passenger-locator-form comportant le formulaire que nous avons déjà rempli. Nous sommes donc en règle vis-à-vis de l’administration britannique. La suite du voyage se déroule sans problèmes, nous traversons le channel, roulons sur l’autoroute du Kent dans l’après midi et arrivons à Victoria Coach Station dans la soirée du dimanche 6 septembre.

La City of London Corporation n’est ni la ville de Londres ni la Grande Bretagne

Dans la soirée nous nous installons dans l’appartement loué dans le centre de Londres, non loin de la Old Bailey, le tribunal ou doit avoir lieu le procès et nous décidons de voir de quoi ont l’air les lieux. Il est plus de 21 heures lorsque nous nous faisons le tour de la Old Bailey : un énorme complexe de plusieurs bâtiments entourés de non moins imposants immeubles de bureaux de banques et autres entreprises sous lesquels se trouvent de profonds souterrains visibles aux immenses portes d’entrées de camion. La Old Bailey est ainsi composée d’un bâtiment du 19 siècle que jouxte un bunker austère des années 60. Il y donc déjà en façade deux porte d’entrées – celle du tribunal Central Criminal Court a l’air de recevoir des visiteurs car des barrières en délimitent l’entrée et une vitrine affiche les audiences de la journée du vendredi 4 septembre. Une porte cochère fermée barre la porte cochère du « Warwick passage », un passage qui mène à l’arrière de la Old Bailey.

Nous faisons le tour du pâté de maison, photographions une église du 17 siècle et la « Amen Court », un petit quartier de maison du 17 siècle qui ont survécu à l’arrière de la Cour aux bombardements nazis qui avaient sérieusement endommagé ce quartier central. Nous nous retrouvons aussi à l’arrière du complexe, à la sortie du « Passage Warwick » – le complexe de la Old Bailey se présente comme un immense complexe aux larges et hautes fenêtres, certaines peuvent être des appartements et non des bureaux. En effet, chose surprenante, cette nuit du dimanche il y a de la lumière dans les pièces du tribunal. Les deux derniers étages, 4 et 5ème, sont même illuminés d’une étrange lumière bleutée. Derrière le bâtiment se trouve un petit square avec un banc, un parking ainsi que l’entrée principale des salariés du tribunal. En sortant du parking nous pouvons refaire le tour du complexe sur notre gauche et revenir vers la « Old Bailey » historique du 19 siècle avec sa haute tour et sa statue de la Justice au sommet. Nous longeons alors la « Maison de la guilde des Couteliers » du 17 siècle avec ses inscriptions en Français qui fait partie du complexe et un bâtiment moderne dans lequel se trouvaient encore en juillet les bureaux de Axa. Partout, à tous les coins du complexe, pas moins de 4 grandes portes cochères donnant sur des souterrains. Par laquelle Julian Assange sera-t-il amené au procès ? Nous ne pouvons pas le savoir et les avocats n’ont évidemment donné aucune indication. Nous photographions donc les lieux pour mieux nous préparer.

Au-dessus de toutes les portes se trouve le blason de la « City of London Corporation » – les deux lions ailés portant un casque au-dessus de la croix de Saint Georges rouge sur fond blanc. En effet, la City of London Corporation n’est pas la Ville Londres, c’est l’enclave historique des banquiers et marchands, leur fief plus ancien que l’Angleterre et plus ancien que le Royaume Uni. Julian Assange ne comparait pas ici devant un tribunal dépendant du ministère de la Justice britannique mais il est amené dans un lieu, un bâtiment appartenant à la City de Londres, la fameuse place forte des banquiers. Car même si la Central Criminal Court est effectivement un tribunal britannique qui siège dans ce lieu, Julian Assange ne va pas être jugé par les juges officiels de la Central Criminal Court. En réalité, dans la salle louée de la Old Bailey, nous ne sommes plus en territoire britannique. Nous sommes dans la City.

En effet, la Cour Criminel Old Bailey appartient à et dépend de la City of London Corporation. La City of London Corporation est le cœur historique de Londres depuis sa fondation par les Romains puis sous le règne des Anglo Saxons. Elle est une association privée de commerçant et de banquiers. Guillaume le Conquérant donne une série de privilèges à cette association appelée Cité de Londres, dont celui de pouvoir s’autoadministrer par Conseil des Sages « Le Court of Aldermen ». Son successeur choisit de construire sa capitale dans la commune de Westminster qui devient ainsi la nouvelle capitale, aujourd’hui la ville de Londres. La Cité de Londres, qui est une association d’affaires administrant un territoire, gagne en 1186 le privilège de choisir son maire le Lord Mayor of London.

Aujourd’hui le Lord Major of London est l’un des office électif les plus ancien au monde. Il représente les intérêts du secteur bancaire établi dans le territoire de la Cité de Londres et des quelques résidents. Il est de ce fait automatiquement Recteur de l’Université de Londres et Amiral du port de Londres ce qui lui donne un grand pouvoir indépendant du gouvernement de la Grande Bretagne. La Corporation est le pouvoir suprême de la City incluant les plus riches de la Cité (Court Aldermen) et le Mayor lui-même. Malgré le fait qu’il est censé faire allégeance au Couronne de Grande Bretagne, la cérémonie annuelle de Tempel Bar ou le Roi ou Reine doit attendre que le Mayor lui donne le droit d’entrer dans la Cité montre l’étendue de son pouvoir et prouve que la suzeraineté de la Reine d’Angleterre est purement symbolique. Le Gouvernement de Grande Bretagne ainsi que le Parlement du pays n’ont aucun pouvoir ni réel ni symbolique sur le territoire de la City of London Corporation.

La Cour Old Bailey est administrée par deux sheriff représentant les guildes bancaires de la Cité. Le Major of the City of London est à la tête de l’administration de la Cour et il a la prérogative d’y siéger de droit également. L’administrateur de la Mansion House, le siège du Mayor of City of London, est aussi le responsable de la Central Criminal Court. Depuis 2017 le directeur exécutif de la Mansion House et de la Central Criminal Court est le financier Vic Annells. Le Mayor of City of London est actuellement William Russel, un banquier de la banque américaine Meryll Linch.

Les deux sheriffs élus en 2019 par leur pairs sont aussi des banquiers. Michael Mainelli a été manager pour les fonds d’investissement anglo-américain de la City, pour des agences du ministère de la Défense et pour la Deutsche Morgan Grefell. Christopher Hayward est le sheriff lié aux intérêts de la Chine en tant que chef du CA de la Sichuan Business Association. Les deux sheriffs administrent la Criminal Court Old Bailey dont La City of London est propriétaire et doivent même y habiter le temps de leur mandat[5].

Je connaissais ces informations avant de voir les lieux, mais je ne fus pas étonnée de lire sur le panneau d’affichage à l’entrée de la partie « bunker » de la Old Bailey que ce lieu a été producteur de la fameuse « Loi maritime » britannique – le droit établi dans ce tribunal gérait tous les bateaux de la marine anglaise et britannique pendant sa conquête du monde du Moyen Age jusqu’à aujourd’hui ainsi que les territoires des colonies britanniques. Le droit maritime dépendant de la Old Bailey s’étendait aussi aux territoires établis et gérés par la Virginia Company of London [6], autrement dit aux 13 Etats fondateurs des Etats Unis. La Constitution des Etats unis d’Amériques et leur Déclaration d’Indépendance du 4 juillet 1776 ne définissant pas le territoire des Etats Unis, ni leur langues, ni leur coutumes, bref, tout ce qui fait une Nation… certains penseurs anglo-saxons estiment que les Etats Unis restent de iure (et de facto ?) une colonie de la City of London Corporation et ne sont donc pas un véritable Etat. Certes indépendant du « roi anglais » comme le proclame leur Déclaration mais toujours dépendants des banquiers de la City of London Corporation ?

Julian Assange avait bravé les deux, le pouvoir royal de la Reine d’Angleterre et celui des Etats Unis d’Amérique (anciennes ?) colonies de la City of London.

L’accueil musclé de la City of London Corporation

Notre ballade effectuée, nous entrons dans une épicerie pakistanaise pour acheter de quoi dîner. C’est alors que se produit l’attaque policière la plus lourde et musclée de tout notre séjour. Deux policiers en uniformes entrent dans la boutique alors que nous nous approchons de la caisse. Je suis étonnée, ils ne sont pas là pour un vol, nous allons justement payer nos achats. Que se passe- t-il ? Un des policier somme ma collègue française d’abandonner ses emplettes et de sortir. Nous ne comprenons pas ce qui se passe mais nous obtempérons, tellement on est habitués par réflexe à obéir à la police même lorsque ce qu’elle est fait illégal. Je pense que c’est une erreur, surtout que l’homme, grand, blanc, jeune, musclé et roux, vêtu de noir, porteur d’une arme (taser ?) et de divers attirails, nous dit de sortir « pour information ». Mais voilà qu’une fois sorties devant la boutique, nous sommes toutes les trois encerclées par pas moins de 6 policiers, trois hommes et trois femmes, qui obéissent eux aux ordres d’un petit homme roux vêtu en civil, muni d’une oreillette et d’un talkie et qui se tient à côté d’une voiture que nous n’avions même pas remarquée. Nous sommes assez choquées, surtout qu’ils exigent de nous séparer et de parler à chaque flic séparément. Nous sommes étrangères, ma collègue polonaise vient à peine de poser le pied en Angleterre la première fois, je m’inquiète pour elle. La situation est très tendue et choquante.

Que nous reprochent ils ? D’avoir pris des photos de la Old Bailey au cours de notre promenade ! Je réponds qu’il n’est pas interdit de faire des photos de la Cour, il n’y a aucun panneau et d’ailleurs j’avais déjà fait des photos de tout le bâtiment en juillet dernier sans aucun problème. Je savais bien qu’il y avait des caméras partout, mais comme ce n’est pas interdit, je ne pensais pas que les agents de sécurité privée qui surveillent les banques allaient illico appeler la police en voyant trois femmes déambuler devant la Old Bailey et lire le panneau d’affichage devant la porte ! Ce ne sont d’ailleurs pas des policiers de Londres. C’est la police de la City of London Corporation. Ils portent une casquette à damier blanc et rouge et le logo de la City s’affiche sur leurs uniformes. Cela dit, ils sont jeunes et leurs habillement a bizarrement l’air flambant neuf. Dans l’émotion nous ne le remarquons pas tout de suite, mais les trois jeunes femmes qui nous prennent à part, deux blanches et une métisse ont des coiffures très étudiées comme si elles sortaient d’un studio de coiffure pour tournage de film. Celle qui me fouille arbore des petites tresses très compliquées à faire soi-même et à entretenir – dans les métiers de la sécurité, les femmes sont les plus souvent coiffées d’une queue de cheval facile et rapide à faire.

Ils exigent de voir nos pièces d’identité, nous sommes deux à ne pas les avoir sur nous, après tout nous sommes juste sorties faire un tour dans le quartier. Ils nous disent que la carte bancaire suffit et recopient nos noms à partir de ces documents. Puis ils exigent de voir nos photos. Nous devons ouvrir les deux appareils que ma collègue polonaise avait utilisés. « Qu’est-ce que c’est que ça » ? -me demande un des hommes en désignant la seule photo de mon appareil, deux fenêtres éclairées de la Old Bailey mais pouvant provenir de n’importe quel bâtiment. Je réponds simplement « je ne sais pas, un bâtiment avec des fenêtres allumées ». Un autre questionne ma collègue française sur la photo de l’Eglise Guilde Church of St Martin du 17 siècle de la rue Lutgate Hill. Sa réponse est « c’est une église. Des Polonaises s’intéressent forcément aux églises » ! Cela commence à faire très bizarre d’être interrogées comme ça. Les flics ont bien cité rapidement quelque chose qui ressemble à un article de loi mais ils l’ont fait tellement vite qu’on n’a rien compris. On se met à leur parler. On est des touristes étrangères qui viennent juste d’arriver à Londres. On a à peine mis le pied dans l’appartement de location et fait notre première ballade dans le centre de Londres. On a fait des photos d’un bâtiment certes officiel, mais historique qu’il n’est pas interdit de photographier.  Alors ?

Alors les étranges policiers de la City of London nous disent que ce qui compte est « l’intention ! Et l’intention est de commettre un acte terroriste » ! En effet, sous le « Terrorisme Act» il est interdit de photographier un bâtiment ou aura lieu le lendemain « a very sensitive trial » (procès très sensible) ! Nous y sommes… les flics de la City of London Corporation font la chasse aux soutiens de Julian Assange qui viendraient près de la Cour ! Cela commence à m’énerver et m’angoisser. Je ne vais pas recommencer avec la répression illégale comme celle que j’ai subie en Grèce de 2009 à 2013. Il faut qu’on sorte de cette situation ! Nous expliquons qu’on n’a fait que des photos touristiques de bâtiments historiques. C’est la nuit, nous sommes trois femmes étrangères entourées de 6 flics bizarres qui ne se comportent pas en vrais professionnels mais en milice privé – oui la police de la City of London n’est pas une police d’Etat puisque la City of London Corporation n’est pas un Etat ni même une ville mais un curieux territoire hybride appartenant à des entreprises privés auxquelles la Reine d’Angleterre confère le privilège d’avoir leur propre police. Nous ne sommes plus en Grande Bretagne, nous sommes dans un territoire géré par une association privée, d’aucun dirait une mafia. Quid de nos droits, alors que ce territoire n’a pas signé de convention bilatérales avec nos pays ? Nos consuls peuvent-ils nous aider ?

Lorsque le jeune interrogateur me pose la question pourquoi je photographie ces bâtiments modernes, je lui fais un cours d’histoire sur l’anniversaire du Blitz et les souffrances que la population de Londres a enduré sous les bombardements nazis. Je suis sensible en tant que Polonaise dont le pays a été entièrement détruit par les nazis à cette terrible histoire de la destruction du cœur historique de Londres et de sa reconstruction après la guerre. Je voulais montrer à ma jeune amie polonaise le contraste entre les restes de l’architecture du 17 siècle et les bâtiments reconstruits dans les années 50 et 60. L’homme parait un peu impressionné par mon laïus et me fait un discours similaire sur sa famille pendant le Blitz. En fait, je ne l’écoute pas, je stresse à l’idée de ce qui peut se passer maintenant. En effet, ce n’est pas fini.

Ils cherchent quelque chose et se dévoilent vite. Chacune de nous est séparément sommée de dire si elle connait Julian Assange et ce qu’elle pense de Julian Assange. Et si elle vient pour le procès. Pas question. Nous répondons toutes la même chose, nous sommes venus en tant que Polonaises chercher du travail et comme on est dans le centre-ville on fait un tour touristique. La fliquette qui m’interroge est goguenarde. Elle me demande ou on habite, je donne la rue. L’appartement évidemment trop cher pour des migrantes. Je lui réponds « c’est une opportunité », rajoutant qu’à mon âge j’ai plus d’argent que ma jeune collègue. Elle me pose des questions sur le boulot que je vais faire, et quand je vais rentrer. Elle insiste sur Julian Assange, je vois bien qu’elle ne me croit pas, j’ai la tentation de dire la vérité, après tout nous ne faisons rien de mal. Nous ne violons aucune Loi en tant qu’association des Droits de l’Homme. C’est eux qui violent les Lois en maintenant un homme en otage captif depuis des années et en le faisant juger par un pseudo-tribunal d’entreprises privées.

Au final toutes les trois nous finissons par dire « puisque vous nous dites que ce procès est sensible et qu’il est si important et qu’il n’est pas interdit d’y assister, alors oui, nous avons envie d’y aller » !

Ce n’est pas fini. L’intimidation continue. Alors que les jeunes flics semblaient avoir fini leur exercice de contrôle sur nous, le chef en civil qui se tient plus loin leur donne un ordre de continuer. Voilà que la fliquette aux nattes bien arrangées se saisit de mon sac et commence à me sortir une tirade sur les articles de loi anti terroristes selon lesquelles elle va me fouiller. Elle ne se présente pas et n’a pas de numéro d’identification sur elle, contrairement à ce que la Loi selon laquelle elle prétend agir exige (comme le montre leur propre attestation ci-contre). Une fouille au corps ici dans la rue me semble bizarre et inappropriée. Je saisis mon téléphone et je commence à composer le numéro du consulat polonais. Je lui dis « puisque vous m’accusez de terrorisme, cela commence à être sérieux. Je ne comprends pas ce que vous dites. J’ai droit à l’assistance d’un interprète et d’un avocat. Je téléphone donc à mon consul pour que le consulat polonais nous prête assistance ». La jeune femme bafouille et fait marche arrière : « non, vous n’êtes pas accusé de terrorisme, mais en vertu de la Loi terrorisme Act nous pouvons contrôler votre sac et vous fouiller dans la rue » ! Je réfléchis. Après tout nous n’avons vraiment rien dans nos sacs. Je décide de me laisser faire. La femme met des gants et procède à une palpation de sécurité malhabile et pas très professionnelle. La femme qui fouille ma collègue française fait tellement mal son travail que sa palpation s’apparente à une agression sexuelle. Je suis inquiète pour mon amie polonaise qui a subi en 24 heures 2 contrôles musclés de flics à peine arrivée dans le pays depuis 2 heures ! La rousse aux tresses ouvre mon sac et en sort tous les objets. Elle regarde mon agenda à la date du 5 et du 6 septembre, inspecte le roman érotique en Français j’ai avec moi comme porte-bonheur (« c’est quoi » ? « un roman érotique »). S’ils s’attendaient à des affiches ou tracts pour Assange, ils sont déçus, il n’y a strictement rien dans mon sac et heureusement. Cela dit des policiers professionnels cherchent des armes ou de la drogue, et ne passent pas leur service à inspecter des agendas personnels et des livres comme s’ils étaient déjà devenus une police politique de la pensée.

Finalement, la fliquette rousse remet mes objets dans mon sac, mais un des hommes, un de ceux qui décident, sort et exhibe mon Gilet Jaune toujours dans la poche de mon sac. « Qu’est-ce que c’est » ? Il est ironique. Il cherche à me faire avouer que je fais partie du mouvement des Gilets Jaunes. En Occident la police politique a commencé. Je lui dis tranquillement « un gilet jaune pour le vélo ». Je me tiens prête à appeler le consulat si jamais cela dégénèrerait.

Enfin, c’est fini, les élèves flics n’ont rien trouvé. Elles nous demandent si on veut des attestations de la fouille. Oh que si ! Pour avoir la preuve que vous n’avez rien trouvé ! Pendant que les fliquettes s’appliquent à remplir un formulaire des plus succincts qui ne raconte aucunement la brutalité psychologique de leur intervention sur nous, l’homme en civil décideur fait mine de parler de fouiller notre domicile. Là je m’énerve et je lui dis « Non. Pour cela vous devez présenter un ordre écrit». Il n’insiste pas. Visiblement, tout cela est bluff et storytelling destiné à nous impressionner. Il n’a aucun document nous incriminant pour aucun délit. Photographier la Old Bailey n’est pas interdit et si cela l’était cela doit être visible par écrit. Photographier un bâtiment n’est pas synonyme de préparation d’attentat terroriste. Elles vont loin cependant, dans l’intimidation, les polices privées de Lord Mayor de la City of London.

La policière métisse qui inspecte notre collègue française finit par lui dire, alors qu’il nous démange de leur poser la question cruciale « mais qui êtes-vous » ? « Nous ne sommes pas la police britannique mais celle de la City of London. La City of London, c’est quelque chose de particulier. Vous voyez le Vatican ? Nous sommes comme le Vatican. Indépendant de le Grande Bretagne ». Je pose aussi la question qui cible le pouvoir à mon inspectrice rousse. Elle confirme : la milice de la City of London Corporation est indépendante du gouvernement britannique. Nous sommes en territoire hostile, mais un territoire qui n’est pas un sujet du droit international, pas un Etat, mais une entreprise privée.

Ils nous relâchent. Nous sommes sonnés et rentrons à l’appartement. Le papier que ces « policiers » nous envoient ne mentionnent pas quel est le résultat de leur fouille dans nos sacs et sur nos corps. Il est dit uniquement « des femmes ont photographié la Old Bailey la veille d’un procès sensible ». Dès le lendemain matin la Old Bailey sera photographiée des dizaines de milliers de fois et aucun des supporters de Julian Assange ne sera inquiété.

C’est cette nuit qu’il ne fallait pas qu’on voit ce qui se passe à la Old Bailey. Que se passait-il donc de si particulier cette nuit de veille du procès ?

Le papier de la police que nous récupérons dans notre boite mail ne donne aucun résultat de leur fouille, ce qui est inquiétant. Par contre il stipule que bien que la police n’a le droit de procéder aux fouilles que si elle « des raisons de suspecter que tu a volé quelque chose ou que tu portes des armes offensives, des drogues ou quelques choses qui peut être utilisé pour un vol, un cambriolage ou pour commettre un dommage criminel ». Visiblement l’objet que les milices de la City considèrent comme une arme possible est un appareil photo ! Bel exemple de mise en place d’une dictature que de pénaliser des preneurs d’images la veille d’un procès pour journalisme ! La dictature de milices privées en marche en Europe, il n’y a pas de doute !


[1] Joshua Levine « The secret story of the Blitz », Simon and Shuster, 2015, London

[2] https://www.europarl.europa.eu/charter/pdf/text_fr.pdf

[3] http://www.textes.justice.gouv.fr/textes-fondamentaux-10086/droits-de-lhomme-et-libertes-fondamentales-10087/declaration-universelle-des-droits-de-lhomme-de-1948-11038.html

[4] https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=celex:12007L/TXT

[5] https://en.wikipedia.org/wiki/Michael_Mainelli

https://www.cityoflondon.gov.uk/about-us/about-the-city-of-london-corporation/lord-mayor/lord-mayor-biography

https://news.cityoflondon.gov.uk/city-of-london-corporation-appoints-new-executive-director-of-mansion-house–central-criminal-court/

https://en.wikipedia.org/wiki/Lord_Mayor_of_London

[6] https://www.encyclopediavirginia.org/virginia_company_of_london

https://www.britannica.com/topic/Virginia-Company

Formulaire illégal de Flixbus recueillant des données de santé des voyageurs francais – violation de l’article 3 et 8 de la Charte Européenne des Droits Fondamentaux

Attestation de fouille anti terroriste de la milice de la City of London Corporation

https://fr.wikipedia.org/wiki/Virginia_Company

Lundi 7 septembre 2020 – premier jour à la Old Bailey

Nous sommes stressés par l’incident policier et je ne peux pas me lever au plus tôt. Nous n’arrivons à la Old Bailey qu’un peu après 6 heures du matin. 4 personnes sont déjà debout avec deux pancartes devant le rideau tiré du Passage Warwick. On ne sait pas si c’est bien ici que public va entrer mais nous n’avons pas le choix que de nous placer à leur suite. On les salue et on reste polies mais la tension montera vite et restera vive toute la journée. Jamie, Sandra, le journaliste allemand Moritz Müller et deux autres hommes jouent le rôle de « chauffe place » – ils font la queue pour d’autres et cèderont leur place à la dernière minute. Ce ne sont évidemment pas des règles équitables du premier arrivé premier servi, j’estime qu’il n’y a pas de personne plus importante que d’autres et personne ne doit servir de larbin à quelqu’un, mais ce n’est pas le problème le plus aigüe. Le plus dur est que même si nous restons calmes, les « supporters » se sentent autorisés à resquiller et nous passer devant, de sorte qu’au bout de 3 longues heures d’attente alors qu’un agent de sécurité ouvre la grille et que nous pouvons rentrer dans l’étroit boyau du passage, nous nous retrouverons dixièmes dans la file alors que nous étions cinquièmes le matin.

Une femme au chapeau de paille, un homme viennent se mettre devant nous et nous poussent des coudes pour nous faire partir. Puis ils et elles nous agressent de diverses manières, d’abord en criant que nous les agressons (la fameuse inversion du bourreau qui crie être victime…), en jouant les kapo du « social distancing » ou en nous interpellant méchamment sur la quarantaine que les Français sont obligés de faire. Je réponds qu’ils n’ont qu’à faire 3 pas en arrière pour avoir leur « social distancing », tout en mettant le masque muselière qui ici devient un accessoire utile de démonstration de notre bonne volonté à respecter les codes sociaux. Je dis aussi que je suis Polonaise donc exemptée de quarantaine mais l’ambiance est irrespirable car la violence des « supporters » augmente au fur et à mesure que l’heure avance.

Dès 8h30 alors que la police de la City of London est sur place et que la manifestation en faveur de Julian Assange grossit devant l’entrée principale, nous savons déjà qu’il n’y a que DEUX places dans la galerie du public ! Les prétextes sont fallacieux et le covid joue un rôle de choix dans l’annulation de la publicité du procès, encore une violation des droits que nous subissons partout sur tout notre continent européen. Nous tous, avec Julian Assange.

Mais je persévère, d’autant plus qu’une des policière, une dame d’une soixantaine d’année, grande blonde masquée, vêtue de l’uniforme au damier blanc et rouge de la City of London Corporation qui semble diriger les opérations s’approche de nous vers 8h00 et nous permet de rester faire la queue pour demander à la Cour si notre association de défense des droits de l’homme pourrait recevoir une accréditation pour le lendemain. Elle est affable et n’a rien à voir avec les gens bizarres que nous avions subis la veille. Les « vrais » policiers ne semblent pas du tout être les mêmes, aucun de ceux d’hier ne sont présents. Les uniformes nickels et les coiffures apprêtées des femmes de la fameuse patrouille de nuit nous semblent de plus en plus ressembler à du décor de cinéma. La voiture des policiers de la City of London est noire alors que celle des policiers britanniques sont bleues et jaunes. Quelques policiers de la Grande Bretagne seront présents mardi et mercredi mais tout comme devant la Westminster ils resteront courtois et discrets.

A 9h30 la tension est à son comble. La manifestation organisée bat son plein devant le bâtiment historique. Certains aspects font penser à un spectacle ridicule et décalé : un homme se promène jambes nues vêtu d’une jupe au couleurs de l’Irlande, une femme porte un costume de kangourou censé représenté le « kangurou court »  le procès « kangourou ». Une autre distribue des tracts pour « l’avènement de Jésus » tandis que des acteurs grimés déambulent avec un simulacre de croix. Je ne pense pas que cette mise en scène mette en valeur l’engagement politique de Julian Assange. J’aurais préféré voir des vrais militants politiques, des syndicalistes, des membres du Parti communiste, du Labour de gauche, des associations de droits de l’homme anglaises… Mais ces représentants de la vraie société civile anglaise ne veulent pas toucher à l’affaire Assange comme si la complexité de la question les déroutait. Il est vrai qu’ils auraient alors besoin de nettoyer en profondeur leur société, les contradictions de leur système politique féodal (la City of London en tant que fief féodal du suzerain de la Couronne d’Angleterre) et ils semblent reculer devant cette tâche herculéenne.

En tant qu’étranger luttant pour la liberté d’un homme otage nous n’avons pas ces hésitations et nous devons aller de l’avant parce que notre liberté est liée à la sienne.

A 10h un agent de sécurité privé, assez âgé, ouvre la porte de la galerie du public dans le Passage Warwick. Il fait entrer les familles des quelques autres « cas » – Maurice Robinson et Christopher Kennedy, deux jeunes routiers anglais accusés d’avoir assassiné 14 migrants vietnamiens en les laissant mourir dans leur camion frigorifique en novembre 2019 ainsi que la famille d’un homme ayant tué sa femme. Les quelques 10 personnes montent les escaliers alors que nous restons devant la porte.

La confusion s’installe alors et la pression physique des personnes « chauffe place » augmente sur nous. Nous sommes accusés de tous les maux dont se rendent en réalité coupable ces gens qui sont censés être nos alliés dans la défense de Julian Assange. On dirait un scénario bien huilé pour nous empêcher d’entrer en nous faisant perdre notre sang froid. Comme je connais le scénario depuis un an et 14 audiences, je ne me démonte pas.

Les lieux et les protagonistes du « jeu »

Puis brusquement la situation se débloque : un agent de sécurité jeune vient prêter main forte au plus âgé. La porte d’entrée vers la « public gallery » s’ouvre. Les agents annoncent « la famille » de Julian Assange qui a priorité. Avec je vois arriver John Shipton et puis avec surprise le trio de février et composé du frère de John Shipton, de la femme de celui-ci et du fils du frère. Je ne les ai évidemment vu à aucune audience intermédiaire à la Westminster Court. Stella Moris est également absente, elle ne sera JAMAIS présente dans les lieux avec la famille. Par contre Craig Murray leur emboite le pas. Je suis fatiguée de cette opacité – qui décide de qui est la famille ? – mais je ne peux rien faire. Pire, une fois que les cinq de la Woolwich Court rentrent dans l’étroit escalier menant aux étages, des conciliabules entre Deepa River et les agents de sécurité commencent car les militants « chauffe-place » ont dégagé la place. Ces négociations opaques ont comme résultat l’entrée de Kristinn Hrafnsson, de Fidel Narvaez et de John Pilger dans l’escalier. Pilger n’a évidemment jamais fait la queue, contrairement à Fidel Narvaez que j’ai vu depuis le matin mais qui a pu circuler librement sans être acculé à tenir la porte comme nous pour ne pas être viré. Je suis alors en colère, surtout quand je pense aux immenses efforts que nous avons dû faire pour arriver là…. Mais je reste stoïque, essayant cependant de discuter avec l’agent de sécurité d’une « accréditation pour association de défense des droits de l’homme ». L’homme me regarde et dit qu’il n’y a pas de place dans la salle 10 « à cause du coronavirus » mais à son attitude je comprends qu’il faut persévérer.

Nous sommes maintenant les deux Polonaises devant la porte. Entre l’entrée principale dans la rue et notre porte s’active G., la mystérieuse militante que j’ai toujours vue, toutes les fois à toutes les audiences depuis 1 an. G. a d’abord été hostile vis-à-vis de moi, puis amicale lorsque nous avons fait cause commune contre les listes de Greekemmy. Elle a assisté aux 4 jours à la Woolwich Court et je l’ai revue en juillet et août dernier à la Westminster. G. parle un Anglais d’Oxford de très haut niveau et on ne sait rien d’elle ni comment elle fait pour toujours entrer. J’ai été peinée ce matin lorsqu’elle m’a attaqué vertement dans la queue en resquillant alors même qu’elle était arrivée après moi et au final je la vois me passer devant. Elle a l’air d’avoir un certain pouvoir car elle négocie avec les agents de sécurité et des responsables de la Cour l’entrée de deux autres protagonistes du jeu que je connais depuis la Woolwich, Rebecca Vincent de Reporter Sans Frontières UK et Christian Mihr de Reporters Sans Frontières Allemagne. Je ne peux cependant comprendre la teneur des échanges car je ne peux quitter mon poste dans le sombre boyau du passage Warwick pour aller vers l’entrée principale dans la rue.

Lorsqu’elle me pousse pour se retrouver devant moi face à la porte, je réagis. D’un ton gentil, presque suppliant je lui dis : « Pourquoi tu me fais cela. J’ai toujours été loyale avec Toi ». Elle continue dans la veine agressive, m’accusant de la pousser et me parlant du fameux « social distancing ». C’est une pose. Alors, je lui dis simplement : « Qui es-tu ? Comment se fait-il que tu entres toujours ? Tu as dit être chercheuse, mais je n’ai jamais rien lu de ce que tu as écrit ». Alors, la femme réprime un sourire. « Tu ne sais pas sous quel nom j’écris ». Non, effectivement elle n’a jamais voulu dire son nom. Puis son visage devient sévère, déterminé, mais également effrayé : « Je fais cela pour mon pays » dit -elle. « Tu n’as pas remarqué qu’il n’y a aucun Britannique dans cette affaire » ?

Si j’ai remarqué. Que des Australiens et des Allemands. Et ici c’est le lieu international de la Cité des Banquiers mondiaux par excellence. Je bafouille, surprise, je parle du frère de Shipton, ne vit-il pas ici ? J’en oublie que Craig Murray est censé avoir été diplomate de Sa Majesté. Mais pour elle, il ne représente ici pas son pays.

Porte cochère de livraison qui donne sur de vastes sous sols pourvus en cellule, une cantine…

Tout va alors très vite. La porte s’ouvre. Kristinn Hrafnsson apparait suivi de John Pilger. Les deux hommes quittent les lieux après une heure seulement. L’agent de sécurité annonce qu’il peut nous faire entrer. Georgia la première, puis moi, puis les deux de RSF. Je donne mon téléphone portable à ma coéquipière polonaise et je devrais aussi jeter ma bouteille d’eau et mes biscuits, toute alimentation étant interdite. Le passage vers la galerie du public est un étroit boyau tout en bois sombre et au linoléum fatigué qui me rappelle l’architecture stalinienne du tribunal de Varsovie dans les années 90-93. Dans un minuscule entresol se trouve le PC de l’agent, ainsi qu’une caisse en métal – un détecteur de métaux modèle des années 80. Une fois que nos sacs passent dans la caisse et que l’agent n’a rien trouvé d’interdit, nous traversons un portique de sécurité. Il est assez sensible car mes chaussures sonnent chaque fois. Dès que je suis libérée de la fouille, je me mets à courir pour ne pas perdre ma place. Trois grands étages à gravir d’un escalier bunkérisé sans fenêtres, un plancher en lino sale, des toilettes dans les entresols derrière de lourdes portes en bois foncé (les toilettes femmes sont condamnées pour cause de corona, il faudra aller dans les toilettes hommes, garnies de lavabos et de pissotières modèle des années 1960. Personne n’a jamais rénové ni modernisé ces lieux qui n’ont d’ailleurs pas l’air très fréquentés).

Je croise au 1er, 2ème et 3ème étage les familles des autres accusés qui attendent dans un petit vestibule sur le palier. Je dois courir tout en haut, au 4ème étage de cet escalier, 5ème et dernier étage du bâtiment et j’arrive essoufflée. Sur le palier une femme blanche âgée en uniforme blanc et noir masquée me dit d’attendre. Elle se concerte avec une autre agente assise dans le couloir dans un renfoncement devant un écran de caméras. Les caméras de surveillance montrent l’escalier et elle doit en plus surveiller le couloir. Pas de PC sécurité, je me fais la réflexion sur les conditions de travail lamentables des prolétaires anglais si obéissants. Les deux femmes me disent de les suivre. Dans l’étroit et sombre couloir nous longeons la « Court Room 10 » et elles ouvrent la porte suivante « Court Room 9 ».

Je descends dans la galerie du public, je m’assieds sur une des nombreuses chaises vides. G. est derrière moi loin de moi, à ma gauche au fond je retrouve Fidel Narvaez mais Rebecca Vincent et Christian Mihr ne se formalisent pas du « social distancing » (et je ne leur en veux pas) et se placent dans la rangée juste derrière moi un peu en hauteur. Je ne suis pas dans le « Saint des Saints », ce lieu est la Courtroom 10. Je suis dans une salle mitoyenne qui accueille les journalistes et le public sommés de suivre les débats de la salle 10 sur deux écrans video placés de part et d’autre de la pièce.

J’enrage quand je compte le nombre de chaises vides : 40 places dans la galerie du public répartis en 4 rangées et nous ne sommes que 5 ! Le Coronavirus permet décidemment abolir toute règle d’Etat de Droit alors qu’il y a largement l’espace pour faire entrer 20 personnes ! En bas du balcon de la galerie, je compte dans la salle elle-même 50 chaises occupées seulement par 15 personnes ! Et il y a aussi à droite de la salle le box des accusés ou pas moins de 10 places restent vides ! En tout 100 places dont 80 vides !

Le public des journalistes est donc très clairsemé. La salle est une salle d’audience comprenant une grande estrade avec haut fauteuil en cuir pour le juge (quelques livres de droit gisent sur ce bureau) à droite de la pièce. En dessous de l’estrade se trouve, en face des participants au rituel, le non moins confortable fauteuil du greffier. Ici le siège est occupé par… Rosie Sylvester, la manager que nous connaissons si bien de la Westminster ! Elle est habillée d’un tailleur bon marché et tape sur un ordinateur en regardant vaguement l’écran de l’audience. Elle a droit à de l’eau, une bouilloire pour le café et à des objets personnels qui attestent que c’est son lieu de travail actuel. Elle ne travaille donc pas pour la Westminster Court mais pour « le cas Assange »… Il n’y a dans la salle aucun personnel spécifique de la Criminal Court Old Bailey car ce n’est pas cette Cour qui juge Assange. Cette Cour est le lieu où ça se passe, comme si on avait loué une salle pour une réunion qui ne peut plus se tenir nulle part ailleurs. Il se peut cependant que Rosie Sylvester et Vanessa Baraitser travaillent pour l’entreprise privée Prudential qui est en réalité propriétaire du bâtiment central au 179-185 Marylebone Road et qu’elle loue à la Westminster Court, comme le prouve le document du cadastre N° NGL900525. Les bâtiments des tribunaux ont été privatisés depuis longtemps en Grande Bretagne et le propriétaire Prudential peut très bien louer des salles de réunions pour d’autres objectifs à d’autres personnes morales et privées et salarier des employés directement ou en sous-traitance. Le « Procès Assange » peut en réalité être un spectacle menée par une entreprise privée qui emploie les protagonistes en salariés. Un bâtiment comme la Old Bailey dans un lieu quasi extraterritorial garantit à cette entreprise privée organisatrice une impunité totale.

Nous allons croiser Rosie en route vers son bureau tôt le matin vers 8 heures cheminant par le passage Warwick vers l’entrée du personnel à l’arrière du bâtiment. Les agents de sécurité et de jeunes stagiaires passent aussi par cette entrée.

Ici salle 9 Rosie est assise dans l’axe de la pièce comme si elle se trouvait en face de Vanessa Baraitser derrière le mur à droite. En face de moi, perpendiculairement à Rosie se trouvent 3 rangées de 25 places, dont la moitié est condamnée avec des rubalises à droite alors qu’à gauche seules 4 places sont occupées par des gens écrivant sur des ordinateurs (des journalistes ?), des hommes aux physiques passe partout. Un homme se détache néanmoins de la masse : il est plus costaud, aux cheveux roux et visages rond. Il a un notebook mais aussi un téléphone portable non éteint qui fait du bruit lorsqu’arrivent les messages. Il a l’air de sourire en regardant l’écran pile en face de lui. Il suit très attentivement le déroulé comme un réalisateur le scénario de son film, tout en faisant de nombreux gestes ponctuant son observation. De temps en temps il note sur son téléphone (privilège car nous n’avons droit à aucun outil ni même à un bloc-notes et stylo !). Le lendemain je découvrirai qu’il est probable que ce soit le producteur de cinéma et de spectacle Hamish Hamilton.

L’Allemagne dans la Old Bailey

Les autres personnes ne sont pas journalistes non plus : je découvre avec stupeur la députée au Bundestag de Die Linke Heike Hänsel assise juste en face de Rosie Sylvester dans la première rangée. Derrière elle se trouvent deux jeunes hommes. Celui de gauche, un jeune roux aux lunettes, s’avère un représentant de l’Ambassade de l’Allemagne ! Je l’apprends car Rebecca Vincent a bien spécifié à l’agent de sécurité qu’elle est pistonnée par l’ambassade de l’Allemagne dans les lieux. Sitôt arrivée Vincent et Mihr ont droit aux saluts de Heike Hänsel qui leur désigne le jeune homme comme leur contact de l’ambassade. Je n’entends pas son nom mais il apparait clair qu’il est un personnel politique de la mission diplomatique.

Derrière eux une femme brune à la veste vert foncée me parait avoir été parmi les journalistes qui fréquentaient le procès depuis 1 an. A sa gauche sont assis trois hommes roux ou blonds aux allures très « baba cool ». Toutes ces personnes se parleront Allemand entre elles le lendemain et le surlendemain. Il n’y a presque pas de Britanniques ici, oui. Par contre l’Allemagne en tant qu’Etat est très présente par sa député et ses diplomates.

L’Allemagne est très présente en particulier dans le dossier Assange, sans toutefois que les véritables chefs du projet 04 Wikileaks « Freedom of Expression » de la Wau Holland Siftung, sis au 25 Marienstrasse à Berlin, Andy Müller Maguhn, Bernd Fix, Klaus Schleisiek n’aient le courage d’assumer ouvertement leur responsabilité et prendre la place de leur ancien ami et salarié Julian Assange dans le box des accusés. Ce sont pourtant eux les vrais chefs de ce projet de la Wau Holland qui perdure aujourd’hui et dont Müller Maguhn assume la direction. Assange ne fut que la belle gueule, la vitrine de Wikileaks, pour laquelle le public donnait de l’argent séduit par son physique et son apparente honnêteté. Müller Maguhn, Fix, Schleisieck et les autres dirigeants de la Wau sont toujours restés dans l’ombre et ne sont donc pas inquiétés par la justice américaine tandis que leur marionnette Assange est livrée en pâture au Grand Inquisiteur. Il faut dire les choses brutalement car elles sont ainsi, preuve dans les rapports d’activités de la Wau Holland que j’ai étudié avec soin[1].

L’Etat Allemand a l’air de vouloir protéger sa fondation et ses citoyens, à défaut de soutenir Assange. L’Allemagne est ici chez elle dans cette affaire. Qu’un procès se déroule en présence d’un Etat étranger est une pratique impensable en droit mais il ne faut pas oublier qu’ici nous ne sommes pas en Grande Bretagne mais à la City of London Corporation, la Guilde des Marchands de Londres. Si les Sheriffs qui gouvernent le bâtiment de la Cour et le Lord Mayor de la City acceptent l’influence de l’Allemagne sur leurs institutions, je me demande si le gouvernement britannique a son mot à dire sur ce qui se passe dans ce lieu- une enclave comme le Vatican sur son territoire…

Alors je regarde l’écran suspendu sur le mur à l’opposé de la galerie. Et je ne vois hélas pas grand-chose car il se trouve à 20 mètres de moi et l’image est floue. Le son est également peu audible. Je distingue néanmoins la salle 10, avec Baraitser à gauche sur une estrade, Fitzgerald et Summers en chemise blanche en face d’elle devant des tables, Lewis et Clair Dobbin à leur droite. Au fond je distingue vaguement des têtes. Lorsque les avocats parlent, la caméra ne montre pas Julian Assange. Ce n’est que lorsque le procureur parle que la caméra se tourne à gauche et je peux distinguer de très loin le box des accusés … et une tâche blanche au visage blanc vêtu d’un habit vaguement marron entre deux gardes à chemises blanches. Julian Assange est là, oui, mais comment en être sûr que c’est bien lui alors qu’on ne voit rien de son visage qu’une tache blanche ! Une autre tache blanche est assise devant lui, une femme avec des cheveux noirs. Gareth Peirce est présente aussi derrière Fitzgerald, toute en noire alors qu’elle n’apparaissait plus depuis février.  Au fond de la salle, à gauche d’Assange, des têtes indistinctes. Comment peut-on appeler cela un procès équitable ? Un procès secret digne des temps féodaux oui. Mais la City of London Corporation est toujours régie par des Lois datant des temps féodaux toujours valables et la Grande Bretagne a toujours dans son système politique des éléments de féodalité comme le pouvoir de la Reine sur certaines institutions sociales, politiques juridiques et scientifiques. La City of London Corporation est censée avoir fait allégeance à la Reine qui est son suzerain direct selon les coutumes datant de 1186 !

Dans un tel espace nous ne pouvons espérer le respect des Droits de l’Homme car les Lumières n’ont jamais réussi à pénétrer ce lieu clôt, feutré, violent et puissant.

Comme je n’ai pas le droit de prendre de notes, je n’ai pas retenu la plaidoirie de Summers et la réponse du procureur. Je sais juste que pendant une heure l’avocat de Wikileaks a essayé de plaider l’impossibilité d’accepter les nouvelles accusations des Etats Unis avec l’argument d’un envoi trop tardif des documents. Il ne conteste donc pas le fond et reste dans le cadre d’un « case management hearing », une audience d’organisation.

Au bout d’une heure, c’est la pause midi. Les agentes de sécurité viennent nous virer. Je n’ai pas le choix que de sortir. Je parais tellement fatiguée que les femmes me disent d’enlever mon masque pour souffler. Je regarde la porte de la salle 10, la Famille a déjà quitté les lieux, je ne verrai ni Julian Assange ni personne par une porte entre-ouverte.

Nous devons manger et nous reposer, ayant atteint les limites de ce qu’un être humain peut endurer sans repos et sommeil. Nous revenons trop tard, à 15 heures. Les militants « chauffe place » sont là, ils se moquent de nous. Je reste un peu devant la porte jusqu’à ce que quelqu’un sonne et que l’agent de sécurité ne me voit. Il me dit poliment que pour aujourd’hui c’est impossible mais que je peux revenir demain.

Je rejoins les quelques amis qui participent à la manifestation carnavalesque devant la porte principale de la Old Bailey. Puis à 16 heures nous nous retrouvons avec eux à attendre devant la porte cochère de la rue Newgate (nom de la prison qui desservait la Criminal Court tout au long de l’histoire de la City et de Londres). Cette immense voûte commande l’entrée du passage entre le bâtiment de la Old Bailey du 19 siècle et les bureaux d’Axa à gauche avec au fond au la Maison des Couteliers. Le passage arrive dans la petite cour intérieure de la Old Bailey qui est aussi l’entrée des salariés (à voir sur le plan Google)[2]. La chasse à la photo de Julian Assange dans son fourgon est organisée par la meute de photographes, présents en nombre le premier jour, nettement moins assidus les jours suivants.

Comme en décembre 2019 et en janvier dernier les photographes se ruent sur les 4 fourgons sortants et sur une grande berline noire aux vitres teintées. Ils flashent l’intérieur puis regardent leur photo pour reconnaitre Assange. Ce n’est jamais lui, ils persévèrent donc. On a compris qu’il faut les suivre, puisque leur but est de vendre la photo et qu’ils cesseront une fois leur butin attrapé et envoyé à leur rédaction. Pourtant les pauvres types qui sont sortis par la porte dans les fourgons ont l’air d’être les autres accusés de la Criminal Court jugés inintéressants par les médias. A un moment donné nous demandons aux photographes s’ils ont eu la photo. Ils démentent, nous ne sommes pas certaines qu’ils disent la vérité. Peut-être que oui puisqu’aucune photo d’Assange n’est finalement publiée. Dès que la dernière voiture est partie, la police lève le camp immédiatement. Etrange procès ou nous avons subi tant d’intimidation pour finalement voir de nos propres yeux qu’il n’est pas si « sensitive » que cela aux yeux des « vrais » autorités.

Julian Assange reste visiblement piégé en captivité à l’intérieur de la Old Bailey. Il n’est pas sorti de la semaine Après tout, dans la Old Bailey il y a tout ce qu’il faut pour tenir un siège : de vastes souterrains visibles quand les camions de livraisons amènent les plateaux repas et le matériel de tournage et d’enregistrement, une cantine, une cuisine dont on entendait les bruits dans le passage Warwick… Et certainement des appartements en haut et des cellules en bas. La nuit, les 4 et le 5 èmes étages correspondant aux salles 9 et 10 et à leurs couloirs et galeries seront illuminés de leur lumière bleutée. Quelqu’un dort et travaille ici la nuit, incontestablement.

Mardi 8 septembre 2020

Devant la Old Bailey de jour

Le lendemain après une bonne nuit de repos nous arrivons beaucoup plus tôt, à 5h30. Le passage Warwick est ouvert et désert. Jamie arrive vers 6 heures, suivi de Sandra et de Deepa. Il est désappointé de nous voir avant lui et nous en fait la remarque « cette fois vous avez été plus vite » ! Je ne lui en veux pas mais je suis agacée. Pour nous ce n’est pas un jeu à « qui arrive le premier ». Nous ne sommes pas comme ces « Titouchki » ukrainiens ou biélorusses, ces gens payés par les fondations occidentales 100 Euros par jour pour participer aux fausses manifestations de « révolution de couleur » contre Janoukovitsch ou Loukachenko. Personne ne nous paye, au contraire, nous donnons nos forces et nos ressources pour la lutte commune. Je n’ai rien contre Jamie, mais il est certain qu’il n’écrira jamais aucun compte rendu puisqu’il n’assistera jamais à aucune audience de lui-même.

Comme hier notre attente dure longtemps, il commence à faire froid en cette matinée de septembre londonien. J’ai amené mon sac de couchage qui me sert de couverture. Vers 8 heures des personnes commencent à se rassembler devant la Old Bailey. Il y en a nettement moins que la vieille. Le storytelling effectué, nos chers journalistes passent à une autre nouvelle. Les employés traversent le passage pour se rendre vers l’entrée des salariés dans la cour. Rosie Sylvester passe vers 8 heures mais ne répond pas à notre salut. Ce jour là il y a nettement moins d’audiences « normales » et plus aucune famille ne fera la queue côté passage Warwick. La véritable Cour Criminelle travaille aux étage 1, 2 et 3, le public fait la queue devant l’entrée principale. L’entrée du passage Warwick et l’escalier qui y débouche est uniquement destiné au « cas Julian Assange » comme si c’était une réunion d’une association ou d’une entreprise privée qui aurait loué des salles inoccupés aux deux derniers étages.

A 8h30 le jeune agent de sécurité se pointe et nous annonce qu’il n’y aura que deux places pour le public car trois sont « réservées pour les VIP ». Deepa tente de parlementer et moi je rajoute « pouvez vous nous dire qui décide de qui est « Very Important Person » ? Ce genre de passe-droit accordé à des chanteuses comme autant des titres de noblesse modernes m’agace profondément. Deepa appuie ma demande de transparence. L’homme est gêné et nous dit qu’il va se renseigner. Il ne revient jamais. Une des amie supporteur me dit ironiquement « voyons – les VIP, Pamela Anderson, Maria Carey, Mia, en plus elles ne sont même pas là». C’est sûr que des riches comme ces dames ne font pas se geler les fesses à faire la queue dans l’immonde et sale boyau du passage. On est bien dans une société féodale et capitaliste.

A 9h30 John Shipton et Craig Murray arrivent justement dans le boyau et échangent avec les militants. Vers 10 heures le jeune agent sécurité ouvre la porte d’entrée et appelle « la Famille » puis nous désigne « deux personnes. Premiers arrivés, premiers servis ». Nous donnons nos téléphone à notre collègue. J’ai vidé mon sac de tout, sauf d’un chargeur électronique qui ne passera pas le portique. Heureusement qu’une des militante, gentiment, me le gardera. John Shipton, son frère, la femme du frère et leur fils sont là et entrent dans l’escalier suivis de Craig Murray. Puis je rentre avec Barbara la Polonaise. Je suis la dernière à passer l’antique détecteur de métaux et à gravir à toute vitesse les 4 étages à pieds pour ne pas perdre une miette du procès. Mais arrivée en haut je vois Barbara attendre dans le petit vestibule devant la porte vitrée séparant l’escalier du couloir. Elle se tient debout en face des « familiers » de Julian Assange assis sur des sièges en bois des années 60 tandis que le jeune homme est assis sur les marches. Une agente de sécurité vêtue d’un uniforme bleu marine (il y a deux sociétés de sécurité différentes qui travaillent pour le procès d’Assange ? Pourquoi les uniformes des gardiens d’Assange sont aussi disparates ?) vient nous dire que l’audience est retardée. Elle disparait dans le couloir et nous restons à nous regarder un peu en chien de faïence. Craig Murray parle de l’Ouzbékistan à son ami John Shipton. Ce dernier compare ses grandes mains caleuses à celles de son frère. « C’est génétique » dit-il. Il rit, détendu. Ses mains ne ressemblent pas à celles longues et fines de Julian Assange, mais on me dira « comment être sûr de ressembler toujours à son père » ?

Au bout de 20 minutes l’agente de sécurité ouvre la porte et dit «j’ai besoin de connaitre les noms des membres de la famille ». Le groupe assis en face de nous n’est pas très content de décliner son identité. J’entends ainsi que le frère de John Shipton s’appelle Sullivan Shipton, son fils Elliot Shipton et l’épouse de Sullivan Esther Bronfman ou Kaufman, elle le dit si bas que l’agente de sécurité est obligée de se pencher vers elle pour comprendre. Quelques minutes plus tard l’employée revient et nous fait signe de la suivre. Nous pénétrons dans le couloir glauque et sans fenêtres, laissons sur notre gauche le renfoncement avec sa table et ses caméras de surveillance et nous nous retrouvons à la suite du groupe familial en face de la porte marquée « court room 10 » à la peinture rouge. Elle ouvre cette porte et fait entrer « la famille ». Je m’efforce de distinguer quelque chose – la salle a l’air sombre, les murs tendus de vert et les fauteuils en bois et en cuir rouge. Mais je ne peux hélas apercevoir Julian Assange. L’agente nous barre l’entrée et dit « vous vous allez salle 9 ». Puis « Mais vous pourrez peut-être aller salle 10 l’après-midi ». Il y a de l’espoir !

Salle 9 nous nous retrouvons seules parmi les 40 sièges vides du balcon. Nous nous asseyons de façon à pouvoir communiquer. Nous sortons nos calepins et nos stylos pour noter. Surprise, les règles ont changé, aujourd’hui il est permis d’écrire. Devant moi la même configuration qu’hier et seules 8 personnes se trouvent dans la salle : Rosie Sylvester à la place du greffier, Heike Hänsel en face d’elle, le jeune homme de l’ambassade allemande derrière elle, les deux « baba cool » allemands et la femme brune au pull vert dernière rangée. Dans les fauteuils en face, celui qu’on identifiera comme Hamish Hamilton et un autre homme dernière rangée à droite. C’est tout. Ou sont donc les journalistes censés faire des reportages sur le procès ? Ils n’ont pas pu ou pas VOULU entrer ?

Sur l’écran retransmettant la salle 10 je vois Baraitser à droite, Summers et Fitzgerald, le greffier, l’accusateur Lewis et trois silhouettes très loin dans les rangées perpendiculaires au tables des avocats et accusateurs. Dans le coin droite en bas de l’écran un homme se tient au pupitre des témoins : c’est l’avocat Smith, que Summers présente immédiatement comme « spécialisé dans les extraordinary rendition, les kidnapping, la torture, les disparitions forcées ». Dommage que je ne puisse pas voir son visage car debout dans le pupitre il tourne le dos à la caméra. Par contre on entend nettement mieux qu’hier. Mark Summers est dans sa plaidoirie, après la présentation du CV du témoin (qu’hélas je n’entends pas très bien) il lui demande s’il a eu des contacts avec Wikileaks et si les documents classifiés publié par Wikileaks lui ont servi dans son travail comme preuves. Il est surtout question d’assassinats perpétrés en 1993 par l’armée US en Afghanistan. Non, l’avocat Smith n’a pas eu de relations avec Wikileaks, oui il a utilisé les « cables » (les télégrammes diplomatiques).

Alors que je m’efforce de tout comprendre et tout noter brusquement, pendant 10 secondes la caméra zoome sur le box des accusés ! Et je vois Julian Assange, bien plus distinctement que la veille ! Je le vois assis entourée de deux gardes en blanc. Il a les cheveux courts et pas de barbe. Il porte une chemise blanche et une veste bleue marine. Hélas, trop loin pour que je puisse voir l’expression de son visage. Il est immobile, assis droit comme un I… Les organisateurs du sacrifice ne nous font pas de cadeaux ni à lui non plus. Immédiatement la caméra quitte Assange et nous ne le reverrons plus !

Tout en restant attentive à la caméra, je suis la démarche de Summers qui se réfère aux paragraphes de la déposition du témoin et lui donne la parole sur les points cités. Le témoin Smith, qui est Américain, explique que « la réputation de mon pays a été sérieusement entachée par les crimes de guerre », qualifie les révélation de Wikileaks de « powerfull » (fortes) et se réfère à des procès conduits par la justice du Pakistan contre les « rendition » et les assassinats. Les Etats-Unis ont-ils voulu bloquer les investigations sur les « rendition » ? questionne Summers. Oui, répond le témoin. Le document le plus important qu’il a utilisé dans son travail est la liste de 69 noms de personnes « cibles » d’assassinats décidés par les « agences américaines ». Cette liste a été publiée dans la presse pakistanaise et afghane et constitue un « document fascinant ». L’avocat de Wikileaks questionne l’avocat des victimes du gouvernement américain sur son « assassination program » et lui demande des détails sur la façon dont il a travaillé avec ces « sources de preuves ». Smith est prudent et parle d’une voix détachée et posée. Il ne mentionne pas avoir lu par lui-même la page de Wikileaks, mais parle toujours de presse afghane ou pakistanaise ou du New York Times. Puis Summers le questionne sur les documents de « Guantanamo II » publiés par Wikileaks, le débat passe sur les « secret prisons ». (Je ne peux m’empêcher de penser à mon pays la Pologne qui sert toujours et va servir de bagne secret à l’Etat voyou américain).

Smith exprime sa tristesse et dit qu’il n’aurait jamais cru que son gouvernement allait tremper dans des pratiques pareilles : torture, kidnapping, rendition, secret prisons… Summers souligne et répète « Rendition, torture, détention ». Selon Smith « la torture psychologique est la pire » et il cite la Convention de l’ONU contre la torture qui oblige effectivement les Etats à coopérer aux enquêtes criminelles sur la torture. Summers assène « Wikileaks a aidé à prouver la torture, les renditions, les disparition ». A ce point là on a la nausée à force d’entendre les mots « torture disparition, rendition, kidnapping, assassination, target (cible »). Le timbre de voix de Summers étant dépourvu de la moindre émotion, l’impression qui se dégage de son discours est que oui, Wikileaks est une bonne chose, mais la puissance américaine est telle et tellement violente, qu’on ne peut rien y faire. C’est un monstre invincible qu’il est impossible de vaincre et que seuls quelques courageux peuvent contester à la marge.

Justement, comment Smith a-t-il pu poursuivre les Etats Unis devant Le tribunal international criminel ? Il n’a pas pu, car même en ce qui concerne les prisonniers de Guantanamo la CIA et les autres agences ne coopèrent pas avec la justice. La nausée nous submerge. Décidément les hommes comme Summers manquent de combativité et de persuasion si à la fin de leur juste plaidoirie l’opinion publique ne retiendra que sa passivité face à l’innommable violence d’une Superpuissance.

Mais comment l’opinion publique pourrait même en être même informé ? Ce « procès » est une réunion à huis clos comme une cérémonie sacrificielle de l’Inquisition au 17 siècle. Les quelques « journalistes » dans la salle sont clairement en train de regarder leur portable sans écouter. Le représentant de l’Allemagne regarde même Facebook, je le vois du haut du balcon !

La procureur passe le témoin « à la question ». D’abord il lui demande s’il croit que Wikileaks est « public interest », « d’utilité publique », puis lui demande la définition de ce « public interest ». Puis il demande si révéler les « secrets de l’Etat » peut être d’utilité publique si c’est publié au New York Times et au Washington Post. L’impression qui se dégage de la discussion entre les deux « Américains » (qui est le procureur Lewis on n’en sait trop rien finalement) est que c’est débat … américain. Deux Américains discutent de ce qu’il est bien et pas bien de faire en Europe et cela se passe sur notre continent. A aucun moment des Lois européennes, la Convention Européennes de Sauvegarde des Droits Fondamentaux, la Chartes Européennes des Droits Fondamentaux que la Grande Bretagne a signés, dont elle a été promotrice, ne sont cités. Oubliés les Droits fondamentaux. La cérémonie du sacrifice d’Assange a eu raison de nos droits pour ce qui est de la politique tandis que le coronavirus se charge de liquider le reste de nos droits personnels comme le droit à l’intégrité physique, à la santé, à la liberté de circuler, la non violabilité du domicile…

Le procureur affirme cependant que Julian Assange n’est pas poursuivi pour les publications de documents secrets mais pour avoir « outé » les collaborateurs américains. Je n’entends hélas pas bien son échange avec Smith. J’estime qu’il doit être environ 11 heures (nous n’avons pas droit à une montre) quand brusquement j’entends dans l’écran distinctement la voix de Julian Assange ! Il parle ! Et d’une voix décidée, le ton monte vers une interrogation ! Je n’entends hélas pas ce qu’il dit et de plus, la caméra ne le montre pas ! Je dis à ma collègue que Julian Assange a parlé ! Baraitser lui interdit de parler ! Le renvoie à ses avocats ! Puis on voit à l’écran qu’elle suspend la séance. Tout le monde bouge, le son est coupé. Je fixe l’écran dans l’espoir d’entre apercevoir Julian, mais pas question, les tortionnaires ne vont pas montrer ce qu’ils font avec lui. On ne sait pas s’il est là ou s’ils l’ont fait sortir. Ce qu’on comprend et qu’il s’est révolté encore et encore !

Dans notre salle un homme entre par la porte du fond à gauche et vient parler à Rosie Sylvester. Je distingue par cette porte la clarté du jour : derrière elle se trouve un couloir garni de fenêtres donnant sur la rue. Le technicien sort et quelques secondes après apparait à l’écran dans la salle 10. Dans cette pièce on n’a pas l’impression de percevoir la moindre tension alors que nous, le public, restons stupéfaits. On voit les avocats et les procureurs se parler, tout le monde a l’air détendu. Assange est absent de l’écran. Baraitser rentre, reprend sa place, admoneste Assange comme si elle parlait à un enfant fautif (nous sommes de nos jours nombreux à être infantilisés par le système dominant…). Elle lui dit que même s’il pense avoir le droit de parler lui-même, il ne doit pas interrompre le témoin. Et non, il n’a pas à parler sinon il va être viré de cette cour. A sa place, j’aurais fait la grève pour rester dans ma geôle, plutôt que de cautionner une cérémonie inique digne du Moyen Age !

Eliot Shipton et Esther Bronfman ou Kaufman

D’ailleurs en fait, ici à la City of London nous SOMMES au Moyen Age, régie par des coutumes et un arbitraire directement venus du 11 siècle et on se demande bien en vertu de quelles Lois internationales cet homme est maintenu en captivité dans ce lieu ! D’ailleurs, les menaces de Baraitser sont peut-être déjà mises à exécution : on n’a aucune preuve que Julian Assange soit toujours dans la salle 10. Ils l’ont peut-être sorti et enfermé quelque part et ils continuent à débattre de la justesse de « Wikileaks », cette page internet dont le propriétaire du nom de domaine n’est pas Julian Assange mais un certain John Shipton, le père assis tranquillement sur sa chaise de la galerie du public, jamais inquiété par aucune instance ! Le père est sauf et le fils sacrifié : on se croirait dans le plus patriarcaux des mythes, celui de Abraham sacrifiant son fils par obéissance à un Dieu exterminateur. La mort du fils pour sauver le père m’a toujours paru le comble de la perversité du système !

Je n’en peux plus de voir Julian Assange dans la position de l’agneau sacrifié, culpabilisé, humilié. J’aimerais descendre dans l’arène, ouvrir toutes ces foutues portes, qu’en réalité aucun policier ne garde, enjamber ce balcon, me diriger vers le box, y entrer (le box n’est pas fermé non plus), prendre Julian Assange par la main et lui dire « vient on se casse, on laisse tous ces tarés à leur cirque absurde » !  Et on part ensemble, les portes s’ouvrent toutes seules, les agents de sécurité qui sont justes des salariés prolétaires nous font une haie d’honneur car ils n’ont plus d’employeur à qui obéir et avec nos amis nous quittons ces lieux et ce pays le plus vite possible !

Mais hélas le cirque continue : l’accusateur exige du témoin de réfléchir s’il est juste de révéler les secrets qui mettent en danger la « national security ». La sécurité nationale n’a pas de sens en Français. La Nation est une entité qui ne peut être mise en danger, la Nation est une communauté d’humains qui créent un Etat pour assurer sa sécurité. L’Etat n’a pas d’existence ontologique c’est un outil… Mais ici on est dans un débat ésotérique américano-américain. On n’est pas, plus en Europe. Aucun des concepts philosophiques de notre histoire n’a sa place. J’assiste impuissante à la discussion américano-américaine s’il est permis de torturer pour assurer la « national security ». Le simple fait de poser les termes du débat est une justification de la torture et normalement il devrait être interdit ici sur notre continent qui a subit le nazisme et deux guerre mondiales de PENSER même en ces termes ! La torture est un crime, point barre !

Attente dans le Passage Warwick pour entrer au « procès » de Julian Assange

Mais ici, à la City des banquiers, qui n’est pas la même entité juridique que l’Etat Grande Bretagne qui a si courageusement combattu le nazisme, on débat si la torture peut quand même être justifiée. L’avocat Smith essaye de minimiser la « faute» de Julian Assange en arguant que seuls un très petit nombre de noms de collaborateurs a été publié par Wikileaks. Dans la salle 9 une très vieille climatisation poussée à fond crache sur nous un air froid et possiblement surchargé de germes. Je me couvre avec mon sac de couchage. Même les journalistes en bas du balcon ont froid.

Baraitser interrompt le procureur et une pause de 5 minutes a lieu. On la reconnait au fait que le témoin quitte son pupitre, et la pause finit quand il reprend sa place. Mark Summers reprend la parole. Il reparle des « dark prison, assassination, rendition » et demande si la révélation de ceci est un « public interest ». Oui répond le témoin, ce sont les preuves des activités criminelles de mon gouvernement ! Puis le débat se recentre sur ce dont Julian Assange est réellement accusé, de « conspiration en vue d’obtenir des documents secrets », auxquels Summers rajoute les « rules of engagement » euphémisme des militaire américains pour désigner les permis de tuer les civils qu’ils accordent à leurs soldats en toutes circonstances. Assange a-t-il juste reçu ou a-t-il cherché à obtenir les documents diplomatiques ? Telle est la problématique « accusatrice » alors que personne ne cherche à définir ce qu’est un « complot », « une conspiration, » terme existant en droit pénal européen pour des crimes de sang ou des attentats. On n’a pas encore vu en Europe de complot en vue de publier des textes… Mais cette cérémonie conjointe américano-City of London est en train de créer un dangereux précédent sur notre continent !

Le procureur somme le témoin de présenter son CV, mais Baraitser les interrompt et décide de la pause. Nous devons reprendre à 14 heures. J’attends que l’écran s’éteigne. J’écoute les participants du « bas » discuter en Allemand. Ils ne sont pas obligés de quitter les lieux. L’agent de sécurité nous fait sortir. Nous repassons devant la salle 10. J’aimerais tellement y entrer ! En sortant l’agent de sécurité du portique nous assure que nous serons les premières à entrer à nouveau.

Nous quittons les lieux pour un déjeuner dans notre appartement. La décision est prise de continuer, même s’il semble juste que nous cédions au moins une place à ceux qui attendaient après nous. Les fameux VIP ne sont évidemment pas venus mais contrairement à la veille les agents n’ont pas voulu accepter 3 personnes de plus malgré les 38 sièges vides de la galerie ! Nous sommes de retour avant 14 heures. Deepa est déjà devant la porte. Nous décidons de laisser entrer ma collègue polonaise. Elle restera jusqu’à la fin et je l’attendrais dehors dans la manifestation. Avant 14 heures la famille Shipton arrive devant la porte. Je saisis l’occasion pour demander poliment à John Shipton ce que Julian Assange a dit lorsqu’il a protesté, puisque nous n’entendions rien de ce qu’il a dit. Shipton me regarde d’un air stupéfait comme s’il n’avait pas assisté à cette scène. J’insiste ! Assange dit une phrase, Baraitser l’a admonesté, il a bien dû entendre, il était aux premières loges, salle 10 ! L’homme me regarde encore d’un air ahuri et me demande qui je suis. Je me présente, je lui rappelle que j’étais présente à toutes les audiences depuis octobre 2019, sauf pendant le lockdown. Je lui rappele qu’on a discuté le 14 août à la Westminster. Je lui présente ma collaboratrice polonaise. Je n’en tirerai rien au sujet de la phrase d’Assange ni sur aucun autre sujet. Soit il a dormi, soit ce n’était pas lui qui était salle 10, car je ne vois pas pour quelle raison il devrait garder secrète la phrase protestatrice de Julian Assange!

Nos amis sont rassemblés au pied de l’immeuble en verre qui fait face à la Old Bailey. Ils ont beaucoup de chance de ne pas être virés de ce lieu privé. Les policiers de la City of London sont devant la porte d’entrée. Je parle avec l’officière qui a été si affable avec nous. Des camions livrent du matériel par la porte cochère près du passage Warwick ce qui me permet d’apprécier la profondeur des immenses souterrains sous le bâtiment de la Cour. A 17 heures c’est fini. La famille Shipton sort du passage Warwick. Pendant que John est entouré des caméras, Sullivan, Eliot et Esther se pressent pour quitter les lieux par le passage à côté de l’hôpital St Bartolomeus au nord de la Old Bailey. MC McGrath apparait dans la rue, je suis étonnée de voir là le jeune hacker. Nous essayons comme hier d’apercevoir Julian Assange par la fenêtre du fourgon, mais l’affaire est pliée encore plus vite que la veille. Un seul fourgon sort, puis les policiers de la City lèvent le camp. Il n’y a pas de photo. Le quartier redevient rapidement désert et nous partons nous reposer.


[1] http://www.wauland.de/de/documehttp://www.wauland.de/de/documents/nts/

https://www.google.fr/maps/place/Old+Bailey/@51.5155385,-0.1017145,19.3z/data=!4m5!3m4!1s0x48761b533028c1c5:0xb0e45948a3ad1b6d!8m2!3d51.5155093!4d-0.1020219

[2] https://www.google.fr/maps/place/Old+Bailey/@51.5155385,-0.1017145,19.3z/data=!4m5!3m4!1s0x48761b533028c1c5:0xb0e45948a3ad1b6d!8m2!3d51.5155093!4d-0.1020219

Hearing of Julian Assange on 14 August – Westminster Court turns into « Kindergarten » (nursery school)

Monika Karbowska

Translation with Deepl. translator

I travelled across the Channel to attend Julian Assange’s Final administrative hearing at the Westminster Magistrate Court on Thursday 13 August, the day after the announcement of the launch of Sputnik 5, Russia’s coronavirus vaccine, full of hope that this step could help people out of the terrible crisis we have been in for the past five months. My ticket had been ready for several weeks and I kept hope that we could win this struggle, the one for HIS freedom and for OUR freedom, since the crisis is a permanent war, a war of leaders against their people and a « west against east » war since the American military state and its Baltic and Polish henchmen openly attack Belarus by sending fascist militants to foment riots there. During the trip I remained mobilized, spreading on social networks the truth about the so-called « Polish journalists arrested by Lukashenko » supported by the European Federation of Journalists, when in reality they are two dangerous neo-Nazi activists.

The Westminster Magistrate Court and the Church Army building old Queens Charlotte Maternity Hostpital

I did not learn the news of the quarantine imposed on the French by Great Britain until the evening of my arrival in London. This news surprised me: until now the government of Boris Johnson was involved in the global storytelling about the coronavirus, but in reality it does not terrorize the British as the macronist mafia does the French people. In fact, I had prepared in advance the certificate theoretically necessary for entry into the British territory, with address of residence and contact details of a third party in case I gave the coronavirus to someone and refused to answer my own phone… And here in Calais, the English border police does not ask for the certificate! The bus driver confirmed to me that for 10 days of daily travel this « covidian » attestation has never been required. He was very kind to us and went to great lengths to get us to open the toilets at the stops and hand out bottles of water on the Eurotunnel train. Indeed, the coronavirus was used as a good excuse to close the toilets and the air conditioning in the transport, which at 45 degrees outside generates stress and discomfort.

The weather in London is superb and cool. The Paddington district close to Westminster Court is slowly coming alive since the hotels have almost all reopened since August 1st and the tourists, first of all English-speaking, are coming back. Business obliges, the managers are all very friendly and the prices very affordable. The masks are almost non-existent and as I walk under the big trees in the neighborhood I feel liberated from the intense collective psychosis in which we are so immersed in France that we no longer realize it. It is only at the restaurant that the corona reminds me of it in the form of a large register kept by the waitress where her name and telephone number must be written down – but the British have more confidence in their government than we have in ours and they are not afraid of being found by the authorities, accused of having « infected » someone or exterminated in a hospital. Similarly, in another pub, a signposted route imposed on the consumer so that they do not mix with others also reminds me that absurdity also exists on this side of the Channel.

The Prudential Building rented to the Westminster Magistrate and to the Probation Service

The announcement of the quarantine irritates me because it jeopardises our ability to come to Julian Assange’s trial on 7 September. The measure is clearly a pressure on the French economy, with English tourists bringing in a significant amount of money to the economies of many regions. Like everything else in this crisis where decision-makers are so concerned about human health, all decisions taken in the name of health have real political reasons. In other words, since Putin called Macron immediately the very same day to offer him his vaccine and to incite him to put an end to the Covidian hysteria, are the British putting pressure on France in these negotiations from which the people are excluded, even though their place in the Western world has been at stake since they got rid of the European Commission’s tutelage? I remain hopeful that these negotiations will lead to a compromise and that the border can be opened to us again by 7 September.

I arrive in front of the Westminster Court early in the morning so I’m the first one at the door. Shortly after arrives an Australian activist with a large banner of support for Julian Assange. We talk at length about the health terror that is being perpetuated in our countries by governments more concerned with privatizing health systems than with caring for the sick. She tells me about the latest liberticidal discoveries of a West in full fascist temptation: the New Zealand law allowing the confinement in special camps of those « infected » by the coronavirus, the Australian law allowing the police in Melbourne to enter homes without a court order for « sanitary » inspections and especially the English law that provides for the immediate removal from parents of children who, duly tested, would have fever at school! She is all the more horrified as an environmental activist because it is the left-wing government of the State of Victoria that proudly imposes tyrannical measures against terrified citizens. But she also assures me that a certain revolt is rising in this very fragmented British society and that the demonstration against the compulsory mask had finally joined the activists who on the same day organised an action in support of Julian Assange in front of 10 Downing Street.

Around 7 a.m. a French activist whom I know arrived, then a German activist with whom I sympathized. We discuss the situation in France and Europe, and in particular the way out of the crisis that the Russian vaccine maneuver represents. The queue forms around 8 a.m. with a dozen of the usual activists, we all know each other. Since the desire of some to make lists and decide who comes in and who doesn’t has faded, the atmosphere is much more friendly and cordial. Among the public personalities I see Fidel Narvaez but nobody else. However, rumours are circulating that the « social distancing » has been hardened to leave only 5 places for the public. The fight will take place again, this time with the Court… We go back home at 9 o’clock, the building is completely deserted except for the security guards. A ghost courtyard. We don’t know if it’s because of the corona-crisis, since the British government had already tended to push justice to exist only by video and telephone, or is it because in reality, apart from the extradition of Julian Assange and the Eastern Europeans, this court only deals with minor cannabis use offences or neighbourhood disputes. This building, built in 2011, is therefore permanently empty and would therefore never really have been used for justice.

Are the hearings of extradited Eastern Europeans taking place « online » as announced by the poster on the door on 27 July? This announcement has disappeared, in the queue, the lawyers of the other cases are few. The secretariat of the court seems to be closed and as on July 27th there will be no more list of names posted on the doors of the rooms. However in the entrance hall several lists of judges are present. The name of Julian Assange appears on a small sheet of paper pinned on the list of cases judged in room 3. Opposite his name is a schedule: 3:30 pm. Ouch, if we have to wait that long, I’m not happy about it. But as we know that nothing is done here according to the rules, we have to stay. Three of us activists rush to the secretarial desk where only one employee has taken off her cumbersome mask behind her glass wall: she tells us to stay, there will be changes. We stand in front of the door in single file and talk.

Water flows from a neon light on the ceiling. Security guards have installed a rubalise and are trying to control the leak in the middle of the waiting room. They call in two cleaning workers, Eastern Europeans, who have to mop up the water with a cloth at the end of a long pole, without any safety equipment, even though they can electrocute themselves… Here, I notice that one of the security guards we know is wearing a blue badge instead of Mitye’s orange badges. He confirms: yes, Mitie did lose the court deal, he was lucky enough to be taken over by the new company, OSE, and he is happy to keep a job close to his home. It is true that Mitye had committed some abuses here in front of us and against us and maybe even against Julian Assange, whom we saw terrorized while they were in charge of his custody. We are still waiting until 10 o’clock. Little by little the situation is becoming clearer: the Eastern Europeans are gathering in front of Room 1 and Room 3 will be entirely devoted to Julian Assange. Florence Iveson, the new lawyer who replaced Hamilton Fitzgerald, is busy with Alistar Lyon and Gareth Peirce’s assistant between the consultation room, the secretariat and the still closed courtroom.

After 10 o’clock, the hearing still hasn’t started, and a certain nervousness sets in. The journalists who have arrived for Julian, Juan Passerelli, Mohamed El Maazi, a woman and two men I don’t know are sitting on the waiting room armchairs confident that they will be able to go home. That’s not our case, we’re worried about having to stand here all day. Shortly after the court clerk, a woman I’ve seen several times, still immersed in her computer, comes out of the courtroom with a deeply annoyed face of someone who is being assigned a task that is not hers. Finding myself nearby, I hear Florence Iveson asking for a delay because Belmarsh is not responding to the lawyers’ requests.  The clerk finally responds that perhaps they can talk to him in the room once the video connection is established. But the lawyers have to manage to get their clients to appear, and the court makes no effort to do its job… Yet another galling indication that all these malfunctions show a world of false pretenses. Finally at 10:30 am we are still standing in front of the door, while Iveson and the two collaborators of Peirce and Birnberg lock themselves in the room.

Then John Shipton and Stella Morris enter the waiting room. John Shipton greets us kindly and then exchanges with the journalists. It is a question of who is going to give him his precious place, which I cannot do given the efforts I am making to be here. But I have a feeling that, like the Woolwich Court, it won’t be necessary. Nevertheless, when the clerk comes out at 10.45 a.m. and announces that because of the « social distancing » only journalists will be allowed in and no one else, the emotion is high. Someone still says that we have been here since 6 a.m. She brings in the journalists, who are five in all. That’s when John Shipton walks towards her, Stella Morris behind him. He says, « I’m Julian Assange’s father and she’s his partner ». And I, who’s always at the front of the line, say « and I represent a human rights association ». The woman looks at me with hostility and shouts « I’m not talking to you »! I’m taken aback because I didn’t say anything aggressive. We could have announced that we are Julian Assange’s « French family », the one John Shipton spoke about on April 18, 2020, but it is not our style to lie. What could be more natural in a democratic country than the presence of a human rights association to monitor respect for rights! We do not need to justify being there!

So the clerk tells me to step back to respect the « social distancing ». I do this with difficulty because the line is pushing me behind my back and the activists are as upset as I am. I point out to her that at least I am wearing a mask, a utensil that visibly gives me more legitimacy today than the evocation of Human Rights… The clerk remarks « I have to manage this situation » which is not easy objectively. We wait silently. Finally, she brings in John Shipton and Stella Morris. I can enter in my turn and I quickly push the door of the public box without turning around. Three other activists can enter, one French, one German and one British – the whole of (Western) Europe is there to at least symbolically support Julian Assange. I’m sitting in the last seat in the front row. With two of the three chairs condemned, John Shipton is on my right, Stella Morris at the back of the row, the other activists behind. I find myself in a good position to see Julian Assange on the two video screens on either side of the room and I’m sitting right in line opposite Vanessa Baraister.

Vanessa Baraitser, real judge or employee of the Prudential owner?

Baraitser is already there and staring at us. And above all, Julian Assange is also there in the video. He’s sitting in this box with dark blue walls on red seats that look like a waiting room. The room is different from the one on July 27th and differently filmed. Whereas on July 27th the camera was filming him up close across the street, cutting him at the waist, here it is located on top of a wall, which is reminiscent of a surveillance camera, and you can see it in its entirety. The set is the one of the productions of last December and January. There is a door on the right, a small window overlooking the corridor and an indecipherable sign above her head. Julian Assange is sitting with his hands clasped in his lap, his right leg crossed over his left leg. He is wearing the same beige sweater and white shirt as last time, slightly too short grey trousers and white socks. He has short hair and no beard, or a very short beard, no glasses and a sad and resigned look that I saw especially last November and December. As then he looks bad, prostrate. He doesn’t move and doesn’t change position for an hour and a quarter. Sometimes he leans to the side as if he were the victim of a malaise and keeps his eyes down. He does not participate in the show, either because he is unwell or because he refuses to bail. He frequently has a dry cough, which resembles asthma, and then brings his hands to his face. I am concerned and saddened to see him like this.

He looks cold in this sweater, while the guards are all in white short-sleeved shirts and black pants. And guards there are! The prison video suddenly pulsates, even if these uniforms are rather reminiscent of those of private security guards and not the black uniforms already seen in such circumstances. First there are two men, one white and one black, looking at Assange as they stand in the doorway. Then there are women joining them. It goes down the hallway, and the hubbub is audible all the way down here. Julian Assange remains impassive but the pressure on him is visible. On July 27th the staff of « Belmarsh » were dressed as nurses in blue and green scrubs. Apparently Julian Assange has changed location again, but we still don’t know exactly where he is. We still don’t know if he receives our mail and if not why and why he can’t answer it .

In the room chaos floats in the air. Vanessa Baraitser has her nose in a file, silent. Lawyer Florence Iveson is in and out, for some reason. Julian Assange is absent, prostrate. The noise gets louder: the guards are talking, and every time someone enters or leaves the famous conference call a metallic voice « left the conference » is heard. It REALLY doesn’t sound serious. Really « Kindergarten », as I confide to my German colleague. Like a kindergarten, a nusery, when the life of a man in prison is at stake. You pinch yourself to believe it. At one point Baraitser raises his head, asks « Officer, Wandsworth », and then catches up with « Belmarsh », and asks him to be quiet because we can’t hear anything in our room! A guard arrives and sits down in front of Julian, we see him clearly crossing the box and then disappearing from our field of vision. Permanent surveillance, how Assange could freely express himself in court with such pressure on him!

Moreover, at 10:55 am Julian Assange coughs, then nods his head and bites his cheeks, seems older. Baraister then decides to open the trial and asks him to present his name « formally identified ». I can hear his voice through the loudspeaker. It is hesitant, stumbling over every syllable, every word is interspersed with silence, like in December 2019 when he was at his worst. Is he under psychological pressure, physical torture, medication? His date of birth, « 3 July 71 » he pronounces it as if he doesn’t believe in this identity as uncertain as his voice is here. The chaos continues: Baraitser gives the floor to Claire Dobbin through the « conference call ». We hear the beginning of a sentence uttered by Dobbin, then nothing more. Baraitser then gives the floor to Florence Iveson, who forces the tone so that Dobbin can hear through the machine. For once I can hear correctly what the defence is saying. Florence Iveson seems uncomfortable and after 15 minutes her cheeks are red, she turns around frequently to consult Alistar Lyon sitting behind her. Julian Assange is coughing more and more, his shoulders are tucked in, sometimes he just moves his fingers. The guard who controls him also moves and then you can see him on the screen. Baraitser tries to get Dobbin to repeat his sentence, then throws in the towel and calls a technician to repair the equipment. A young man arrives and we wait another fifteen minutes without moving.

This example clearly shows that telephone justice, like telephone medicine, cannot work. There is no prosecutor, how can a hearing take place? The conditions not being met for a fair trial, in a normal country the judge would have immediately sent everyone home and set another date that was binding for everyone without trying to reconcile agendas! But the question has been asking itself for some time now: Is Vanessa Baraitser really a judge?

At 11:15 Claire Dobbin can finally talk on her phone. She says she didn’t know that the hearing was set for 10 o’clock. Baraister preaches to her like a little girl on the subject that she had actually set the date on July 27th. It’s so surreal that it feels even more like a theatre rehearsal in a kindergarten with people playing a role. A certain Smith stands behind Dobbin and tries to justify himself by the lists announcing 3.30 pm. I can hear Clair Dobbin because the sound is very loud.

Florence Iveson begins her speech with the new accusation whose documents would have arrived the same day. She points out that the defense did not have time to read the 43 pages and that it is « astonishing » that a new « request » has been made because it considerably expands the first one. According to her, Krombach did not send the document in time and argues that the sheer size of the file makes it impossible to meet the September 7 trial date with a « pragmatic approach ». She also argues that the notion of « narrative background » should not be excluded from the file. The new file should have been presented at an « early stage ».  I don’t quite understand where she is going with this, what is the « narrative background » – (the political history?) that would not be highlighted? Nor do I understand why Prosecutor Gordon Krombach should have handed over the file when he is only one of the seven « assistant United State Attorneys » listed at the bottom of the indictment signed by G. Zachary Terwilliger, Unit States Attorney, on June 24 (1). It will be necessary to look into the complicated functioning of the American institutions and their links with the 2003 bilateral extradition treaty.

I am perplexed by the date of 21 December, which I hear without understanding the precise context. What I understand is that it is asking for additional time to process these documents and because this request initiates a new process (« new conduct »). It would even seem to us that a new charge should give rise to another separate procedure that should be separate from this one and should first go through the diplomatic channel before becoming official. Baraitser then asks her to illustrate her words with « new conduct ». I do not understand her answer, which is very brief. Julian Assange is even more immobile and prostrate. Then Ms. Dobbin has the floor. She cites Krombach and paragraph 9 of the Grand Jury’s decision that the United States is continuing its « criminal investigation » against Mr Assange and that the prosecutor is continuing his « criminal » investigation. She repeats that it is certainly not for this « substitute » charge that he has been « charged »  that is not important since in any case the procedure will be « enlarged ». According to the procedure, Mr. Assange is a hacker and this is the real background of the extradition request. While she is talking, the guards move from their seats, a woman opens the door of the box, there is noise and I can no longer hear the details of what is being said. I have the impression that Julian Assange hears nothing and doesn’t understand it either.

Florence Iveson replied that according to paragraph 9, the ongoing investigation, the evidence given relates only to the charges for 2010 and not to the « superseding charges ». These are the Jabber Messenger conversations between Chelsea Manning and Julian Assange, which the prosecution has always made a big deal of in these documents, but never, in my view, was in a position to produce them publicly. Yet at the February trial, Room 2 of the Woolwich Court was equipped with a gigantic screen on which it was possible to show the famous Jabber messaging protocols proving the Manning-Assange conversations. I attended all 4 days of the trial and saw nothing like it. It should also be remembered that the Jabber messaging system was developed by the German Wau Holland Foundation, the same foundation that from 2009 to 2014 produced and directed the Wikileaks project 04 « Defending Freedom of Information » and for which Assange was project manager (Projektleiter) in 2011 and 2012, according to the foundation’s public activity reports (2). Jabber was supposed to be a tamper-proof encrypted e-mail… Julian Assange trusted the Germans twice as much as he did, as director of their « Wikileaks » project and as a user of their Jabber product… and that was fatal to him. In the room, the managers of Wau Holland, including « friend » Andy Müller Maguhn, are conspicuous by their absence…

Once Florence Iveson has repeated her request for more time, Baraitser sums up her position like a teacher facing her pupil: the old request is not cancelled by the new one. The defence needs more time. The « narrative background » has been ignored and the « case management hearing » cannot decide which evidence is admissible. She announced that she was in favour of giving the defence more time to work on its arguments.

Julian Assange on video in a kind of waiting room of hospital (?)

I look at her closely and then something happens. I see this woman’s face like it lights up and gets rounder. She is right in front of me, not far away after all. She looks rejuvenated. My eyes are exactly in line with hers, which then take on a beautiful light green hue. She keeps talking, then looks down at her text. She reads her text clearly, more and more mechanically, as if it had been written in advance, or by someone else, like a script for a role. She reads more and more visibly. I have in front of me a woman who behaves like Svietlana Tichanouska, the housewife who was the « first opponent » of President Lukashenko when she fled her country to pro-American Lithuania last Monday after pushing militants to commit riots. She then published a video in which she read a text, so visibly that one cannot help thinking that she is hostage to her new American ‘friends’ and that she wants to show it indirectly (3). I turn to my German colleague and disconcertedly ask her « is this woman an actress? (Schauspielerin)

Vanessa Baraitser’s biography and the reasons for her responsibility in this case have been a mystery until now. Her career as a judge seems quite mysterious as there is almost no public information about her. Her father Michael Baraitser is a white South African neurogeneticist of Jewish origin who came to Great Britain in the early 1970s and is well established in British scientific institutes (4). One of her sisters, Lisa Baraitser has an impressive CV as a psychologist, researcher and specialist in maternity, gender, feminism and queer theories (5)! The second sister, Paula Baraitser has a comfortable position as a researcher in sexology at Kings College London, another prestigious institution (6). With such extensive family expertise in psychology and human sexuality, one wonders how Vanessa Baraitser could not see that the propaganda campaign slandering Assange as a rapist was based on a complete vacuum, which I and some of my feminist friends immediately perceived once we read  the published Swedish documents.

How is it that Vanessa Baraitser, from such a family, versed in psychology and armed with prestigious diplomas, as a district judge, a simple prudential court judge, participates in such a shameful manipulative sketch? The key question would be « what’s her interest »? Moreover, the seriousness of his activity as a judge is called into question. Indeed, we have not been able to find other traces than a few cases of harassment, voyeurism and alcoholism on the public highway (!) (7)and in the chapter on extraditions, the curious French case of the flight of Alexandre Djouhri, bearer of Nicolas Sarkozy’s financial suitcase in 2012, which she released in February 2019 (8). A « magistrate » court judge may have been a lawyer, but here again there is no trace of any activity. I myself did not see Baraitser judge other extradited persons before the bizarre case of a Latvian member of the KGB on July 27. In September and October 2019 I saw in three hearings Emma Arbuthnot judge Poles locked up in the prisons of Wandsworth or Belmarsh and decide whether or not to extradite them. I saw other judges trying these routine cases. Vanessa Baraitser, on the other hand, seems to have only the Assange case as her job and that is strange.

At the end of her reading, Baraitser said to Iveson: « You need more time. When you’re ready, inform the court ».  Julian Assange’s lawyer then seems to panic. She turns, with a red face, to Alistar Lyon and his colleague and talks about « instructions » and « communication difficulties ». However, it does not occur to her to ask her client what he thinks about it, when he is right there in front of her, and normally a lawyer is not forbidden to address his client during the trial (I checked with the lawyers of the Poles). Apparently everything is done so that Julian Assange can NEVER speak freely in person in the presence of anyone from outside the circle. Baraitser helps him by setting a date, next Friday or Wednesday. Then she addresses Julian Assange « the date of September 7 will be effective. You have not been arrested on the new charges » (of course, he is still presumed innocent, yes!).

Julian Assange raises his head.

Then Baraitser asks Iveson and Dobbin if they agree. For her, in February it was a general agreement, and now there is a new procedure, a new request. Does everyone agree? Dobbin and Iveson agree. We’re not asking Assange’s opinion. Baraitser’s looking forward to getting it over with. She starts a layus on the « global pandemic » (our beloved Covidian religion), proposes a « cloud video platform » for witness depositions and gives the deadline of August 21 for the list of witnesses who will come personally. The prospect of a cloud platform trial is worrying. It is 11:40 a.m. Julian Assange is still coughing, we activists, we feel our nervousness and our emotion rising. Baraitser, Dobbin and Mr. Smith are discussing whether the secretariat is available. Dobbin goes on about the « mental expertise, psychological report » requested by prosecutor Krombach. Iveson agrees with her, but not us! Indeed, the long militant experience shows that a political prisoner should never accept psychiatric expertise to save his skin, because the credibility of his action will be permanently damaged and this will inevitably harm him. A fortiori such an expertise is useless in extradition proceedings! Finally, Iveson declares that he will be able to present the « evidence » by August 24. Dobbin also summoned him to respond to Mr. Krombach’s « 25 statements ». One enters into secretarial debates, who can who cannot. There is talk of a « pre-hearing » and then of a video conference.

The Frontline Club, the place of staying of Julian Assange in 2010 – owned by the Frontline Club Charity Trust

When Baraitser raises his voice, I understand that the hearing of August 24 has been cancelled. She announces that today was the last administrative hearing and that the physical appearance of « Mr. Assange » at the Old Bailey on September 7 at 10 a.m. is maintained. She tells him that he remains in custody and asks for an understanding. A weary, choppy voice is heard: « I have heard some of your words, » says Julian Assange (I am having this sentence confirmed by the real English speakers to make sure I understood). In fact, he hasn’t heard everything that’s going on and may not be in a position to understand. Vanessa Baraitser doesn’t care, she’s done her performance, she’s in a hurry to leave. The whole room respects the ceremony and stands up. Then almost everyone in the room has their backs turned and puts their things away. But I realize that Julian Assange is still here and I’m staying, as always, until his final departure. I want to see his gait so that our doctor can assess his state of health. When the audience doesn’t really pay attention to him anymore, Julian Assange raises his fist! So I raise my arm and my fist too! I look at him!  Some activists will tell me, « But he can’t see you. I say, « Maybe someone will tell him we’re here. He saw us in January and February. He knows we’re here… ». And then Julian Assange leaps up and leaves the room with a quick step like a man who is just waiting for this opportunity to run away! I am reassured – his walk is alive and well, not doddering or uncertain like in winter. He wants to live and run away from there… When he disappears from the box, I agree to leave my seat and leave the room.

Christophe Deloire, general secretary of Reporters without Borders, 24 February 2020 in the front of the Woolwich Court

As always, I am stunned by what I have seen and experienced. It takes me a little time to come to my senses as the activists give a voice to the door of the building. I talk to John Shipton about the political quarantine that prevents us from coming to act for Julian from France. We talk about Julian’s health and conditions of detention « for 11 years » and the impossibility of talking to him at the moment. I have to leave quickly because because because of the quarantine I cannot afford to lose my return ticket on the Flixbus. I have work to do because I am immersed in reading an important book: « Sexus Politicus » by Christophe Deloire, General Secretary of Reporter sans Frontières since 2012, who was present at the trial of Julian d’Assange on 24 February. It is really important to understand how the network of political elites that decides our most intimate lives works, if we want to regain power over ourselves.

The Imperial College of London St Marys Medical School, the origin of the Covidian panic ideology

[1] https://www.justice.gov/opa/press-release/file/1289641/download

2. http://www.wauland.de/media/2009_Jahresbericht.pdf

http://www.wauland.de/media/2011_Transparenzbericht-Projekt04_de.pdf

3. https://mobile.twitter.com/tutby/status/1293099290349404160

4. https://therealslog.com/2020/03/03/extradition-showtrial-julian-assange-is-a-curates-egg-but-magistrate-vanessa-baraitser-is-a-rotten-apple-from-central-barrel-casting/

https://www.waterstones.com/author/michael-baraitser/57524

5. http://www.bbk.ac.uk/psychosocial/our-staff/academic/lisa-baraitser

6. https://www.health.org.uk/fellow/paula-baraitser

7. https://www.dailymail.co.uk/news/article-6516565/London-barrister-Aisha-Bijlani-court-allegedly-harrassing-city-lawyer-colleague.html

https://www.dailymail.co.uk/news/article-6607417/Ministry-Justice-adviser-52-punched-paramedic-road-spared-jail.html

https://news.sky.com/story/man-guilty-of-upskirting-photos-spared-jail-after-losing-job-and-having-mental-health-issues-11713948

https://www.bbc.com/news/uk-england-london-48716898

8 https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2019/02/26/la-justice-britannique-ordonne-l-extradition-d-alexandre-djouhri-vers-la-france_5428453_1653578.html

Audience de Julian Assange du 14 août – La Cour Westminster se mue en « Kindergarten »(école maternelle)

Monika Karbowska

J’ai repris le chemin outre- Manche pour assister au « Final administrative hearing » de Julian Assange à la Westminster Magistrate Court jeudi 13 août, le lendemain de l’annonce du lancement de « Sputnik 5 », le vaccin « anti-coronavirus » de la Russie, pleine d’espoir que ce pas puisse sortir les peuples de la terrible crise dans laquelle nous sommes enfoncés depuis 5 mois. Mon billet était prêt depuis plusieurs semaines et je gardais espoir que nous pouvions gagner cette lutte, celle pour SA liberté et pour la NOTRE, puisque la crise est une guerre permanente, une guerre de dirigeants contre leur peuple et une guerre « ouest  contre est », puisque l’Etat militaire américain et ses sbires baltes et polonais attaquent ouvertement la Biélorussie en envoyant des militants fascistes y fomenter des émeutes. Lors du voyage je suis restée mobilisée, diffusant sur les réseaux sociaux la vérité sur les prétendus « journalistes polonais arrêtés par Loukachenko » que soutient la Fédération Européenne des Journalistes, alors qu’ils sont en réalité deux dangereux militants néonazis.

Hopital St Marys à côté du Frontline Club

Je n’ai appris la nouvelle de la quarantaine imposée aux Français par la Grande Bretagne ne que le soir de mon arrivée à Londres. Cette nouvelle m’a surprise : jusqu’à présent le gouvernement de Boris Johnson participait au storytelling planétaire sur le coronavirus, mais dans la réalité il ne terrorise pas les Britanniques comme la mafia macroniste le fait sur le peuple français. En effet, j’avais préparé à l’avance l’attestation en théorie indispensable à l’entrée sur le territoire britannique, avec adresse de résidence et coordonnées de tierce personne pour la contacter au cas j’aurais filé le coronavirus à quelqu’un et que je refusais de répondre à mon propre téléphone… Et là, à Calais, la police aux frontières anglaise ne demande pas l’attestation ! Le chauffeur de bus m’a confirmé que depuis 10 jours de trajet quotidien cette attestation « covidienne » n’a jamais été exigée. Il était très aimable avec nous et s’est mis en quatre pour nous faire ouvrir les toilettes aux haltes et distribuer des bouteilles d’eau dans le train de l’Eurotunnel. En effet, le coronavirus a servi de bon prétexte pour fermer les toilettes et la climatisation dans les transports, ce qui à 35 degrés dehors génère stress et malaise.

A Londres, le temps est superbe et frais. Le quartier Paddington proche de la Westminster Court s’anime doucement depuis que les hôtels ont presque tous réouvert depuis le 1 août et que les touristes, tout d’abord anglophones, reviennent. Business oblige, les gérants sont tous très aimables et les prix très abordables. Les masques sont presque inexistants et en me promenant sous les grands arbres du quartier je me sens libérée de l’intense psychose collective dans laquelle nous sommes si plongés en France que nous ne nous en rendons plus compte. Ce n’est qu’au restaurant que le corona se rappelle à mon souvenir sous forme de grand registre tenu par la serveuse ou il faut inscrire son nom et son téléphone – mais les Britanniques ont une confiance plus grande dans leur gouvernement que nous dans le nôtre et ils n’ont pas peur d’être retrouvés par les autorités, accusés d’avoir « infecté » quelqu’un ni exterminés dans un hôpital. De même dans un autre pub, un parcours fléché imposé au consommateur afin qu’il ne se mélange pas avec les autres me rappelle que l’absurdité existe aussi de ce côté-ci de la Manche.

L’annonce de la quarantaine m’irrite car elle met en danger notre faculté de venir au procès de Julian Assange le 7 septembre. La mesure est clairement une pression visant l’économie française, les touristes anglais rapportant un argent non négligeable à l’économie de nombreuses régions. Comme tout dans cette crise, alors que les décideurs se soucient comme d’une guigne de la santé humaine, les décisions prises au nom du sanitaire ont de vraies raisons politiques. En d’autres termes, Poutine ayant appelé Macron immédiatement le jour même pour lui proposer son vaccin et l’inciter à mettre fin à l’hystérie covidienne, les Anglais font-ils une pression sur la France dans ces négociations dont les peuples sont exclus, alors même que se pose leur place dans le monde occidental depuis qu’ils se sont débarrassés de la tutelle de la Commission Européenne ? Je garde espoir que ces négociations aboutissent à un compromis et que la frontière puisse nous être ouverte à nouveau d’ici le 7 septembre.

J’arrive devant la Westminster Court tôt le matin et je suis donc la première devant la porte. Peu après arrive une militante australienne avec une grande banderole de soutien à Julian Assange. Nous discutons longuement de la terreur sanitaire entretenue dans nos pays par des gouvernements plus soucieux d’habitude de privatiser les systèmes de santé que de soigner les malades. Elle me raconte les dernières trouvailles liberticides d’un Occident en pleine tentation fasciste : la loi néo-zélandaise permettant l’enfermement dans des camps spéciaux des « infectés » par le coronavirus, la loi australienne permettant à la police de Melbourne de rentrer sans ordre de justice dans les maisons pour des inspections « sanitaires » et surtout la loi anglaise prévoyant de retirer immédiatement aux parents les enfants qui, dument testés, auraient de la fièvre à l’école ! Elle est d’autant plus horrifiée en tant que militante écologiste que c’est le gouvernement de gauche de l’Etat de Victoria qui impose avec fierté des mesures tyranniques contre les citoyens terrifiés. Mais elle m’assure aussi qu’une certaine révolte se lève dans cette société britannique très atomisée et que la manifestation contre le masque obligatoire avait fini par rejoindre les militants qui avait le jour même organisé une action de soutien à Julian Assange devant le 10 Downing Street.

Vers 7 heures arrive une militante française que je connais, puis une militante allemande avec laquelle j’ai sympathisée. Nous discutons de la situation en France et en Europe, et notamment de la porte de sortie de crise que constitue la manoeuvre du vaccin russe. La queue se forme vers 8 heures avec une dizaine de militants habituels, nous nous connaissons tous. Depuis que la velléités de certaines de faire des listes et de décider qui rentre et qui ne rentre pas s’est estompée, l’ambiance est bien plus sympathique et cordiale. Parmi les personnalités publiques j’aperçois alors Fidel Narvaez mais personne d’autre. Cependant, les rumeurs courent que le « social distancing » a été durci pour ne laisser que 5 places au public. La lutte va encore avoir lieu, cette fois ci avec la Cour… On rentre à 9 heures, le bâtiment est entièrement désert hormis les agents de sécurité. Une cour fantôme. On ne sait si c’est à cause de la corona-crise, puisque le gouvernement britannique avait déjà auparavant tendance à pousser la justice à ne plus exister autrement que par video et téléphone, ou est-ce parce qu’en réalité, à part l’extradition de Julian Assange et des Européens de l’est, ce tribunal ne gère que de petits délits de consommation de cannabis ou de conflits de voisinage. Ce bâtiment construit en 2011 est donc vide en permanence et n’aurait jamais réellement servi à la justice.

Les audiences des extradés est-européens ont-elles lieu « on line » comme l’annonçait l’affichette sur la porte le 27 juillet ? Cette annonce a disparu, dans la queue, les avocats des autres personnes sont peu nombreux. Le secrétariat du tribunal semble fermé et comme le 27 juillet il n’y aura plus aucune liste de noms affichée sur les porte des salles. Cependant dans le hall d’entrée plusieurs listes de jugés sont présentes. Le nom de Julian Assange figure sur une petite feuille épinglée par dessus la liste des cas jugés en salle 3. En face de son nom, un horaire : 15h30. Aïe, s’il faut attendre aussi longtemps, la perspective ne me réjouit guère. Mais comme on sait que rien n’est fait ici selon les règles, il faut rester. Nous sommes militantes qui nous précipitons au guichet du secrétariat où une seule employée a enlevé son masque encombrant derrière son mur de verre : elle nous dit de rester, il y aura des changements. Nous nous plaçons devant la porte en file indienne et discutons.

De l’eau s’écoule d’un éclairage de néon au plafond. Les agents de sécurité ont installé une rubalise et tentent de maitriser la fuite au beau milieu de la salle d’attente. Ils font appel à deux travailleur/es du nettoyage, est-européens, qui doivent éponger l’eau avec un chiffon au bout d’une longue perche, sans aucun équipement de sécurité alors qu’ils peuvent s’électrocuter… Tiens, je remarque qu’un des agents de sécurité que nous connaissons porte un badge bleu au lieu des insignes oranges de Mitie. Il confirme : oui, Mitie a bien perdu le marché du tribunal, lui a eu la chance d’être repris par la nouvelle boite, OSE, et il est bien content de garder un job proche de son domicile. Il est vrai que Mitie avait commis quelques abus ici devant nous et contre nous et peut être même contre Julian Assange, que nous avons pu voir terrorisé alors qu’ils étaient chargés de sa garde. Nous attendons encore jusqu’à 10 heures. Petit à petit la situation se clarifie : les Européens de l’est se regroupent devant la salle 1 et la salle 3 sera entièrement consacrée à Julian Assange. Florence Iveson, la nouvelle avocate ayant remplacé Hamilton Fitzgerald, s’active avec Alistar Lyon et la collaboratrice de Gareth Peirce entre les consultation room, le secrétariat et la salle d’audience toujours fermée.

A 10 heures passée l’audience n’a toujours pas commencé, et une certaine nervosité s’installe. Les journalistes arrivés pour Julian, Juan Passerelli, Mohamed El Maazi, une femme et deux hommes que je ne connais pas, sont assis sur les fauteuils de la salle d’attente confiants qu’ils vont pouvoir rentrer. Ce n’est pas notre cas, nous sommes inquiets de devoir rester debout toute la journée ici. Peu après la greffière, une femme que j’ai vu plusieurs fois toujours plongée dans son ordinateur, sort de la salle d’audience affichant un visage profondément ennuyé de quelqu’un qu’on charge d’une besogne qui n’est pas la sienne. Me trouvant toute proche j’entends Florence Iveson demander un délai parce que Belmarsh ne répond pas aux sollicitations des avocats.  La greffière finit par répondre qu’ils pourront peut-être lui parler dans la salle une fois la connexion video établie. Ainsi les avocats doivent se débrouiller pour faire comparaitre leurs clients et la cour ne fait aucun effort pour faire ce qui est quand même son travail… Encore un indice exaspérant que tous ces dysfonctionnements montrent un monde de faux semblants. Finalement à 10h30 nous sommes toujours debout devant la porte, alors que Iveson et les deux collaborateurs de Peirce et Birnberg s’enferment dans la salle.

La juge Baraitser, la femme qui est censée juger Assange , ici dans la salle 3 du bâtiment appartenant à a multinationales Prudendial qui loue ses locaux à la Westminster Magristrate Court

C’est alors qu’entrent dans la salle d’attente John Shipton et Stella Morris. John Shipton nous salue aimablement puis échange avec les journalistes. Il est question de qui va lui céder sa précieuse place, je ne peux le faire vu les efforts que je fais pour être ici. Mais j’ai le pressentiment que comme dans la Woolwich Court, cela ne sera pas nécessaire. Néanmoins lorsque la greffière sort à 10h45 et annonce qu’à cause du « social distancing » seuls les journalistes pourront entrer et personne d’autre, l’émotion est vive. Quelqu’un dit que quand même nous sommes ici depuis 6 heures du matin. Elle fait entrer les journalistes qui sont cinq en tout. C’est alors que John Shipton s’avance vers elle, Stella Morris derrière lui. Il dit « je suis le père de Julian Assange et elle sa partenaire » (« partner »). Et moi, qui suis toujours en tête de la file, je déclare « et moi je représente une association des droits de l’hommes ». La greffière me regarde avec hostilité et crie « Je ne parle pas avec vous » ! Je suis interloquée car je n’ai rien dit d’agressif. On aurait pu annoncer que nous sommes la « famille française » de Julian Assange, celle dont John Shipton a parlé le 18 avril 2020, mais ce n’est pas dans notre style de mentir. Quoi de plus naturel dans un pays démocratique que la présence d’une association de défense des droits de l’homme pour contrôler le respect des droits ! Nous n’avons pas besoin de nous justifier d’être là !

Je suis à côté de John Shipton

Alors la greffière me somme de reculer pour respecter le « social distancing ». Je le fais avec peine car la file me pousse dans le dos et les militants sont aussi excédés que moi. Je lui fais remarquer qu’au moins je porte un masque, un ustensile qui me donne visiblement plus de légitimité aujourd’hui que l’évocation des Droits de l’Homme… La greffière remarque « je dois gérer cette situation » qui objectivement n’est pas facile. On attend silencieusement. Finalement, elle fait entrer John Shipton et Stella Morris. Je peux entrer à mon tour et je pousse vite la porte du box du public sans me retourner. Trois autres militantes pourront entrer, une Française, une Allemande et une Britannique – l’Europe (occidentale) est au complet pour au moins symboliquement soutenir Julian Assange. Je suis assise sur le dernier fauteuil du premier rang. Deux fauteuils étant condamnés sur 3, John Shipton est à ma droite, Stella Morris au fond de la rangée, les autres militantes derrière. Je me retrouve en bonne position pour voir Julian Assange sur les deux écrans videos de part et d’autre de la salle et je suis assise pile dans l’axe en face de la juge Baraister.

Julian Assange en video

Baraitser est déjà là et nous regarde fixement. Et surtout, Julian Assange est là aussi dans la vidéo. Il est assis dans ce box aux murs bleu foncé sur des sièges rouges ressemblant à une salle d’attente. La pièce est différente de celle du 27 juillet et différemment filmée. Alors que le 27 juillet la caméra le filmait de près en face en le coupant au niveau de la taille, ici elle est située en haut d’un mur ce qui fait penser à une caméra de surveillance, et on peut le voir en entier. Le décor est celui des mises en scène de décembre et janvier dernier. Une porte à droite, une petite fenêtre donnant sur le couloir et un écriteau indéchiffrable au-dessus de sa tête. Julian Assange est assis les mains jointes sur ses genoux, la jambe droite croisée sur sa jambe gauche. Il porte le même pull beige et la même chemise blanche que la dernière fois, un pantalon gris un peu trop court et des chaussettes blanches. Il a les cheveux courts et pas de barbe, ou une barbe très courte, pas de lunettes et un air triste et résigné que j’ai vu surtout en novembre et décembre dernier. Comme alors il a l’air mal en point, prostré. Il ne bouge pas et ne change pas de position pendant une heure et quart. Parfois il penche vers le côté comme victime d’un malaise et garde les yeux baissés. Il ne participe pas au show, soit parce qu’il va mal, soit parce qu’il refuse d’y apporter sa caution. Il tousse fréquemment d’une toux sèche, qui ressemble à de l’asthme, et porte alors ses mains à son visage. Je suis préoccupée et chagrinée de le voir ainsi.

Il a l’air d’avoir froid avec ce pull, alors que les gardiens sont tous en chemise blanche manches courtes et pantalons noirs. Et des gardiens il y en a ! Ca pullule brusquement sur la vidéo de la prison, même si ces uniformes rappellent plutôt ceux des agents de sécurité privée et pas les uniformes noirs déjà vus dans de pareilles circonstances. D’abord ce sont deux hommes, un Blanc et un Noir, qui regardent Assange en se tenant dans l’embrasure de la porte. Puis il y a des femmes qui se joignent à eux. Ca défile dans le couloir, le brouhaha est audible jusqu’ici. Julian Assange reste impassible mais la pression exercée sur lui est visible. Le 27 juillet le personnel de « Belmarsh » était habillé comme des infirmières de blouses bleus et vertes . Visiblement Julian Assange a encore changé d’endroit, mais nous ne savons toujours pas ou il se trouve exactement. Nous ne savons toujours pas s’il reçoit nos courriers et si non pourquoi et pourquoi il ne peut y répondre…

Dans la salle le chaos flotte dans l’air. La juge Baraitser est le nez dans un dossier, silencieuse. L’avocate Florence Iveson entre et sort, on ne sait pourquoi. Julian Assange est absent, prostré. Le bruit s’amplifie : les gardiens parlent, et chaque fois que quelqu’un entre ou quitte la fameuse conférence téléphonique « online » on entend une voix métallique dire« left the conference ». Cela ne fait VRAIMENT pas sérieux. Vraiment « Kindergarten » comme je le confie à ma collègue allemande. Comme une école maternelle, alors que la vie d’un homme emprisonné est en jeu. On se pince pour y croire. A un moment donné Baraitser lève la tête, demande « Officer, Wandsworth », puis se rattrape « Belmarsh », et lui demande de faire moins de bruit car on n’entend rien dans notre salle ! Un gardien arrive et s’assied en face de Julian, on le voit distinctement traverser le box puis disparaitre de notre champ de vision. Surveillance permanente, comment Assange pourrait librement s’exprimer devant la cour avec de telles pression exercées sur lui !

D’ailleurs, à 10h55 Julian Assange tousse, puis dodeline de la tête et se mord les joues, parait très vieilli. Baraister se décide alors d’ouvrir le procès et lui demande de présenter son nom, de « formally identify ». J’entend bien sa voix à travers le haut-parleur. La voix de Julian Assange est hésitante, bute sur chaque syllabe, chaque mot est entrecoupé d’un silence, comme en décembre 2019 quand il était au plus mal. Est-il soumis à des pressions psychologiques, de la torture physique, des médicaments ? Sa date de naissance, «3 July 71 », il la prononce comme s’il n’y croyait pas non plus à cette identité aussi incertaine que sa voix l’est ici. Le chaos continue : Baraitser donne la parole à Claire Dobbin par l’entremise de la « conférence téléphonique ». On entend le début d’une phrase prononcée par Dobbin, puis plus rien. Baraitser donne alors la parole à Florence Iveson qui force le ton pour que Dobbin entende à travers la machine. Pour une fois j’entends correctement ce que dit la défense. Florence Iveson parait mal à l’aise et au bout de 15 minutes ses joues sont rouges, elle se retourne fréquemment pour consulter Alistar Lyon assis derrière elle. Julian Assange tousse de plus en plus, il a les épaules rentrées, parfois il bouge juste les doigts. Le gardien qui le contrôle bouge aussi et alors on le voit à l’écran. Baraitser essaye de faire répéter sa phrase à Dobbin puis jette l’éponge et appelle un technicien pour réparer le matos. Un jeune homme arrive et nous attendons encore ainsi un quart d’heure sans bouger.

Cet exemple montre clairement que la justice au téléphone, tout comme la médecine par téléphone, ça ne peut pas marcher. Il n’y a pas de procureur, comment une audience peut-elle avoir lieu ? Les conditions n’étant pas réunis pour un procès équitable, dans un pays normal le juge aurait renvoyé immédiatement tout le monde à la maison et fixé une autre date obligatoire pour tout le monde sans chercher à concilier des agendas ! Mais la question se pose déjà depuis un moment pour nous: Vanessa Baraitser est-elle vraiment juge ?

A 11h15 Claire Dobbin peut enfin parler dans son téléphone. Elle dit qu’elle ne savait pas que l’audience était fixée à 10 heures. Baraister la sermonne comme une petite fille sur le thème qu’elle avait effectivement fixé la date le 27 juillet. C’est tellement surréaliste qu’on a encore plus l’impression d’une répétition théâtrale dans une maternelle avec des gens qui jouent un rôle. Un certain Smith se trouve derrière Dobbin et tente de se justifier par les listes annonçant 15h30. J’entends bien Clair Dobbin car le son est très fort.

Florence Iveson commence son discours par la nouvelle accusation dont les documents seraient arrivés le jour même. Elle souligne que la défense n’a pas eu le temps de lire les 43 pages et qu’il est « astonishing » (surprenant) qu’une nouvelle « request » (demande) ait été faite car elle élargit considérablement la première. Selon elle, M. Krombach n’aurait pas envoyé le document à temps et argumente que l’ampleur du dossier ne permet pas de tenir avec une « approche pragmatique » la date du 7 septembre pour le procès. Elle plaide aussi en utilisant la notion de « narrative background » qui ne doit pas être exclus du dossier. Le nouveau dossier aurait dû être présenté à une « étape précoce ».  Je ne comprends pas bien ou elle veut en venir, qu’est-ce que le « narrative background » – (l’historique politique ?) qui ne serait pas mis en évidence ? Pas davantage je ne comprends pourquoi c’est le procureur Gordon Krombach qui aurait du transmettre le dossier alors qu’il n’est qu’un des sept « assistant United State Attorney » figurants en bas du document d’accusation signé par G. Zachary Terwilliger « Unit States Attorney » le 24 juin dernier[1]. Il va falloir se pencher sur le fonctionnement compliqué des institutions américaines et de leurs liens avec le traité d’extradition bilatéral de 2003.

Je suis perplexe par rapport à la date du 21 décembre que j’entends sans comprendre le contexte précis. Ce que je comprends est qu’elle demande un temps supplémentaire pour traiter ces documents et parce que cette demande initie une nouvelle procédure (« new conduct »). Il nous semblerait même qu’une nouvelle accusation devrait donner lieu à une autre procédure distincte qui devrait être disjointe de celle-là et passer d’abord par la voix diplomatique avant de devenir officiel. Baraitser lui demande alors d’illustrer ses paroles sur ce qu’elle veut dire avec « new conduct ». Je ne comprends pas sa réponse qui est très brève. Julian Assange est encore plus immobile et prostré. Alors Madame Dobbin a la parole. Elle cite Krombach et le paragraphe 9 du Grand Jury selon lequel les Etats Unis continuent leur « criminal investigation » contre M. Assange et que le procureur poursuit son enquête « criminelle ». Elle répète que certes, ce n’est pas pour cette accusation « remplaçante » qu’il a été accusé et « charged » (accusé) cela n’est pas important puisque de toute façon la procédure sera « élargie ». Selon la procédure M. Assange est un hacker et c’est cela le vrai « background » de la demande d’extradition. Pendant qu’elle parle, les gardiens bougent de leur siège, une femme ouvre la porte du box, il y a du bruit et je n’entends plus les détails de ce qui est dit. J’ai l’impression que Julian Assange n’entend rien et ne comprend pas lui non plus.

Florence Iveson répond que selon le paragraphe 9, l’enquête en cours, les preuves versées ne portent que sur les accusations pour 2010 et pas pour les « accusations de remplacements » (« superseding charges »). Il s’agit des conversations sur la messagerie Jabber entre Chelsea Manning et Julian Assange dont l’accusation a toujours fait grand cas dans ces documents, mais qu’elle n’a jamais, selon moi, était en mesure de les produire publiquement. Pourtant lors du procès de février la salle 2 de la Woolwich Court était pourvue d’un gigantesque écran sur lequel il était possible de montrer les fameux protocoles de la messagerie Jabber prouvant les conversations Manning-Assange. J’ai assisté aux 4 jours du procès et je n’ai rien vu de tel. Il faut aussi rappeler pour mémoire que la messagerie Jabber a été développée par la Fondation allemande Wau Holland, cette même fondation qui de 2009 à 2014 a produit et dirigé le projet 04 « défendre la liberté d’information Wikileaks » pour laquelle Assange a été chef de projet (Projektleiter) en 2011 et 2012, selon les rapports d’activité publics de la fondation[2]. Jabber était censée être une messagerie cryptée inviolable… Julian Assange a fait doublement confiance aux Allemands, en tant que directeur de leur projet « Wikileaks » et en tant qu’usager de leur produit Jabber… et cela lui a été fatal. Dans la salle, les dirigeants de la Wau Holland, dont « l’ami » Andy Müller Maguhn brillent par leur absence…

Une fois que Florence Iveson ait répété sa demande de délai supplémentaire, Baraitser résume sa position comme une prof face à son élève : l’ancienne demande n’est pas annulée par la nouvelle. La défense a besoin de plus de temps. Le « narrative background » a été ignoré et le « case management hearing » (audition de préparation) ne peut pas décider quelle preuve est recevable. Elle annonce qu’elle est favorable à ce que la défense ait plus de temps pour travailler ses arguments.

Je la regarde bien et à ce moment-là il se passe quelque chose. Je vois le visage de cette femme comme s’éclairer et s’arrondir. Elle se trouve juste en face de moi, pas très loin finalement. Elle a l’air rajeunie. Mes yeux sont exactement dans l’axe des siens qui prennent alors une belle teinte vert claire. Elle continue de parler, puis baisse les yeux sur son texte. Elle lit clairement son texte, de plus en plus mécaniquement, comme s’il avait été écrit à l’avance, ou par quelqu’un d’autre, comme un scénario d’un rôle. Elle lit de plus en plus visiblement. J’ai en face de moi une femme qui se comporte comme Svietlana Tichanouska, la femme au foyer intronisée par l’Occident « première opposante » au président Loukachenko lorsqu’elle a fuit son pays pour la Lituanie pro-américaine lundi dernier après avoir poussé des militants à commettre des émeutes. Elle a alors publié une vidéo ou elle lit un texte, si visiblement qu’on ne peut s’empêcher de penser qu’elle est otage de ses nouveaux « amis » américains et qu’elle veut le montrer indirectement[3]. Je me tourne vers ma collègue allemande et je lui lance déconcertée « cette femme est-elle une actrice » ? (Schauspielerin)

La biographie de Baraitser et les raisons de sa responsabilité dans ce dossier ont été un mystère jusqu’à présent. Sa carrière de juge semble bien mystérieuse car il n’y a quasiment aucune information publique sur elle. Son père Michaël Baraitser est un neurogénéticien sud-africain blanc d’origine juive venu en Grande Bretagne au début des années 70 et bien établi dans les instituts scientifiques britanniques[4]. Une de ses sœurs, Lisa Baraitser a un impressionnant CV de psychologue, chercheuse et spécialiste de la maternité, du genre, du féminisme et des théories queer [5]! La deuxième sœur, Paula Baraitser possède un confortable poste de chercheuse en sexologie au Kings College de Londres, autre prestigieuse institution[6]. Avec des compétences familiales aussi poussées en psychologie et sexualité humaine, on se demande comment la juge Baraitser ne voit pas que la campagne de propagande diffamant Assange en tant que violeur s’appuyait sur un vide complet, ce que je moi et certaines de mes amis féministes nous avons immédiatement perçus une fois qu’on a lu le dossier suédois publié.

Comment se fait-il qu’originaire d’une telle famille, versée dans la psychologie et bardée de diplômes prestigieux, madame Baraitser, en tant que juge de quartier, d’une simple cour de justice prudhommale, participe à un sketch manipulatoire aussi honteux ? La question clé serait « qu’est-ce que cela peut-il bien lui rapporter » ? Par ailleurs, le sérieux de son activité de juge est mis en question. Nous n’avons en effet pas pu trouver d’autres traces que quelques affaires de harcèlement, de voyeurisme et d’alcoolisme sur la voie publique (!)[7] et dans le chapitre des extraditions, la curieuse affaire française de la fuite de Alexandre Djouhri[8], porteur de valise financier de Nicolas Sarkozy en 2012 qu’elle a remis en liberté en février 2019. Un juge de cour « magistrate » peut avoir été avocat, mais là non plus pas de trace d’une quelconque activité. De moi-même je n’ai pas vu madame Baraitser juger d’autres extradés avant le cas bizarre d’un Letton membre du KGB le 27 juillet dernier. En septembre et octobre 2019 j’ai vu lors de trois audiences Emma Arbuthnot juger des Polonais enfermés dans les prison de Wandsworth ou Belmarsh et décider de leur extradition ou non. J’ai vu d’autres juges juger ces affaires courantes. Madame Baraitser, elle, semble n’avoir comme travail que de s’occuper de l’affaire Assange et cela est étrange.

A la fin de sa lecture, Baraitser s’adresse à Iveson : « vous avez besoin de plus de temps. Quand vous serez prête informez la cour ».  L’avocate de Julian Assange semble alors prise de panique. Elle se tourne, visage rouge, vers Alistar Lyon et sa collègue et parle « d’instructions » et de « difficultés de communication ». Il ne lui vient cependant pas à l’esprit de demander à son client ce qu’il en pense, alors qu’il est juste là en face d’elle, et que normalement il n’est pas interdit à l’avocat de s’adresser à son client pendant le procès (je l’ai vérifié avec les avocats des Polonais). Visiblement tout est fait pour que Julian Assange ne puisse JAMAIS parler de vive voix librement en présence de personne étrangère au cercle. Baraitser lui vient en aide en fixant une date, vendredi ou mercredi prochain. Puis elle s’adresse à Julian Assange « la date du 7 septembre sera effective. Vous n’avez pas été arrêté pour les nouvelles accusations » (pardi, il est encore présumé innocent, oui !).

Julian Assange lève la tête.

Alors Baraitser demande à Iveson et Dobbin si elles sont d’accords. Pour elle, en février c’était un accord général, et maintenant il y a une nouvelle procédure, nouvelle demande. Tout le monde est d’accord ? Dobbin et Iveson sont d’accord. On ne demande pas à Assange son avis. Baraitser a hâte d’en finir. Elle commence un layus sur la « global pandemic » (notre chère religion covidienne), propose d’un « cloud video plateform » pour les déposition des témoins et donne la date limite du 21 août pour la liste des témoins qui viendront personnellement. La perspective d’un procès en « cloud plateforme » est inquiétante. Il est 11h40. Julian Assange tousse encore, nous les militants, nous sentons notre nervosité et notre émotion monter. Baraitser, Dobbin et Mr. Smith discute si le secrétariat est disponible. Dobbin enchaîne sur « l’expertise psychologique » (mental expertise, psychological report) demandé par le procureur Krombach. Iveson est d’accord avec elle, mais pas nous ! En effet, la longue expérience militante montre qu’un prisonnier politique ne doit jamais accepter d’expertise psychiatrique pour sauver sa peau, parce que la crédibilité de son action en sera durablement atteinte et cela va fatalement lui porter préjudice. A fortiori une telle expertise est inutile dans une procédure d’extradition ! Finalement, Iveson déclare pouvoir présenter les «preuves » pour le 24 août. Dobbin la somme aussi de répondre aux « 25 statements » de M. Krombach. On entre dans des débats de secrétariat, qui peut qui ne peut pas. Il est question d’un « pre-hearing » et puis de video-conférence.

Lorsque Baraitser élève la voix, je comprends que l’audience du 24 août a été annulée. Elle annonce que ce fut aujourd’hui la dernière audience administrative et que la comparution physique de « M. Assange » à la Old Bailey le 7 septembre à 10 heures est maintenue. Elle lui dit qu’il reste en détention et demande s’a compris. On entend alors une voix lasse et hachée : « J’ai entendu certaines de vos paroles » dit Julian Assange (je me fais confirmer cette phrase par les anglophones pour être sûre d’avoir compris). En fait, il n’a pas entendu tout ce qui se passe et n’est peut-être pas en état de comprendre. La juge Baraitser n’en a cure, elle a effectué sa prestation, elle se dépêche de partir. Toute la salle respecte le cérémonial et se lève. Puis presque tout le monde dans la salle a le dos tourné et range ses affaires. Mais moi je m’aperçois que Julian Assange est encore là et je reste, comme toujours, jusqu’à son départ définitif. Je veux voir sa démarche pour que notre médecin puisse évaluer son état de santé. Alors que l’assistance ne prête plus vraiment attention à lui, Julian Assange lève le poing ! Alors je lève le bras et le poing aussi ! Je le regarde !  Des militants me diront, « mais il ne te voit pas ». Je réponds: « peut-être que quelqu’un lui dira que nous sommes là. Il nous a vu en janvier et février. Il sait qu’on est là…. » Et puis Julian Assange se lève d’un bond et quitte la pièce d’un pas rapide comme un homme qui n’attend que cette occasion pour fuir ! Je suis rassurée – sa démarche est bien vivante, pas dodelinante ou incertaine comme en hiver. Il a envie de vivre et se sauver de là… Lorsqu’il disparait du box, j’accepte de quitter mon siège et de sortir de la salle.

Imperial College of London ou Neil Ferguson nous a imposé l’idéologie de la panique Covid

Comme toujours, je suis sonnée par ce que j’ai vu et vécu. Il me faut un peu de temps pour reprendre mes esprits alors que les militants donnent de la voix devant la porte du bâtiment. J’échange avec John Shipton sur la quarantaine politique qui nous empêche de venir agir pour Julian de France. Nous évoquons la santé et les conditions de détention de Julian « depuis 11 ans » et l’impossibilité de lui parler actuellement. Je dois partir vite car à cause de la quarantaine je ne peux me permettre de perdre mon billet de retour en Flixbus. J’ai du travail car je me plonge dans la lecture d’un livre important : « Sexus Politicus » de Christophe Deloire, secrétaire général de Reporter sans Frontières depuis 2012, présent au procès de Julian d’Assange le 24 février dernier. Il est vraiment important de comprendre comment marche le réseau des élites politiques qui décide de nos vies les plus intimes, si nous voulons récupérer notre pouvoir sur nous-même.


[1] https://www.justice.gov/opa/press-release/file/1289641/download

[2] http://www.wauland.de/media/2009_Jahresbericht.pdf

http://www.wauland.de/media/2011_Transparenzbericht-Projekt04_de.pdf

[3] https://mobile.twitter.com/tutby/status/1293099290349404160

[4] https://therealslog.com/2020/03/03/extradition-showtrial-julian-assange-is-a-curates-egg-but-magistrate-vanessa-baraitser-is-a-rotten-apple-from-central-barrel-casting/

https://www.waterstones.com/author/michael-baraitser/57524

[5] http://www.bbk.ac.uk/psychosocial/our-staff/academic/lisa-baraitser

[6] https://www.health.org.uk/fellow/paula-baraitser

[7] https://www.dailymail.co.uk/news/article-6516565/London-barrister-Aisha-Bijlani-court-allegedly-harrassing-city-lawyer-colleague.html

https://www.dailymail.co.uk/news/article-6607417/Ministry-Justice-adviser-52-punched-paramedic-road-spared-jail.html

https://news.sky.com/story/man-guilty-of-upskirting-photos-spared-jail-after-losing-job-and-having-mental-health-issues-11713948

https://www.bbc.com/news/uk-england-london-48716898

[8] https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2019/02/26/la-justice-britannique-ordonne-l-extradition-d-alexandre-djouhri-vers-la-france_5428453_1653578.html

Scripted chaos – Julian Assange appears at the Westminster Magistrate Court on Monday 27 July 2020

I can’t hide it, emotion gripped me when I returned to London after exactly 5 long months since the epic last day of Julian Assange’s trial at the Woolwich Court on February 27th. In the meantime, we have lived through many trials, the strange and violent Covid adventure, police confinement, social and economic chaos, the ultimate terror that many of our citizens still feel. Words are lacking to describe the strange feeling of a return to the « life before », when the political power is still the same and we are weakened by what it inflicts on us, in France as in England and throughout Europe.

Nevertheless, we are not giving up the struggle. The borders being open again, the quarantine over, I went back to Paris – London Victoria Coach Station. Eurolines having been swallowed up by its German competitor, the bus drivers were no longer the ones I had come to know by dint of making the trip twice a month. Were they fired in the context of the compulsory liquidation that Flixbus imposed on Eurolines? Some restrictions are still in place: one out of two seats condemned, toilets closed… The bus was occupied by migrant families joining theirs. My young neighbour was a Polish migrant living in London who took advantage of a cheap offer to make a tourist stop in Paris.

The border crossing lasted two hours because you had to show your white paw: a form filled in on the British government website in which you had to fill in your departure and arrival details, information on your means of transport and the sacrosanct mobile phone in order to be contacted again if you had transmitted a coronavirus to someone… You also had to leave a third person’s phone in case you refused to answer the friendly government requests on the covid19. But the border police seemed annoyed by this bureaucratic hassle and let me pass without presenting the document in view of my French passport.

My reunion with the British capital was full of emotion. Indeed, contrary to what I had expected, I felt very comfortable. The great city of London is almost empty. People were walking slowly, without stress, the weather was superb (except this Monday…). The greenery and flowers were shining. People are apparently not terrorized by disease. Very few masks in the streets, and despite the obligation, very few masks in shops, cafes and restaurants. It is in the subway that the wearing of masks is the most disciplined, although the trains were empty of the usual crowds, although I don’t understand if this is due to holidays or teleworking. Admittedly, economic activity is reduced, and a large number of hotels and restaurants are closed, hoping to reopen in August. I do not know what is happening to the workers in these establishments. But I was happy to find my little habits in the cafés in the Paddington area around the Frontline Club, places that Julian Assange had frequented and which are only a few hundred metres from Westminster Court. Opposite the Frontline Club, Norfolk Place, lies the huge complex of St Mary’s Hospital, the historic site of Alexander Fleming’s discovery of penicillin. 50 metres from the Frontline Club is a place of powerful power, the importance of which we unfortunately did not grasp last winter: the Imperial College of London Medical School. This « Imperial » research centre which has influenced our lives in France and Europe to an unimaginable extent is physically part of the Saint Mary’s Hospital complex but is not dependent on the British health system, the National Health Administration. The all-too-famous Neil Fergusson, a 50-year-old mathematician who boasts of having imposed total confinement on the French population after terrorizing President Macron, is vice-decan, vice-president of this institution and sits in this building (1).

London from the side of the St Marys Hospital

On Monday 27 July 2020, at 8 a.m., in front of the Westminster Court there was nobody there. So I was the first to enter the court. At 8.15 a.m. two activists from Don’t Extradite Assange arrived, followed by journalists Marty Silk, Mohamed El Maazi, Juan Passerelli and other regulars. We greeted each other and exchanged news in a friendly atmosphere, like a family prevented from seeing each other again because of the political closure of the borders. It must be said that in the absence of Greekemmy the atmosphere was always more relaxed in the courtyard. I spent the hour and a half waiting in front of the door to sympathize and chat with a German-speaking activist.

the building of the Westminster Cout is part privatized: the left side belongs to the Insurance company Prudential. Prudential rent the rooms to the Westminster Court. Only the right side belong to the City of Westminster

At 9:30 a.m., I met the same security guards from Mitie who have known us for almost a year already. I found the list of extradited persons in the hall – Julian Assange as number 1 for room 3, then 15 names of Poles, Romanians, Slovaks, Hungarians… When I found myself in front of the door of room 3, with a « social distancing » of 2 meters imposed between each person, (to be compared with the 1 meter in France), I noticed that apart from us, Julian Assange’s supporters, there was nobody else. The court was empty, as if it was disused. No secretary came to stick the list of the judges on the door. The secretariat looked like it was closed. A poster on the front door informed that the hearings would be held by video and that each defendant and his family would receive the necessary information by e-mail. The Covid crisis has amplified the British policy already underway to dematerialize all institutions. The buildings thus freed from the useless human presence will thus be able to be used for something else, the question is precisely what for?

So we spent 45 minutes alone in the vast waiting room in front of the empty coffee machines. A few Polish lawyers nevertheless appeared later for some exceptional physical hearings. The families of the Eastern Europeans on trial after Julian Assange remained absent. The « ghost court » aspect was accentuated when at 10 am we noticed that there was still no movement in the courtroom. In the meantime, lawyer Edward Hamilton Fitzgerald had arrived accompanied by a young blonde woman, perhaps his collaborator, whose name was published on twitter as Julian Assange’s new lawyer. It must be said that Gareth Peirce was no longer there. Edward Hamilton Fitzgerald and the young woman held a brief meeting in the first consultation room at about 10 o’clock. I also note the presence of Mark Summers. In the audience, two female journalists arrived as well as a curious young girl wearing a black cap and a black mask so big that one could never recognize her face. She was sitting on a chair reading a book called « Skripal files ». She did not enter the public gallery until 11:30 am.

In the front of the Courtroom 3 wearing the mask I hate…

In theory the mask is compulsory for everyone, but only ordinary citizens are required to exercise. Vanessa Baraitser, the clerk, the court clerk, the prosecutor and the lawyers did not wear masks during the hearing or in the corridors. It is obvious that no one here believes in the need to protect oneself from « danger » and those present who know each other kiss and touch each other without any embarrassment. What a contrast with our countries of continental Europe, which have been kneaded for 5 months by a panic fear that is as irrational as it is ancestral!

It is already more than 10 o’clock when the hall opens and without any other form of ceremony, in the absence of any court officials, we settle in without any way, whereas in winter the control of the allocation of seats was so severe and the object of so much tension. Journalists are even moving into the right-wing ranks, normally reserved for the court employees who are now absent. The clerk is already sitting at his desk under the dais and he won’t raise his head from his computer as if everything that is happening here does not concern him. Fitzgerald is sitting next to a young prosecutor, the old one, Lewis, is not there. There is a playground atmosphere in the room, rather than a court of life and death, the freedom of people. Vanessa Baraitser arrives, equal to herself in her same black outfits and gives the same speech, not without having warned that she will not tolerate people standing in the public gallery: indeed, because of coronavirus, half of the seats are condemned, we can only be eight. As I entered first, I am comfortably seated in the middle of the front row.

In the surrounding hubbub, I don’t understand everything that is being said. Five months and a few tests later, I am no longer in the bath of legal English as I was in February. Moreover, the « online conference » – the parallel conference call – hinders comprehension because every time someone logs on or leaves the « conference » a loud, artificial voice resounds in the room. What is immediately apparent is that Julian Assange will not be appearing contrary to what was announced on twitter. I understand that lawyer Fitzgerald is justified in having contacted Belmarsh and that the prison would have told him that they were not aware of the prisoner’s appearance today!  Judge Baraitser responds that she is not responsible and that the prisoner’s appearance is not her business ! I think we’re walking on our heads! If now it is up to the lawyers to call the prison to arrange the appearance of the accused, are we really still in a real court? But yes, Baraitser instructs the lawyer to call the prison himself!

She dialogues with the young prosecutor who seems to know nothing about it either and starts her administrative job of preparing the final trial asking the prosecution to provide written arguments by September and listening to the answers on what has already been e-mailed to her by the parties. Only once, out loud as if to address us, Baraitser notes Julian Assange’s absence. Fitzgerald is as usual hesitant with this attitude of permanent justification that characterizes him and which exasperates more than one activist. He ends up saying that he would like to consult with his client and would be very happy if he could establish this contact. At 10:30 a.m., Baraitser finally gets fed up with the cinema and says, « We were not able to see Mr. Assange. Make a request to the prison and when you are ready, let me know ». She leaves quietly, and while we stand up as usual, the journalists leave the room, while Mark Summers replaces Fitzgerald on the lawyers’ seat.

I’m annoyed. What is still going on in this « Kasperletheater », (puppet theatre according to the German sympathizer?). Should I go out like the others or should I stay and watch my place? Or are the real decisions made? Is it the lawyers who run the court or the court that establishes and monitors the procedures? What is this place that definitely does not look like a court?

Another young prosecutor begins a long tirade about organized bank fraud in Latvia at the beginning of the brilliant years of the wild capitalism of the 90s. I understand we’ve moved on to the next case and I’m staying to listen and learn. Mark Summers responds to the prosecutor and I understand the whole story for an hour and a quarter. A certain Mr. « Kopiczko » or « Pavliczko » (I never understand Eastern European names pronounced in English) is being prosecuted by Latvia for bank fraud. Having been an agent of the KGB, he was granted asylum in Russia, and in 1997 Russia rejected Latvia’s request for extradition. Summers pleads without hesitation for the rights of his client, a former KGB agent. In spite of his work for the Russian agency, the accused obtained the right of asylum in Great Britain in 1999 and Great Britain refused his extradition in 2002. Latvia joined the European Union in 2004 and demanded his extradition in 2007 via a European arrest warrant. However, since 2007, this warrant has not been executed. There is no reason to extradite in 2020 a man whose extradition was already refused by the British state in 2002, concludes the lawyer. I look in the direction of the box of the accused: Mr. « Bobiczko » or « Pavliczko » is sitting in front of the box, he is a small man in a dark suit and with an all-purpose appearance.

At 11.26 a.m. something suddenly happens, a rumour arises. The journalists return and the activists take their places. Some sit on the floor so that Baraitser cannot see them from his platform. The latter has run away without any way at the end of the pleading, she comes back quietly around 11:35 am. It is 11.28 a.m. and there is no more mention of Mr. « Bobiczko/Pavliczko ». Later, I go down to the hall to consult the list of defendants in room 3 to spell his name correctly. I note one Romanian, one Pole, one Lithuanian, one Hungarian, one Slovak and one Pole again. No Latvian or Russian on the list. That’s odd. An unscheduled case is being tried when the scheduled defendants are not. What’s going on here?

At 11:30, the clerk manipulates the video order. We understand that Julian’s going to appear in court. On the screen on the left, I see a dark box filmed up close with a door on the left and a window on the right. A small sign « HMP Belmarsh » hangs under the window. Curiously, a sort of bar crosses the screen, as if there were a table or counter in front of the seat. The minutes go by. At 11.45 a.m. the clerk declares « Good Morning Belmarsh ». Baraister then requests that Julian Assange be called. A blonde woman in black uniform appears on the screen in the doorway of the storeroom without it being known whether the suit she is wearing is really the dress of the guards of this prison. A minute goes by and we see a movement in the corridor behind the stall. Then Julian Assange comes in. You can’t see the whole thing because the camera cuts him off at the waist. So you can’t see if he’s walking normally or if he can barely stand. He immediately sits on the seat in front of the camera. The bar across the screen cuts him in the chest, so you can’t see his legs. He is wearing a beige sweater and a white shirt with the collar pulled out over the sweater. It is rather cool that day, but wearing a sweater in the middle of summer can only mean that he is subjected to the cold air of a severe climate. Behind him, the corridor is under artificial light. He has short hair with a fringe on the side, his face is hairless, he doesn’t wear glasses. Some activists told me about a white band on his forehead, I didn’t see it, but it’s possible that my vision at 10 meters away wasn’t good enough.

However, I can clearly see Julian Assange’s face. I recognize him. It is the same man as in February, his face looks the same as it did on February 27th. His face is rather round, less emaciated than in January. His eyes are a little bit blacked out, sunken in his sockets, and his face is sad. However, I have the impression that he is less emaciated than before. He puts his hands on his thighs and doesn’t move, looking down in a prostrate attitude.

When Vanessa Baraitser asks him to state his name, he says « Julian Assange » and his date of birth « 3 July 1971 » in a voice that seems more assured. Unless they had simply pushed the microphones to the limit: the events of February had shown us that the organizers of the show were capable of cutting off the microphones in the public gallery so that nothing could be heard of what he was saying or shouting – on February 26th and 27th he had stood up in protest and we had seen him revolt without being able to hear him… Everything is designed to leave him speechless and keep us helpless in the face of the « puppet show ».

Vanessa Baraitser begins a dialogue with the lawyer and the prosecutor about the new accusations that are being reported in the media. Hamilton Fitzgerald brings up the subject, hoping that the existing charges will be dropped in favour of the news. This is odd because in law, proceedings that have already been initiated must be completed and a new charge would normally be the subject of another proceeding. I am trying to see Julian’s hands, I am trying to convey to him all our collective thoughts of support and friendship. Behind him, silhouettes of women dressed in green or blue gowns pass by and pass over several times. It clearly feels like they are medical gowns and the wives of hospital staff. Finally, Julian Assange raises his eyes and looks straight ahead into the camera. I’m convinced he knows we’re here. At the end, he coughs and then raises his hands to his face three times. The emotion is there, he responded to our gesture.

At 12.03 on the dot, Vanessa Baraitser said she was negotiating with the Old Bailey court. Julian Assange leans slightly to her right. Fitzgerald brings up the subject of a psychiatric examination. I’m disappointed. A psychiatric report has no place in extradition proceedings. It is finally the prosecutor who seems less aggressive: for him the new charges have not been filed, are therefore not subject to debate and he is not in a hurry to deal with the psychiatric expertise. Finally, Vanessa Baraitser sets two new dates: August 14 for a « final admission hearing » and August 24 for the « call over hearing ». Julian Assange will have to appear on video.  The discussion resumes on the weeks of procedures scheduled at the Old Bailey. I understand that the defense is asking for additional weeks but I do not understand what the final decision is. At 12:05, it’s over. Vanessa Baraitser gets up and leaves. That’s expedited.

We try to stay, we raise our fists when Julian Assange gets up and turns to walk out of the stall. He looks weary and I feel his weariness. How much time are we going to spend within these walls? I come out disturbed, despite my satisfaction at having once again made the trip and done my duty.

From the waiting room, I see the Poles and the Romanians and their lawyers moving towards room number one. Outside, the activists are being filmed by cameras. Edward Fitzgerald gives a quick report of the hearing to someone on the phone. I have doubts that he is really the decision-maker in this trial. I have doubts about what this building, this courtroom, is all about. Around him are strange buildings: the adjoining building is disused and under construction since 2011, theoretically managed by the company Proximity, but in one of its wings, 191 Old Marylbone Road, refugees are housed in a kind of shabby hotel under the pompous name of « Mina Palace » (2). The history of the building tells us that in this place was until 1948 the oldest maternity hospital in London where poor women came to give birth and sometimes, alas, to abandon their children (3). The nurses of the hospital were directly housed here. Today, children’s clothes hanging from the windows and toys in the small hall attest to an effective human presence. Opposite the court, on the avenue, an imposing red brick building belongs to the Church Army, a charitable church organisation working for the state (no separation of church and state in England). It houses the Women’s Day Center, a shelter for homeless women. 300 metres west of the courtyard (4), towards Edgware Road, a building dating from the 1960s houses refugees from the NGO One Westminster. The neighbourhood appears in its obvious social regres.

the former Church Army building next to the Prudential -Court building belongs to Proximity compagny. The building is empty but his underground parkings are used by the China Embassy. Next to the empty building the refugee center with children « Mina palace ».
The Mina Palace refugee center with women and children is part of the former Church Army building and just behing the Westminster Court -Prudential building

From the Marylbone subway station to Edgware Road station, this former working-class neighborhood is undergoing a profound transformation: entire blocks of houses are being destroyed and gaping holes are surrounded by large fences. Office buildings and residences made of concrete and glass are emerging from the ground. Powerful investors are transforming this neighbourhood in an intense gentrification process. The Westminster Court building, built in 2011 on the site of the « Old Marylbone police court », has the soulless style of so many offices in our neo-liberal metropolises. Its use as a court of law seems increasingly questionable to me.

the Womends Day Center – house for homeless women hold by the Church Army is just in from of the Prudential – Westminster Court building
other shelters for refugees 100 meters from the Westminster Court

A few days later, on Wednesday evening at 9 p.m. on July 29th, the underground entrance to the courtyard through which the detainees are brought was illuminated, as was the entire « back office » part of the building where judges and defendants are located during the day. The lights were also switched on at night in part of the secretariat in the old wing of the building on the west side, as well as on the top floor in meeting rooms. So what kind of meeting is this building used for, apart from staging Julian Assange’s trial?

The next day I explore another place of power nearby: the Imperial College of London Medical School St Marys Campus, Praed Street, opposite the Frontline Club and the Alexander Fleming Museum, which is closed because of coronavirus. The Imperial College of London is the major research centre of the British Crown, whose Faculty of Medicine is world famous for seeking to impose the repressive confinement of European populations as an instrument for managing the health crisis known as « covid « 19 in continental Europe (5).  Neil Ferguson, the vice-president of this institution, is known to be the ideologue of confinement (6).  Its Centre for Infectious Disease Prevention is also known to be funded by the Bill and Melinda Gates Foundation and to serve as an advisory centre to the WHO (7). Since 2016, this centre had already prepared the policy that it successfully imposes on Europeans today (8).

Imperial College of London, St Marys Medical School, Medical School where Mr Neil Ferguson, Vice decan imposed the covidian ideology and health dictatorship on us in March 2020.
St Marys Hospital left and Imperial College of London right on Praed Street

We probably witnessed, without knowing it, the launch of the health propaganda campaign aimed at terrorising the people of Europe. For me, the starting point for this global psychological operation was the strange conference we attended at the Frontline Club on 13 January 2020 – the journalists’ club that was Julian Assange’s place of work and life in 2010 and 2011 and located opposite the Imperial College of London Faculty of Medicine, 13 Norfolk Place. The title of the conference was « Antibiotic Resistance – Refraiming a Global Health Emergency »(9). We attended out of pure curiosity, but in reality we were in the midst of an economic and political environment that would profoundly influence our lives and we didn’t know it. A panel of five ideologues sat in front of an audience of young researchers and journalists. We heard an alarmist speech where the most absurd phrase seemed to be « you are all going to die of an unknown disease ». It made us laugh. It seemed absurd to us that we could terrorize the planet with a speech about antibiotic resistance without talking about human immunity and the adaptation of humanity to its environment. Somehow we were wrong not to take these ideologues seriously, because two months later this guilt ridden and terrifying discourse has become a global norm, the norm in our lives. Are the ideologues who imposed the « coronavirus » policy in our countries the ones who were in the room at the time? At the time, what I was hearing seemed so incredible that I could never have imagined the rest of the scenario.

The Frontline Club, a restaurant and club owned by Vaughan Smith and managed by the Frontline Club Charity Trust. Where Julian Assange was supported and owned from 2010 to the end of 2011. This is where we attended the « Antibiotic Resistance » conference on 13 January 2020 where speakers from Imperial College of London announced the advent of the Covidian ideology « you are all going to die ». In the background we can see the Imperial College of London building and the St Marys Hospital

I regret not having been more lucid and not having taken seriously what I was hearing, not having perceived the immediate danger in what seemed to me just a simplistic Soros-style speech led not by serious researchers but by ideologists paid by foundations and private labs. Now, if we want to return to normal life, we need to understand who imposed this discourse in our lives, by what means and for what reason. And undo that power. Yes, our lives are at stake, it’s no exaggeration to say.

1.             https://www.imperial.ac.uk/people/neil.ferguson

http://www.francesoir.fr/politique-monde/les-mysteres-du-masque-entre-deraison-soumission-panique-et-contagion

https://www.businessinsider.fr/us/neil-ferguson-transformed-uk-covid-response-oxford-challenge-imperial-model-2020-4

2. https://www.google.fr/maps/place/Proximity+London,+191+Old+Marylebone+Rd,+Marylebone,+London+NW1+5DZ,+Royaume-Uni/@51.5203389,-0.1657446,19z/data=!4m5!3m4!1s0x48761ab6064fd427:0x7a793037a3c957b2!8m2!3d51.520384!4d-0.16553

https://www.google.fr/search?q=191+old+marylebone+road&sxsrf=ALeKk00ktssVWUqKpcrPwQEeVwBZZ2ajZw:1594562971617&source=lnms&tbm=isch&sa=X&ved=2ahUKEwjW1fr78cfqAhUux4UKHcCLBIIQ_AUoA3oECAwQBQ&biw=1536&bih=754#imgrc=TbYxHFJc35DwZM

3.             https://ezitis.myzen.co.uk/queencharlottemarylebone.html

4.             https://www.maryleboneproject.org.uk/

5. https://en.wikipedia.org/wiki/Imperial_College_London

https://www.imperial.ac.uk/medicine/about-us/

https://www.imperial.ac.uk/stories/covid-19-first-six-months/

6. https://www.nouvelobs.com/coronavirus-de-wuhan/20200409.OBS27280/10-choses-a-savoir-sur-neil-ferguson-l-epidemiologiste-que-tout-le-monde-ecoute-face-au-covid-19.html

https://www.imperial.ac.uk/people/neil.ferguson

7.«  It gets tens of millions of dollars in annual funding from the Bill & Melinda Gates Foundation, and works with the UK National Health Service, the US Centres for Disease Prevention and Control (CDC), and is tasked with supplying the World Health Organization with « rapid analysis of urgent infectious disease problems. » – in :

https://www.businessinsider.fr/us/neil-ferguson-transformed-uk-covid-response-oxford-challenge-imperial-model-2020-4

8. https://www.imperial.nhs.uk/about-us/events/predicting-and-preventing-infectious-diseases 9             https://www.frontlineclub.com/superbugs-reframing-a-global-health-emergency/

Un chaos scénarisé – Julian Assange apparait à la Westminster Magistrate Court le Lundi 27 juillet 2020

Monika Karbowska

Je ne peux pas le cacher, l’émotion m’a étreint lorsque que je suis revenue à Londres après 5 longs mois exactement depuis l’épique dernière journée du procès de Julian Assange à la Woolwich Court, le 27 février. Entre temps, nous avons vécu bien des épreuves, l’étrange et violente aventure du Covid, l’enfermement policier, le chaos social et économique, la terreur ultime que bien de nos concitoyens éprouvent encore. Les mots manquent pour décrire l’étrange sensation de retour à la « vie d’avant », alors que le pouvoir politique est toujours le même et que nous sommes affaiblis par ce qu’il nous inflige, en France comme en Angleterre et partout en Europe.

Néanmoins, nous ne lâchons pas la lutte. Les frontières étant à nouveau ouvertes, la quarantaine terminée, j’ai repris le chemin du Paris – Londres Victoria Coach Station. Eurolines ayant été avalé par sa concurrente allemande, les chauffeurs du bus n’étaient plus ceux que j’avais finis par connaitre à force de faire le trajet 2 fois par mois. Ont-ils été licenciés dans le cadre de la liquidation judiciaire que Flixbus a imposé à Eurolines ? Certaines restrictions sont toujours présentes : un siège sur deux condamné, toilettes fermées… Le bus était occupé par des familles de migrants rejoignant les siens. Mon jeune voisin était un migrant Polonais vivant à Londres qui a profité d’une offre bon marché pour faire un saut touristique à Paris.

Le passage à la frontière a duré deux heures car il fallait montrer patte blanche : un formulaire rempli sur le site du gouvernement britannique dans lequel il faut consigner ses coordonnées de départ et d’arrivée, les informations sur son moyen de transport ainsi que le sacro-saint téléphone portable afin d’être recontacté si jamais on aurait transmis un coronavirus à quelqu’un… Il fallait de plus laisser le téléphone d’une tierce personne au cas on refuserait de répondre aux sollicitations amicales du gouvernement sur le covid19. Mais la police des frontières semblait ennuyée par ces tracasseries bureaucratiques et m’a laissé passer sans présenter le document au vue de mon passeport français.

Dans mon café préféré à Paddington

Mes retrouvailles avec la capitale britannique ont été pleines d’émotions. En effet, contrairement à ce que je m’attendais, je me sentais très à l’aise. La grande ville de Londres est presque vide. Les gens se promenaient doucement, sans stress, le temps était superbe (sauf ce lundi…). La verdure et les fleurs resplendissaient. Les gens ne sont apparemment pas terrorisés par la maladie. Très peu de masques dans les rues, et malgré l’obligation, très peu de masques dans les magasins, les cafés et les restaurants. C’est dans le métro que le port du masque est le plus discipliné, encore que les rames aient été vides de la foule habituelle, sans que je comprenne si c’est dû aux vacances ou au télétravail. Certes, l’activité économique est réduite, de très nombreux hôtels et restaurants sont fermés, espérant pouvoir rouvrir en août. Je ne sais pas ce que deviennent les travailleurs de ces établissements. Mais j’ai retrouvé avec plaisir mes petites habitudes prises dans les cafés du quartier Paddington, autour du Frontline Club, lieux que Julian Assange avait fréquentés et qui se trouvent à quelques centaines de mètres à peine de la Westminster Court. En face du Frontline Club, Norfolk place, s’étend l’immense complexe du St Mary’s Hospital, lieu historique de découverte de la pénicilline par Alexandre Fleming. A 50 mètres du Frontline Club se trouve un lieu de pouvoir puissant dont nous n’avions malheureusement pas saisit l’importance en hiver dernier : l’Imperial College of London Medical School. Ce centre de recherche « Impérial » qui a influencé nos vies en France et en Europe à un point inimaginable fait physiquement partie du complexe de l’hôpital Saint Mary’s mais ne dépend pas du système de santé britannique, le National Health Administration. Le trop fameux Neil Fergusson, mathématicien de 50 ans qui se vante d’avoir imposé le confinement total à la population française après avoir terrorisé le président Macron, est vice-decan, vice-président de cette institution et il siège dans ce bâtiment[1].

St Marys Hospital à Paddington, lieu historique de découverte de la péniciline

Le lundi 27 juillet 2020, à 8 heures, devant la Cour Westminster il n’y avait personne. J’ai donc été la première à entrer dans le tribunal. A 8h15, deux militants de Don’t Extradite Assange sont arrivés, puis des journalistes, Marty Silk, Mohamed El Maazi, Juan Passerelli, et encore d’autres habitués. Nous nous sommes salués et avons échangé les nouvelles dans une ambiance amicale, comme une famille empêchée de se revoir pour cause de fermeture politique des frontières. Il faut dire qu’en l’absence de Greekemmy l’ambiance a toujours été plus détendue dans la cour. J’ai passé l’heure et demie à attendre devant la porte à sympathiser et à discuter avec une militante germanophone.

A 9h30, j’ai retrouvé les mêmes agents de sécurité de Mitie qui nous connaissent depuis presque 1 an déjà. J’ai retrouvé la liste des extradés dans le hall – Julian Assange en numéro 1 pour la salle 3, puis 15 noms de Polonais, Roumains, Slovaques, Hongrois… Lorsque je me suis retrouvée devant la porte de la salle 3, avec un « social distancing » de 2 mètres imposé entre chaque personne, (à comparer avec le 1 mètre en France), j’ai remarqué qu’à part nous, les soutiens de Julian Assange, il n’y avait personne d’autre. Le tribunal était vide, comme désaffecté. Aucun secrétaire n’est venu coller la liste des jugés sur la porte. Le secrétariat avait l’air fermé. Il faut dire qu’une affiche sur la porte d’entrée informait que les audiences auront lieu par vidéo et que chaque prévenu et sa famille recevront les informations nécessaires par mail. La crise du Covid a amplifié la politique britannique déjà en route de dématérialisation de toutes les institutions. Les bâtiments ainsi libérés de la présence humaine inutile pourront ainsi servir à autre chose, la question est justement à quoi ?

L’entrée centrale de la Wesminster Magistrate Court

Nous avons donc passé seuls 45 minutes dans la vaste salle d’attente devant les machines à cafés vides. Quelques avocats polonais sont néanmoins apparus plus tard pour quelques audiences physiques exceptionnelles. Les familles des Européens de l’est jugés après Julian Assange sont restées absentes. L’aspect « cour fantôme » s’accentua lorsqu’à 10h nous constations qu’il n’y avait toujours aucun mouvement dans la salle d’audience. Entre temps, l’avocat Edward Hamilton Fitzgerald était arrivé accompagné par une jeune femme blonde, peut être sa collaboratrice dont le nom a été publié sur twitter comme nouvelle avocate de Julian Assange. Il faut dire que Gareth Peirce n’était plus là. Edward Hamilton Fitzgerald et la jeune femme ont tenu une brève réunion dans la première consultation room vers 10 heures. Je remarque aussi la présence de Mark Summers. Dans le public, deux femmes journalistes sont arrivées ainsi qu’une curieuse jeune fille portant une casquette noire et un masque noir si grand qu’on ne pourrait jamais reconnaitre son visage. Elle était assise sur un siège à lire un livre intitulé « Skripal files ». Elle entrera dans la galerie du public qu’à 11h30 seulement.

En théorie le masque est obligatoire pour tout le monde, mais seuls les citoyens lambda s’astreignent à l’exercice. La juge Baraitser, le greffier, l’employé du tribunal, le procureur et les avocats ne portaient pas de masque pendant l’audience, ni dans les couloirs. Visiblement ici personne ne croit à la nécessité de se protéger du « danger » et les personnes présentes qui se connaissent s’embrassent et se touchent sans gêne aucune. Quel contraste avec nos pays d’Europe continentale pétris depuis 5 mois par une peur panique aussi irrationnelle qu’ancestrale !

Il est déjà plus de 10 heures quand la salle s’ouvre et sans autre forme de cérémonie, en l’absence de tout agent du tribunal, nous nous y installons sans façon alors qu’en hiver le contrôle d’attribution des places était si sévère et l’objet de tant de tensions. Les journalistes s’installent même dans les rangs de droite, normalement réservés aux employés du tribunal aujourd’hui absents. Le greffier est déjà assis à son bureau sous l’estrade et il ne lèvera pas la tête de son ordinateur comme si tout ce qui se passait ici ne le concernait pas. Fitzgerald est assis à côté d’un jeune procureur, l’ancien, Lewis, n’est pas là. Il y a dans la pièce une ambiance de cour de récréation plutôt que celle d’un tribunal statuant sur la vie et la mort, la liberté de personnes. La juge Baraitser arrive, égale à elle-même dans ses mêmes ensembles noirs et débite le même discours, non sans avoir averti qu’elle ne tolérera pas de gens debout dans la galerie du public : en effet, pour cause de coronavirus, la moitié des sièges est condamnée, nous ne pouvons être que huit. Comme j’étais entrée la toute première, je suis confortablement assise au milieu du premier rang.

Dans le brouhaha ambiant, je ne comprends pas tout ce qui est dit. Cinq mois et quelques épreuves plus tard, je ne suis plus dans le bain de l’anglais juridique comme j’ai pu l’être en février. De plus la « online conférence » – la conférence téléphonique parallèle, gène la compréhension car chaque fois que quelqu’un se branche ou quitte la « conférence » une voix forte et artificielle retentit dans la salle. Ce qui apparait tout de suite est que Julian Assange ne comparaitra pas contrairement à ce qui avait été annoncé sur twitter. Je comprends que l’avocat Fitzgerald se justifie d’avoir contacté Belmarsh et que la prison lui aurait répondu qu’ils n’étaient pas au courant de la comparution du prisonnier aujourd’hui ! La juge Baraitser répond qu’elle n’en est pas responsable et que la comparution du prévenu n’est pas son rayon. Je me dis qu’on marche sur la tête ! Si maintenant c’est aux avocats d’appeler la prison pour arranger la comparution de l’accusé, sommes-nous encore vraiment dans un vrai tribunal ? Mais oui, Baraitser enjoint à l’avocat de faire lui-même la demande de comparution à la prison !

Elle dialogue avec le jeune procureur qui parait n’être au courant de rien non plus et elle entame son job administratif de préparation du procès final demandant à l’accusation de fournir des argumentaires écrits pour septembre et écoutant les réponses sur ce qui lui a déjà été envoyé par mail par les parties. Une seule fois, à voix haute comme pour s’adresser à nous, Baraitser constate l’absence de Julian Assange. Fitzgerald est comme d’habitude hésitant avec cette attitude de justification permanente qui le caractérise et qui exaspère plus d’un militant. Il finit par dire qu’il voudrait consulter son client et serait très heureux s’il arrivait à établir ce contact. A 10h30, Baraitser finit par en avoir marre du cinéma et déclare « Nous n’avons pas pu voir Monsieur Assange. Faites une demande à la prison et quand vous serez prêt, faites-moi savoir ». Elle sort tranquillement, et pendant que nous nous levons selon l’usage, les journalistes quittent la pièce, alors que Mark Summers remplace Fitzgerald sur le siège des avocats.

Je suis agacée. Que se passe-t-il encore dans ce « Kasperletheater », (théâtre de marionnettes selon la sympathisante allemande ?) Dois-je sortir comme les autres ou rester surveiller ma place? Ou donc sont prises les vraies décisions ? Est-ce les avocats qui dirigent la cour ou la cour qui établit et surveille les procédures ? Qu’est-ce que c’est que ce lieu qui définitivement ne ressemble pas à un tribunal ?

Un autre jeune procureur commence une longue tirade ou il est question de fraude bancaire organisée en Lettonie au début des brillantes années du capitalisme sauvage des années 90. Je comprends qu’on est passé au cas suivant et je reste pour écouter et apprendre. Mark Summers répond au procureur et je comprends toute l’histoire déroulée pendant 1 heure et quart. Un certain M. « Kopiczko » ou « Pavliczko » (je ne comprends jamais les noms est-européens prononcés en Anglais) est poursuivi par la Lettonie pour fraude bancaire. Ayant été agent du KGB il obtient le droit d’asile en Russie et ce pays rejette en 1997 la requête d’extradition de la Lettonie indépendante. Summers plaide sans états d’âme les droits de son client ancien agent du KGB. Malgré son travail pour l’agence russe, l’accusé obtient le droit d’asile en Grande Bretagne en 1999 et la Grande Bretagne refuse son extradition en 2002. La Lettonie rejoint l’Union Européenne en 2004 et exige son extradition en 2007 via un mandat d’arrêt européen. Or, depuis 2007, ce mandat n’a pas été exécuté. Il n’y a pas lieu d’extrader en 2020 un homme dont l’extradition a été déjà refusé par l’Etat britannique en 2002, conclut l’avocat. Je regarde en direction du box des accusés : M. « Bobiczko » ou « Pavliczko » est assis devant le box, c’est un petit homme au costume sombre et à l’aspect passe-partout.

A 11h26, brusquement il se passe quelque chose, une rumeur se lève. Les journalistes reviennent et les militants reprennent leur place. Certains s’asseyent par terre afin que Baraitser ne les voit pas de son estrade. Celle-ci s’est sauvée sans façon à la fin de la plaidoierie, elle revient tranquillement vers 11h35. Il est 11h28 et il n’est plus question de M. « Bobiczko/Pavliczko ». Plus tard, je descends dans le hall consulter la liste des accusés de la salle 3 pour orthographier correctement son nom. Successivement, je note un Roumain, un Polonais, un Lithuanien, un Hongrois, un Slovaque, à nouveau un Polonais. Pas de Letton ni de Russe sur la liste. Bizarre. Un cas non prévu est jugé alors que les accusés prévus ne le sont pas. Que se passe-t-il ici ?

A 11h30, le greffier manipule la commande de la vidéo. On comprend que Julian va comparaitre. Sur l’écran de gauche, je vois apparaitre un box sombre filmé de près avec une porte à gauche et une fenêtre à droite. Un petit écriteau « HMP Belmarsh » est suspendu sous la fenêtre. Curieusement une espèce de barre traverse l’écran, comme si une table ou un guichet se trouvait devant le siège. Les minutes passent. A 11h45 le greffier déclare « Good Morning Belmarsh ». Baraister demande alors que Julian Assange soit appelé. Une femme blonde en uniforme noir apparait dans l’écran dans l’embrasure de la porte du box sans qu’on sache si le costume qu’elle arbore est réellement l’habit des gardiens de cette prison. Une minute s’écoule et on voit un mouvement dans le corridor derrière le box. Puis Julian Assange entre. On ne peut pas le voir en entier, car la caméra le coupe à la taille. Impossible de voir donc s’il marche normalement ou s’il tient à peine debout. Il s’assied immédiatement sur le siège devant la caméra. La barre en travers de l’écran le coupe à la poitrine, on ne voit pas ses jambes. Il porte un pull beige et une chemise blanche avec le coll sorti sur le pull. Il fait plutôt frais ce jour-là, mais porter un pull en plein été ne peut que signifier qu’il est soumis à un air froid d’une clim sévère. Derrière lui, le corridor est sous lumière artificielle. Il a les cheveux courts avec une frange coiffée sur le côté, son visage est glabre, il ne porte pas de lunettes. Certains militants m’ont parlé d’un bandeau blanc sur le front, moi je ne l’ai pas vu, mais il est possible que ma vision à 10 mètres de distance n’était pas assez bonne.

Cependant je distingue bien le visage de Julian Assange. Je le reconnais. C’est bien le même homme qu’en février, son visage a l’aspect qu’il avait le 27 février. Son visage est plutôt rond, moins émacié qu’en janvier. Ses yeux sont un peu cernés de noir, enfoncés dans les orbites et son visage est triste. Cependant, j’ai l’impression qu’il est moins amaigri qu’auparavant. Il pose ses mains sur ses cuisses et ne bouge plus, le regard tourné vers le bas dans une attitude de prostration.

Lorsque la juge Baraitser lui demande de décliner son nom, il dit « Julian Assange » et sa date de naissance «3 July 1971 » d’une voix qui semble plus assurée. A moins qu’ils n’aient simplement que poussé les micros à fond : les événements de février nous avaient montré que les organisateurs du spectacle étaient capables de couper les micros dans la galerie du public afin qu’on n’entende rien de ce que lui dise ou crie – le 26 et 27 février il s’était levé en protestant et on l’avait vu se révolter sans pouvoir l’entendre… Tout est étudié pour le laisser sans voix et nous maintenir impuissants face au « spectacle de marionnettes ».

La juge Baraitser engage un dialogue avec l’avocat et le procureur au sujet des nouvelles accusations dont parlent les médias. C’est Hamilton Fitzgerald qui pose le sujet, escomptant que les accusations existantes soient annulées aux profit des nouvelles. C’est étrange parce qu’en droit, la procédure déjà engagée doit être menée à terme et une nouvelle accusation doit normalement être l’objet d’une autre procédure. J’essaye de voir les mains de Julian, je m’applique à lui transmettre toutes nos pensées collectives de soutien et d’amitié. Derrière lui, passent et repassent plusieurs fois des silhouettes de femmes habillées de blouses vertes ou bleues. On a clairement l’impression que ce sont des blouses médicales et les femmes du personnel hospitalier. Enfin, Julian Assange lève les yeux et regarde droit devant lui dans la caméra. J’ai la conviction qu’il sait qu’on est là. A la fin, il tousse et lève alors trois fois ses mains vers son visage. L’émotion est là, il a répondu à notre geste.

A 12H03 pile, la juge Baraitser dit négocier avec la cour Old Bailey. Julian Assange se penche légèrement sur sa droite. Fitzgerald aborde le sujet d’une expertise psychiatrique. Je suis désappointée. Une expertise psychiatrique n’a pas sa place dans une procédure d’extradition. C’est finalement le procureur qui semble moins agressif : pour lui les nouvelles accusations n’ont pas été déposées, ne sont pas donc pas objet de débat et il n’est pas pressé de s’occuper de l’expertise psychiatrique. Finalement, madame Baraitser pose deux nouvelles dates : le 14 août pour un « final admission hearing » et le 24 août pour le « call over hearing ». Julian Assange devra y comparaitre en vidéo.  La discussion repart sur les semaines de procédures prévues à la Old Bailey. Je comprends que la défense demande des semaines supplémentaires mais je ne saisis pas quelle est la décision finale. A 12h05, c’est fini. La juge Baraitser se lève et s’en va. C’est expéditif.

On essaye de rester, on lève le poing quand Julian Assange se lève et se tourne vers la sortie du box. Il parait las et je ressens sa lassitude. Combien de temps allons-nous passer dans ces murs ? Je sors perturbée, malgré ma satisfaction d’avoir encore une fois fait le voyage et fait mon devoir.

De la salle d’attente, je vois les Polonais et les Roumain et leur avocats se diriger vers la salle numéro 1. Dehors les militants sont filmés par des caméras. Edward Fitzgerald fait un rapport rapide de l’audience à quelqu’un au téléphone. J’ai des doutes qu’il soit réellement décisionnaire dans ce procès. J’ai des doutes sur ce qu’est ce bâtiment, ce tribunal. Autour de lui se trouvent des bâtiments étranges : l’immeuble attenant est désaffecté et en construction depuis 2011, en théorie géré par l’entreprise Proximity, mais dans une de ses ailes, 191 Old Marylbone Road, des réfugiés sont logés dans un espèce d’hôtel miteux sous l’appellation pompeuse de « Mina Palace »[2]. L’histoire de l’immeuble nous apprends que dans cet endroit se trouvait jusqu’en 1948 la plus ancienne maternité de Londres ou les femmes pauvres venaient accoucher et parfois hélas, abandonner leur enfants. Les infirmières de l’hôpital étaient directement logées ici[3]. Aujourd’hui des vêtements d’enfants suspendus aux fenêtres et des jouets dans le petit hall attestent d’une présence humaine effective. En face du tribunal, sur l’avenue, un imposant immeuble de briques rouges appartient à la Church Army, une organisation ecclésiastique caritative travaillant pour l’Etat (pas de séparation de l’Eglise et de l’Etat en Angleterre). Il abrite le «Women’s Day Center », un foyer pour femmes SDF[4]. A 300 mètres à l’ouest de la cour, en direction du métro Edgware Road, un immeuble des années 60 loge des réfugiés de l’ONG One Westminster. Le quartier apparait dans son délabrement social évident.

Foyer pour femmes sans domicile Womens Day Center en face de la Westminster Court

De la station de métro Marylbone à celle d’Edgware Road ce quartier, anciennement ouvrier, est soumis à une transformation profonde: des pâtés de maison entiers sont détruits et des trous béants sont entourés de grandes palissades. Des immeubles de bureaux et des résidences en béton et verre sortent de terre. Des investisseurs puissants transforment ce quartier dans une gentrification intense. L’immeuble de la Westminster Court, édifié en 2011 sur l’emplacement de la « Old Marylbone police court » a d’ailleurs le style sans âme de tant de bureaux dans nos métropoles néolibérales. Son usage en tant que tribunal me parait de plus en plus douteux.

Bâtiments désaffectés jouxtant la Westminster Court au 181 Marylebone Road

Quelques jours plus tard, le mercredi soir à 21h, le 29 juillet, l’entrée souterraine de la cour par laquelle les détenus sont amenés était illuminée, de même que toute la partie « back office » du bâtiment ou se trouvent dans la journée juges et accusés. La lumière était allumée également cette nuit dans une partie du secrétariat dans l’aile ancienne du bâtiment côté ouest, ainsi qu’au dernier étage dans des salles de réunions. A quelle réunion donc ce bâtiment sert-il, à part à mettre en scène le jugement de Julian Assange?

J’explore le lendemain un autre lieu de pouvoir tout proche: l’Imperial College of London Medical School St Marys Campus, Praed Street, en face du Frontline Club et du musée d’Alexandre Fleming fermé pour cause de coronavirus. L’Imperial College of London est le grand centre de recherche de la Couronne Britannique dont la Faculté de Médecine est mondialement connue pour avoir cherché à imposer l’enfermement répressif des populations européennes comme instrument de gestion de la crise sanitaire appelée « covid19 » en Europe continentale.[5] Neil Ferguson, le vice-président de cette institution, est connu pour être l’idéologue du confinement. [6] Son Centre de Prévention des Maladie Infectieuses est aussi connu pour être financé par la Fondation Bill et Melinda Gates et pour servir de centre de conseil à l’OMS[7]. Ce centre avait déjà par ailleurs préparé depuis 2016 la politique qu’il impose avec succès aux Européens aujourd’hui[8].

Imperial College of London, St Marys Medical School, Ecole de Médecine où M. Neil Ferguson, Vice Decan nous a imposé l’idéologie covidienne et la dictature sanitaire en mars 2020

Nous avons probablement assisté sans le savoir au lancement de la campagne de propagande sanitaire visant à terroriser les populations européennes. Pour moi, le point de départ de cette opération psychologique mondiale a été l’étrange conférence à laquelle nous avons assisté au Frontline Club le 13 janvier 2020– ce club de journalistes qui fut le lieu de travail et de vie de Julian Assange en 2010 et 2011 et situé en face de l’Imperial College of London Faculté de Médecine, 13 Norfolk Place. Le titre de la conférence était « La résistance aux antibiotiques – repenser l’urgence sanitaire globale»[9]. Nous y avons assisté par pure curiosité, mais en réalité nous étions au cœur d’un milieu économique et politique qui allait profondément influencer nos vies et nous ne le savions pas. Un panel de 5 idéologues était assis devant un parterre de jeunes chercheurs et de journalistes. Nous entendions un discours alarmiste ou la phrase la plus absurde nous semblait être « vous allez tous mourir d’une maladie inconnue ». Cela nous faisait rire. Il nous semblait absurde qu’on puisse terroriser la planète avec un discours sur la résistance aux antibiotiques sans parler de l’immunité humaine et de l’adaptation de l’humanité à son environnement. Quelque part, nous avions tort de ne pas prendre ces idéologues au sérieux, car deux mois plus tard ce discours culpabilisant et terrifiant est devenu une norme mondiale, la norme dans nos vies. Les idéologues qui ont imposé la politique du « coronavirus » dans nos pays sont-ils ceux qui étaient alors dans la salle ? A l’époque ce que j’entendais me semblait tellement incroyable que je n’aurais jamais imaginé la suite du scénario.

Le Frontline Club, restaurant et Club appartenant à Vaughan Smith et géré par le Frontline Club Charity Trust. où Julian Assange a été soutenu et détenu en 2010 à fin 2011. C’est ici que nous avons assisté le 13 janvier 2020 à la conférence sur la « Résistance aux antibiotiques » ou les conférenciers de l’Impérial College of London nous ont annoncé l’avènement de l’idéologie covidienne « vous allez tous mourir ».

Je regrette de ne pas avoir été plus lucide et de ne pas avoir pris au sérieux ce que j’entendais, de ne pas avoir perçu la dangerosité immédiate dans ce qui me semblait juste un discours simpliste « à la Soros » mené non pas par des chercheurs sérieux mais des idéologues payés par des fondations et labos privés. Maintenant, si nous voulons revenir à une vie normale, nous devons comprendre qui a imposé ce discours dans nos vies, par quel moyen et pour quelle raison. Et défaire ce pouvoir. Oui, il y va de nos vies, ce n’est pas exagéré de le dire.


[1]             https://www.imperial.ac.uk/people/neil.ferguson

http://www.francesoir.fr/politique-monde/les-mysteres-du-masque-entre-deraison-soumission-panique-et-contagion

https://www.businessinsider.fr/us/neil-ferguson-transformed-uk-covid-response-oxford-challenge-imperial-model-2020-4

[2] https://www.google.fr/maps/place/Proximity+London,+191+Old+Marylebone+Rd,+Marylebone,+London+NW1+5DZ,+Royaume-Uni/@51.5203389,-0.1657446,19z/data=!4m5!3m4!1s0x48761ab6064fd427:0x7a793037a3c957b2!8m2!3d51.520384!4d-0.16553

https://www.google.fr/search?q=191+old+marylebone+road&sxsrf=ALeKk00ktssVWUqKpcrPwQEeVwBZZ2ajZw:1594562971617&source=lnms&tbm=isch&sa=X&ved=2ahUKEwjW1fr78cfqAhUux4UKHcCLBIIQ_AUoA3oECAwQBQ&biw=1536&bih=754#imgrc=TbYxHFJc35DwZM

[3]             https://ezitis.myzen.co.uk/queencharlottemarylebone.html

[4]             https://www.maryleboneproject.org.uk/

[5] https://en.wikipedia.org/wiki/Imperial_College_London

https://www.imperial.ac.uk/medicine/about-us/

https://www.imperial.ac.uk/stories/covid-19-first-six-months/

[6] https://www.nouvelobs.com/coronavirus-de-wuhan/20200409.OBS27280/10-choses-a-savoir-sur-neil-ferguson-l-epidemiologiste-que-tout-le-monde-ecoute-face-au-covid-19.html

https://www.imperial.ac.uk/people/neil.ferguson

[7] «  It gets tens of millions of dollars in annual funding from the Bill & Melinda Gates Foundation, and works with the UK National Health Service, the US Centres for Disease Prevention and Control (CDC), and is tasked with supplying the World Health Organization with « rapid analysis of urgent infectious disease problems. » – in :

https://www.businessinsider.fr/us/neil-ferguson-transformed-uk-covid-response-oxford-challenge-imperial-model-2020-4

[8] https://www.imperial.nhs.uk/about-us/events/predicting-and-preventing-infectious-diseases

[9]             https://www.frontlineclub.com/superbugs-reframing-a-global-health-emergency/

Fin de partie romantique de l’affaire Julian Assange? 2ème partie

Objections, analyses et actions de Wikijustice – 2ème partie

Monika Karbowska

Incohérence du storytelling photos et vidéos

La photo du couple Morris/Assange publiée par le Daily Mail et reprise dans une version découpée par les comptes Twitter et Facebook actuels de Stella Morris ne lasse pas d’interroger les incohérences du récit journalistique. Le couple est ensemble depuis 2015. Ils sont pris en photo enlacés dans une rue d’une ville. Mais alors, en 2015, Julian Assange n’était-il pas confiné dans une pièce de l’ambassade de l’Equateur, interdit de sortir sous peine d’être emprisonné et extradé vers la Suède ? Pouvait-il arpenter tranquillement avec le sourire les boulevards de Londres avec Stella Morris ? On nous a donc bien menti.

Je n’aime pas pointer du doigt le physique des personnes et ceux qui lisent mes articles ne trouveront pas de critiques irréfléchies de ce type. Mais la composition de la photo publiée par le Daily Mail le 11 avril dernier [1]et reprise par Stella Morris sur son compte twitter et Facebook est tellement étrange qu’elle m’oblige à faire le commentaire suivant : un observateur attentif verra, en regardant le bas de la photo, que les jambes de Julian Assange sont coupées au niveau de ses mollets et celles de Stella Morris au niveau de ses pieds. Ayant vu les deux personnes en chair et en os plusieurs fois et sachant que Stella Morris est de très petite taille (moins d’1 mètre 55) et Julian Assange plutôt haut de taille (1 mètre 90), la différence de taille fait qu’il est impossible que la tête de Madame Morris accolée à Julian Assange lui arrive au menton, tout au plus peut-elle arriver à sa poitrine. C’est logique et cela saute aux yeux de tous ceux qui ont vu en vrai les deux protagonistes de l’histoire. Leur jambes ont été découpées sur la photo pour pouvoir « ajuster » les personnages et réduire leur dimorphisme. J’affirme donc que cette photo est truquée.

En revenant vers le storytelling de la même presse d’il y a quelques années, les incohérences sont encore plus flagrantes. Un article du Guardian du 15 mai 2018[2] décrit avec un luxe de détails la surveillance intrusive que Julian Assange aurait subie dans « l’ambassade » de 2016 à mars 2018. Les agents d’UC Global l’observaient des années durant par les caméras de surveillance d’un PC de sécurité installé dans un immeuble voisin. Ils contrôlaient les passeports de toutes les personnes entrant pour lui rendre visite et transmettaient leurs coordonnées d’abord à Rafaël Correa puis à Lénine Moreno. Dans ces conditions, puisque UC Global aurait vendu les images aux autorités américaines, ces autorités étaient donc parfaitement au courant de la relation d’Assange avec Stella Morris. Nul besoin de voler des couches de bébé, il suffit de regarder ce qui se passe dans l’intimité de l’appartement via les caméras, procédé pornographique obscène s’il en est, mais il semble effectivement que rien n’a été épargné à Julian Assange. L’article précise que le gouvernement de Correa a coupé internet à Julian Assange définitivement en février 2018 et il a été interdit de visite dès mars 2018, enfermée dans le « solitary confinement » que nous commençons tous à expérimenter en Europe depuis ces dernières semaines, et ce pratiquement jusqu’au bout, jusqu’au 11 avril 2019. Or, Madame Morris affirme aujourd’hui que c’est la période à laquelle elle lui rendait visite en permanence, pour concevoir leur deuxième enfant, puis en étant enceinte.

Il est étonnant que Julian Assange n’ait à aucun moment évoqué sa « partenaire » et sa paternité future pendant 5 ans de 2015 à 2020. Depuis 2016, ses avocats ne se sont à aucun moment servis de cette information pourtant capitale pour demander un arrêt des poursuites suédoises ou sa libération en tant que soutien de famille, particulièrement dans les moments dramatiques de mai à octobre 2019 alors que Julian Assange était enfermé à l’isolement suite à sa condamnation pour rupture de libération conditionnelle. Le récit larmoyant de Stella Morris ne nous fournit pas de précisions sur l’état civil des enfants pourtant importantes pour toute action de soutien juridique à Julian Assange. Julian Assange a-t-il reconnu ces enfants à l’état civil britannique ? Portent-ils son nom ? S’appellent-ils Morris, Gonzalez Devant ou Smith Robertson ? John Shipton, considéré comme le père biologique de Julian Assange, est lui-même en contradiction avec les dires de Stella Morris lorsque le 18 avril dernier il évoque encore une fois la « famille française » et fait l’impasse sur les enfants de Morris[3]. Devons-nous comprendre que John Shipton ne se considère pas comme le grand-père des enfants que Stella Morris présente à la presse comme étant ceux de Julian Assange ?

De moi-même, je ne croirai à l’histoire de Madame Morris que si Julian Assange s’exprime librement en public. C’est son droit de s’exprimer lui-même sur sa propre situation. Personne ne devrait parler de sa vie personnelle et intime à sa place.

Les organisations qui protègent Stella Morris

Stella Morris affirme ne pas avoir agi pour sauver son compagnon de peur des attaques du gouvernement américain contre ses enfants. C’est plutôt ridicule si on pense que les enfants nés à Londres sont forcément déclarés à l’Etat civil, d’autant plus s’ils vivent normalement dotés de la nationalité britannique transmise par leur mère. Le gouvernement britannique était donc parfaitement au courant de l’existence de ces enfants et a donc, avec grande probabilité, transmis l’information à ses homologues états-uniens.

La peur de la compagne aimante du prisonnier politique, qui a attendu 6 ans pour agir, est d’autant plus incompréhensible qu’elle est protégée en tant que collaboratrice du célèbre Baltazar Garzon, ancien juge de la Chambre d’Instruction espagnole Audiencia National 5.

Ayant pu constater de visu à la Westminster Magistrate Court les liens que Stella Morris entretient avec les représentants d’autres structures puissantes, j’en conclue qu’elle était logiquement protégée par ces institutions et n’était nullement la mère célibataire fragile et solitaire qu’elle se présente être. Je parle ici de la Courage Foundation ou officiellement « Courage Corp, domestic business entity », sise à New York et dirigée par Nathan Fuller, domicilié à l’adresse 2790 Brodway appart. 4D, New York 10025[4]. Sur son site, la Courage Corp. se présente comme étant la Courage Foundation dont le Conseil d’Administration est rempli de lanceurs d’alerte, de journalistes, d’anciens agents de la CIA, de la NSA, du MI5, tous plus célèbres les uns que les autres. Stella Morris est amie avec Naomi Colvin (ce que j’ai pu voir de mes propres yeux de décembre 2019 à février 2020), qui succède à Sarah Harrison à la tête de la Courage « Foundation » en Europe. Stella Morris est aussi amie avec Renata Avila, membre du CA de Diem 25 et proche du politique gréco-australien actif à Berlin Yanis Varoufakis. Il est facile de le constater en fréquentant les audiences du procès de Julian Assange.

Par ailleurs, ces personnes comme Naomi Colvin, et Renata Avila, travaillent avec le Centre d’Investigation du Journalisme, école privée britannique de formation au journalisme, dont le fondateur Gavin MacFadyen fut un ami et superviseur de Julian Assange. Le CIJ[5] organise des sessions de formation financées par de riches fondations privées américaines (Reva and David Logan Foundation) britanniques (Lorana Sullivan Foundation, Joseph Rowntree Trust) et sud-africaines (Fondation David Potter et Ellen Potter Fondation…[6]). La plus importante de toutes est la Fondation Bertha[7].

La Fondation Bertha a été crée par le milliardaire sud-africain Tony Tabasnik[8] possédant le plus grand laboratoire de médicaments génériques du pays[9]. L’ancien avocat décédé de Julian Assange Michael Ratner était un ami de Tony Tabasnik[10]. Certains événements du Centre For Investigative Journalism sont financés directement par la plus célèbre des fondations, la Open Society Foundation de Georges Soros[11]. La Bertha Foundation est également liée par le partenariat avec la « Hungarian Civil Liberties Union » à Georges Soros[12]. Mais il n’est pas étonnant que ces fondations des plus grands oligarques du monde occidental travaillent ensemble. Le réseau des structures de Georges Soros forme une entreprise mondiale présente sur presque la totalité des pays du globe[13].

Côté allemand, la Fondation Wau Holland est propriétaire de la marque « Projet 04 Wikileaks ». Julian Assange a été salarié de cette structure en tant que chef de projet en 2010-2012 déjà sous la responsabilité du patron actuel Andy Müller Maguhn. Andy Müller Maguhn est aussi membre du Conseil d’Administration de la Courage Foundation[14], cette structure dont le siège est à la New York et qui récolte l’argent que les Européens de bonne foi croient verser pour la défense de Julian Assange. Andy Müller Maghun est aussi membre du Conseil d’Administration du Centre for Investigative Journalism [15].

Le dernier rapport d’activité de la Fondation allemande Wau Holland date de 2016, les rapports de 2017, 2018 et 2019 n’ont pas été publiés alors que légalement ils devraient être accessibles au public. Selon ce document[16], la fondation Wau Holland reverse depuis 2014[17] une partie (non spécifiée) de cet argent pour la prestation « Projet liberté d’expression », autre nom de « Wikileaks » à l’entreprise privée islandaise Sunshine Press Production dirigée par les directeurs adjoints Kristinn Hrafnsson et Inga Ragnar Ingasson, Julian Assange emprisonné ne pouvant évidemment pas assurer la gestion de cette entreprise[18]. Gavin Mc Fadyen, troisième administrateur de l’entreprise étant mort, il ne peut pas, lui non plus, en assurer la gestion. Stella Morris est en relation amicale avec Kristinn Hrafnsson ce que j’ai constaté de visu et semble aller de soi. Pour finir, rajoutons que Stella Morris est amie avec Jennifer Robinson, directrice à la Bertha Foundation, outil d’influence du milliardaire sud-africain Tabasnik[19]. Elle est aussi fondatrice de la branche juridique de la Bertha Foundation, la Bertha Justice Initiative qui est en capacité de donner en 2019 500 000 dollars de subventions[20] à une importante et ancienne organisation de défense des droits des minorités aux Etats-Unis, la « Center for Constitutional Right » – le Centre pour les Droits Constitutionnels.  Ces organisations que dirige ou influence l’amie de Stella Morris et avocate d’Assange ne sont donc pas de petites structures militantes.

Ce sont des agences privées, outil d’influence des intérêts de milliardaires anglo-saxons et d’entreprises de pointe allemandes. En tant que telles ces structures et leurs décideurs sont évidemment connues des agences de renseignements CIA et BND (Bundesnachrichtendienst). Comme l’ont démontré les analyses citées en bas de page, le chef de l’équipe des avocats de Julian Assange, Geoffrey Robertson, est un ami de Tony Blair, de Georges Soros et travaille avec la Banque Mondiale. Il est le mentor de Jennifer Robinson[21]. Alan Dershowitz, avocat américain et ami de Robertson, est connu pour avoir défendu aussi bien la légalisation de la torture que le richissime pédophile et trafiquant d’enfant Jeffrey Epstein[22]. Dougthy Street Chambers, le bureau d’avocats de Robertson a défendu les Etats Unis dans l’affaire Browder-Magnistky, et Mark Summers, avocat de Julian Assange chez Matrix Chambers a aussi déjà plaidé en faveur des intérêts américains[23]. Gareth Peirce, avocate « sollicitor » en première ligne du procès défend depuis 9 mois très mollement son client victime de torture visible par les témoins du public[24]. Quant à Baltazar Garzon, il est accusé de torture par l’opposition basque et catalane en Espagne entre autres faits d’armes en tant que juge[25]. Pendant ce temps les administrateurs de « Wikileaks » actuel ne répugnent pas à confier les intérêts de leur structure à des agences de communication en lien avec les politiques américains qui sont les premiers ennemis de Julian Assange[26].

Insérée dans un réseau aussi dense de relations puissantes dont les intérêts sont très en phase avec ceux du système étatique américain, Stella Morris ne devrait pas craindre d’être enlevée par la CIA. Comment se fait -il qu’elle en ait peur alors que nous, militants pour les droits humains, nous faisons notre devoir de défendre Julian Assange publiquement alors que nous sommes bien moins protégés qu’elle des attaques des services secrets britanniques et américains ?

Mensonges, silences et incohérences

Dans un article du 29 août 2018 du média « Abc news », Jennifer Robinson affirme que Julian Assange se trouverait dans un isolement total 3 rue Hans Crescent, interdit de visites et d’internet[27]. Aujourd’hui, il serait bon qu’elle admette avoir alors menti, puisque Stella Morris affirme avoir préparé, à cette période-là, la venue de son second enfant conçu avec le prisonnier politique dans ce même lieu.

Une fois ces mensonges constatés, comment donc les militants de base que nous sommes pourrions-nous faire confiance à ces deux femmes prétendant être aussi avocates de Julian Assange ? L’image de Julian Assange pleurant sur le balcon de l’appartement, le 19 mai 2017 et brandissant le Ruling de l’ONU, affirmant avec force les violations de droit qu’il subit, nous reste en mémoire. Ayant subi une première coupure d’internet et l’isolement total depuis octobre 2016, Assange est dans une souffrance visible. Aujourd’hui, Stella Morris nous raconte que c’est la période de naissance de leur première enfant… Nous sommes gênées par ces contradictions qui nous forcent à nous poser la question « qui dit vrai, et à quel moment est-ce -vrai » ? Un homme qui est un père heureux et soutenu par sa compagne ne peut pas porter autant de souffrance, ne peut pas envoyer un SOS à des inconnus. C’est aussi ma conviction après avoir vu Julian Assange en « vrai » et avoir constaté de visu les marques de tristesse et du sentiment d’être trahi et abandonné sur son visage lors des audiences du 21 octobre 2019, du 13 janvier 2020, du 24, 25, 26 et 26 février dernier.

Le silence de Stella Morris et son absence lors des événements dramatiques de 2019 m’empêchent de croire totalement à l’histoire qu’elle nous raconte dans le Daily Mail du 11 avril 2020. Le 11 avril 2019, alors que son compagnon, l’homme de sa vie, le père de ses enfants, est enlevé brutalement par les services secrets britanniques et placé en prison avant d’être jugé à la va vite le 1er et le 2 mai, Stella Morris est absente et silencieuse. Elle n’est pas davantage plus loquace pendant les deux mois angoissants qui suivent : le 9 mai 2019 Nils Melzer dit dans son rapport sur la torture avoir rendu visite à Julian Assange et constaté la dégradation de sa santé. Stella Morris se tait. Les quelques visiteurs admis à Belmarsh (Ai Wewei, Pamela Anderson, John Shipton) affirment que Julian Assange a perdu 15 kilos et donc peut mourir à tout moment. La vidéo fuitée en juin, probablement de la prison Wandsworth où Assange séjourne du 11 avril au 2 mai, montre un homme émacié et amaigri. Elle fait le tour d’internet et de nombreux militants se mobilisent en Europe pour organiser des manifestations devant les tribunaux anglais et la prison de Belmarsh, dont les Gilets Jaunes français. Stella Morris, qui affirme aujourd’hui avoir rendu visite à Julian Assange, en juin 2019, dans le cadre des visites familiales normalement accordées dans les prisons britanniques, se tait à l’époque et ne nous informe en rien de la réalité de la santé du prisonnier politique. C’est incompréhensible et irrespectueux pour les milliers de militants qui consacrent leur énergie et leurs moyens à sauver son compagnon et qui angoissent sur son sort.

C’est criminel pour Julian Assange. Un intervention de Stella Morris parlant des enfants aurait permis de mobiliser l’opinion publique et aurait appuyé les 7 (sic !) demandes de libération faites par Wikijustice Julian Assange depuis octobre 2019.

Mais le plus étonnant est que Stella Morris laisse s’installer et perdurer la campagne calomnieuse présentant son compagnon comme un violeur de femmes méritant cet acharnement judiciaire. La campagne de diffamation dure depuis 2010 et a été propagée par les même médias qui aujourd’hui racontent la « story » du père de famille aimé et de son épouse dévouée. Cette campagne agressive et omniprésente avait été précisément ce qui a rendu très difficile aux militants de gauche de convaincre les féministes, les partis communistes et écologistes, les milieux de la gauche radicale de l’innocence et de la bonne foi de Julian Assange. Pourquoi Stella Morris, prétendument avocate spécialisée dans le droit suédois, n’a-t-elle jamais déconstruit le dossier d’accusation rédigé par l’officière de police Irmeli Krans alors qu’il est truffé d’incohérences, d’invraisemblances, de collusion d’intérêts entre plaignantes, officière de police, avocats et procureur/es, toutes et tous membres du même parti politique socialiste et poursuivant les mêmes buts politiques et électoraux ? Pourquoi n’a-t-elle jamais cherché à aider les militants qui travaillaient à démontrer les failles politiques du dossier ?

Pourquoi avons dû nous être seuls avec cette tâche compliquée alors qu’il suffisait qu’elle dise ce qu’elle dit aujourd’hui, un an trop tard : Assange est un homme posé, doux, respectueux, pas du tout le névrosé déséquilibré capable du pire avec les femmes qu’on nous a tant de fois dépeint dans les médias. Ayant lu la déposition de Julian Assange face aux accusations d’Anna Ardin datée du 30 août 2010, j’ai acquis tôt la conviction qu’Assange est plus une victime qu’un délinquant, mais le témoignage d’une compagne prétendument aimante et mère de ses enfants aurait beaucoup aidé à mobiliser les milieux de gauche européens. Je suis obligée donc de souligner que l’absence de Madame Morris sur le front de la lutte ne nous a pas aidé.

L’absence et l’inaction de Stella Morris sur le front de la lutte pour sauver son compagnon atteint son apogée en été 2019. Plus personne ne parle alors de Julian Assange pendant 2 mois. Les médias officiels sont silencieux ou continuent de le calomnier. Les militants de la campagne « Dont Extradite Assange », « Defend Wikileaks » ou « Unity4J » sur Twitter ne livrent pas les informations cruciales sur une importante audience du 31 juillet au cours de laquelle se décide la mise en place de la procédure d’extradition. (Il convient là de souligner combien le choix de Twitter comme outil de campagne pour la libération d’un prisonnier politique européen est étrange. Comment expliquer la complexité d’une procédure judiciaire en 3 phrases sur Twitter alors que des milliers de jeunes militants ne savent même pas qui est Julian Assange, 10 ans s’étant écoulés depuis les exploits de « Wikileaks » ?)

Jennifer Robinson et John Shipton se trouvent alors en Australie. Personne ne rend plus visite à Julian Assange et de plus en plus de voix inquiètes s’élèvent réclamant que le Royaume Unie livre des « preuves de vie » d’un prisonnier politique vu vivant pour la dernière fois mi-juin. Les militants européens guettent avec angoisse les très rares lettres qui parviennent au public : 3 en tout, du 20 juin au 31 août alors que des milliers de personnes de toute l’Europe sont encouragées à écrire et écrivent effectivement à Julian Assange à l’adresse de la prison Belmarsh.

L’affaire du numéro d’écrou

Les sites de défenses officiels de Julian Assange comme Defend Wikileaks, la fondation Courage, Unity4J etc. ont tous appelé pendant l’été 2019 à écrire au prisonnier politique à Belmarsh SANS son numéro d’écrou A9379AY. Or, ayant retrouvé par un hasard de recherche sur l’internet « à l’ancienne » ce numéro pour demander une visite à Belmarsh, Wikijustice a très vite obtenu l’information que ce numéro est nécessaire[28] pour que le courrier parvienne au destinataire. Sans numéro du prisonnier, la lettre ne lui est pas livrée. Cependant, lorsque nous avons publié cette information, des militants « officiels » nous ont dénigré publiquement. Notre premier voyage à Belmarsh, le 21 septembre 2019, a confirmé que nous avions raison : le numéro d’écrou est indispensable si on veut que le courrier parvienne à Julian Assange. Pourquoi les « proches », les réseaux officiels de Wikileaks ont caché cette information, pis, ont désinformé les militants et ce n’est que lorsqu’il n’était plus possible de la cacher, ont enfin rendu public le numéro d’écrou de Julian Assange, en octobre 2019, par la voix de John Shipton ?

Les actions de Wikijustice Julian Assange

Parmi ces lettres, une militante française de Wikijustice reçoit le 17 août la lettre incroyable qui nous fait depuis agir intensément pour sa libération. Trois phrases comme les vers d’un poème écrites d’une écriture qui ressemble aux différentes signatures que nous avons pu trouver sur divers documents signés par Julian Assange et publiés sur internet : « Thanks B for fithing for me, I am in a very Dark place presently. Light up de night until victory ! J.A. ». Au dos de la feuille la même main a tracé le numéro d’écrou de Julian Assange A9379AY surmonté du code SOS en Morse. SOS, un appel au secours.

Wikijustice avait immédiatement contacté par twitter, Facebook et mail John Shipton, Christine Assange, Kristinn Hrafnsson, et par courrier Jennifer Robinson, Gareth Peirce, Mark Summers et Geoffrey Robertson leur demandant de bien vouloir authentifier la lettre via l’analyse de l’écriture. Nous n’avons reçu aucune réponse. Madame Morris s’est tue, elle aussi, tout l’été. Comment croire qu’elle était présente aux côtés de Julian Assange dans ces moments dramatiques alors qu’il envoyait une lettre SOS comme une bouteille lancée à la mer ? Seul un homme désespéré et seul envoie un SOS à des inconnus.

Nous avons alors eu l’intuition que « very dark place » n’était pas une métaphore littéraire comme certaines personnes bien intentionnées voulaient nous faire croire. « Dark place » est le nom des prisons secrètes et illégales situés dans les pays vassaux que les Etats Unis ont utilisées pour emprisonner et torturer leurs opposants après les avoir enlevés illégalement (« extraordinary rendition »). Des personnes ont ainsi été détenues et torturées, de 2001 à 2006, en Pologne, Lithuanie, Maroc, Thailande, Egypte…En Europe, des aéroports britanniques ont servis de points de départ à des « vol secrets » de prisonniers torturés à destination des centres de la mort de la CIA dans les pays cités[29].  Nous avions de bonnes raisons de croire que Julian Assange pouvait être détenu et torturé dans un de ces centres. En Pologne, par exemple, se trouvent plusieurs bases militaires officielles américaines, mais aussi des structures et des centres secrets, ce que nous savons par des militants politiques polonais opposés à la soumission de leur pays aux Etats Unis et réprimés pour leur opinions par la justice et la police. C’est ainsi que nous avons amplifié les questionnements et exigé que la Grande Bretagne donne une preuve de vie de Julian Assange. Nous n’avons été un peu soulagés que lorsque Donald Trump a inexplicablement annulé, à la dernière minute, sa très médiatisée visite à Westerplatte en Pologne prévue pour le 1 septembre 2019, pour les cérémonies de commémoration du début de la Seconde Guerre Mondiale. En effet, une puissante armada américaine se trouvait alors dans le port militaire de Gdansk et il n’était pas interdit d’imaginer que la livraison d’un prisonnier politique puisse être effectuée d’une prison secrète vers un de ces bateaux. Il vaut mieux imaginer le pire et le prévenir que laisser le pire se produire sous prétexte qu’imaginer le pire serait « complotiste » ou stupide.

Nous avons, dès début août, fait des demandes de visite à Julian Assange sur le site « visit a prisonner »[30]. Ces demandes se heurtaient non pas à un refus mais à la réponse sibylline que Julian Assange « is not available ». Est-il donc là ou n’est-il pas là ? Nous avons interpellé la prison Belmarsh par mail, courrier, document de réclamation et nous nous sommes physiquement rendus au « Centre des visiteurs » le 21 septembre et le 10 octobre 2019. Il nous a été répondu que le prisonnier gère une « visitor list » et que nous devons lui demander par mail ou courrier d’être inclus dans cette liste si on souhaitait lui rendre visite. Mais comment savoir si Julian Assange reçoit bien nos courriers, alors que les colis que nous lui avons envoyés ne lui ont manifestement jamais été donnés (preuve de la poste à l’appui, les colis restent à la poste et ne sont pas livrés à la prison…), que les lettres non livrées ne nous sont pas retournées, alors que c’est la Loi et qu’il n’y a aucune preuve qu’il ait reçu nos mails et même l’argent envoyé via le site internet de la prison ? Nos démarches avaient été décrites dans plusieurs de nos articles. Nous avons publié à de multiples reprises la lettre SOS de Julian Assange. Il est curieux que cette lettre n’ait jamais émue Stella Morris. Jamais elle n’a jugé important, utile pour la lutte, de nous expliquer ou se trouve réellement son compagnon, de donner des preuves de sa vie et de sa santé alors que des milliers de militants européens passaient des mois d’été à angoisser et à agir de toutes leurs forces pour que lumière soit faite sur la « dark place » (la place sombre). Jusqu’à aujourd’hui, nous n’avons obtenu aucune explication de la part de Stella Morris si oui ou non Julian Assange reçoit les lettres et les colis que les nombreux militants lui envoient. Il me semble pourtant que ces actions désintéressées méritent le respect et qu’il est en outre bénéfique pour la lutte que les proches d’un prisonnier politique entretiennent des relations suivis avec les militants.

Le 10 octobre 2019, j’ai été agressée par deux gardiens de Belmarsh qui voulaient m’obliger à sortir du centre de visiteur ou je venais poser des questions sur la « visitor list ». Les bénévoles de l’association PACT les en ont empêché. Nous avons écrit d’innombrables plaintes et réclamations à la direction de la prison. Elles ont eu comme issues deux courriers de réponses de M. Harding, directeur de la prison Belmarsh[31] . Ces courriers peuvent être résumés en une phrase suivante « Comme aucun prisonnier n’est maintenu en isolement à Belmarsh, ce n’est pas la prison qui est responsable de son état présentant des symptômes de torture ». En effet, notre intervention au tribunal Westminster Magistrate Court à l’audience du 20 septembre 2019 ou Julian Assange était absent, puis à celle du 11 octobre où il fut présenté en vidéo très mal en point, pâle, hirsute, émacié et hagard, nous ont conduit à réclamer des autorités anglaises l’arrêt immédiat des tortures que Julian Assange visiblement subissait. Nous avons aussi réclamé l’arrêt de ce procès inique et la libération immédiate de Julian Assange pour raison de santé, d’autant plus qu’il n’était plus condamné, mais en détention provisoire pendant la procédure d’extradition.

Pendant ce temps, Stella Morris, mère des enfants et compagne de Julian Assange selon ses dires, étaient absente des audiences et se taisait. Elle n’a pas non plus initié de demande de libération sous caution pour raison de soutien de famille. Un père de famille a non seulement le droit de voir ses enfants, mais aussi l’obligation de les entretenir. C’est justement la première action que posent les avocats des prisonniers polonais en attente d’extradition : demander la libération pour raison de soutien de famille, comme j’ai pu le voir en assistant à plusieurs audiences de ce genre le 11 et le 18 octobre 2019 à la Westminster Magistrate Court. Maitre Goscinski, Maitre Mastalerz et Maitre Matelska, avocats défenseurs des Polonais menacés d’extradition, m’ont expliqué que cette procédure est très simple à effectuer et qu’elle peut être renouvelée tous les 28 jours lors de l’audience de prolongation de la détention provisoire. Un détenu peut lui-même demander sa libération sous caution pour raison familiale en remplissant un court formulaire disponible par exemple dans ce guide distribué dans les prisons[32].

Les juges britanniques accordent cette libération facilement pour peu que le détenu puisse démontrer avoir une adresse stable au Royaume Uni, une famille et une possibilité de revenus. Julian Assange est le gérant d’une entreprise de production de film, Sunshine Press Production qui a bien généré quelques revenus en 2019[33]. Il remplit tout à fait les critères exigés que tant de migrants de l’Est satisfont et sont relâchés par les juges de la Westminster Court, y compris par Vanessa Baraitser, dans la journée qui suit. Bien sûr, le cas de Julian Assange, peut sembler plus compliqué mais est-il si différent juridiquement des autres accusés ? Non. Il ne devrait pas y avoir de prisonnier politique en démocratie. Ou bien nous ne sommes plus en démocratie.

Au moins serait-il intéressant politiquement d’utiliser cette possibilité offerte par le droit pour réclamer sans relâche tous les mois sa libération. Les proches de Julian Assange, ici John Shipton et surtout Stella Morris n’ont pas utilisé cette possibilité alors même que le statut de citoyenne britannique Madame Morris et de mère d’enfants je présume reconnus par Julian Assange lui conférait la faculté d’accorder l’adresse stable en Grande Bretagne qui avait fait défaut à Assange en 2010-2011. De plus, il est tout à fait possible de se marier en étant en prison et le mariage accorderait au citoyen non-britannique qu’est Julian Assange la possibilité d’acquérir des droits au séjour et de stabiliser sa situation sociale. Stella Morris n’a pas utilisé toutes ces possibilités pendant que Wikijustice envoyait, depuis octobre 2019, tous les mois, une requête de libération à la Westminster Magistrate Court.

Les absences de Madame Stella Morris

Stella Morris fut aussi absente de l’audience du 21 octobre 2019 qui fut une première victoire des militants exigeant le droit à comparaitre physiquement à son propre procès, garanti notamment par la CEDH et inclus dans l’Habeas Corpus. Julian Assange y est apparu très affaibli physiquement et psychologiquement[34]. Sur son visage, j’ai lu un sentiment de grande solitude et de grande détresse. Il n’a pas salué ses avocats ni les personnes de son ancien entourage. Impossible de savoir s’il a remarqué l’absence de de Stella Morris, il faut dire qu’aujourd’hui non plus ce n’est pas lui qui parle de sa relation avec elle aux médias, mais elle qui parle de lui à sa place. Lorsqu’il s’est révolté et a pris la parole malgré l’opposition du juge et l’absence de soutien de ses avocats, il a eu de la peine à finir ses phrases et a évoqué « le vol de l’ADN de ses enfants » et « l’intrusion des psychologues dans son intérieur ». A l’époque nous avions pensé que « le DNA children » pouvait évoquer ses procédés informatique car « parents enfants » sont des métaphores utilisés pour les serveurs et les logiciels. Stella Morris n’a montré aucune émotion quant à ces paroles terribles qui ont été répercutés par la presse et les militants. Elle n’a pas pensé qu’il aurait été utile et important de les expliciter. De toute manière, elle sera absente des audiences du 18 novembre et du 13 décembre au cours desquelles l’état de Julian Assange se dégrade brutalement. Julian Assange n’est plus capable, dès lors, de prononcer son nom et n’est pas en état de suivre les débats de la cour. Wikijustice analyse sa souffrance comme consécutive à la torture. Nous réclamons sa libération immédiate, l’accès aux soins ailleurs qu’en Grande Bretagne ou dans un autre pays inféodé aux Etats Unis et l’arrêt de la procédure d’extradition. Des militants suisses se mobilisent alors pour enclencher la procédure d’accès à un visa humanitaire pour Julian Assange. Le président du Mexique appelle à sa libération immédiate.

Stella Morris a-t-elle vu la dégradation de la santé de son compagnon ? Si elle n’a pu lui rendre visite, elle aurait pu au moins assister aux audiences. Elle apparait à la cour le 19 et le 20 décembre, dans le public, comme accompagnatrice du jeune MC McGrath. Le 20 décembre, alors que Julian Assange doit comparaitre physiquement à la Westminster Court comme témoin ou victime et non comme accusé dans le cadre de la procédure de Mandat d’Enquête Européen (EIO), elle prépare cette comparution dans une « consultation room » en compagnie de MC McGrath et de Fidel Narvaez. Finalement l’audience a lieu à huis clos et les militants sont empêchés d’y assister. Nous, militants de Wikijustice, nous ne pouvions qu’entre-apercevoir Julian Assange entouré d’agents de sécurité dans la salle N°4. Pendant les heures d’attente que nous avons passées à la cour, nous avons tenté de demander à Madame Morris, présente dans les escaliers et les couloirs du tribunal, si elle avait plus d’informations sur cette étrange procédure. Elle nous a ignorés d’un revers de main désinvolte et froid. Drôle de façon de lutter pour la libération de son compagnon que le mépris affiché à l’égard de personnes qui se dépensent sans compter pour que l’injustice recule. Nous ne sommes pas de simples porteurs de pancartes. La lutte pour la justice requiert toutes nos ressources et notre intelligence. Il serait bon qu’elles fussent respectées par celle qui clame aujourd’hui être la plus proche de Julian Assange.

Le 13 janvier 2020, la cour permet à Julian Assange de comparaitre une deuxième fois physiquement. C’est un moment important qui nous permet de communiquer avec lui par gestes à défaut des paroles, puisque nos courriers ne lui parviennent plus et nous en avons la preuve par le suivi postal. Madame Morris est présente dans la salle d’audience accompagnée des étranges « avocats » qui ne plaident pas – MC McGrath et Jennifer Robinson. Elle ne salue pas Julian Assange, ne lui fait aucun signe, même quand il tente de prendre la parole, ne l’encourage même pas en geste et reste en général dans une attitude froide et impersonnelle. Le témoignage de la journaliste Véronique Pidancet Barrière, présente en face de Julian Assange parmi les journalistes, rend bien compte de l’atmosphère de cette cour et de l’attitude des avocats et du public[35]. Julian Assange y apparait plus que jamais comme un homme seul et sans espoir, un homme qui se débat dans une souffrance intérieure intense et qui cherche par le regard un contact avec une personne amie. Il s’anime et reprend espoir grâce à cette communication visuelle avec Véronique Pidancet Barrière, seule à le regarder parmi tous les journalistes assis à l’intérieur de la salle d’audience.

Impossible de croire en observant sa souffrance, ce que j’ai pu faire étant aussi présente dans le public[36], qu’il serait un homme comblé et soutenu par la présence de deux fils qui grandissent entourés de l’amour d’une mère et d’une compagne aimé et aimante. Il est alors dit qu’il n’est plus placé en isolement, isolement d’ailleurs illégal. Les visites familiales sont un droit de base et elles devraient alors lui avoir été accordées selon le règlement des prisons britanniques[37].

Par ailleurs, Stella Morris n’était pas présente parmi les militants qui, le 13 janvier 2020 ont bloqué le fourgon transportant Julian Assange du tribunal après l’audience. Or, ce rare moment toléré par la police britannique était capital pour montrer la solidarité du peuple avec Julian Assange. Les militants ont pu lui montrer à travers la vitre des mots écrits sur des pancartes, lui faire des signes de soutien avec les mains posées sur la vitre du hublot, crier des slogans et des mots d’encouragement en ce moment rare ou il peut les entendre avec certitude. Les photos de Julian Assange prises alors par les photographes montrent un homme dont les yeux reprennent vie. C’est par ce « french activism » (« activisme à la mode française » selon le qualificatif d’un des agents des sécurité admiratif de la combativité des Gilets Jaunes) que nous avons su insuffler la vie et espoir à un homme qui se voyait mourir solitaire dans un « un lieu sombre ».

Stella Morris lors du procès de février dernier

Le 23 janvier et 19 février alors que Julian Assange comparait en vidéo immobile, prostré et comme absent (peut être drogué à des médicaments), Stella Morris participe au procès dans la salle d’audience, au dernier rang de la salle, à côté de MC McGrath qui est alors qualifié de « scholar », étudiant ou stagiaire par le secrétaire du tribunal. MC McGrath, informaticien et hacker, n’a en réalité aucun droit à se trouver à cette place puisqu’il n’est pas juriste. Stella Morris ne semble pas plus submergée par l’émotion à la vue de Julien Assange qu’elle ne l’a été auparavant le 19 décembre dans le public. Aucun signe de connivence, aucun sourire…

Sa discrétion professionnelle se poursuit pendant les longues et éprouvante heures du « full extradition hearing » « procès final d’extradition » du 24, 25, 26 et 27 février 2020, dans la salle 2 à l’intérieur de la Woolwich Crown Court attenante aux prisons Thameside et Belmarsh. Je retrouve dans ma mémoire et consigné dans mes écrits[38] l’emplacement où elle se trouvait et son comportement au cours du procès. Assise juste devant Julian Assange au dernier rang de la salle d’audience (le box des accusés se trouve ici au fond de la salle alors qu’il est gauche de la salle au tribunal Westminter), Stella Morris accompagnait Baltazar Garzon et MC McGrath les deux premiers jours du procès. Le troisième jours elle est assise à la même place à droite de l’avocat hispanophone Aitor Martinez. Le quatrième jour c’est Jennifer Robinson qui réapparait et l’accompagne.

Stella Morris ne se tourne pas vers Julian Assange lorsqu’il entre dans le box et alors que l’émotion dans la galerie du public est à son comble. Elle ne prend pas la peine de se lever et de lui serrer la main dans les pauses, comme Baltazar Garzon le fait deux fois. Elle se contente de prendre les petits papiers qu’il lui transmet et les fait passer au premier rang vers Gareth Peirce et Edward Hamilton Fitzgerald. J’ai observé son visage comme j’observe tout le monde dans l’assistance pour bien saisir qui est qui et qui fait quoi dans ce spectacle. Je l’ai trouvé impassible comme celui des autres protagonistes du jeu et comme il l’avait été lors des rencontres précédentes.

Le mercredi 26 février, au troisième jour du procès, l’état de santé de Julian Assange empire. Il est pâle et prostré le matin, livide et au bord du malaise en début d’après-midi. J’ai pu décrire les événements à chaud et publier l’information le soir même [39]. En fin d’après-midi, le prisonnier se révolte brusquement. Il se lève et parle, gesticule et exige trois fois de la juge qu’elle l’écoute. Alors que les avocats s’affolent, sortent pour se concerter avec l’autorisation de la juge, l’agent de sécurité qui surveille le public se sauve nous permettant de laisser libre court à nos émotions et notre stupeur… Stella Morris assise juste devant l’homme de sa vie ne l’encourage pas dans sa révolte ni même ne le réconforte alors qu’elle se trouve à 1 mètre de lui.

Certes, son effacement est tel que je ne peux être certaine aujourd’hui que j’ai observé tous ses gestes, mon attention était alors absorbée par Julian Assange. Mais il est évident qu’elle n’a joué aucun rôle dans la décision prise par les avocats d’accepter la proposition de demande de libération sous caution que Vanessa Baraitser leur fait pour éviter que le prisonnier ne s’effondre en direct devant les témoins la plaçant ainsi dans une position très inconfortable. Nous publions la nouvelle le soir même en envoyant encore une autre demande de libération de la part de Wikijustice. Nous sommes très déçus lorsque Fitzgerald ne fait aucune allusion à la libération sous caution de son client le lendemain, le 27 février 2020, dernier jour du procès.

Lorsque Julian Assange sort de sa torpeur et que l’ambiance d’hypnose collective s’estompe, à la fin de l’audience, Stella Morris est une des premières à venir vers lui, enfin, mais elle n’est qu’une parmi d’autres. Elle n’est pas celle à qui Julian Assange parle en premier ni celle à qui il lance un salut ultime avant de quitter la pièce.

Car le point commun de toutes ces communications, celle du Daily Mail du Samedi de Pâques, comme celles diffusées depuis, est que Julian Assange NE PARLE PAS publiquement. Ce n’est pas lui qui présente sa fiancée ou sa famille. C’est encore une fois un/e autre qui parle à sa place, comme s’il était trop malade pour parler ou sous curatelle et incapable de présenter ses intérêts et dialoguer avec son public. Hélas, dans l’ambiance exacerbée d’histoires de toutes sortes racontées à tord et à travers, je ne croirai à cette histoire-ci que si Julian Assange, libre de toute pression, la présente lui-même. De préférence live et non pas en vidéo aisément trucable.

Julian Assange et les droits des enfants

Je vois déjà venir ceux qui me reprocheront mon incrédulité fasse à ces voltes-faces incessantes des « proches » de Julian Assange. Pourquoi serait-ce si inconfortable d’accepter l’idée de Julian Assange père de deux enfants ? En fait, je n’ai pas de problème avec cette hypothèse.

Je sais que Julian Assange a toujours été ému par le sort des enfants et a dénoncé le crimes et les abus dont de trop nombreux enfants sont victimes. Présentant le film « Collateral Murder » et les documents relatifs aux crimes des Etats Unis en Irak et Afghanistan pour lesquelles il est accusé, il a toujours souligné, dans ses conférences d’avril à octobre 2010, le sort révoltant fait aux enfants.

C’est bien lui qui a fait publier les 1100 pages des documents de la police belge sur les violences commises sur les enfants par les réseaux mafieux pédo-criminels dans le cadre de l’enquête sur Marc Dutroux[40]. Sachant que les versions papier des procès-verbaux d’auditions des victimes et des témoins du trafic d’êtres humains de l’Europe de l’Est vers les pays occidentaux, de 1996 à 2001, ont étrangement brûlé dans les archives de la police belge, il n’y a donc qu’une seule version qui subsiste : celle que Julian Assange a sauvegardé sur « Wikileaks » et mis à la disposition de notre connaissance afin que les citoyens s’en saisissent pour finir le travail de la trop lente ou trop corrompue justice.

Pour finir, il faut mentionner aussi le rôle de la publication des mails de John Podesta pour laquelle Julian Assange a récolté une critique acerbe jusque dans son propre camp en 2016 : ces mails ont été le début d’une enquête citoyenne qui a permis de faire tomber Jeffrey Epstein, le criminels pourvoyeur d’enfants à vendre pour la jet set états-unienne et britannique[41] . Julian Assange et certains de ses proches qui l’ont aidé dans l’isolement du 3 Hans Crescent a toujours défendu les enfants.

A défaut de croire en l’histoire d’une vie de famille clandestine mais chaleureuse, je regarde les photos que Stella Morris a fournies aux médias de Julian Assange portant des bébés dans ses bras comme une métaphore de son véritable engagement pour les droits et la liberté des plus petits d’entre nous.

Nous ne lâcherons pas ce combat pour le faire libérer et libérer tous ceux qui souffrent et qui luttent. Nous ne nous laisserons pas enfermer ni dans la maladie ni dans la panique. Les droits humains sont universels et la lutte collective nous mènera à la victoire. Nous ne nous laisserons pas hypnotiser par la peur et la répression. Si nous tombons, d’autres sortiront à notre place. Nous sommes nombreux et nos pensées sont plus que jamais unies dans nos actions pour la liberté et la justice. Julian Assange n’est pas seul et nous sommes toujours à ses côtés.


[1]             https://www.dailymail.co.uk/news/article-8210957/WikiLeaks-boss-Julian-Assange-fathered-two-children-inside-Ecuadorian-embassy-lawyer.html

[2]             https://www.theguardian.com/world/2018/may/15/julian-assange-ecuador-london-embassy-how-he-became-unwelcome-guest

[3] https://www.youtube.com/watch?v=K9NZCdfO8P4&fbclid=IwAR0MmFlvwHhlOgOw2q_bj_8wKcmUh0zZqabIyvKX3zW5d12BYSI45e9yuz0; minute  38 :23

John Shipton dit aussi que Wikileaks a été crée en France, a publié en France et mené des actions judiciaires en France. Il n’y a aucune trace d’une association Wikileaks dans les registres de la Préfecture de Paris.

[4]             Voir le site de NYS Department of State, Division of Corporation, Entity Information. La Courage Corp a été crée le 30 Mai 2017, numéro DOS 5145362

https://www.dos.ny.gov/corps/bus_entity_search.html

[5]https://www.facebook.com/CIJournalism

[6]http://apps.charitycommission.gov.uk/Showcharity/RegisterOfCharities/CharityWithPartB.aspx?RegisteredCharityNumber=1118602&SubsidiaryNumber=0

[7]             https://berthafoundation.org/

[8]             https://keywiki.org/Tony_Tabatznik

[9]             https://www.caglobalint.com/recruitmentafrica/blog/2019/08/05/south-african-billionaires-on-the-uk-rich-list-2019/

[10]            https://berthafoundation.org/michael-ratner-we-stand-on-your-shoulders/

[11]            https://www.facebook.com/media/set/?set=a.3144581135608584&type=3

[12]            https://berthafoundation.org/bertha-justice-network-welcomes-new-partners/

[13]            https://www.opensocietyfoundations.org/who-we-are

[14]            https://www.couragefound.org/advisory-board#andy           ²

[15]            Voir le rapport d’activité Centre for Investigative Journalism Limited, Company no. 05471322

Charity no. 1118602, Report of the Trustees and Financial Statements 30 November 2018

[16]http://www.wauland.de/media/2016-12-31_jahresbericht.pdf

[17]« 5 Projekt 04 – Informationsfreiheit Im Projektbereich 04 wurden die Aktivitäten umstrukturiert, so dass eine Abstimmung mit und eine Kontrolle der Aktivitäten durch den Vorstand einfacher wurden. Mit der Medienfirma Sunshine Press Productions EHF (SPP, Island) wurde ein Rahmenvertrag für journalistische Dienstleistungen geschlossen. Seitdem werden konkrete Projekte beauftragt und nach Arbeitsfortschritt abgerechnet. Die Dienstleistungen umfassen: Projektkoordination, technische Aufbereitung der Materialien zum Schutz von Whistleblowern und Dritten (Entfernen der Metainformationen), Review und Kontextualisierung der Materialien, Aufbereitung für die Veröffentlichung im Internet sowie Kommunikation mit Medienpartnern. 2014 wurde auch der Internetauftritt von wikileaks.org grundlegend überarbeitet mit neuer Submission-Platform und verbesserter Dokumentensuche » – extrait du rapport d’activité de la Wau Holland en 2014

http://www.wauland.de/media/2014_Jahresbericht.pdf

[18]            Certificat d’enregistrement de Sunshine Press Production : « – Register of Enterprises – Laugavegi 166, 150 Reyk javík , Iceland – Tel: +354 442-1250, Fax: +354 442-1279 Certificate of Registration

               Sunshine Press Productions ehf c/o Ingi Ragnar Ingason Postal Address: Klapparhlíð 30 270 Mosfellsbær

               ID-nr: 611010-0280 Domicile: Klapparhlíð 30 270 Mosfellsbær

               Issued: 15.1.2020 Date of Articles of Association: 8.10.2010

               Company’s Board of Directors according to a meeting on: 8.10.2010: 030771-3039 Julian Paul Assange, Ástralía, Chairman 250662-5219 Kristinn Hrafnsson, Miklubraut 68, 105 Reykjav ík, Director 250571-2919 Ingi Ragnar Ingason, Klapparhlíð 18, 270 Mosfellsbær, Director 010140-2269 Gavin Hall Macfadyen, Bretland, Reserve Director »

[19]            https://www.opendemocracy.net/en/author/jennifer-robinson/

[20]https://ccrjustice.org/sites/default/files/attach/2020/01/Audit-Report-06-30-2019.pdf

[21] https://blogs.mediapart.fr/edition/liberez-assange-ethiques-et-medias/article/220819/les-avocats-fantomes-de-julian-assange

[22]https://blogs.mediapart.fr/edition/liberez-assange-ethiques-et-medias/article/201019/lhomme-julian-assange-trahi-par-ses-avocats-0

https://blogs.mediapart.fr/edition/liberez-assange-ethiques-et-medias/article/121219/assange-regression-feodale-au-royaume-uni

[23]https://blogs.mediapart.fr/edition/liberez-assange-ethiques-et-medias/article/201119/avocats-d-assange-le-scandale-des-conflits-d-interets-se-repand-j

[24]https://blogs.mediapart.fr/edition/liberez-assange-ethiques-et-medias/article/261219/assange-torture-gareth-peirce-detourne-le-regard

[25] https://blogs.mediapart.fr/edition/liberez-assange-ethiques-et-medias/article/140220/le-juge-dechu-et-tortionnaire-garzon-escorte-assange

[26] https://blogs.mediapart.fr/edition/liberez-assange-ethiques-et-medias/article/090819/sans-assange-wikileaks-reste-t-il-digne-de-confiance

https://blogs.mediapart.fr/edition/liberez-assange-ethiques-et-medias/article/201119/assange-amnesty-international-moves-international-guilty

[27]            https://abcnews.go.com/Politics/isolation-intensifies-wikileaks-julian-assange-faces-threat-eviction/story?id=57475632

[28]            https://blogs.mediapart.fr/edition/liberez-assange-ethiques-et-medias/article/090919/la-fibre-federatrice-de-julian-assange

[29]            https://www.facebook.com/notes/wikijustice-julian-assange/les-extraditions-extraordinaires-et-illégales-de-la-cia/358323091470678

https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/13642987.2015.1044772

https://www.therenditionproject.org.uk/flights/index.html

https://www.hsdl.org/?abstract&did=760248

https://blogs.mediapart.fr/edition/liberez-assange-ethiques-et-medias/article/121219/assange-regression-feodale-au-royaume-uni

[30] https://www.justice.gov.uk/contacts/prison-finder/belmarsh/visiting-information

[31] https://www.facebook.com/photo/?fbid=3156585994408098&set=a.3156589991074365

https://www.facebook.com/photo/?fbid=3156586414408056&set=a.3156589991074365

https://www.facebook.com/photo/?fbid=3156608564405841&set=a.3156589991074365

[32]            http://www.prisonreformtrust.org.uk/Portals/0/Documents/pibs/10003E57Polish_pib_08_male.pdf

[33]            Rapport du Conseil d’Administration de Sunshine Press Production du 29 août 2919 – administration fiscale de l’Islande : Ríkisskattstjóri Reykjavík, Internal Revenue, Main Office Reykjavík

               « Upplýsingar með ársreikningi Kennitala: Nafn: 611010-0280 Sunshine Press Productions ehf Reikningsár: Reikningstegund: Dagsetning aðalfundar: Ársverk 2018 Ársreikningur 29.8.2019 0,50 Stjórnarmenn Kennitala Nafn 030771-3039 Julian Paul Assange 250571-2919 Ingi Ragnar Ingason 250662-5219 Kristinn Hrafnsson

               Endurskoðendur/skoðunarmenn Kennitala Nafn 0604593049 Theodór Siemsen Sigurbergsson 4301901999 Grant Thornton endurskoðun ehf. Tíu stærstu hluthafar Kennitala Nafn Hlutur % Hlutafé 030771-3039 Julian Paul Assange 94 470.000 250662-5219 Kristinn Hrafnsson 2 10.000 250571-2919 Ingi Ragnar Ingason 2 10.000 010140-2269 Gav in Hall Macfadyen 2 10.000 » ,

[34]            http://www.defenddemocracy.press/comment-traverser-les-murs-de-la-dark-place-a-une-rencontre-incroyable/

[35]            https://www.facebook.com/notes/wikijustice-julian-assange/audience-du-13012020-face-à-face-avec-julian-assange/490463704923282

[36]            http://amitie-entre-les-peuples.org/Remonter-de-la-Dark-Place-a-la-lumiere-Julian-Assange-face-au-systeme-politique

[37]            https://www.justice.gov.uk/contacts/prison-finder/belmarsh/visiting-information

[38] https://www.facebook.com/notes/wikijustice-julian-assange/procès-de-wikileaks-ou-procès-de-julian-assange-/505746903394962

http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=28226

[39]https://lepcf.fr/Revolte-a-la-Woolwich-Court

[40]            https://file.wikileaks.org/file/dutroux-dossier-summary-2005.pdf

[41]            Regarder dans la base de données de Wikileaks avec le mot clé « Jeffrey Epstein » – par exemple :

https://wikileaks.org/dnc-emails/emailid/27438

https://wikileaks.org/dnc-emails/emailid/27842

https://wikileaks.org/dnc-emails/emailid/2077

https://wikileaks.org/dnc-emails/emailid/29315

https://wikileaks.org/gifiles/docs/20/2053540_-os-uk-econ-uk-s-prince-andrew-to-quit-as-trade-envoy-.html

https://wikileaks.org/podesta-emails/emailid/1929

               Sur l’affaire Epstein : https://www.marianne.net/monde/affaire-epstein-une-enigme-nommee-bill-clinton

https://www.rtbf.be/info/monde/detail_affaire-epstein-d-autres-personnalites-impliquees?id=10301044

https://www.lesoir.be/241887/article/2019-08-13/trump-clinton-et-le-prince-andrew-jeffrey-epstein-avait-de-nombreux-liens-avec

Romantic end to the Julian Assange case? Objections, analyses and actions of Wikijustice – Part 1

Julian Assange by the Logan Foundation – USA, the 18-20 April 2010

Monika Karbowska

(autotranslation with Deepl)

Julian Assange under the control of the cameras

When we began, with Wikijustice Julian Assange, to analyze, 9 months ago, the whole history of « Wikileaks » and Julian Assange, we were struck by the suspicious deaths that mark the history of the whole struggle for the liberation of this political prisoner in the West: Seth Rich, John Johns, Michael Ratner, Adrian Lamo, Arjen Kamphuis… So many sudden deaths of people who were involved in Julian Assange’s revelations of state secrets or who sincerely wanted to help him! There are also people who have asked us if we are not in danger by taking too close an interest in the case. Naturally, the fight against the system is a risk. I know this better than anyone who lost my country, my best friends, in opposition to capitalism in Poland as early as 1991, when I was threatened by the bloodthirsty Ukrainian extreme right when I supported the families of the victims of the Odessa massacre on 2 May 2014. But we said to each other then: we are not isolated, we are part of the powerful Yellow Vests social movement. To silence us we would have to silence an entire country that stands up against the local, European and global oligarchy.

Yellow jackets on the way to the Revolution in Great Britain

Looking at the violence of the crisis we are going through in continental Europe and particularly in France, we could say to ourselves, three months before the end of the first phase of the trial at the Woolwich Court at the end of February, that we are not far from this scenario? Prohibition to leave one’s home under penalty of a police fine and prosecution, a halt to the economy and social ties, closure of all places of sociability, collective fear of dying from an unknown disease for which nothing has been prepared by the rulers…

The need for resourcefulness and self-management where people are still being treated, in hospitals and certain local health systems, to save the communes, departments and regions in general from a failing state capable only of repression… I’ll spare you the litany, you’ve been living it like me since mid-March.

Even the language used for us is the same as the torture Julian Assange endured. His « solitary confinement » in an apartment corresponds to our collective « confinement » in our homes…

Julian Assange’s latest trial hearings without activists’ scrutiny

In this debacle in my country, it has been impossible for us to attend the four trials of Julian Assange since the end of February, on 25 March, 7 April, 27 April and 4 May. It is certainly possible to travel from France to Great Britain because Eurostar puts tickets on sale every day and also to book a Paris-London on the liligo.fr website, but it was getting out of one’s house that had become difficult in France.

The information I have been able to obtain has been provided to me by the detailed accounts of the hearings written by the only journalist I consider to be doing substantive work, Marty Silk of the Australian Associated Press (who is to be commended for his work, by the way). Having been able to watch him work and watch him take notes a number of times, I know that he at least describes the proceedings fairly accurately. For example, I learned from the two hearings on March 25 and April 7 that an application for bail was finally filed by lawyers Fitzgerald and Summers, after so many months of prevarication, and that it was denied by Justice Baraitser on March 25. The bulk of the hearings on 25 March and 7 April, however, consisted not in arguments about the release, but in endless debates about the revelation of the identity of a new « companion » of Julian Assange and his two children. According to Marty Silk, it was rather the lawyers who constantly brought up the subject in a dramaturgy worthy of Paris Match, Gala or Voici when the judge and the prosecution were observing an obvious neutrality. Obvious because in a legal procedure only the identity of the litigant is known to the public attending the trial. The name of the husband/wife is known to the judicial institution since it concerns the civil status of the litigant and his family obligations which are part of his social situation, but it does not have to be delivered to the public. And a fortiori, the judge will never publicly disclose the names of the children of the litigant because this information is logically protected by the laws on the protection of children, personal privacy and data protection.

The colourful account of the « paparazzi who might sue the poor woman if her name were to be revealed to the public » and the fear of « kidnapping by the American secret service » left me, as is often the case, incredulous about the bizarre elements of this case. As already in 2019, I repeated to the activists that « if this woman lives in Great Britain, the British secret services know her perfectly and if they know her, the American secret services know her too ». It is unlikely that the CIA would take the risk of murdering or abducting a British woman and children on British soil. Despite all the disgust that this institution may inspire in us, it has never yet committed this kind of crime on the soil of its closest ally vis-à-vis British nationals because to do so would be diplomatically very risky for the US government. In any case, I had rather left to find Julian Assange’s girlfriend in France. Following the numerous public statements made by Juan Branco and Eric Dupont Moretti at the press conference of February 20, 2020 in Paris,[1] according to which Julian Assange was the father of a French child, activists regularly asked us this question: « Do you know who Julian Assange’s French wife is? ». No, I did not know, but I kept an option on this probability, knowing that it was credible that a computer activist like Julian Assange could have met a companion in France in the years 2005 to 2009 and that it would have been useful for us, activists, to have his open support in our struggle for Julian Assange’s political asylum in France.

Stella Morris at the Daily Mail.

After years of trying at all costs to protect her identity and succeeding in spite of the « paparazzi », Stella Morris alias Sara Gonzales Devant or Stella Smith Robertson[2] is now putting herself and her children on stage with her face uncovered in front of the journalists of the tabloid « Daily Mail »[3] – I discovered the article on the evening of April 11th. The newspaper publishes a few photos, a fictionalized text and a video of Stella Morris with a cat and two children in a decor that resembles that of a computer workshop (equipment in boxes on shelves…) in which children’s toys have been placed.

This news prompts me to write here some reflections on the nature of the activism that I have carried out in recent months, for which I have taken many risks and experienced moments of great violence, as I have described in all my articles, on the trial of Julian Assange. Indeed, I have attended all of the hearings in Julian Assange’s trial since September 2019: September 20, October 11, October 21, 2019, November 18, December 13, December 19 and 20, 2019, January 13, 2020, January 23, 2020, February 19, 2020, February 24, 24, 26 and 27, 2020. After having put in so much effort, I feel justified in making a few remarks.

Similarly, it is unfortunate that no journalist questions and encourages the public to reflect on the credibility of a person who may have changed his or her first and last name three times in his or her life and who claims to be doing a job when there is no proof that he or she is capable of doing so. In western legal systems, it is very difficult to change one’s name and even more difficult to change one’s first name except in the case of marriage or naturalization. A special procedure requiring valid arguments is then necessary. If Sara Gonzales Devant, a specialist in the history of East Timor, is the same person as Stella Morris, legal advisor, then it is necessary to mention that « Stella Morris » is a pseudonym and to be accurate in the story so as not to mislead the public and activists.

It is unfortunate that the media portray Stella Morris or Sara Gonzales Devant or Stella Smith Robertson as a « barrister » when she is not a member of the British Bar, the Bar Council or the[4] Law Society[5] under any of her three names. She is not the only one: Jennifer Robinson and Geoffrey Robertson are also not registered with the British Bar, but the words are important, to say legal adviser or legal assistant would be more accurate. Of Julian Assange’s many « lawyers », only Jean Gareth Peirce and Alaistar James Lloyd Lyon are registered with the Law Society and Edward Hamilton Fitzgerald and Mark John Summers with the Bar Council.

Moreover, while Stella Morris portrays Julian Assange as both her client and her companion, reporters could also have concluded that Stella Morris does not respect the code of ethics of her profession when she is in the courtroom sharing her intimate life with the accused. If she is indeed the accused’s companion, her presence is a procedural defect that should have caused the hearings to be cancelled. To « defend » as a lawyer is to defend according to rules and a code of ethics that in most countries prohibit a lawyer from having close personal ties with his or her client. Moreover, the second procedural flaw is that if Julian Assange is indeed Stella Morris’s partner, she cannot remain her lawyer, since if she respected the rules she would not be able to plead and therefore represent him properly. Julian Assange would again find himself powerless because of a personal and legal imbroglio which could only once again be detrimental to him.

At all the hearings from 19 December 2019 to 27 February 2010 we noted the incongruous presence of very young people who obviously do not have a law degree and are not, of course, registered with the Bar Council or the Law Society. On 19 December, 13 and 23 January and 19 February 2020, it was the young hacker MC McGrath[6] who played the role of apprentice lawyer sitting on the defence bench at the Westminter Magistrate’s Court. On February 24, 25, 26 and 27, 2020, he was present next to Stella Morris and a bunch of teenage girls who were visibly bored during the long hours of the « trial of the century » and were playing on their laptops or pink computers. I know you have to see it to believe it, and as I have seen, having attended all these hearings, I encourage those who do not believe me to line up from 5 a.m. next time to see what is a strange sight far removed from what is expected of a serious political trial. From the audience gallery, I sometimes felt as if I was watching the dress rehearsal for a film shoot or a play with young extras, or an « in situ » exercise for young actors-in-training.

Stella Morris as Sara Gonzalez

Sara Gonzalez Devant is apparently a graduate in political science (Department of International Development[7]) at Oxford University, specializing in the issue of refugees in East Timor[8]. She would have stayed in East Timor in 2005-2006 and would have written a dissertation for this faculty: this document is quoted in two academic books on the subject[9]. One of these academic books, edited by Jacqueline Aquino Sapiano, presents her as a scholarship holder of the « Agencia Espanola de Cooperación y Desarolla AECID », the Spanish governmental agency for international cooperation. The website of a British refugee aid organisation (Refugee Legal Aid Information) states that she would have been a consultant in East Timor for the United Nations High Commissioner for Refugees[10] and would have worked in 2010-2011 on the issue of transgenerational poverty for the Oversea Development Institute, a major international think tank working on the themes of migration, sustainable development and climate change and financed by British, American, Swedish and French government agencies as well as major companies[11].

She was also funded by the Jeanne Sauvé Canadian Public Foundation « for Women’s Leadership » [12]but it is impossible to find details of her work or research. Sara Gonzalez Devant has written two articles on East Timor and one on Botswana on the specialized website « New Internationalist »[13] and has participated in a newsletter on the theme of refugee rights[go14].

Sara Gonzalez Devant on the south african portal Devex

It is a very honourable professional background, but far removed from Swedish law on sexual violence or British law on extradition, which she claims to use to help Julian Assange as Stella Morris. As Sara Gonzalez Her professional career path also seems to stop in 2012.

Stella Morris or Sara Gonzalez Devant or Sara Smith Robertson, september 2020 in the front of the Old Bailey. Despite the make up and the smile she never has in the reality, she seams the same person as the women I saw in the Westminster the 19, 20 décember, the 23 of January, the 19 of february and the 24, 25, 26, 27 february 2020

What really happened at 3 Hans Crescent for seven years?

Having known Mrs. Gonzalez devant under the name « Stella Morris » I will continue to use this pseudonym. Her account, in the first article of the Daily Mail, on April 11, 2010, inspires me to make the following reflections.

Having children in a heterosexual couple involves having sex. It is possible, of course, to have children in non-consensual sexual relationships, but Stella Morris shows us in her film the loving relationship she says she developed with Julian Assange. Having loving emotional and sexual relationships implies having a space of one’s own where this intimacy can blossom in confidence. It is also necessary to have a free and protected mental space to be able to create an ongoing relationship and focus on creating that relationship.

What we have been told, since 2012, about the life of Julian Assange in the apartment at 3 Hans Crescent Street belonging to the State of Ecuador is incompatible with the conditions necessary for an intimate and family life to flourish. Julian Assange would have been under constant surveillance by UC Global’s cameras placed from 2015 onwards in all spaces, including the bathroom and toilets, as Andy Müller Maguhn, Chairman of the Board of the Wau Holland Foundation,[15] shows in the film shown on 27 December 2019 at the Chaos Computer Congress and composed of these intrusive images stolen from Julian Assange’s private life[16]. According to the official narrative, which has been repeated so many times by the media and by « relatives », Julian Assange spent seven years confined to 5.5 square meters of a bedroom and an even smaller space in which his bed was placed, formerly a toilet[17]. Not exactly ideal conditions to develop a love life, as Stella Morris claims to have visited him every day from 2015 until April 11, 2019.

Andy Müller Maguhn shows the private pictures of the 3 Hans Crescent Street by the Chaos Computer Congress the 27 of december 2019. But where was Assange? In the storage room?

But perhaps we were simply lied to and Julian Assange’s life in Ecuadorian space was very different from what we were presented with?

The reality of the place at 3 Hans Crescent Street

going to the 3 Hans Crescent Street

According to the land register, the building at 3 Hans Crescent Street is owned in absolute ownership (Freehold) by the Hans Crescent Freehold limited company (Document LN62660), located in a tax haven and owned by Mohammed bin Khalifa Al Nahyan, son of the President of the United Arab Emirates[18]. Ecuador, for its part, has had a « Leasehold » (a kind of very long-term lease) for Apartment 3B on the ground floor since 25 December 1976, with a storage room in the basement (Document NGL333924)[19]. This apartment is located on the left corner of the building when you stand in front of the entrance to number 3. One notices that only 3 windows (including the famous balcony where Julian Assange sometimes appeared and was filmed by the media and activists) look out onto Hans Crescent Street. The rest of the apartment, 5 windows, overlooks a small cul-de-sac, Landon Square. The Ecuador apartment has a large emergency exit immediately overlooking the dead end, perhaps a second one from the storage room, since there are two doors under the apartment at the end of the Landon Square dead end that allow you to go out of the « basement » (rather a « basement » – a room at ground level) of the building and go to the street or into the Harrods parking lot across the street.

the Landon place, the real view to Ecuadors flat.
the entrance of the building – for the flats, the Ecuadors Flat and for the Colombian diplomatic mission

Right in front of the apartment, integrated in the same building complex, is the imposing entrance to the parking lot and the Harrods delivery tunnel (see photos)[20]. This entrance located at 1 Hans Crescent Street connects this car park and the delivery tunnel through the basement of the building to the Harrods store located to the right of the building complex at 3 Hans Crescent Street, on the Basil Street side. The Harrods car park therefore extends underneath the 3 Hans Crescent Street building complex and it is possible to exit through a second entrance on the other side of the building, next to the luxury pizzeria facing the Harrods, the only restaurant in the area. These entrances and tunnels under the building at 3 Hans Crescent Street are mentioned in the land register.[21]

the Colombian diplomatic mission on the right side of the building, in front of the Harrods

No wonder. Anyone who knows London knows that the area is full of World War II-era underground tunnels[22]. The underground car parks were, as early as the 1930s, the first part of the underground shelters for civilians during the Nazi bombings of London. A short distance from Hans Crescent Street is even the famous « 206 Brompton Road », the former underground station under which, during the war, the headquarters of London’s anti-aircraft defence was located! Property of the British Ministry of Defence, which kept the underground bunker as it was, the place was sold to the Ukrainian oligarch Dimitri Fyrtach at the height of the Ukrainian war against the Donbass in 2014[23]. As one of the richest and most powerful oligarchs in the country, and the sole owner of the Russian gas supply systems to the Ukraine, chemical plants and titanium import companies, Fyrtach is also closely linked to the British and American elites. During the war in Ukraine he was accused of having been too close to President Yanukovitsch, whom the Western powers initially pushed with the putsch of 21 February 2014. Since then, Fyrtach has been prosecuted for corruption but he remains the owner of the walls of the historic building while the British Minister of Defence retains ownership and control of the vast underground passages[24]. When the old bunker was put up for sale, history buffs were able to film what is the point of entry of a tangle of underground passages in this district steeped in a hard and heroic history[25]. These details are given to demonstrate that it is possible to enter the buildings of this historic district, go down into the basement inside and exit the building through another entrance, sometimes located in another building.

When he was forcibly removed from the premises at 3 Hans Crescent Street on April 11, 2019, Julian Assange held up a book by Gore Vidal in front of the cameras. Curiously enough, the American writer lived in his property at 31 Egerton Crescent just 500 meters from the Hans Crescent building complex, as he mentions in his autobiographical book « Palimpsest ».

thefire security exit of the ecuadors flat to the Landon place

It is also known that the Embassy’st services moved in 2015 when the double-entry building at 6 James Sessions Square and 12 Buckle Street in Whitechapel was completed. It is here that Ecuadorian diplomats work, most likely from 2015, alongside their colleagues at the Consulate, as shown on the official Facebook page of the State of Ecuador in London, there is no other website[26]. The apartment at 3 rue Hans Crescent may have remained covered by diplomatic immunity and has since been used as a storage space, meeting and reception room, or simply as accommodation for diplomats or visitors to the mission.

The underground going to Harrods – with delivery trucks just in front of the windows of the ecuadorian flat

Moreover, if the story about cameras installed by the security officer of the diplomatic mission were true, it is not the custom of diplomats to work with surveillance cameras installed in their work station (and in the toilets of their workplace), cameras zooming in on secret defence documents… No real diplomat would accept this, if only because of the danger that these images could be stolen. Moreover, there is no need to spy on diplomats in their work, these people have already been chosen for their loyalty to the government in place. Today the apartment is empty and the security guard posted in the vestibule controls the entrances to both apartments, the one from Colombia and the one from Ecuador. Those curious about Ecuador are systematically directed towards 12 Buckle street.

Precisely, another embassy, which no media ever shows, the Colombian embassy is on the same floor of the ground floor of the building. The two missions are therefore adjoining; they share the same main entrance, the same staircase and the same narrow vestibule. This proximity is very surprising when one knows the deep hostility of the Colombian regime, closely associated with the domination of the United States over all Latin America, to any left-wing government in any country of the continent, including that of Correa. Observing these two flags, which are very similar, of Colombia on the balcony of the apartment on the right, and that of Ecuador on the balcony of the apartment on the left, the visitor always wonders how on earth Julian Assange could have felt safe in an apartment with windows, some of them exposed on a square, the others stuck at the end of a dead end and located on the same level as the headquarters of his worst enemies.

To conclude on the inconsistencies in the fable of the evil UC Global spying on the Ecuadorian diplomatic mission, it should be pointed out that a security agent officiating in the adjoining vestibule cannot filter the entries to the apartment from Ecuador without Colombia’s agreement as well. Otherwise, this would lead to serious diplomatic friction between two countries whose governments are ideologically hostile from 2007 to 2017. It is also clear that Ecuador, which only owns apartment 3B, did not have the right to control the entrances of the inhabitants of the other apartments in the 5-storey building. This requires the agreement of Hans Crescent Freehold limited, owner of the entire building. Either this filtering with passport control was decided by all the owners, or this story is a fake intended to raise the tension of the media spectacle.

Storytelling put to the test of diplomatic customs and realities

Guillaume Long, Rafaël Correa’s former Minister of Foreign Affairs, told us during the conference at the Sorbonne on September 25, 2019, that Ecuador has always respected the Swedish legal actions against Assange and has always negotiated with the United Kingdom during Julian Assange’s seven years of stay in Ecuador[27]. By saying this, he confirmed the doubts we had about the image of « the embassy under siege by the British police force, to the point that the ambassador cannot do his job ». The film « Risk » by Laura Poitras takes this dramatization to the extreme. However, Fidel Narvaez, consul and head of security at the place, is filmed talking (probably) to British authorities in June 2012 when Julian Assange walked through the door of the apartment at 3 Hans Crescent Street, but while he complains about a « disproportionate » number of police officers, he does not complain about the « siege » and even less about a state of war[28]

The real Ecuador Embassy 12 Buckle street
The real ecuador embassy and consulat 6 James Session Square in Whitechapel

It must be understood that in history besieging a diplomatic mission has always been an act of war, which was therefore quickly resolved by a war between the parties (often after the express evacuation of personnel). The most emblematic case in the 20th century was the taking of American diplomats hostage in their mission in Tehran in 1979, in the context of the Islamic Revolution in Iran. Since 1979, it can be said that relations between the two countries have resembled hostile tension on the verge of war. There was no example in the 20th century or even before an embassy was besieged by the host country for 7 years. No professional diplomat believes the story told by the media of the ambassador being prevented from working in his mission and surrounded by the forces of the host country for 7 years in peacetime.

As I explained in a previous article[29], the Vienna Convention of 18 April 1961 establishes the principle of diplomatic immunity on the basis of the principle of reciprocity. It is through this principle of reciprocity and fear of reprisals against its own diplomats that the host country, even in the event of a deterioration in relations, refrains from hostile acts vis-à-vis the foreign mission on its soil. The principle of immunity, which requires that any intervention by the host country in the mission should only take place with the agreement of the highest authorities of the country concerned, i.e. the Minister for Foreign Affairs, lays down the condition for cooperation between the two countries to resolve any conflict between them. Clearly, it is impossible for British police officers to have « surrounded » the Ecuadorian Embassy without the agreement of Ecuador. It was rather a surveillance-protection measure granted precisely because of the Vienna Convention to Ecuador by the government of Great Britain, at Ecuador’s request, perhaps to keep away the curious who would like to get too close to the apartment 3 rue Hans Crescent to observe the reality of Julian Assange’s life there.

If Ecuador had really been « surrounded » and the work of its diplomats had been prevented, Ecuador would have been entitled to do exactly the same to the British diplomats posted in Quito. However, Raphael Correa was careful not to apply the principle of reciprocity against the British Embassy in his country. On the contrary, Ecuadorian-British relations certainly experienced some difficulties with the Assange question, but negotiations never ceased during this period[30]. The impasse was attributed to the incompetence of Ambassador Ada Alban, a close associate of Raphaël Correa but not a professional diplomat, who was in office from 2010 to 2013. The man who has been deciding on Julian Assange’s stay since April 2012 is Fidel Narvaez[31], consul since the beginning of Correa’s presidency, very politically linked to the president, and very probably, as is often the case with the posts of consul or vice-consul not well defined, his head of security. Curiously, Fidel Narvaez, presented as a close friend of Julian Assange, should, according to the customs of the milieu, have been persona non grata and immediately asked to return home after the expiry of his diplomatic immunity, if he had been responsible for the state of tension between his country and Great Britain. On the contrary, today Fidel Narvaez lives in Great Britain, where he has a residence permit. Having met him several times in the corridors of the Westminster Magistrate’s Court and having been able to talk to him, I did not get the impression that he is very worried about his situation as a « troublemaker » vis-à-vis Great Britain. On the contrary, he has attended Julian Assange’s hearings since 19 December 2019 and then the trial from 24 to 27 February 2020 at the Woolwich Crown Court, in the public gallery in the row reserved for the prisoner’s « family ». The British authorities do not seem to resent him for having been at the origin of a situation that was costly for them in media, political and financial terms and that generated heavy diplomatic problems. On the contrary, the British authorities have granted him the right to remain on their soil after his status as an Ecuadorian diplomat has ended. One more argument in favour of the hypothesis that the « siege » was a show for sensitive souls.

Storytelling versus real geopolitics

Not only has Correa’s Ecuador has not been at war with Great Britain during these 7 years, but it has continued to develop very profitable relations with the European Union and its countries throughout this period, especially with Germany. However, Great Britain was a member of the European Union at that time, and considering the role the Germans played in the Wikileaks project (the Wau Holland Foundation as owner and funder of the project and employer of Julian Assange in 2010-2012[32]), it is surprising that at no time did the German government play the good offices, as is usually done in the world of diplomacy, to resolve the « burning Assange conflict » between Ecuador, his new friend in Latin America,[33]and Great Britain, the third strongest power in the European Union. Rafael Correa’s government maintains privileged relations with Germany through the Friedrich Ebert Foundation, which specializes in relations between the German Socialist Party SPD and socialist networks and organizations around the world[34].

It is as if the « Assange case » was only hot for the media, which zooms in on the balcony with the Ecuadorian flag and removes the other elements of the decor from the field of vision: vans entering Harrods’ parking lot in front of the apartment, the Colombian embassy on the landing, the absence of any Ecuadorian diplomat in the whole neighborhood, of any Ecuadorian whatsoever, as ironically reported to me by the workers of the neighborhood.

In serious diplomatic channels, the Assange affair does not exist or is a marginal media epiphenomenon. I am sure that when we open the Foreign Office archives in 30 years there will be no record of the violent conflict between Ecuador and Britain over Julian Assange’s presence at 3 Hans Crescent Street. The absence of conflict does not mean that there were no negotiations about the fate of the « host » as UC Global officials spying on Assange on behalf of Correa and then Moreno called him. Julian Assange himself spoke of his hostage status in the negotiations between three countries, Ecuador, Great Britain and the United States during his last speech on the balcony on May 19, 2017. He appeared sad and defeated, evoking the violations of rights in the European Union while the British have just chosen the Brexit by referendum. He then mentioned the blackmail that Ecuador would suffer from the European Union which would penalize « Ecuadorian exporters » because of his case[35].  We Europeans experience in our lives how Germany decides almost all the policy of the European Union and the fate of its citizens. Does Julian Assange think of Germany as a stakeholder in the conflict that penalizes him without being able to express it clearly? No journalist has ever analysed his speech from this political angle, which is essential for understanding the situation. We will not know more, as Correa’s left-wing government is careful not to take public opinion as a witness and never reveals the true nature of its relationship with the Anglo-Saxon powers and with the European Union in the case of « Julian Assange ».

Nor did any journalist or analyst consider the interests that Wikileaks publications (such as the publication of the Vault 7 global surveillance files mentioned by Julian Assange in this 10-minute speech) could represent for Germany as a state in its relations with the United States, even though Merkel’s government had been very angry at the CIA’s spying on the Chancellor’s mobile phone. One hypothesis would be that the « Wikileaks » unveilings serve as leverage for Germany to put pressure on the United States and strengthen its independence from its powerful US allies.

In fact, on European soil, since the signing of the Vienna Convention, there have been no cases of flagrant violation of diplomatic immunity despite the conflicts and tensions that shake our continent. The only precedent resembling that of Julian Assange at 3 Hans Crescent Street would be that of Cardinal Mindszenty who took refuge in the American Embassy in Budapest after being released from prison by the Communist government in 1956. But if Mindszenty, an anti-communist activist, spent 15 years in the spacious American building in Budapest, it is because he refused to leave Hungary for the United States or the Hungarian communists would have preferred to send him away to prevent him from continuing his political action against them. Closer to home, the dreadful assassination of the Saudi journalist Jamal Khashoggi in his country’s consulate terrified diplomatic circles for whom a mission is a sanctuary. But it must be stressed that this despicable crime was facilitated by the permissive attitude of the host country, Turkey. Here again, cooperation between countries based on reciprocity played to the full, to the detriment of the most basic human rights.

We can deduce from this that Great Britain and Ecuador practiced for 7 years a form of agreement about Julian Assange and that Julian Assange was the only hostage of this negotiation. Germany also played a secret and important role that should be analysed.

Julian Assange’s identity

Guillaume Long in the Sorbonne conference 25 of September 2019

Did Julian Assange ever have Ecuadorian nationality and political asylum? The question is far from absurd. As for nationality, Guillaume Long, former Minister of Foreign Affairs under Rafael Correa from March 2016 to May 2017, answered our question on the subject during the conference at the Sorbonne on 25 September 2019. According to him, Maria Fernanda Espinoza, who heads this ministry after him, was not allowed to sign Julian Assange’s Ecuadorian naturalization document. This prerogative was reserved for the President of the Republic, Lenin Moreno, who never approved this decision[36]. Guillaume Long therefore considers this nationality to be false and therefore legally revocable. The document has not been published.

Worse, Julian Assange has never been able to show, in video or live, the document guaranteeing him political asylum in Ecuador – Ecuadorian residence permit or other. However, articles 27 and 28 of the Geneva Convention require the refugee to have an identity document that allows him to travel and establishes his identity with certainty, mentioning his exact name, date and place of birth and address[37]. The only document published by the media, the « Documento de Identitad de persono que ostendo proteccion international », bears Julian Assange’s photo but no other data required by the Geneva Convention, nor his signature[38]. This document was drawn up on 30 November 2016 by José Luis Jacome, Vice-Minister of Human Mobility under the responsibility of Guillaume Long. Jacome will remain in office after the election of Lenin Moreno in February 2017, while Maria Fernanda Espinoza, the new Minister of Foreign Affairs, declared in December 2018 that she had granted Ecuadorian nationality to Julian Assange. This loyalty of the Ecuadorian senior civil servant to the leader who revokes the nationality and asylum of a political refugee, in defiance of the Geneva Convention and the Universal Declaration of Human Rights, casts doubt on the reality of his support for Julian Assange under President Correa.

In addition, Guillaume Long also stated on 25 September 2019 that it is possible that Ecuadorian asylum was only guaranteed in 2012 on the basis of the Inter-American Convention on Human Rights, (article 22.7 and 22.8)[39] not the UN Geneva Convention on Refugees, which would explain why Britain does not recognise Julian Assange’s asylum. We can see that there is a significant lack of clarity regarding Julian Assange’s Ecuadorian political asylum and that these contradictions are detrimental to him.

In addition, on 15 and 16 November 2016, at a hearing with Swedish prosecutor Ingrid Isgren Julian Assange, he claims that he is an Australian citizen, that his passport was taken by the British authorities and that he cannot prove his identity. It is inferred that he does not possess any documents[40]. No one has ascertained the true meaning of these dramatic words and no journalist has asked for explanations. Firstly, when the British court granted him bail in December 2010, it should have returned his passport after he was released from the Wandsworth pre-trial detention centre. The confiscation of this passport is, in every respect, illegal under international law, and such experienced lawyers should have fought first to ensure that their client was not de facto stateless, in addition to being already an « undocumented migrant » (a residence card is compulsory for Australian citizens after more than 6 months in the UK). The fact that such an action against the British state was not taken for 6 years, until Julian Assange’s meeting with this Swedish prosecutor, says a lot about the inefficiency of the lawyers we have already denounced.

Secondly, it is surprising that Julian Assange « is not able to prove his formal identity » when, as a refugee under the protection of the Geneva Convention, he should have a document issued by Ecuador, proving his identity, his right to the protection of the State of Ecuador and his right to travel (as stipulated in articles 27 and 28 of the Convention). The Charter of the United Nations prohibits the revocation of a citizen’s nationality at birth and the fabrication of stateless persons. How is it that the senior Swedish official did not point out these flagrant violations of rights on the person of Julian Assange, violations committed by the British authorities, by the Australian authorities who must protect their citizens and by Ecuador which did not provide him with an identity document in accordance with the obligations of the Geneva Convention? Julian Assange in making this statement clearly called for the help of this person legally mandated by a State and likely to understand the kidnapping of which he is a victim.

What value can the work of « chief prosecutor » Ingrid Isgren have when she cannot record on the hearing report the surname, first name, place and date of birth, address, passport number and dates, place and authority of issue and expiry of Julian Assange’s legal identity document? Why did she not ask him about the Ecuadorian identity documents he should have? Why does she accept the illegality of the person she is interviewing, an illegality which she does not denounce?

Why is it that nobody notices that this essential data is missing from the Swedish file? The protagonists of the Swedish charges, complainants and witnesses, moreover, never seem to have presented any identity documents to the police and the courts because these documents are blank of any identifying number[41].

At the time, the Minister of Foreign Affairs was Guillaume Long and the President of Ecuador Rafael Correa. They are all as much responsible for Julian Assange’s inextricable situation as Lenin Moreno, whom it is so convenient to call the « villain » of the story. This storytelling technique allows to whitewash the personalities in power for 7 years and to contribute to reinforce the passivity of the citizen on the theme of « we can’t do anything against fate, the bad guys, Moreno and the Americans are too powerful ». This attitude of fatality is what we fight the most with Wikijustice.

The attitude of fate is alien to us because we are militants against the corrupt and dictatorial neoliberal capitalist system. But the further we go in our analysis, the more we discover, in the case of Julian Assange, that the political, legal and journalistic elites who are supposed to support him do so only lazily, at the last minute, without getting wet or are simply absent and silent. How can we accept the fatality of a trial played out in advance when, in theory, Julian Assange should benefit from the support of the powerful network of connections of his principal lawyer, the famous former judge Baltazar Garzon? Baltazar Garzon frequented 3 Hans Crescent Street because he was filmed dancing at a party in the apartment – this scene is immortalized in the film shown by Andy Müller Maguhn at the Chaos Computer Congress on December 27 last year[42]. However, Maitre Garzon has been conspicuous by his absence since Julian Assange’s incommunicado detention on April 11, 2019. He did not answer letters from European activists and did not attend the extradition hearings I have been attending in London since 20 September 2019. Admittedly, at the end of February 2020, he was present at the Woolwich Crown Court and was the only lawyer to shake hands with Julian Assange and talk to him. But he only remained at the trial for a day and a half, on 24 February and the morning of the 25th. Nor did he mobilize any Spanish politicians or activists for his client’s cause. Baltazar Garzon is very close to Reporters Without Borders, of which he was an active supporter during the time of Robert Ménard’s presidency, especially by being the honorary president of RSF’s internal legal support organisation Damocles, « charged with taking legal action to defend the freedom of journalists[43]. RWB was absent from the struggle for the release of Julian Assange in 2019 and only woke up for the trial in February 2020. Christophe Deloire, General Secretary of RSF France, and Christian Mihr for Germany, however, only stayed for one day at the trial, delegating the task of representation to Rebecca Vincent.

We often notice the present, rarely the absent. However, the absence of personalities at the very moment when we were able to observe the torture that Julian Assange is undergoing during the hearings contributes to the reinforcement of the feeling of powerlessness in the face of the fatality of the rights violations. Powerlessness that the dominant system wants to inculcate in us willingly or unwillingly.

Julian Assange’s alleged children before Stella Morris…

Returning to the testimony of Stella Morris on the intimate relationship she claims to have developed with Julian Assange from 2015, it is surprising that Julian Assange, in his interview with the doctors mandated by the Working Group on Arbitrary Detention of the United Nations High Committee for Human Rights and dated November 2015, already speaks of his children whom he cannot see growing up. So these are not the children that Stella Morris shows in the Daily Mail photos. The doctor who wrote the report « on the trauma and psycho-social situation of Mr. Julian Assange » mentions several interviews conducted from June 2014 to July 2015. This doctor speaks, on the contrary, of « young children in France as well as others in Australia with whom Mr. Assange cannot maintain an affective relationship in the embassy[44]. In addition, the report describes all the traumas caused by prolonged « confinement » in a place with no light, no possibility of going out, no exercise, and surrounded by a hostile environment (something that we are beginning to understand with the health violence that has recently been inflicted on us in France on a large scale): insomnia, anxiety, depression, loss of the ability to use one’s senses…

The storytelling about Julian Assange french wife and children – 2015

This « confinement » has been described as torture by Nils Melzer, the UN Special Rapporteur on Torture in his famous report on the situation of Julian Assange. Stella Morris’ rose-water novel currently in the media discredits Nils Melzer’s report and puts Julian Assange in danger. For how can a prisoner be both tortured and the happy father of a loving family?

Finally, driven into raptures by the images shown by Stella Morris, the audience is led to forget what Julian Assange himself said about his children in France and those in Australia. Citizens will know nothing about the mother of the latter, who is not present to support the father of her children. Yet, for human rights defenders, the question arises as to whether lawyers and the justice system have done everything possible to protect their interests both in terms of the legitimacy of their filiation and in terms of their property. Indeed, these children are heirs, like Stella Morris’ children, to dividends through the shares Julian Assange owns in the Icelandic company Sunshine Press Production[45]. The worrying question « who manages Julian Assange’s assets » must be asked by the activists so that Julian Assange is not robbed of his property during the long years of captivity he has suffered. Daniel Assange, portrayed by the media as his Australian son, now 31 years old, never came to the hearings and never defended his father either in front of the cameras or at a press conference. He never went to see his father in Belmarsh. It is now normal to have doubts about his existence. In 2010, this son was still tweeting about his father, since he disappeared[46]. None of the journalists chasing John Shipton in a pack have asked themselves the question of the son present in his father’s life in 2010 and absent in 2020.

Moreover, if this relationship began in 2015 when Julian Assange’s health was a concern, why hasn’t Stella Morris already sounded the alarm to save her companion? Why has she remained silent about the torture he is suffering, as demonstrated by Nils Melzer’s report and the three Wikijustice medical reports dated 29 December 2019, 8 February and 29 February 2020?[47]

Whoever does not denounce the crime, torture, is guilty of failing to assist a person in danger.

Article 1 of the UN Convention against Torture is very clear: anyone who consents to torture, [48]tacitly or with knowledge of it, is an accomplice to the crime:

Article 1 of the Convention against Torture

https://www.cncdh.fr/sites/default/files/cat_protocole_1.pdf

« « 1. For the purposes of this Convention, the term « torture » means any act by which severe pain or suffering, whether physical or mental, is intentionally inflicted on a person for such purposes as obtaining from him or a third person information or a confession, punishing him for an act he or a third person has committed or is suspected of having committed, to intimidate or coerce her or intimidate or coerce a third person, or for any reason based on discrimination of any kind, when such pain or suffering is inflicted by or at the instigation of or with the consent or acquiescence of a public official or other person acting in an official capacity. This term does not extend to pain or suffering arising only from, inherent in or incidental to lawful sanctions ».


[1] https://www.lepoint.fr/monde/dupond-moretti-veut-demander-l-asile-politique-pour-assange-a-emmanuel-macron-20-02-2020-2363736_24.php

[2]             An article from an Australian media outlet that mentions the Smith Robertson identity: https://www.sbs.com.au/news/julian-assange-s-fiancee-publicly-joins-the-campaign-for-his-release

[3]             https://www.dailymail.co.uk/news/article-8210957/WikiLeaks-boss-Julian-Assange-fathered-two-children-inside-Ecuadorian-embassy-lawyer.html

[4] https://www.directaccessportal.co.uk/search/1/barrister

[5] https://solicitors.lawsociety.org.uk/

[6] https://theintercept.com/staff/m-c-mcgrath/

[7] https://www.qeh.ox.ac.uk

[8] https://www.devex.com/people/sara-g-494301

[9]             Sara Gonzalez Devant, « Displacement in the 2006 Dili conflict, dynamics of ongoing crisis », Refugee Studies Centrer Working Paper 45, 2008, University of Oxford. In Jacquline Aquino Sapiano, « East Timor, How to build a nationa in Southeast Asia in the 21 century », Proceedings of the 2006 Naples Congress, Institute for Research on Contemporary Southeast Asia, 2018 and in Vandra Harris, Andrew Goldsmith, « Security, Development and Nation Building in Timor Leste » Routledge, 2012.

[10] http://refugeelegalaidinformation.org/former-editors

[11] https://www.odi.org/sites/odi.org.uk/files/odi_funders_2017-18.pdf – the name of Sara Gonzalez Devant or Stella Morris does not, however, appear in the documents visible on the site.

[12]            https://www.facebook.com/fondationjeannesauve/,

https://jeannesauve.org/scholar/sara-gonzalez-devant/sara-gonzalez-devant-2/

https://www.google.fr/search?q=Jeanne+Sauv%C3%A9+foundation+Sara+gonzalez+front&sxsrf=ALeKk02l_RYDGsYftXnWNL5Dsd5LnzKnQ:1587493438654&tbm=isch&source=iu&ictx=1&fir=qQ3SzNEc7cVGGM%253A%252C0jcLFerXhBC25M%252C_&vet=1&usg=AI4_-kSNOVT9k5UN9Xm70eQ_WdruEeIrEw&sa=X&ved=2ahUKEwjJ5_nzkfroAhUE1xoKHQ13AawQ9QEwA3oECAoQBw#imgrc=qQ3SzNEc7cVGGM:

[13] https://newint.org/author/Sara%20Gonzalez%20Devant

 [14]https://rightsinexile.tumblr.com/post/16854265845/a-monthly-forum-for-news-and-discussion-on-refugee

[15]
http://www.wauland.de/media/2016-12-31_jahresbericht.pdf http://www.wauland.de/media/2016-12-31_jahresbericht.pdf

http://www.wauland.de/de/

Wau Holland Foundation – the real boss of Wikileaks

[16] https://media.ccc.de/v/36c3-11247-technical_aspects_of_the_surveillance_in_and_around_the_ecuadorian_embassy_in_london

[17] https://www.lemonde.fr/idees/article/2015/07/03/julian-assange-monsieur-hollande-accueillez-moi-en-france_4668919_3232.html

www.slate.fr/story/126902/assange-colocation-equateur-ambass

[18] https://blogs.mediapart.fr/edition/liberez-assange-ethiques-et-medias/article/121219/assange-regression-feodale-au-royaume-uni

[19]            Documents available on https://eservices.landregistry.gov.uk/eservices/FindAProperty/view/MapEnquiryInformationRequest.do

[20] https://www.facebook.com/media/set/?set=a.3154590997940931ype=3

[21]            Document from HM Land Regiester: RegisterBGL5852 – 87-135 Brompton Road (SW1X 7XL) – Freehold », which is the cadastre for the Harrods store.

[22]            Joshua Levine, « The secret history of the Blitz », Simon and Shuster UK, 2016,

Nick Cooper, « London Underground at war », Amberley Publishing 2014.

http://www.nickcooper.org.uk/subterra/lu/tuaw.htm

https://underground-history.co.uk/brompton.php

[23] https://en.wikipedia.org/wiki/Brompton_Road_tube_station

https://www.standard.co.uk/news/london/disused-brompton-road-tube-station-sold-to-wealthy-ukranian-for-53m-9162296.html

[24]            Land Register LN43910

[25]            https://www.youtube.com/watch?v=JEqKJDR7L0w

[26] https://www.facebook.com/ceculondres/

               Before 2015 the Ecuadorian Consulate was located at 144, 146 Kings Cross road.

https://www.facebook.com/events/144-146-kings-cross-road-esquina-de-lorenzo-street-wc1x-9du/casa-ecuatoriana-de-londres/380564388708992/

[27]            Foreign Minister from 2016 until the election of Lenin Moreno, Guillaume Long, who also has French and British nationality, was the one who in October 2016 cut off Julian Assange’s internet access following the publication by « Wikileaks » of the emails of John Podesta, Hillary Clinton’s campaign manager.

[28]  minute 54 :20

[29] http://www.defenddemocracy.press/monika-karbowska-faire-la-lumiere-pour-gagner-la-bataille-qui-sont-les-proches-de-julian-assange/

https://www.admin.ch/opc/fr/classified-compilation/19610070/index.html – the Vienna Convention

[30]            Articles on the Ecuador – UK negotiations :

https://www.bbc.com/news/uk-22928276

https://www.bbc.com/news/uk-22816226

[31] https://www.bbc.com/news/uk-22928276

[32] http://www.wauland.de/media/2011_Jahresbericht.pdf

[33]            Raphaël Correa’s visit to Germany in April 2013:

https://archiv.bundesregierung.de/archiv-de/dokumente/pressestatements-von-bundeskanzlerin-merkel-und-des-praesidenten-der-republik-ecuador-correa-delgado-849028

https://www.kas.de/de/laenderberichte/detail/-/content/ecuador-land-der-unbegrenzten-investitions-moeglichkeiten-1

[34] https://amerika21.de/2013/03/81799/correa-besuch-deutschland

https://www.dw.com/de/correas-tipps-für-die-europäer/a-16752246

https://www.fes.de/referat-lateinamerika-und-karibik/suedamerika/ecuador

[35]https://www.youtube.com/watch?v=Kkx9_jf3FXw=117s ; 3 :40 minute

[36] https://www.numerama.com/politique/320190-lequateur-voudrait-bien-que-julian-assange-parte-de-son-ambassade.html

               Note that in this article of January 10, 2018 Maria Fernanda Espinoza refers to the negotiations with Great Britain for an orderly solution to the Assange question.

[37] https://www.unhcr.org/excom/scip/3ae68cce4/identity-documents-refugees.html

[38] http://www.talkmedianews.com/the-world-in-2/2019/04/11/why-julian-assanges-impending-us-legal-battle-is-scaring-reporters/

               « Identity document of a person who is guaranteed international protection. »

[39] https://www.cidh.oas.org/Basicos/French/c.convention.htm

[40]            « I, Julian Assange, an Australian citizen, have had my passport taken by British authorities and so cannot provide formal identification »

https://justice4assange.com/IMG/html/assange-statement-2016.html

[41]            Here are the originals published by journalist Al Burke on the Nordic News Network website. Notice the empty boxes for the ID numbers. That is to say that no hearing protocol contains this essential data, although it should  have been marked and possibly hidden by the editor.

http://www.nnn.se/nordic/assange/docs/memoria.pdf

[42] https://media.ccc.de/v/36c3-11247-technical_aspects_of_the_surveillance_in_and_around_the_ecuadorian_embassy_in_london

[43]            Page 77, Maxime Vivas, « Hidden face of Reporters Sans Frontières. From the CIA to the hawks of the Pentagon ». Editions Aden, Brussels 2007

[44]            « Mr Assange has a young family in France, as well as children in Australia to whom he has been unable to have an affective relationship whilst in the Embassy; the uncertainty as to whether reunion can ever be accomplished, and whether the development of those relationships can be restored, creates a further uncertainty »

https://file.wikileaks.org/file/cms/Psychosocial%20Medical%20Report%20December%202015.pdf

[45]            Icelandic Tax Office website: https://www.rsk.is/fyrirtaekjaskra/leit/kennitala/6110100280

[46]            https://www.theatlantic.com/international/archive/2010/12/what-julian-assange-s-son-is-tweeting-about-his-dad/342931/

https://www.smh.com.au/technology/driven-to-dissent–like-father-like-son-20101204-18kpr.html

Twitt de Daniel Assange en 2010 : « Our final battle has begun, dad. We don’t cry, we don’t regret, and we never, ever give up. I love you more than anything and anyone in this world. I couldn’t ask for a better father, mentor, and role model in life. Thank you for everything. We fight to win. See you soon »

[47] http://newsnet.fr/167829

https://www.facebook.com/notes/wikijustice-julian-assange/rapport-médical-du-prisonnier-politique-julian-paul-assange-fait-par-un-docteur-/474495453186774
https://www.facebook.com/notes/wikijustice-julian-assange/wjja-second-rapport-médical-du-prisonnier-julian-paul-assange-08022020/489253121711007

https://m.facebook.com/notes/wikijustice-julian-assange/wjja-troisième-rapport-médical-attestant-de-la-torture-dont-est-victime-julian-a/508066593162993/

Fin de partie romantique de l’affaire Julian Assange? 1ère partie

Objections, analyses et actions de Wikijustice – 1ère Partie

Monika Karbowska

Lorsque nous avons commencé, avec Wikijustice Julian Assange, à analyser, il y a 9 mois, la totalité de l’histoire de « Wikileaks » et Julian Assange, nous avons été frappés par les morts suspectes qui jalonnent l’historique de toute la lutte pour la libération de ce prisonnier politique en Occident : Seth Rich, John Johns, Michaël Ratner, Adrian Lamo, Arjen Kamphuis … Que de décès subits de personnes qui ont été impliquées dans les révélations des secrets d’Etat par Julian Assange ou qui avaient voulu sincèrement l’aider ! Il y a aussi des personnes qui nous ont demandé si nous ne sommes pas en danger en nous intéressant de trop près à l’affaire. Naturellement, la lutte contre le système est une prise de risque. Je le sais mieux que quiconque ayant perdu mon pays, mes meilleurs amis, en opposition au capitalisme en Pologne dès 1991, où lorsque j’ai été menacée par la sanguinaire extrême droite ukrainienne lors de mon soutien aux familles des victimes du massacre d’Odessa du 2 mai 2014. Mais nous nous sommes dit alors : nous ne sommes pas isolés, nous faisons partie du puissant mouvement social des Gilets Jaunes. Pour nous faire taire il faudrait faire taire un pays entier qui se lève contre l’oligarchie locale, européenne et mondiale.

Gilets Jaunes en route vers la Révolution en Grande Bretagne

A voir la violence de la crise que nous traversons en Europe continentale et particulièrement en France, nous pourrions nous dire, à trois mois de la fin de la première phase du procès à la Woolwich Court de fin février dernier, que nous ne sommes pas loin de ce scénario…. Interdiction de sortir de chez soi sous peine d’amende policière et de poursuites, arrêt de l’économie et des liens sociaux, fermeture de tous les lieux de sociabilité, peur collective de mourir par une maladie inconnue face à laquelle rien n’a été préparé par les gouvernants…

Nécessité de débrouille et autogestion là où on soigne encore les gens, dans les hôpitaux et certains systèmes de santé locaux, sauve qui peut général des communes, départements et régions face à un Etat déliquescent et capable uniquement de répression… Je vous fais grâce de la litanie, vous l’avez vécu comme moi depuis mi-mars.

Même le langage utilisé pour nous est le même que pour la torture subie par Julian Assange. Son « solitary confinement » dans un appartement correspond à notre « confinement » collectif dans nos logements…

Les dernières audiences du procès de Julian Assange sans le regard des militants

Dans cette débâcle de mon pays, il nous a été impossible d’assister aux quatre procès de Julian Assange depuis fin février, le 25 mars, le 7 avril, le 27 avril et le 4 mai. Il est certes possible de se déplacer de France en Grande Bretagne car Eurostar met tous les jours des billets en vente et aussi de réserver un Paris-Londres sur le site liligo.fr, mais c’est sortir de sa maison qui était devenu difficile en France.

Les informations que j’ai pu obtenir m’ont été fournies par les compte rendus détaillés des audiences que rédige le seul journaliste que j’estime faire un travail de fond, Marty Silk de l’Australian Associated Press (que son travail soit salué au passage). Ayant pu le voir travailler et assister à sa prise de notes plusieurs fois, je sais au moins qu’il décrit le déroulé de l’audience de façon plutôt précise. C’est ainsi que j’ai pu apprendre des deux audiences du 25 mars et du 7 avril qu’une demande de libération sous caution a enfin été déposée par les avocats Fitzgerald et Summers, après tant de mois de tergiversation, et qu’elle avait été rejetée par la juge Baraitser le 25 mars. L’essentiel des audiences du 25 mars et du 7 avril a consisté néanmoins, non dans une argumentation autour de cette libération, mais en débats interminables sur la révélation de l’identité d’une nouvelle « compagne » de Julian Assange et de ses deux enfants. Selon Marty Silk, ce sont plutôt les avocats qui ont mis incessamment le sujet sur le tapis dans une dramaturgie digne de Paris Match, Gala ou Voici alors que la juge et l’accusation observaient une neutralité évidente. Evidente parce que dans une procédure judiciaire seule l’identité du justiciable est connue du public qui assiste au procès. Le nom de l’époux/épouse est connu de l’institution judiciaire puisqu’il s’agit de l’état civil du justiciable et de ses obligations familiales qui font partie de sa situation sociale, mais il n’a pas à être livré au public. Et à fortiori, ne sera jamais dévoilé publiquement par le juge le nom des enfants du justiciable car cette information est logiquement protégée par les lois de protection des enfants, de la vie privée des personnes et de la protection des données.

Le récit coloré des « paparazzis qui risquent de poursuivre la pauvre femme si son nom venait à être divulgué au public » et la crainte « d’un enlèvement par les services secrets américains » me laissait incrédule comme souvent les éléments bizarres de ce dossier. Comme déjà en 2019, je répétais aux militants que « si cette femme vit en Grande Bretagne, les services secrets britanniques la connaissent parfaitement et s’ils la connaissent, les services secrets américains la connaissent aussi ». Il est peu probable que la CIA prenne le risque d’assassiner ou enlever une femme et des enfants britanniques sur le sol britannique. Malgré tout le dégoût que cette institution peut nous inspirer, elle n’a jamais encore commis ce genre de crime sur le sol de son plus proche allié vis-à-vis de ressortissants britanniques car le faire serait diplomatiquement très risqué pour le gouvernement états-unien. De toute manière, j’étais plutôt partie pour trouver la compagne de Julian Assange en France. Suite aux nombreuses déclarations publiques de Juan Branco et de celle de Eric Dupont Moretti à la conférence de presse du 20 février 2020 à Paris[1] ,selon lesquelles Julian Assange était père d’un enfant français, des militants nous posaient régulièrement cette question « savez-vous qui est la femme française de Julian Assange ? ». Non, je ne le savais pas, mais je gardais une option sur cette probabilité, sachant qu’il était crédible qu’un informaticien militant comme Julian Assange ait pu rencontrer une compagne en France dans les années 2005 à 2009 et qu’il aurait été utile pour nous, militants, d’avoir son soutien ouvert dans la lutte que nous menions pour l’asile politique de Julian Assange en France.

Stella Morris devant le « Daily Mail »

Après avoir voulu à tout prix protéger pendant des années son identité et y avoir efficacement réussi malgré les « paparazzis », voici que Stella Morris alias Sara Gonzales Devant ou Stella Smith Robertson[2] se met en scène avec ses enfants à visage découvert face aux journalistes du tabloid le « Daily Mail »[3] – je découvre  l’article au soir du 11 avril dernier. Le journal publie quelques photos, un texte romancé et une vidéo de Stella Morris avec un chat et deux enfants dans un décor qui ressemble à celui d’un atelier informatique (matériel dans des cartons sur des étagères…) dans lequel on aurait disposé des jouets d’enfants.

Cette nouvelle me pousse à écrire ici quelques réflexions sur la nature du militantisme que j’ai effectué ces derniers mois et pour lequel j’ai pris beaucoup de risques et vécu des moments de grande violence, comme je l’ai décrit dans tous mes articles, sur le procès de Julian Assange. J’ai en effet assisté à toutes les audiences du procès de Julian Assange depuis septembre 2019 : le 20 septembre, le 11 octobre, le 21 octobre 2019, le 18 novembre, le 13 décembre, le 19 et 20 décembre 2019, le 13 janvier 2020, le 23 janvier 2020, le 19 février 2020, le 24, 24, 26 et 27 février 2020. Après avoir fourni autant d’effort, je me sens légitimée pour formuler quelques remarques.

Il est dommage que les médias mettent en scène Stella Morris ou Sara Gonzales Devant ou Stella Smith Robertson comme « avocate » alors qu’elle n’est pas inscrite au barreau britannique, ni au « Bar council »[4] ni à la « Law society »[5] sous aucun de ses trois noms. Elle n’est pas la seule : Jennifer Robinson et Geoffrey Robertson ne sont pas non plus inscrits au barreau britannique mais les mots sont importants, dire conseillère ou collaboratrice juridique serait plus exact. Parmi la nombreuse troupe des « avocats » de Julian Assange, seuls Jean Gareth Peirce et Alaistar James Lloyd Lyon sont inscrits à la « Law society » et Edward Hamilton Fitzgerald et Mark John Summers au « Bar Council ».

De même, il est dommage qu’aucun journaliste ne s’interroge et n’engage le public à réfléchir sur la crédibilité d’une personne qui a pu changer trois fois de nom et de prénom dans sa vie et qui affirme faire un métier alors qu’aucune preuve n’existe qu’elle est en mesure de l’exercer. Dans les système juridique occidentaux, il est très difficile de changer de nom et encore plus de prénom sauf en cas de mariage ou de naturalisation. Une procédure spéciale exigeant des arguments valables est alors nécessaire. Si Sara Gonzales Devant, spécialiste de l’histoire du Timor Oriental, est la même personne que Stella Morris conseillère juridique, alors il est nécessaire de mentionner que « Stella Morris » est un pseudonyme et d’être exact dans le récit pour ne pas tromper le public et les militants.

De plus, alors que Stella Morris présente Julian Assange comme son client et son compagnon à la fois, les journalistes auraient pu aussi en conclure que Stella Morris ne respecte pas le code de déontologie de sa profession lorsqu’elle se trouve dans la salle d’audience alors qu’elle partage sa vie intime avec l’accusé. Si elle est bien la compagne de l’accusé, sa présence est un vice de procédure qui aurait dû faire annuler les audiences. « Défendre » en tant qu’avocat est défendre selon des règles et un code de déontologie qui interdit dans la plupart des pays à un avocat d’avoir des liens personnel étroits avec son client. D’ailleurs, deuxième vice de procédure, si Julian Assange est bien le compagnon de Stella Morris, elle peut d’autant moins rester son avocate puisqu’en respectant les règles elle ne pourrait plaider et donc le représenter correctement. Julian Assange se retrouverait à nouveau démuni du fait d’un imbroglio personnel et juridique qui ne pourrait encore une fois que lui porter préjudice.

Lors de toutes les audiences du 19 décembre 2019 au 27 février 2010 nous avons noté la présence incongrue de très jeunes gens qui n’ont manifestement pas de diplôme d’avocat et ne sont naturellement pas inscrits au « Bar council » ni à la « Law Society ». Le 19 décembre, 13 et 23 janvier et 19 février 2020, ce fut le jeune hacker MC McGrath[6] qui jouait ainsi aux apprentis avocats assis sur le banc de la défense à la cour Westminter Magistrate. Les 24, 25, 26 et 27 février 2020, il était présent à côté de Stella Morris ainsi qu’une ribambelle d’adolescentes qui visiblement s’ennuyaient pendant les longues heures du « procès du siècle » et pianotaient sur leurs portable ou sur leurs ordinateurs roses. Je sais qu’il faut le voir pour le croire et comme je l’ai vu, ayant assisté à toutes ces audiences, j’encourage ceux qui ne me croient pas à faire, la prochaine fois, la queue à partir de 5 heure du matin pour assister à ce qui est un étrange spectacle très éloigné de ce qu’on attend d’un procès politique sérieux. De la galerie du public, j’avais parfois l’impression de regarder la répétition générale d’un tournage de film ou d’une pièce de théâtre avec de jeunes figurants, ou à un exercice «in situ » pour de jeunes acteurs stagiaires.

Stella Morris en tant que Sara Gonzalez Devant

Sara Gonzalez Devant est donc apparemment diplômée en sciences politiques (Departement du Développement International[7]) à l’Université d’Oxford, spécialiste de la question des réfugiés au Timor Oriental[8]. Elle aurait séjourné au Timor Oriental en 2005-2006 et aurait rédigé un mémoire pour cette faculté : ce document est cité dans deux livres universitaires sur le sujet [9]. Un de ces ouvrages universitaires, sous la direction de Jacqueline Aquino Sapiano, la présente comme boursière de la « Agencia Espanola de Coopération y Desarolla AECID » organisme gouvernemental espagnol pour la coopération internationale. Le site d’une association britannique d’aide aux réfugiés (Refugee Legal Aid Information) précise qu’elle aurait été consultante au Timor Oriental pour le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés[10] et aurait travaillé en 2010-2011 sur la question de la pauvreté transgénérationnelle pour l’Institut du Développement de l’Outre-Mer (Oversea Developement Institut), un grand think thank international travaillant sur les thèmes des migrations, du développement durable et du changement climatique et financé par les agences gouvernementales britanniques, américaines, suédoises et françaises ainsi que par des grandes entreprises[11].

Elle a été financée aussi par la fondation canadienne publique Jeanne Sauvé « pour le leadership féminin»[12] mais il est impossible de trouver des précisions sur son travail ou sa recherche. Sara Gonzalez Devant a écrit deux articles sur le Timor Oriental et un sur le Bostwana sur le site spécialisé « New Internationalist »[13] et a participé à une newsletter sur le thème des droits des réfugiés[14].

C’est un parcours professionnel tout à fait honorable, mais très éloigné du droit suédois sur les violences sexuelles ou du droit britannique concernant les extraditions, connaissances qu’elle prétend utiliser pour aider Julian Assange en tant que Stella Morris. En tant que Sara Gonzalez Devant son parcours professionnel semble également s’arrêter à l’année 2012.

Que s’est-il réellement passé 3 rue Hans Crescent pendant 7 ans ?

Ayant connu Madame Gonzalez Devant sous le nom de « Stella Morris » je continuerai à utiliser ce pseudonyme. Son récit, dans le premier article du Daily Mail, le 11 avril 2010, m’inspire les réflexions suivantes.

Avoir des enfants dans un couple hétérosexuel suppose d’avoir des relations sexuelles. Il est possible, bien sûr, de faire des enfants dans des relations sexuelles non consenties mais Stella Morris nous présente dans son film la relation pleine d’amour qu’elle dit avoir développée avec Julian Assange. Avoir des relations affectives et sexuelles amoureuses suppose d’avoir un espace à soi ou cette intimité peut s’épanouir dans la confiance. Il est nécessaire aussi d’avoir un espace mental libre et protégé pour pouvoir créer une relation suivie et se concentrer sur la création de cette relation.

Ce qu’on nous a raconté, depuis 2012, sur la vie de Julian Assange dans l’appartement du 3 rue Hans Crescent appartenant à l’Etat de l’Equateur est incompatible avec les conditions nécessaires à l’épanouissement d’une vie intime et familiale. Julian Assange aurait été sous surveillance constante des caméras de la société UC Global placées dès 2015 dans tous les espaces, y compris dans la salle de bain et dans les toilettes, comme le montre Andy Müller Maguhn président du Conseil d’Administration de la Fondation Wau Holland[15] dans le film projeté le 27 décembre 2019 au Chaos Computer Congress et composé de ces images intrusives volées de la vie privée de Julian Assange[16]. Selon la narrative officielle tant de fois reprise par les médias et par des « proches », Julian Assange aurait passé 7 ans confiné dans 5 mètres carrés et demi d’une chambre et d’un espace encore plus petit dans lequel aurait été placé son lit, auparavent des toilettes[17]. Pas vraiment des conditions idéales pour développer une vie amoureuse alors que Stella Morris affirme lui avoir rendu visite tous les jours de 2015 jusqu’au 11 avril 2019.

Mais peut-être nous a-t-on tout simplement menti et la vie de Julian Assange dans l’espace équatorien était très différente de ce qu’on nous a présenté ?

La réalité des lieux au 3 rue Hans Crescent

Selon le cadastre, l’immeuble du 3 rue Hans Crescent appartient en propriété absolue (Freehold) à la compagnie Hans Crescent Freehold limited (Document LN62660), sise dans un paradis fiscal et propriété de Mohammed bin Khalifa Al Nahyan, fils du Président des Émirats Arabes Unis[18]. L’Equateur possède de son côté en « Leasehold » (sorte de bail à très long terme) l’appartement 3B au rez de chaussée depuis le 25 décembre 1976 auquel est adossé un « storage room », un lieu de stockage, au sous-sol (Document NGL333924)[19]. Cet appartement est situé sur l’angle gauche de l’immeuble lorsqu’on se tient devant l’entrée du numéro 3. On remarque que seules 3 fenêtres (dont le fameux balcon ou Julian Assange apparaissait parfois et était filmé par les médias et les militants) donnent sur la rue Hans Crescent. Le reste de l’appartement, 5 fenêtres, donne sur une petite impasse, la Landon Square. L’appartement de l’Equateur dispose d’une grande issue de secours donnant immédiatement sur l’impasse, peut-être d’une deuxième à partir du « storage room » puisque deux portes se trouvent sous l’appartement au fond de l’impasse Landon Square permettant de sortir du « sous-sol » (plutôt un « basement » – un local à ras le sol) du bâtiment et de gagner la rue ou de rentrer dans le parking du Harrods qui fait face.

Justement, en face de l’appartement, intégrée au même complexe d’immeubles, se trouve l’imposante entrée du parking et du tunnel de livraison du Harrods (voir photos)[20]. Cette entrée située au 1 rue Hans Crescent relie ce parking et le tunnel de livraison par le sous-sol du bâtiment au magasin Harrods située à droite du complexe immobilier du 3 rue Hans Crescent, côté Basil Street. Le parking de Harrods s’étend donc en dessous du complexe immobilier du 3 Hans Crescent Street et il est possible d’en ressortir par une deuxième entrée, de l’autre côté du bâtiment, à côté de la pizzeria de luxe faisant face au Harrods, seul restaurant du quartier. Ces entrées et ces tunnels situés sous le bâtiment du 3 rue Hans Crescent sont mentionnés dans le cadastre.[21]

L’appartement loué par l’Equateur en « Leasehold » avec les fenêtres donnant sur l’impasse Landon Place. Vue sur les deux sorties de secours donnant dans l’impasse
Sortie de secours de l’appartement equatorien dans l’impasse Landon Place – cette porte peut donner sur le « storage room » situé dans le basement, le ras le sol, qui appartient aussi à l’appartement équatorien et figure sur le cadastre
Sortie de secours principale de l’appartement équatorien donnant sur l’impasse Landon Place
Le fameux balcon ou Julian Assange était mis en scène. Au fond l’immeuble de Harrods
Entrée de l’immeuble du 3 Hans Crescent Street
les appartements de la rue Hans Crescent Street. L’ambassade de Colombie mitoyenne de l’Equateur sur le même palier est bien la
Excellente vue sur le balcon et l’appartement equatorien, le tunnel de livraison de Harrods juste en face et l’immeuble de Harrods situé au fond de l’impasse Landon Place. Le tunnel de livraison de Harrods passe derrière et sous l’immeuble de Hans Crescent Street
Tunnel de livraison de Harrods sur lequel donnent les fenêtres de l’appartement equatorien

Ce n’est pas étonnant. Les connaisseurs de Londres savent que le quartier est truffé de souterrains ayant servi pendant la seconde guerre mondiale[22]. Les parkings souterrains composaient, dès les années 30, la première partie des souterrains refuges de civils pendant les bombardements des nazis sur Londres. A une encablure de la rue Hans Crescent se trouve même le fameux « 206 Brompton road », l’ancienne station de métro sous laquelle se trouvait, pendant la guerre, le quartier général de la défense anti-aérienne de Londres ! Propriété du ministère de la défense britannique qui a conservé le bunker souterrain en l’état, le lieu fut vendu à l’oligarque ukrainien Dimitri Fyrtach au moment de l’apogée de la guerre de l’Ukraine contre le Donbass en 2014[23]. En tant qu’un des oligarques les plus riche et puissant de ce pays, propriétaire exclusif des systèmes d’acheminement du gaz russe vers l’Ukraine, d’usines chimiques et d’entreprises d’importation de titane, Fyrtach est aussi très lié aux élites britanniques et américaines. Lors de la guerre en Ukraine il fut accusé d’avoir été trop proche du président Yanukovitsch que les puissances occidentales ont poussé au départ avec le putsch du 21 février 2014. Depuis, Fyrtach est poursuivi pour corruption mais il reste propriétaire des murs du bâtiment historique alors que le ministre de la défense britannique conserve la propriété et le contrôle des vastes souterrains aménagés[24]. Lors de la mise en vente de l’ancien bunker, des passionnés d’histoire ont pu filmer ce qui est le point d’entrée d’un entrelacs de souterrains dans ce quartier chargé d’une histoire dure et héroïque[25]. Ces précisions sont données pour démontrer qu’il est possible de rentrer dans les bâtiments de ce quartier historique, de descendre au sous-sol à l’intérieur et de ressortir du bâtiment par une autre entrée, parfois située dans un autre immeuble.

Lorsqu’il est enlevé de force des locaux du 3 rue Hans Crescent le 11 avril 2019, Julian Assange brandit face aux caméras un livre de Gore Vidal. Fait curieux, l’écrivain américain a vécu dans sa propriété au 31 Egerton Crescent à 500 mètres à peine du complexe immobilier de Hans Crescent, comme il le mentionne dans son livre autobiographique « Palimpseste ».

On sait aussi que les services de l’ambassade ont déménagé, en 2015, lorsque le bâtiment aux doubles entrées au 6 James Sessions Square et au 12 Buckle Street à Whitechapel a été achevé. C’est ici que travaillent, très probablement dès 2015, les diplomates équatoriens à coté de leurs collègues du Consulat, comme le montre la page Facebook officielle de l’Etat de l’Equateur à Londres, il n’y a pas d’autre site internet[26]. L’appartement de 3 rue Hans Crescent est peut-être resté couvert par l’immunité diplomatique et depuis sert de lieux de stockage, de salle de réunion et de réception, ou tout simplement de logement pour les diplomates ou pour les visiteurs de la mission.

Nouveaux locaux de l’ambassade de l’Equateur depuis 2015, 12 Bucklestreet à Whitechapel
6 James Sessions Square, véritable locaux diplomatiques equatorien, consulat situé derrière le 12 Bucklestreet
Entrée des locaux diplomatiques de l’Equateur, côté consulat, 6 James Session Square, Whitechapel

Du reste, si l’histoire de caméras installées par le responsable de la sécurité de la mission diplomatique était vraie, il n’est pas dans les usages des diplomates de travailler avec des caméras de surveillance installées dans leur poste de travail (et dans les toilettes de leur lieu de travail), des caméras zoomant sur des documents secret défense… Aucun diplomate véritable n’accepterait cela, ne serait-ce qu’à cause du danger que ces images pourraient être volées. En outre, il n’y a pas besoin d’espionner des diplomates dans leur travail, ces personnes ont déjà été choisies pour leur fidélité au gouvernement en place. Aujourd’hui l’appartement est vide et l’agent de sécurité posté dans le vestibule contrôle les entrées vers les deux appartements, celui de la Colombie et celui de l’Equateur. Les curieux de l’Equateur sont systématiquement orientés vers le 12 Buckle street.

Justement, une autre ambassade, que jamais aucun médias ne montre, l’ambassade de la Colombie se trouve sur le même palier du rez-de-chaussée de l’immeuble. Les deux missions sont donc mitoyennes, elles partagent la même entrée principale, le même escalier et le même étroit vestibule. Cette proximité étonne beaucoup quand on sait l’hostilité profonde du régime colombien, étroitement associé à la domination des Etats Unis sur toute l’Amérique Latine, à tout gouvernement de gauche dans n’importe quel pays du continent, dont à celui de Correa. Observant ces deux drapeaux, au demeurant fort ressemblants, de la Colombie sur le balcon de l’appartement de droite, celui de l’Equateur sur le balcon de l’appartement de gauche, le visiteur se demande toujours comment diable Julian Assange aurait pu se sentir en sécurité dans un appartement aux fenêtres les unes exposées sur une place, les autres coincées au fond d’une impasse et situé de surcroit sur le même palier que le quartier général de ses pires ennemis.

Ambassade de Colombie au 3 Hans Crescent Street – même palier que les locaux equatoriens, mais de l’autre coté du batiment en face de Harrods. vue sur Basil Street
Drapeau colombien sur le balcon du 3 Hans Crescent Street en face de Harrods
Zoom sur le drapeau de la Colombie sur le balcon jumeau de l’Equateur
Vue de l’ambassade colombienne et de la rue Hans Crescent de chez Harrods
Entrée de l’immeuble et vue sur la première fenêtre à gauche de l’entrée – l’appartement équatorien
A l’opposé, vue de la rue côté colombien. on remarque les multiples sorties de secours et sorties vers les parking des « basements », ou sous sol sous la mission colombienne au 3 rue Hans Crescent Street

Pour conclure sur les incohérences de la fable de la méchante UC Global espionnant la mission diplomatique équatorienne, il faut souligner qu’un agent de sécurité officiant dans le vestibule mitoyen ne peut pas filtrer les entrées vers l’appartement de l’Equateur sans que la Colombie ne donne également son accord. Le cas contraire donnerait lieu à de graves frictions diplomatiques entre deux pays dont les gouvernements sont idéologiquement hostiles de 2007 à 2017. Il est évident aussi que l’Equateur, propriétaire uniquement de l’appartement 3B, n’avait pas ainsi le droit de contrôler les entrées des habitants des autres logements du bâtiment de 5 étages. Pour cela, il faut l’accord de la Hans Crescent Freehold limited, propriétaire de tout l’immeuble. Soit ce filtrage avec contrôle des passeports était décidé par l’ensemble des propriétaires, soit cette histoire est un faux destiné à faire monter la tension du spectacle médiatique.

Le storytelling à l’épreuve des usages et réalités diplomatiques

Guillaume Long, ancien ministre des affaires étrangères de Rafaël Correa nous a précisé, lors de la conférence à la Sorbonne le 25 septembre 2019, que l’Equateur a toujours respecté les actions juridiques suédoises contre Assange et a toujours négocié avec le Royaume Uni pendant ces 7 années de séjour de Julian Assange dans ses murs[27]. En disant cela, il confirmé les doutes que nous avions sur l’image de « l’ambassade assiégée par les forces de police britanniques, à tel point que l’ambassadeur ne peut pas faire son travail». Le film « Risk » de Laura Poitras monte cette dramatisation à l’extrême. Pourtant, Fidel Narvaez, consul et responsable de la sécurité du lieu,  est filmé en train de parler (probablement) à des autorités britanniques, en juin 2012 alors que Julian Assange a franchi la porte de l’appartement du 3 Hans Crescent Street, mais s’il se plaint d’un nombre de policiers « disproportionné », il ne se plaint pas de « l’assiègement » et encore moins d’un état de guerre[28]

Guillaume Long le 25 septembre 2019 à la Sorbonne

Il faut bien comprendre que dans l’histoire assiéger une mission diplomatique a été toujours un acte de guerre qui se résolvait donc rapidement par une guerre entre les parties (souvent après évacuation express du personnel). Le cas le plus emblématique, au 20ème siècle, est la prise d’otage des diplomates américains dans leur mission à Téhéran, en 1979, dans le cadre de la révolution islamique en Iran. Depuis 1979, on peut dire que les relations entre les deux pays s’apparentent à une tension hostile à la limite de la guerre. On n’a pas eu d’exemple au 20ème siècle ni même avant d’ambassade assiégée par le pays d’accueil pendant 7 ans. Aucun diplomate de métier ne croit à l’histoire racontée par les médias de l’ambassadeur empêché de travailler dans sa mission et encerclé par les forces du pays d’accueil pendant 7 ans en temps de paix.

Comme je l’ai expliqué dans un article précédent[29], la Convention de Vienne du 18 avril 1961 pose le principe de l’immunité diplomatique sur la base du principe de réciprocité. C’est par ce principe de réciprocité et par crainte de représailles sur ses propres diplomates que le pays d’accueil, même en cas de dégradation des relations, s’abstient d’actes hostiles vis-à-vis de la mission étrangère sur son sol. Le principe de l’immunité, qui veut que toute intervention du pays d’accueil dans la mission ne se fasse que sur l’accord des plus hautes autorités du pays concerné, c’est-à-dire du ministre des affaires étrangères, pose la condition d’une coopération entre les deux pays pour résoudre tout conflit entre eux. En clair, il est impossible que les policiers britanniques aient « encerclé » l’ambassade de l’Equateur sans l’accord de l’Equateur. Il s’agissait plutôt d’une surveillance-protection accordée justement du fait de la Convention de Vienne à l’Equateur par le gouvernement de la Grande Bretagne, à la demande de l’Equateur, peut-être pour tenir éloignés les curieux qui voudraient s’approcher de trop près de l’appartement 3 rue Hans Crescent pour observer la réalité de la vie de Julian Assange dans celui-ci.

Vue sur l’appartement équatorien au fond de la rue, 3 Hans Crescent, un lieu tout sauf sécurisé
Meme vue de la rue et de l’immeuble, à droite au fond on distingue le drapeau de la Colombie sur le balcon de la mission colombienne en face de Harrods

Si l’Equateur avait été réellement « encerclé » et le travail de ses diplomates avait été empêché, l’Equateur aurait été en droit de faire exactement la même chose aux diplomates britanniques en poste à Quito. Or, Raphaël Correa s’est bien gardé de faire jouer le principe de réciprocité contre l’ambassade britannique chez lui. Au contraire, les relations équatoro-britanniques ont certes connus quelques difficultés avec la question Assange, mais les négociations n’ont jamais cessé pendant cette période[30]. L’impasse a été attribuée à l’incompétence de l’ambassadrice Ada Alban en poste de 2010 à 2013, une proche de Raphaël Correa mais pas une diplomate de métier. L’homme qui décide pour le séjour de Julian Assange depuis avril 2012 est Fidel Narvaez[31], consul depuis le début de la présidence de Correa, très lié politiquement au président, et très probablement, comme souvent le cas avec les postes de consul ou vice-consul pas bien définis, son chef de la sécurité. Fait curieux, Fidel Narvaez, présenté comme ami proche de Julian Assange, aurait dû, selon les usages du milieu, être persona non grata et immédiatement prié de rentrer chez lui après expiration de son immunité diplomatique, s’il avait été responsable de l’état de tension entre son pays et la Grande Bretagne. Au contraire, aujourd’hui Fidel Narvaez vit en Grande Bretagne ou il a une carte de résident. L’ayant croisé plusieurs fois dans les couloir de la cour Westminster Magistrate et ayant pu lui parler, je n’ai pas eu l’impression qu’il est très inquiet par sa situation de « fauteur de trouble » vis-à-vis de la Grande Bretagne. Au contraire, il a assisté aux audiences de Julian Assange depuis le 19 décembre 2019 puis au procès du 24 au 27 février 2020 à la Woolwich Crown Court, dans la galerie du public dans la rangée réservée à la « famille » du prisonnier. Les autorités britanniques n’ont pas l’air de lui en vouloir d’avoir été à l’origine d’une situation coûteuse pour eux médiatiquement, politiquement et financièrement et ayant généré des problèmes diplomatiques lourds. Au contraire les autorités britanniques lui ont accordé un droit de rester sur leur sol après la fin de son statut de diplomate équatorien. Un argument de plus en faveur de l’hypothèse que « l’assiégement » était un spectacle à l’attention des âmes sensibles.

Storytelling contre géopolitique réelle

Non seulement, pendant ces 7 ans, l’Equateur de Correa n’a pas été en guerre contre la Grande Bretagne mais il a continué à développer des relations très profitables avec l’Union Européenne et ses pays pendant toute cette période, notamment avec l’Allemagne. Pourtant, la Grande Bretagne était membre à cette période de plein exercice de l’Union Européenne, et quand on sait le rôle que les Allemands ont joué dans le projet « Wikileaks » (la fondation Wau Holland en tant que propriétaire et financeur du projet et employeur de Julian Assange en 2010 -2012[32]) on peut s’étonner qu’à aucun moment le gouvernement allemand n’ait joué les bons offices, comme cela se fait habituellement dans le monde de la diplomatie, pour résoudre le « brûlant conflit Assange » entre l’Equateur, son nouvel ami en Amérique Latine[33], et la Grande Bretagne, la troisième plus forte puissance de l’Union Européenne. Le gouvernement de Rafael Correa entretient en effet des relations privilégiées avec l’Allemagne via la Fondation Friedrich Ebert spécialisée dans les relations entre le Parti Socialiste Allemand SPD et les réseaux et organisations socialistes dans le monde entier[34].

Tout se passe comme si le « cas Assange » n’était brûlant que pour les médias qui racontent l’histoire dramatisée avec force zooms sur le balcon avec le drapeau équatorien en retirant du champ de vision les autres éléments du décor: fourgons rentrant dans le parking de Harrods en face de l’appartement, ambassade de Colombie sur le palier, absence de tout diplomate équatorien dans tout le quartier, de tout Equatorien quel qu’il fut comme me l’ont ironiquement reporté les travailleurs du quartier.

Dans un restaurant du quartier Basil Street -jamais personne n’y a vu d’Equatoriens, mais les Colombiens si

Dans les canaux diplomatiques sérieux, l’affaire Assange n’existe pas ou est un épiphénomène médiatique marginal. Je suis certaine que lorsque dans 30 ans nous ouvrirons les archives du Foreign Office il n’y aura pas de dossier sur le violent conflit équatoro-britannique autour de la présence de Julian Assange au 3 Hans Crescent Street. Absence de conflit ne veut pas dire qu’il n’y ait pas eu de négociations autour du sort de « l’hôte » comme l’appelaient les fonctionnaires de UC Global espionnant Assange pour le compte de Correa puis de Moreno. Julian Assange évoque lui-même son statut d’otage dans les négociations entre trois pays, l’Equateur, la Grande Bretagne et les Etats Unis lors de son dernier discours sur le balcon, le 19 mai 2017. Il y apparait triste et défait évoquant les violations de droits dans l’Union Européenne alors que les Britanniques viennent de choisir le Brexit par réferendum. Il mentionne alors le chantage que subirait l’Equateur de la part de l’Union Européenne qui pénaliserait les « exportateurs équatoriens » à cause de son cas[35].  Nous Européens expérimentons dans notre vie à quel point c’est l’Allemagne qui décide de la quasi-totalité de la politique de l’Union Européenne et du sort de ses citoyens. Julian Assange pense-t-il à l’Allemagne comme partie prenante du conflit le pénalisant sans pouvoir l’exprimer clairement ? Aucun journaliste n’a jamais analysé son discours sous cet angle politique pourtant indispensable pour comprendre la situation. Nous n’en saurons pas plus, le gouvernement de gauche de Correa se gardant bien de prendre l’opinion publique à témoin et ne dévoilant jamais la véritable nature de sa relation avec les puissances anglo-saxonnes et avec l’Union Européenne dans le cas « Julian Assange ».

Aucun journaliste ni analyste ne s’est penché non plus sur les intérêts que pourrait représenter pour l’Allemagne en tant qu’Etat les publications de Wikileaks (comme la publication de dossiers sur la surveillance mondiale Vault 7 qu’évoque Julian Assange dans ce discours de 10 minutes) dans ses relations avec les Etats Unis alors que le gouvernement de Merkel avait été très en colère de l’espionnage du portable de la chancelière par la CIA. Une hypothèse serait que les dévoilements de « Wikileaks » servent à l’Allemagne de levier pour faire pression sur les Etats Unis et raffermir leur indépendance face aux puissant allié états-unien.

En réalité, sur le sol européen, il n’y a eu, depuis la signature de la Convention de Vienne, aucun cas de violation flagrante de l’immunité diplomatique malgré les conflits et tensions qui secouent notre continent. Le seul précédent ressemblant à celui de Julian Assange au 3 rue Hans Crescent serait celui du Cardinal Mindszenty réfugié dans l’ambassade américaine à Budapest après avoir été relâché de prison par le gouvernement communiste en 1956. Mais si Mindszenty, militant anti-communiste, a passé 15 ans dans le spacieux immeuble états-unien de Budapest, c’est parce qu’il refusait de quitter la Hongrie pour les Etats Unis ou les Hongrois communistes aurait préféré l’expédier pour l’empêcher de continuer son action politique contre eux. Plus près de nous, l’immonde assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi dans l’enceinte du consulat de son pays a terrifié les milieux diplomatiques pour lesquels une mission est un sanctuaire. Mais il faut souligner que cet ignoble crime a été facilité par l’attitude permissive du pays d’accueil, la Turquie… Ici encore la coopération entre les pays basée sur la réciprocité a joué à plein, au détriment des droits de l’hommes les plus élémentaires.

On peut en déduire que la Grande Bretagne et l’Equateur ont pratiqué pendant 7 ans une forme d’entente au sujet de Julian Assange et que Julian Assange a été seul otage de cette négociation. L’Allemagne a aussi joué un rôle aussi secret qu’important qu’il conviendrait d’analyser.

L’identité de Julian Assange

Julian Assange a-t-il jamais eu la nationalité et l’asile politique équatoriens ? La question est loin d’être absurde. Pour ce qui est de la nationalité, Guillaume Long, ancien ministre des affaires étrangère sous Rafael Correa de mars 2016 à mai 2017, a répondu à notre question sur le sujet lors de la conférence à la Sorbonne le 25 septembre 2019. Selon lui, Maria Fernanda Espinoza, qui dirige ce ministère après lui, n’avait pas le droit de signer le document de naturalisation équatorienne de Julian Assange. Cette prérogative était réservée au président de la République, Lénine Moreno, qui n’a jamais approuvé cette décision[36]. Guillaume Long considère donc cette nationalité comme fausse et donc légalement révocable. Le document n’a pas été publié.

Pire, Julian Assange n’a jamais pu montrer, en vidéo ou en live, le document lui garantissant l’asile politique en Equateur- carte de séjour équatorienne ou autre. Or, les articles 27 et 28 de la Convention de Genève exigent que le réfugié puisse bénéficier d’un document d’identité lui permettant de voyager et établissant avec certitude son identité, en mentionnant son nom exact, sa date et lieu de naissance, son adresse[37]. Le seul document publié par les médias, le «Documento de Identitad de persono que ostendo proteccion international » porte la photo de Julian Assange mais aucune autre donnée nécessaire selon la Convention de Genève n’y figure et pas non plus sa signature [38]. Ce document a été établi le 30 novembre 2016 par José Luis Jacome, vice-ministre de la mobilité humaine sous la responsabilité de Guillaume Long. Jacome restera en poste après l’élection de Lénine Moreno en février 2017 alors que Maria Fernanda Espinoza, nouvelle ministre des affaires étrangères, déclare en décembre 2018 avoir accordé la nationalité équatorienne à Julian Assange. Cette fidélité du haut fonctionnaire équatorien au dirigeant qui révoque la nationalité et l’asile à un réfugié politique, au mépris de la Convention de Genève et de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, met en doute la réalité de son soutien à Julian Assange sous la présidence de Correa.

Par ailleurs, Guillaume Long a également déclaré le 25 septembre 2019 qu’il est possible que l’asile équatorien n’ait été garanti en 2012 que sur la base de la Convention Interaméricaine relatives aux droits de l’Homme, (article 22.7 et 22.8)[39] pas de la Convention de Genève de l’ONU relative aux Réfugiés, ce qui expliquerait pourquoi la Grande Bretagne ne reconnait pas l’asile de Julian Assange. Nous voyons bien qu’un flou important règne en ce qui concerne l’asile politique équatorien de Julian Assange et que ces contradictions lui sont préjudiciables.

De plus, le 15 et 16 novembre 2016, lors de l’audition avec la procureure suédoise Ingrid Isgren Julian Assange affirme qu’il est citoyen australien, que son passeport a été pris par les autorités britannique et qu’il ne peut pas prouver son identité. On en déduit qu’il ne possède aucun document[40]. Personne n’a relevé la vraie signification de ces paroles dramatiques et aucun journaliste n’a demandé des explications. Premièrement, lorsque la cour britannique lui a accordé la liberté sous caution en décembre 2010, elle aurait dû lui restituer son passeport après sa sortie du centre de détention provisoire Wandsworth. La confiscation de ce passeport est, en tout point du droit international, illégale, et les avocats si chevronnés auraient dû en premier se battre pour que leur client ne soit pas de facto apatride, en plus d’être déjà un « sans-papiers » (la carte de résidence est obligatoire pour les citoyens australiens après plus de 6 mois de séjour en Grande Bretagne). Qu’une telle action contre l’Etat britannique n’ait pas été entreprise pendant 6 ans, jusqu’à la rencontre de Julian Assange avec cette procureure suédoise, en dit long sur l’inefficacité des avocats que nous avons déjà dénoncée.

Deuxièmement, il est surprenant que Julian Assange « ne soit pas en mesure de prouver son identité formelle » alors qu’en tant que réfugié sous la protection de la Convention de Genève il devrait posséder un document délivré par l’Equateur, prouvant son identité, son droit à la protection de l’Etat de l’Equateur et son droit de voyager (comme stipulé dans les articles 27 et 28 de la Convention). La Charte des Nations Unis interdit de révoquer la nationalité de naissance d’un citoyen et de fabriquer des apatrides. Comment se fait-il que la haute fonctionnaire de la Suède n’ait pas relevé ces violations flagrantes de droit sur la personne de Julian Assange, violations commises par les autorités britanniques, par les autorités australiennes qui doivent protéger leurs citoyens et par l’Equateur qui ne lui a pas assuré un document d’identité selon les obligations de la Convention de Genève ? Julian Assange en faisant cette déclaration a clairement appelé au secours cette personne mandatée légalement par un Etat et susceptible de comprendre la séquestration dont il est victime.

Quelle valeur peut bien avoir le travail de la « chef procureure » Ingrid Isgren alors qu’elle ne peut consigner sur le rapport d’audition le nom, prénom, lieu et date de naissance, l’adresse, le numéro de passeport et les dates, le lieu et l’autorité de délivrance et d’expiration du document légal d’identité de Julian Assange ? Pourquoi ne lui a-t-elle pas demandé des précisions sur les documents équatoriens d’identité dont il devrait disposer ? Pourquoi accepte-elle l’illégalité dont est victime la personne qu’elle auditionne, illégalité qu’elle ne dénonce pas ?

Comment se fait-il d’ailleurs que personne ne remarque qu’il manque ces données essentielles dans le dossier suédois? Les protagonistes des accusations suédoises, plaignantes et témoins ne semblent d’ailleurs jamais avoir présenté le moindre document d’identité à la police et à la justice car ces documents sont vierges de tout numéro identifiant[41].

A l’époque, le ministre des affaires étrangères est Guillaume Long et le président de l’Equateur Rafael Correa. Ils sont tous autant responsables de la situation inextricable de Julian Assange que Lénine Moreno qu’il est si commode de désigner comme le « méchant » de l’histoire. Cette technique de storytelling permet de blanchir les personnalités au pouvoir pendant 7 ans et de contribuer à renforcer la passivité du citoyen sur le thème du « on ne peut rien contre la fatalité, les méchants, Moreno et les Américains sont trop puissants ». Cette attitude de fatalité est ce que nous combattons le plus avec Wikijustice.

L’attitude de fatalité nous est étrangère car nous sommes des militants contre le système capitaliste néolibéral corrompu et dictatorial. Mais plus nous avançons dans l’analyse, plus nous découvrons, dans le cas de Julian Assange, que des élites politiques, juridiques, journalistiques qui sont censés le soutenir ne le font que mollement, à la dernière minute, sans se mouiller ou sont carrément absentes et silencieuses. Comment accepter la fatalité d’un procès joué d’avance alors qu’en théorie Julian Assange devrait bénéficier du support du puissant réseau des relations de son avocat principal le célèbrissime ancien juge Baltazar Garzon ? Baltazar Garzon a fréquenté le 3 Hans Crescent Street car il est filmé en train de danser dans une soirée dans l’appartement – cette scène est immortalisée dans le film montré par Andy Müller Maguhn au Chaos Computer Congress le 27 décembre de l’année dernière[42]. Or, Maitre Garzon a brillé par son absence depuis la mise au secret de Julian Assange le 11 avril 2019. Il ne répondait pas aux courriers de militants européens et ne fréquentait pas les audiences d’extradition auxquels j’ai assisté à Londres depuis le 20 septembre 2019. Certes, fin février 2020, il a été présent à la Woolwich Crown Court et il a été le seul avocat à serrer la main de Julian Assange et à lui parler. Mais il n’est resté au procès qu’un jour et demi, le 24 février et la matinée du 25. Il n’a pas davantage mobilisé de politiques ou militants espagnols pour la cause de son client. Or, Baltazar Garzon est très proche des milieux de Reporters Sans Frontières dont il fut un soutien actif du temps de la présidence de Robert Ménard, notamment en étant le président d’honneur de l’organisation interne de soutien juridique Damoclès de RSF « chargée d’ester en justice afin de défendre la liberté des journalistes »[43]. RSF était absente de la lutte pour la libération de Julian Assange en 2019 et ne s’est réveillée que pour le procès de février 2020. Christophe Deloire, secrétaire général de RSF France, Christian Mihr pour l’Allemagne ne sont restés cependant qu’une journée au procès déléguant la tâche de représentation à Rebecca Vincent.

On remarque souvent les présents, rarement les absents. Or, l’absence de personnalités aux seuls moment où nous avons pu constater la torture que Julian Assange subit, lors des audiences, participe au renforcement du sentiment d’impuissance face à la fatalité des violations de droits. Impuissance que le système dominant veut nous inculquer de gré ou de force.

Les enfants présumés de Julian Assange avant Stella Morris

Revenant au témoignage de Stella Morris sur la relation intime qu’elle affirme avoir développée avec Julian Assange à partir de 2015, il est étonnant que Julian Assange dans son entretien avec les médecins mandatés par le Groupe de Travail sur la détention arbitraire du Haut Comité des Nations Unies pour les Droits de l’Homme et daté de novembre 2015, parle déjà de ses enfants qu’il ne peut voir grandir. Il ne s’agit donc pas des enfants que Stella Morris montre sur les photos du Daily Mail. Le médecin auteur du rapport « sur le traumatisme et la situation psycho-sociale de M. Julian Assange » mentionne plusieurs entretiens menés de juin 2014 à juillet 2015. Ce médecin parle au contraire de « jeunes enfants en France ainsi que d’autres en Australie avec qui M. Assange ne peut entretenir de relation affective dans l’ambassade »[44]. Par ailleurs, le rapport décrit tous les traumatismes que provoque un « confinement » prolongé dans un lieu sans lumière, sans possibilité de sortir, sans exercice, et entouré d’un milieu hostile, (quelque chose que nous commençons à comprendre avec la violence sanitaire qui nous a été récemment infligée en France à grande échelle): insomnie, anxiété, dépression, perte de la faculté d’utiliser ses sens…

Ce « confinement » a été décrit comme une torture par Nils Melzer, le rapporteur spécial de l’ONU sur la torture dans son célèbre rapport sur la situation de Julian Assange. Le roman à l’eau de rose déroulé par Stella Morris actuellement dans les médias décrédibilise le rapport de Nils Melzer et met Julian Assange en danger. Car comment un prisonnier peut à la fois être torturé et père heureux d’une famille aimante ?

Finalement, poussé à s’extasier devant les images montrées par Stella Morris, le public est amené à oublier ce que Julian Assange a dit lui-même sur ses enfants en France et ceux en Australie. Les citoyens ne sauront rien de la mère de ces derniers, qui n’est pas présente pour soutenir le père de ses enfants. Pourtant, pour les défenseurs des droits humains, se pose la question de savoir si les avocats et la justice ont tout fait pour protéger leurs intérêts tant du point de vue de la légitimité de leur filiation que du point de vue patrimonial. En effet, ces enfants sont héritiers, au même titre que les enfants de Stella Morris, des dividendes par les actions que Julian Assange possède dans l’entreprise islandaise Sunshine Press Production[45]. La question préoccupante « qui gère le patrimoine de Julian Assange » doit être posée par les militants pour que Julian Assange ne soit pas spolié de ses biens au cours des longues années de captivité qu’il subit. Daniel Assange, présenté par des médias comme son fils australien, âgé aujourd’hui de 31 ans, n’est jamais venu aux audiences et n’a jamais pris la défense de son père ni devant les caméras ni au cours d’une conférence de presse. Il n’est jamais allé voir son père à Belmarsh. Il est dorénavant normal qu’on puisse douter de son existence. En 2010, ce fils twittait encore sur son père, depuis il a disparu[46]. Aucun des journalistes qui poursuivent en meute John Shipton ne s’est posé la question du fils présent dans la vie de son père en 2010 et absent en 2020.

Par ailleurs, si cette relation a débuté en 2015 alors que la santé de Julian Assange était préoccupante, pourquoi Stella Morris n’a-t-elle pas déjà sonné l’alerte pour sauver son compagnon ? Pourquoi est-elle restée silencieuse sur la torture dont il est victime, comme l’a démontré le rapport de Nils Melzer et les trois rapports médicaux de Wikijustice datés du 29 décembre 2019, du 8 février et du 29 février 2020 ?[47]

Qui ne dénonce pas le crime, la torture, est coupable de non-assistance à personne en danger.

L’article premier de la Convention de l’ONU contre la torture est très clair : celui qui consent à la torture, tacitemen[1]t alors qu’il en a connaissance, est complice du crime :

Article premier de la Convention contre la torture

https://www.cncdh.fr/sites/default/files/cat_protocole_1.pdf

« 1. Aux fins de la présente Convention, le terme « torture » désigne tout acte par lequel une douleur ou des souffrances aiguës, physiques ou mentales, sont intentionnellement infligées à une personne aux fins notamment d’obtenir d’elle ou d’une tierce personne des renseignements ou des aveux, de la punir d’un acte qu’elle ou une tierce personne a commis ou est soupçonnée d’avoir commis, de l’intimider ou de faire pression sur elle ou d’intimider ou de faire pression sur une tierce personne, ou pour tout autre motif fondé sur une forme de discrimination quelle qu’elle soit, lorsqu’une telle douleur ou de telles souffrances sont infligées par un agent de la fonction publique ou toute autre personne agissant à titre officiel ou à son instigation ou avec son consentement exprès ou tacite. Ce terme ne s’étend pas à la douleur ou aux souffrances résultant uniquement de sanctions légitimes, inhérentes à ces sanctions ou occasionnées par elles »



[1]             https://www.lepoint.fr/monde/dupond-moretti-veut-demander-l-asile-politique-pour-assange-a-emmanuel-macron-20-02-2020-2363736_24.php

[2]             Un article d’un média australien qui mentionne l’identité Smith Robertson : https://www.sbs.com.au/news/julian-assange-s-fiancee-publicly-joins-the-campaign-for-his-release

[3]             https://www.dailymail.co.uk/news/article-8210957/WikiLeaks-boss-Julian-Assange-fathered-two-children-inside-Ecuadorian-embassy-lawyer.html

[4]             https://www.directaccessportal.co.uk/search/1/barrister

[5]             https://solicitors.lawsociety.org.uk/

[6]             https://theintercept.com/staff/m-c-mcgrath/

[7]             https://www.qeh.ox.ac.uk

[8]             https://www.devex.com/people/sara-g-494301

[9]             Sara Gonzalez Devant, « Displacement in the 2006 Dili conflict, dynamics of ongoing crise », Refugee Studies Centrer Working Paper 45, 2008, Université of Oxford. In Jacquline Aquino Sapiano, « East Timor, How to build a nationa in Southeast Asia in the 21 century », Actes du Congrès de Naples en 2006, Institut de Recherche sur l’Asie du Sud est contemporaine, 2018 et in Vandra Harris, Andrew Goldsmith, « Security, Développement and Nation Building in Timor Leste »  Routledge, 2012.

[10]            http://refugeelegalaidinformation.org/former-editors

[11]            https://www.odi.org/sites/odi.org.uk/files/odi_funders_2017-18.pdf – le nom de Sara Gonzalez Devant ou de Stella Morris ne figure pas néanmoins dans les documents visibles sur le site.

[12]            https://www.facebook.com/fondationjeannesauve/,

https://www.google.fr/search?q=Jeanne+Sauv%C3%A9+foundation+Sara+gonzalez+devant&sxsrf=ALeKk02l_RYDGsYftXnWNL5Dsd5LnzKnQ:1587493438654&tbm=isch&source=iu&ictx=1&fir=qQ3SzNEc7cVGGM%253A%252C0jcLFerXhBC25M%252C_&vet=1&usg=AI4_-kSNOVT9k5UN9Xm70eQ_WdruEeIrEw&sa=X&ved=2ahUKEwjJ5_nzkfroAhUE1xoKHQ13AawQ9QEwA3oECAoQBw#imgrc=qQ3SzNEc7cVGGM:

[13] https://newint.org/author/Sara%20Gonzalez%20Devant

 [14]https://rightsinexile.tumblr.com/post/16854265845/a-monthly-forum-for-news-and-discussion-on-refugee

[15] http://www.wauland.de/media/2016-12-31_jahresbericht.pdf

[16] https://media.ccc.de/v/36c3-11247-technical_aspects_of_the_surveillance_in_and_around_the_ecuadorian_embassy_in_london

[17] https://www.lemonde.fr/idees/article/2015/07/03/julian-assange-monsieur-hollande-accueillez-moi-en-france_4668919_3232.html

www.slate.fr/story/126902/assange-colocation-equateur-ambass

[18]            https://blogs.mediapart.fr/edition/liberez-assange-ethiques-et-medias/article/121219/assange-regression-feodale-au-royaume-uni

[19]            Documents disponibles sur https://eservices.landregistry.gov.uk/eservices/FindAProperty/view/MapEnquiryInformationRequest.do

[20] https://www.facebook.com/media/set/?set=a.3154590997940931&type=3

https://www.facebook.com/photo?fbid=3156560737743957&set=a.3154590997940931
https://www.facebook.com/photo?fbid=3154566154610082&set=a.3154590997940931

[21]            Document de HM Land Regiester : RegisterBGL5852 – 87-135 Brompton Road (SW1X 7XL) – Freehold », soit le cadastre pour le magasin Harrods

[22]            Voir Joshua Levine, « The secret history of the Blitz », Simon and Shuster UK, 2016,

Nick Cooper, « London Underground at war », Amberley Publishing 2014.

http://www.nickcooper.org.uk/subterra/lu/tuaw.htm

https://underground-history.co.uk/brompton.php

[23]            https://en.wikipedia.org/wiki/Brompton_Road_tube_station

https://www.standard.co.uk/news/london/disused-brompton-road-tube-station-sold-to-wealthy-ukranian-for-53m-9162296.html

[24]            Land Register LN43910

[25]            https://www.youtube.com/watch?v=JEqKJDR7L0w

[26]            https://www.facebook.com/ceculondres/

               Avant 2015 le consulat de l’Equateur se trouvait au 144, 146 Kings Cross road

https://www.facebook.com/events/144-146-kings-cross-road-esquina-de-lorenzo-street-wc1x-9du/casa-ecuatoriana-de-londres/380564388708992/

[27]            Ministre des affaires étrangères de 2016 jusqu’à l’élection de Lénine Moreno, Guillaume Long, qui possède aussi la nationalité française et britannique, a été celui qui en octobre 2016 a coupé internet à Julian Assange comme suite aux publications par « Wikileaks » des mails de John Podesta, le directeur de campagne de Hillary Clinton.

[28]            https://www.youtube.com/watch?v=u68nLqjm9TM, minute 54 :20

[29]            http://www.defenddemocracy.press/monika-karbowska-faire-la-lumiere-pour-gagner-la-bataille-qui-sont-les-proches-de-julian-assange/

https://www.admin.ch/opc/fr/classified-compilation/19610070/index.html – la Convention de Vienne

[30]              Articles sur les négociations Equateur – UK :

https://www.bbc.com/news/uk-22928276

https://www.bbc.com/news/uk-22816226

[31] https://www.bbc.com/news/uk-22928276

[32] http://www.wauland.de/media/2011_Jahresbericht.pdf

[33]            Visite de Raphaël Correa en Allemagne en avril 2013 :

https://archiv.bundesregierung.de/archiv-de/dokumente/pressestatements-von-bundeskanzlerin-merkel-und-des-praesidenten-der-republik-ecuador-correa-delgado-849028

https://www.kas.de/de/laenderberichte/detail/-/content/ecuador-land-der-unbegrenzten-investitions-moeglichkeiten-1

[34] https://amerika21.de/2013/03/81799/correa-besuch-deutschland

https://www.dw.com/de/correas-tipps-für-die-europäer/a-16752246

https://www.fes.de/referat-lateinamerika-und-karibik/suedamerika/ecuador

[35]https://www.youtube.com/watch?v=Kkx9_jf3FXw&t=117s ; 3 :40 minute

[36]                https://www.numerama.com/politique/320190-lequateur-voudrait-bien-que-julian-assange-parte-de-son-ambassade.html

               Notons que dans cet article du 10 janvier 2018 Maria Fernanda Espinoza évoque les négociations menées avec la Grande Bretagne pour une solution ordonnée de la question Assange

[37]            https://www.unhcr.org/excom/scip/3ae68cce4/identity-documents-refugees.html

[38]            http://www.talkmedianews.com/the-world-in-2/2019/04/11/why-julian-assanges-impending-us-legal-battle-is-scaring-reporters/

               « Document d’identité d’une personne à qui la protection Internationale est garantie »

[39]            https://www.cidh.oas.org/Basicos/French/c.convention.htm

[40]            « I, Julian Assange, an Australian citizen, have had my passport taken by British authorities and so cannot provide formal identification »

https://justice4assange.com/IMG/html/assange-statement-2016.html

[41]            Voici les originaux publiés par le journaliste Al Burke sur le site Nordic News Network. On remarquera les cases vides dédiées aux numéro des pièces d’identité. C’est-à-dire qu’aucun protocole d’audition ne comporte ces données essentiels alors qu’elles auraient du être marquées et éventuellement cachées par l’éditeur.

http://www.nnn.se/nordic/assange/docs/memoria.pdf

[42]            https://media.ccc.de/v/36c3-11247-technical_aspects_of_the_surveillance_in_and_around_the_ecuadorian_embassy_in_london

[43]            Page 77, Maxime Vivas, « La face cachée de Reporters Sans Frontières. De la CIA aux faucons du Pentagone ». Editions Aden, Bruxelles 2007

[44]            « Mr Assange has a young family in France, as well as children in Australia to whom he has been unable to have an affective relationship whilst in the Embassy; the uncertainty as to whether reunion can ever be accomplished, and whether the development of those relationships can be restored, creates a further uncertainty »

https://file.wikileaks.org/file/cms/Psychosocial%20Medical%20Report%20December%202015.pdf

[45]            Site du fisc islandais : https://www.rsk.is/fyrirtaekjaskra/leit/kennitala/6110100280

[46]            https://www.theatlantic.com/international/archive/2010/12/what-julian-assange-s-son-is-tweeting-about-his-dad/342931/

https://www.smh.com.au/technology/driven-to-dissent–like-father-like-son-20101204-18kpr.html

Twitt de Daniel Assange en 2010 : « Our final battle has begun, dad. We don’t cry, we don’t regret, and we never, ever give up. I love you more than anything and anyone in this world. I couldn’t ask for a better father, mentor, and role model in life. Thank you for everything.  We fight to win. See you soon »

[47]            http://newsnet.fr/167829

https://www.facebook.com/notes/wikijustice-julian-assange/rapport-médical-du-prisonnier-politique-julian-paul-assange-fait-par-un-docteur-/474495453186774

https://www.facebook.com/notes/wikijustice-julian-assange/wjja-second-rapport-médical-du-prisonnier-julian-paul-assange-08022020/489253121711007

https://m.facebook.com/notes/wikijustice-julian-assange/wjja-troisième-rapport-médical-attestant-de-la-torture-dont-est-victime-julian-a/508066593162993/

SOS ...---...

Révolte à la Woolwich Court le 26 et 27 février 2020

Planning de la court salle 2; le 26 février 2020: Julian Assange n’existe pas dans le planning de la cour. Pourquoi?

Monika Karbowska

Mercredi 26 février 2020. Troisième jour du procès d’extradition de Julian Assange dans le bâtiment de la Woolwich Crown Court.

Julian Assange le 19 mai 2017 – sa dernière apparition publique en vraie

Trois jours intenses de combats, de violence et d’émotions. Le premier jour, lecture de l’acte d’accusation, plaidoirie de Edward Fitzgerald sur l’histoire des faits, dans la galerie du public, seules 18 personnes ont pu prendre place. La clameur des Gilets Jaunes nous parvient du dehors, étouffée mais bien présente. Des dizaines de journalistes occupent un espace de la salle et l’annexe de la cour. Julian Assange comparait enfin physiquement et nous pouvons le voir pendant plusieurs heures, même s’il n’a pas le droit de parler, et qu’il a l’air affaibli et triste. Le lendemain nous assistons à la plaidoirie de Mark Summers réfutant les arguments de l’accusation. Julian Assange est visiblement beaucoup plus faible, il assiste aux événements immobile et prostré. Mercredi 26 février Edward Fitzgerald présente les arguments invalidant l’extradition, puisque le traité bilatéral d’extradition entre la Grande Bretagne et les Etats Unis de 2003 interdit l’extradition pour motifs politiques. L’ambiance est tendue, tout le monde est fatigué. Julian Assange est au plus mal. Il fait de grands efforts pour rester droit assis sur le banc, son teint est très pâle et l’après-midi il est livide. Sa souffrance est palpable, nous le sentons malgré deux vitres et 20 mètres de distance. L’expression de son visage est figée, il est prostré. Nous sommes 5 femmes assises ensemble à gauche du box du public. Nous l’encourageons par notre regard et notre mental, tout geste nous étant interdit par le règlement du tribunal.

A 15h l’extraordinaire se produit : alors que le procureur est bloqué dans sa lancée par un document égaré, Julian Assange se lève et parle. C’est la stupeur, il a enfreint les règles, il se révolte, il insiste. Le juge Baraitser le coupe et lui dit « ce que vous demandez n’est pas dans les habitudes, vous devez parler par la voix de votre avocat ». Mais Julian Assange, épuisé, reprend la parole, cette voix étouffée depuis de si longs mois. Les avocats s’affolent. Gareth Peirce se déplace vers lui, mais ne l’interrompt pas. Les autres s’interrogent. La juge le coupe une seconde fois, il insiste une troisième fois, il parle quelques minutes, nous le voyons faire des gestes de désespoir et d’exaspération. Les personnes qui sont assises au premier rang entendent un peu, alors qu’en général dans le box du public nous n’entendons que ce qui est dit dans les micros. Dans cet espace confiné, les 18 personnes présentes se lèvent, gesticulent dans l’émotion. En discutant nous avons reconstitué ce que Julian Assange a dit : il s’est plaint de sa condition, du fait d’être entouré d’un garde de chaque côté (je pense que c’est surtout le gardien de la sécurité privé de Mitie qui lui était hostile, plus que celui de la prison de Belmarsh assis à l’autre extrémité du banc). Il dit qu’il est épuisé et ne peut pas se concentrer… En fait, on sait que c’est pire. Il est au bord du malaise. La juge Baraitser le sait, car elle le voit de face alors dans la configuration de la salle ses avocats lui tournent le dos.

Impressionnée par la révolte du prisonnier, Baraitser suspend l’audience. Julian est emmené par les gardiens hors du box. Gareth Peirce, Mark Summers et Edward Fitzgerald sortent dans le couloir se concerter. C’est l’agitation et la stupeur parmi les journalistes et les avocats d’accusation. Dans notre box notre gardien, effrayé, se sauve pour aller chercher des consignes qui n’arrivent pas. Nous sommes seuls et nous avons enfin le droit de rester dans la salle pour la pause, nous discutons et nous agitons. Lorsque 5 minutes plus tard Baraitser revient, Julian est ramené dans le box mais refuse de se rassoir. C’est debout face à la salle qu’il écoute son avocat Fitzgerald demander à la juge de reporter la suite de l’audience à demain « pour qu’il puisse se consulter avec son client dans les murs de la cour, ici même ».

Extrait du rapport medical de Wikijustice Julian Assange du 26 février 2020

Alors il se produit la deuxième chose extraordinaire : La juge Baraitser lui suggère de plutôt « faire une application for bail, une demande de libération sous caution » ! Cela fait 9 mois que nous luttons, certes pas pour une libération sous caution, mais une libération pleine et entière, mais, selon moi, cette proposition est enfin une porte qui s’ouvre ! L’idée que Julian Assange pourrait retrouver sa liberté et accéder aux soins dont il a besoin guide notre, mon action, depuis 6 mois. Wikijustice a déposé 4 demandes de libération prête à l’emploi et voici que la sévère juge juge elle-même qu’il vaudrait mieux que le prisonnier politique de l’Angleterre ne meurt pas devant elle au cours du procès suite aux mauvais traitements et à la torture très probablement subie, mais qu’il puisse avoir la vie sauve et se soigner. Je veux croire à ce miracle, ce retournement de situation !

https://www.linkedin.com/pulse/wjja-third-medical-report-julian-assange-being-véronique/

Fitzgerald prend alors les devants et pour la première fois depuis le procès il s’approche de Julian Assange et lui demande quelque chose avec douceur. Probablement il lui demande un accord formel pour faire cette requête puisqu’il répond aussi à la juge qu’il en a besoin. Il s’excuse aussi « avec tout son respect » auprès du procureur dont le discours loghorrhée a été interrompu.

Cependant Baraitser décide malgré tout de laisser le procureur finir sa thèse. Cela dure encore une heure. Plus personne n’écoute le procureur. Dans notre box tout le monde est excédé et le maudit à voix haute. Julian Assange s’endort presque, agrippé au dossier du banc. Dans notre espace d’autres personnes présentes dorment aussi. Le procureur doit sentir que tout le monde attend qu’il finisse et qu’on s’en aille. On est tous marqué par cette magnifique nouvelle d’une possibilité de libération. L’effet politique de l’accusation « de complot avec Chelsea Manning, d’intrusion informatique en vue de commettre en réunion un vol de documents classifiés » a disparu. L’accusation américaine et ses complices sur le sol britannique se sont heurté à une révolte. Je dis à une de mes collègues du public « Ce pays a besoin d’une petite révolution ». Elle me répond « d’une petite  seulement» ?

La révolte a été brève mais intense, mais il faut exploiter ses effets et nous escomptons bien être certains que les avocats vont déposer la demande de libération demain à 9h30 comme la juge les y a invités.

Demain sera un jour charnière.

Une libération ratée – Dernier jour du procès de Julian Assange à Westminster-Woolwich

le procès de Julian Assange est un procès fantôme – la Woolwich Court ne le connait pas. ici le planning du 27 février 2020. La salle 2 est vide, ou louée à des entreprises privées?

Jeudi 27 février 2020, nous sommes à la fois stressés par les événements dramatiques de la veille et excités à l’idée d’une issue positive – la demande de libération sous caution que la juge Baraitser a proposé aux avocats et que ceux-ci doivent déposer avant 9h30 pour que la juge puisse l’examiner avant le début de l’audience. Dans la nuit nous avons envoyé la cinquième demande de libération écrite par l’association Wikijustice Julian Assange pour pousser la cour à agir. Malgré le peu de sommeil, nous nous levons tôt pour arriver à 6h devant la grille de la Woolwich Crown Court. Il y a déjà 5 personnes et c’est parti pour trois heures d’attente sous une pluie battante pour gagner sa place dans le box du public. Ce jour-là, comme pour mardi et mercredi, il y a surtout des Allemands et des Américains dans la file, contrairement au lundi ou il y avait de nombreux Français et francophones. Sevim Dadgelen, présidente du groupe parlementaire de die Linke et Heike Hänsel, députée de die Linke au Bundestag entrent avec des cartes de presse avant le public. Nous les retrouverons comme depuis mardi dans le sas qui sert de salle d’attente avant que l’agent de sécurité ne déverrouille la sortie de secours qui sert de porte d’accès à la galerie du public.

A 9h30, nous sommes enfin dans ce sas étouffant de 15 mètres carrés entre deux portes coupe-feu, avec 25 autres personnes. Les agents de sécurité ont fait entrer les 18 personnes autorisées mais comme il y a les deux députées et quelques journalistes, plus de personnes donc que de places, il faudra se battre contre les resquilleurs pour ne pas être éjecté de la queue. L’ambiance ne peut être donc que tendue et inamicale dans ce réduit surchauffé, mais nous n’avons pas le choix, nous voulons voir Julian Assange et assister à sa possible libération. Depuis mardi Kristinn Hrafnsson, Fidel Narvaez, Craig Murray et John Shipton sont assis sur les sièges réservés à la famille dans l’espace du public. Le cinquième homme assis avec les membres de la famille est probablement le producteur de spectacle Hamish Hamilton. A 10 heures, je suis enfin dans le box du public, épuisée par cette bataille depuis 4 jours pour juste garder ma place dans ce balcon vitré surplombant la salle de l’audience. A 10 heure, l’audience n’a pas encore commencé mais c’est normal puisque la juge a promis d’examiner la demande de libération sous caution avant 10h30. L’agent de sécurité qui nous surveille en permanence exige immédiatement que nous éteignons nos portables.

Ce dernier jour, plusieurs jeunes avocats sont assis au dernier rang à coté de Mc McGrath, de Stella Morris, de Jennifer Robinson revenue après une journée d’absence et de Renata Avila qui apparait pour la première fois. Comme les jours précédents, Gareth Peirce est assise au deuxième rang avec ses assistantes, Mark Summers et Edward Fitzgerald au premier. A leur droite se tient le procureur Lewis et le staff de l’accusation que malheureusement nous ne voyons pas depuis la galerie vitrée. Nous ne pouvons qu’écouter ce qu’il dit lorsque le micro fonctionne correctement. La juge Baraitser entrera sur une estrade, Julian Assange sera enfermé dans le box des accusés pile en face d’elle au fond de la salle. Près de la porte, pas moins de 26 journalistes sont triés sur le volet, les autres restent dans une annexe ou ils doivent se contenter d’un écran.

Justement, nous nous levons rapidement de nos sièges sur un signe de notre surveillant. La juge est arrivée et au même moment Julian Assange entre avec le gardien vêtu de l’uniforme de Belmarsh par la porte de derrière dans le box des accusés. Immédiatement la juge Baraitser commence la séance par une solution pratique : comme Julian Assange avait fait savoir qu’il n’entendait rien dans ce box, l’huissière en cheffe de la Westminster Court, que nous cotoyons depuis 6 mois, lui apporte des écouteurs. Julian Assange les prend, dit quelque chose, les met, puis les essaye. Mais on sent qu’il ne veut pas, qu’il boycotte cette situation. Il enlève sa veste grise et reste en chemise blanche, s’assied sur le banc. Enfin, il enlève les écouteurs et les pose. Qu’à cela tienne, l’audience commencera, qu’il entende ou pas. Son teint est toujours aussi blafard, il a les traités tirés, je le sens irrité, tendu, crispé sur le siège, mais pas prêt à s’effondrer comme la veille.

A ma grande surprise et déception il n’est question d’aucune requête de libération, malgré ce que la juge avait décidé la veille. On enchaine immédiatement avec ce qui avait été interrompu la veille à cause de l’état de santé de Julian Assange : la définition de « political offense » selon l’accusation américaine. Le procureur Lewis reprend son monologue comme s’il ne s’était rien passé et comme si une soirée et une nuit ne s’étaient pas écoulés entre temps. Je suis sans voix. Comment peut-on à ce point violer les procédures ? Si une cour de justice décide d’un acte il doit être exécuter. Si les avocats ne déposent pas la demande de libération, ils doivent le dire à haute voix devant la cour et le juge doit acter et justifier son refus de la requête à formellement. Mais la rien de tel ne se passe. Toute le salle fait comme s’il ne s’était rien passé la veille, comme si rien n’avait été dit. La proposition de Baraitser est passée à la trappe, comme dans des oubliettes médiatiques. Comme si elle n’avait jamais prononcé ces mots que j’avais reportés dans mon article écrit cette nuit même et comme si Fitzgerald n’avait pas discuté avec Julian Assange devant nous de cette éventualité. Il n’est pas possible qu’un homme mourant n’ait pas envie d’être libéré. Julian Assange a certainement approuvé formellement le dépôt de cette requête (Application for bail, formulaire IS 91R., formulaire très simple à remplir selon les guides conseillant les migrants polonais, les détenus peuvent les faire eux même sans avocats[1]). Alors, que s’est-il donc passé ?

Je le saurai pas. Il n’y aura pas de demande de libération et donc de libération. Et il n’y aura aucune explication de la part des avocats. Julian Assange a l’air d’avoir mal au dos, son visage est crispé, il essaye de trouver une place à peu très confortable sur le banc entre les deux gardiens. Après une heure de logorrhée accusatrice, il baille plusieurs fois, épuisé. Nous aussi nous en avons marre depuis une semaine et certains dans le public dorment déjà. A 11h30 nous avons droit à la petite pause de dix minutes mais nous devons rester stockés dans le sas face à la sortie de secours-entrée du public pour ne pas perdre notre place. L’agent de sécurité m’interdit même d’aller aux toilettes proches de la galerie. Le reste de la matinée l’avocat Edward Fitzgerald expose les différentes législation britanniques, common law, européenne, afin de prouver que le traité bilatéral d’extradition de 2003 interdit bien les extraditions pour opinion politique contrairement au traité de 1870. Julian Assange écrit quelque chose tout au long de la plaidoirie, il fait parvenir trois papiers écrits de sa main à Summers. Je me dis qu’il a l’air d’aller mieux, mais c’est vraiment dommage que les avocats n’aient pas saisi la perche tendue par la juge pour le faire libérer sous caution. Certes, une caution voudrait dire devoir verser une somme d’argent et prouver qu’il possède un revenu, mais tout est faisable. Après tout de nombreux artistes sont venus le soutenir, il doit être possible de réunir une certaine somme d’argent et Julian Assange en tant qu’actionnaire majoritaire de la Sunshine Press Production, entreprise islandaise, pourra disposer enfin des bénéfices de son entreprise.

Avant la pause de midi, la juge et les avocats discutent déjà de l’organisation du prochain procès au mois de mai. Il est question de décider comment préserver l’anonymat des personnes qui ont fait fuiter les videos de surveillance de UC Global et qui sont témoins et dans la procédure instruite par l’Etat espagnol. Lorsque j’entends la juge prononcer la phrase « nous allons débattre des problèmes qui se sont posés la veille », je garde l’espoir de voir la demande de libération apparaitre l’ordre du jour.

Nous devons passer hélas la pause dans l’étrange sas, coincés entre le RIA dans sa boite et les deux portes coupe-feu. J’amène des cafés et un croissant achetés dans la petite cafétéria du tribunal ou je croise les usagers de l’aide droite du bâtiment, mécontents de la queue inhabituelle qu’ils doivent faire pour pouvoir déjeuner. Les journalistes, les avocats, les procureurs et le public du procès de Julian Assange mangent en effet tous dans ce même lieu. A vrai dire, j’ai hâte d’en finir mais j’ai aussi envie de revoir Julian Assange, de comprendre sa situation, son état de santé. A 14h00, l’agent de sécurité nous fait entrer dans l’escalier de secours puis dans la galerie du haut. Le gardien fait entrer Julian Assange qui s’assied recroquevillé les genoux serrés. C’est Mark Summers qui mène les opérations. Il pose la problématique de la séance : Assange n’entend pas même avec les écouteurs et du fait de sa « situation psychiatrique » il ne devrait pas se trouver dans ce box. Summers argumente que même en Russie on ne maintient pas les accusés dans une cage de verre mais on leur permet de se trouver avec leurs conseils pour pouvoir communiquer. Baraitser répond qu’ils peuvent très bien communiquer ensemble via le système des petits papiers qu’Assange écrit et transmet aux barrister ou qu’ils peuvent interrompre la séance pour qu’ils puissent lui parler. Summer objecte que cela leur fera interrompre la séance toutes les 20 minutes pour 3 minutes de discussion. Baraitser lui enjoint de ne pas exagérer. Alors que j’attends toujours avec espoir que la demande de libération apparaisse, Summers, Lewis et Baraitser discutent de la légalité de la cabine de verre dans laquelle Assange est enfermé. Un peu avant 15 heures, Baraitser coupe court et affirme son autorité : bien sûr, elle est garante pour le « fair trial » de Monsieur Assange. Alors elle décide qu’il est capable de participer à son procès, que les avocats n’ont aucune difficulté d’accéder à lui, que s’il n’entend pas et qu’il y a du bruit c’est la faute des perturbateurs qui manifestent dehors (les Gilets Jaunes sont visés !) et qu’il n’a qu’à lever la main et on interrompra la séance pour répéter. Elle n’est pas responsable de la « psychiatric vulnéralibity » de Julian Assange. Brusquement Baraitser se lève et ordonne une pause de 5 minutes. Nous avons le droit de rester dans notre box.

Je comprends que « l’application for bail » ne sera pas faite. Baraitser revient, fixe les dates des prochaines audiences, discute de formalités avec Fitzgerald : le 25 mars prochain audience de prolongation de détention à la Westminster et audience de management le 7 avril à Woolwich. Il est 15 heures, la fin est un peu chaotique. Julian Assange se lève, les jeunes avocats se tournent vers lui, Joseph Farell apparait, il était présent à l’intérieur de la salle alors qu’il n’est pas avocat et n’était pas parmi les journalistes. L’agent de sécurité privé a envie de finir son travail et nous vire rapidement.

Nous sortons par la grille d’entrée sur laquelle figure le panneau « Her Majesty Courts Services ». Je suis triste. Julian Assange est resté enfermé. Le premier round est fini. Nous continuons.


[1] http://www.prisonreformtrust.org.uk/Portals/0/Documents/pibs/10003E57Polish_pib_08_male.pdf, p.19

Procès de Wikileaks ou procès de Julian Assange? Mardi 25 février 2020 – Violences en réunion

Mardi 25 février 2020 – Violences en réunion

Photo volée fuitée faite le 24 ou 25 février 2020

Monika Karbowska

Le deuxième jour du procès il fait froid, mais ma chambre n’est à qu’à 10 minutes de marche dans le lotissement en face de la prison, j’arrive donc devant la grille du tribunal à 5h45. Je suis la sixième personne dans la file, derrière Patrick Henningsen et un homme et une femme Américains. L’homme est volubile, il tente d’égayer l’atmosphère alors que le jour se lève et nous grelotons emmitouflés dans nos doudounes, manteaux, chapeaux et bonnets. Il chante des airs ironiques à l’attention des policiers et des agents de sécurité. J’apprends plus tard qu’il s’appelle Randy Credico. La conversation s’engage alors cordialement, et je veux alors croire que nous sommes tous ensemble dans le même but : la libération de Julian Assange. C’est une collègue qui me signale la présence de Angela Richter qui munie d’une béquille passe devant nous et parvient à se faire ouvrir la grille. Encore une bonne heure d’attente et nous nous retrouverons devant la porte du bâtiment avant d’être admis à travers les portiques de sécurité. Le deuxième jour il y a nettement moins de monde : les journalistes ont déjà déserté les lieux ce matin et les cars de Gilets Jaunes n’étaient prévus par leur organisateurs que pour une journée. Je pense donc ne pas avoir à subir les bagarres de la veille, même lorsqu’arrivée dans le fameux « sas d’attente » je constate que je suis troisième derrière Henningsen et Richter déjà appuyée sur sa béquille devant la porte de l’escalier de secours. Le sas est vite rempli par notre file et nous patientons encore jusqu’à 9h50. Je suis rassurée également par le fait que Randy Credico, parti chercher un café, reprend naturellement sa place à l’avant même si je vois à l’expression de son visage que la nécessité de se battre pour conserver cette place ne l’enchante guère.

Devant la Woolwich court dans le froid le 25 février 2020

Ma surprise est donc grande lorsque, ayant justement entrevu l’agent de sécurité chargé de déverrouiller la porte, je vois Patrick Henningsen fondre sur moi, me prendre par les épaules, et approcher son visage menaçant tout près du mien. « Tu ne dois pas être là, tu dois partir d’ici » dit-il en substance. Avant que je n’aies le temps de réagir, un autre événement se produit : Sevim Dagdelen, la députée de die Linke entrée avant nous avec une carte de presse, arrive en trombe dans le sas. Elle crie que Kristinn Hrafnsson a été arrêté par la sécurité à l’entrée car il ne faisait pas partie des 18 premières personnes et qu’il faut « donc » que quelqu’un lui cède sa place. C’est alors que tous les regards de l’hostile assistance se tournent vers moi, comme si j’étais la gêneuse dont il faut se débarrasser à tout prix. Sous le choc, je ne trouve pas d’autres mots que mes arguments habituels « j’ai le droit d’être là comme vous, nous sommes tous égaux » mais le ton de la députée se fait agressif.

Sevim Dagdelen, députée de die Linke et mon agresseure du 25 février 2020

Brusquement ce sont trois personnes qui me somment de déguerpir comme si elles avaient un droit naturel à décider de ce que je peux faire et de ce qui me serait interdit. Rebecca Vincent emboite le pas à Sevim Dagdelen : elle crie « tu ne fais pas partie des soutiens de Wikileaks tu n’as pas ta place ici » !  J’avais remarqué qu’elle ne me portait aucune sympathie mais je n’imaginais pas une seconde que des personnalités ayant des positions sociales aussi honorables (députée au Bundestag, journaliste…) puissent sonner une espèce d’hallali contre la citoyenne lambda que je suis. On dirait une ambiance de secte ou seuls les initiés ont le droit de passer la porte du saint des saints. Or, c’est un tribunal, un lieu public et je ne suis pas obligée de « soutenir Wikileaks » pour avoir le droit d’être là, n’importe qui peut venir ici comme simple observateur. Je suis réellement effrayée mais j’essaye de leur rappeler qu’une association de défense des droits de l’homme, telle que Wikijustice, n’a vocation à défendre que des êtres humains, pas des organisations, en l’occurrence un homme, Julian Assange, pour la défense duquel je suis ici. Les deux personnalités féminines se font menaçantes et dans l’étroitesse de l’espace du sas je crains pour ma sécurité physique : « vous avez vu, elle ne soutient pas Wikileaks » ! crient-elles. Devant moi Angela Richter a l’air d’être de leur côté, les autres baissent la tête. Alors, je fais face à mon premier assaillant et je hausse le ton également. Cela attire enfin l’agent de sécurité qui cesse de se planquer dans les recoins et fait venir deux hommes habillés d’uniformes de police. Troisième surprise, les deux hommes me rendent responsable de la situation et menacent de m’expulser des lieux alors même que je me tais et que Patrick Hennigsen continue de m’insulter tranquillement devant eux. La scène est surréaliste. C’est la manageuse Rosie Sylvester qui me sauve du lynchage qui se prépare : elle apparait dans le sas, calme le jeu, donne des ordres à l’agent de sécurité. Les policiers s’en vont. Je reste silencieuse au milieu de la pièce, incapable de bouger.

Sevim Dagdelen et Heike Hänsel, députées de die Linke, hostiles et agressives vis à vis de moi le 25 février 2020 au procès de Julian Assange

Je crois malgré tout que la tension va se calmer et que nous allons bientôt entrer dans l’escalier. D’ailleurs, la raison du conflit a disparu car Kristinn Hrafnsson traverse le sas suivi par Jennifer Robinson, en robe verte et saluant les présents, et par les avocats Summers, Fitzgerald, Peirce et Lyon. Tous se dirigent vers la salle d’audience. Mais c’était sans compter avec les furies déclenchées : voilà que Rebecca Vincent resquille toute la file pour se planter devant Rosie Sylvester. Elle me désigne du doigt, lui dit à quel point je suis indésirable et d’autres horreurs que j’essaye d’oublier depuis. Je n’en crois pas mes oreilles, je n’ai pas vécu pareil harcèlement direct et absurde depuis que j’ai quitté l’école… Je dois défendre mon honneur et l’image de mon organisation. Toujours immobile au milieu du sas, entourée d’ennemis, je supplie Madame Sylvester de ne pas écouter ces propos diffamatoires… Elle me fait un signe mêlé de compréhension et d’impuissance. Néanmoins elle commence à préparer le passage vers la galerie et demande à « la famille » de se tenir prête à entrer. John Shipton, son frère, Gabriel Shipton et un autre jeune homme fendent la foule pour s’approcher d’elle et tout le monde les laisse passer. Mais alors encore un coup de théâtre a lieu : l’agent de sécurité préposé à notre surveillance dans la galerie apparait dans le sas et crie à tout va : «Monsieur Kristinn Hrafnsson est interdit d’entrer dans le public sur ordre du tribunal ! ». Les exclamations d’indignation fusent alors que Kristinn Hrafnsson revient de la salle d’audience dans le sas. Il exprime sa colère et son incompréhension. Alors John Shipton dit qu’il va annoncer aux médias que la famille boycottera l’audience. Aussitôt dit, aussitôt fait. Entre temps, l’agent de sécurité a enfin déverrouillé la porte menant à l’escalier de secours et je cours m’assoir dans la galerie. Curieusement j’accède à une des meilleures places pour voir Julian le plus près possible : le deuxième fauteuil du premier rang. Je ne suis pas inquiète pour Kristinn Hrafnsson et j’ai raison : à peine tous les spectateurs assis, il revient avec les trois membres des Shipton s’installer triomphalement sur les sièges réservés à la famille, suivi de Fidel Narvaez et de Craig Murray. L’audience se met en place laborieusement, la juge Baraitser n’est pas là et Julian Assange est absent du box. Beaucoup de bruit pour pas grand-chose. D’ailleurs, les députées allemandes Heike Hänsel et Sevim Dagdelen continuent de twitter sur l’incident sans que cela ne gêne notre surveillant alors qu’il est 10 heures passées.

Rebecca Vincent qui m’a agressée dans la Woolwich Court le 25 février 2020

Le public se lève enfin pour la juge Baraitser. Le troisième jour, Kristinn Hrafnsson décidera que nous devons nous lever pour l’arrivée de Julian Assange ce qui est fait de bonne grâce. Mais ce mardi, avant son arrivée, je vois la manageuse discuter avec la juge et Baraitser lève un regard interrogateur et courroucé vers le public. C’est l’une des rares fois où on la voit nous scruter. Peu après Julian Assange arrive dans le box avec les deux gardiens. Il s’assied au milieu du banc et je le vois de beaucoup plus près, cinq à six mètres en dessous du balcon de la galerie. Il porte le même costume gris que la veille et dans les mains non pas le volumineux classeur, mais un cahier A4. Il n’a plus de lunettes, et fait tout de suite signe en portant sa main à son oreille qu’il n’entend pas. Il a l’air très abattu et il ne salue ni ne regarde personne. Je vois son visage marqué, ses yeux paraissent enfoncés dans les orbites. Il a l’air de souffrir intérieurement, et son immobilité pendant la journée confirmera cette première impression.

photo fuitée de la salle d’audience. Zoom sur l’espace des journalistes. Assange est invisible au fond à gauche

Edward Hamilton Fitzgerald s’engage d’abord dans un dialogue avec la juge concernant la transcription des débats. Alors qu’il objecte que c’est une entreprise privée qui effectue ce compte-rendu, la juge Baraitser lui répond que cela ne fait pas de différence. Pour l’avocat c’est une question de coûts qui devraient être partagés par les deux parties. Il n’a pas tord : nous avons fait établir un devis pour la transcription de l’audience du 23 janvier et il s’élevait à plus de 100 livres pour 45 minutes de procès, je n’ose imaginer combien le public devrait payer pour bénéficier de l’intégralité des actes qui devraient être gratuits et accessibles, la justice en démocratie devant demeurer un service public…La présence la veille de manifestants français aguerris dans les luttes contre les privatisation du service public prend alors tout son sens. D’ailleurs, ils ont galvanisé les manifestants anglais dont on entend ce matin les slogans et les chants dans cette salle même.

Ensuite Hamilton Fitzgerald aborde la question des violences auxquelles les gardiens auraient soumis Julian la veille : menottes et fouilles au corps répétées. Je sais que le dernier rapport d’inspection de la prison Belmarsh stipule pourtant que les personnes en détention provisoire ne doivent pas être menottées et surtout le scanner corporel dont la prison est équipée rend désormais inutiles et interdites les fouilles au corps, ces pratiques sadiques d’un autre âge[1]. Je suis surprise que la juge Baraitser renvoie l’avocat à « d’autres autorités » alors qu’elle est juge et garante du « fair trial », du procès équitable. Elle rajoute cependant qu’il « doit être bien traité » comme si c’était une faveur et non pas un droit essentiel dans un Etat de droit. L’avocat bégaye « qu’il espère aussi que l’autorité va se pencher sur le problème ». Julian Assange reste immobile et on ne sait s’il entend ce qui est dit. Ses gestes répétitifs de douleurs reprennent : il frotte ses doigts, bascule la tête vers le plafond en clignant des yeux… On sent encore plus fort qu’il cherche à s’évader de cet endroit et qu’il ne peut le faire qu’en quittant son corps dans une forme de dissociation. Quelques minutes plus tard, alors que Mark Summers commence sa plaidoirie, Julian Assange balance imperceptiblement son corps d’avant en arrière. Il ne se lèvera même pas pour prendre le dossier que lui tend Gareth Peirce lorsque Summers aborde le vif du sujet.


[1] https://www.justiceinspectorates.gov.uk/hmiprisons/wp-content/uploads/sites/4/2018/06/Belmarsh-Web-2018.pdf

https://s3-eu-west-2.amazonaws.com/imb-prod-storage-1ocod6bqky0vo/uploads/2018/11/Belmarsh-2017-18.pdf

Points d’orgues et zones d’ombres de la plaidoirie – qui est le responsable pour « Wikileaks »

Mark John Summers annonce d’une voix forte qu’il va prouver que les trois accusations portées par le procureur contre Julian Assange sont fausses : la première concerne le hacking du mot de passe avec Chelsea Manning, la deuxième d’avoir sollicité Manning pour la livraison de 4 bases de données, la troisième d’avoir prétendument mis des personnes en danger par les publications. Summers dit s’appuyer sur l’analyse du professeur Grotov qui a décortiqué les dépositions de Chelsea Manning lors de son procès. Il apparait selon ces dépositions, que Manning aurait eu accès aux documents incriminés via un « Protocoll SIPA », c’est-à-dire une base de données accessible à au moins 1000 analystes militaires sans qu’il lui soit nécessaire de forcer le moindre mot de passe. L’avocat insiste que c’est une preuve d’innocence de Manning connue du gouvernement états-unien car confirmée par l’attorney (procureur). Concernant le fait que Julian Assange aurait «sollicité » Manning pour lui fournir les documents, Summers explique à la juge que Wikikeaks fonctionne sur le même principe collaboratif que Wikipedia et que n’importe qui peut « à tout moment collaborer en fournissant des documents ». Ce n’est pas tout à fait exact, parce que du fait du système de cryptage mis en place pour les documents soumis, le site « Wikileaks.org » fonctionne plutôt comme un portail que comme une plateforme. Dans une plateforme celui qui propose un service ou un bien en reste propriétaire et garde le contrôle de ce qui est publié alors que dans un portail l’envoyeur de données se dessaisit du contrôle et de la propriété de ses documents au profit du propriétaire du site. Il est clair qu’une fois les documents envoyés à Wikileaks, le lanceur d’alerte ne décide plus de ce qui en sera fait. Je crains que cette description non pertinente du fonctionnement du site de « Wikileaks » par son avocat ne porte préjudice à Julian Assange. Il aurait été plus judicieux de démontrer que Julian Assange n’est pas responsable des publications sur le site car ce n’est pas lui mais John Shipton qui est propriétaire du nom de domaine du site. Par ailleurs il aurait été possible de rappeler, sur la base du rapport d’activité de la Wau Holland Stiftung, que Julian Assange avait signé le 21 décembre 2010 avec cette structure un contrat de coordinateur de projet assez léonin qui lui liait les mains et ne lui donnait aucune latitude sur le choix des documents à publier. Pis, dans la période incriminée, selon les rapports mêmes de la fondation, il est littéralement pressuré par ses donneurs d’ordre, les chefs de la Wau Holland, pour publier le plus rapidement tous les documents fuités. Il ne maitrise ni le rythme du travail de publication, ni le budget du projet ni même le choix de l’embauche de ses collaborateurs[1]. Dans son rapport d’activité de 2010 la Fondation Wau Holland assume clairement la pleine responsabilité du projet Wikileaks : « Es ist das bisher größte Projekt der Stiftung und stellt damit neue Anforderungen an die Abwicklung und das Controlling »[2] (« C’est jusqu’à présent le plus grand projet de la Fondation et ainsi il nous pose de nouveaux défis en terme d’implémentation et de contrôle de la réalisation »).

Andy Müller Maghun, le président de la Wau Holland Stiftung, le vrai boss de Wikileaks. Absent au procès.

Pour Summers, ce qui compte est le fait que les documents de Manning ne figuraient pas sur une liste précise de publications « Wikileaks » et ainsi il n’y aurait pas de preuve des sollicitations pour les obtenir, d’autant plus que l’analyste a toujours affirmé les avoir téléchargés de son propre chef. Pendant que l’avocat récuse l’appellation de « matériel sensible » puisque de nombreux salariés de l’armée américaine auraient eu accès aux documents, Julian Assange a l’air d’aller de plus en plus mal. Il prend sa tête entre ses mains, croise les bras et serre ses mains sous ses aisselles, s’agite doucement sur le banc, frotte encore ses doigts d’un contre l’autre… C’est comme une protestation muette.

Son menton est figé, ses traits crispés. Il prend son étui à lunettes, le repose, son avocat réfute alors l’accusation de « mise en danger d’autrui » en expliquant le partenariat que « Wikileaks » avait signé avec des « organisations sérieuses », les grands médias comme le New York Times, le Guardian, El Pais et Le Monde afin que ceux-ci notifient à « Wikileaks » les documents problématiques pour en expurger les noms. John Goetz est notamment cité comme témoin qui certifiera comme journaliste du « Spiegel » que « Wikileaks protégeaient les noms » alors que le professeur Grotov fournit la preuve que le comportement de l’organisation n’est pas coupable de « recklessness », d’indifférence face aux conséquences. Pour moi, la lecture des comptes rendus annuels de la Wau Holland Stiftung montre que Julian Assange n’avait pas un plein pouvoir de décision sur la façon dont les documents étaient réécrits par l’équipe de 11 à 25 personnes qui ont été salariés sur le projet « 04 Wikileaks Informationsfreiheit verteidigen» (« Projet 04 Wikileaks, défendre la liberté d’expression ») de décembre 2010 à décembre 2011 (journalistes-rédacteurs, chef de projet médias, production de vidéos, traduction, chefs de projet, assistant de direction, organisation événémentielle, développement informatique, préparation technique et mise en ligne des documents, chef de projets…)[3] mais le véritable responsable du projet, Andy Müller Maguhn, délégué du CA de la fondation pour un suivi plutôt tatillon du projet. Par ailleurs, une analyse détaillée des tâches sur chaque poste prouverait à coup sûr que le travail de réécriture des documents a effectivement été très important. Il devrait même être possible de prouver par quel processus et par quel salarié de la fondation Wau Holland chaque nom incriminé par l’accusation a été expurgé de la publication finale.

Andy Müller Maguhn contrôle le travail de Julian Assange en 2011

Il est dommage que l’avocat de Julian Assange laisse dans l’ombre tant de pistes importantes pour l’innocentement de son client. Mais hélas comme aucune collaboration entre l’équipe d’avocat et les soutiens militants n’est prévue, mon avis ne sera pas entendu. Vers 11h45 la juge Baraitser interrompt la plaidoirie pour la pause de 10 minutes. Je suis forcée de redescendre dans le sas ou je crains désormais les débordements agressifs des personnalités. Je reste debout dans la partie centrale du sas, craignant qu’on me pousse dehors si je reste derrière. Cependant je glisse doucement en Allemand à Madame Dagdelen quelque mots sur l’égalité, une notion qu’elle devrait s’approprier en tant que députée du peuple allemand et élue sur les listes du parti héritier de toutes les traditions historiques de la gauche allemande. J’aurais aimé aussi lui dire que je ne reconnais pas dans son comportement vis-à-vis de moi le parti dont j’ai été membre de 2007 à 2012. J’y ai milité au sein de la section femmes LISA ou j’ai œuvré à l’élaboration du programme « pour un service public de la petite enfance » en coopération avec les féministes françaises et l’écrivaine Frigga Haugg, j’ai participé aux réunions avec Lothar Bisky pour inclure ce document dans le programme général du parti. J’ai aussi beaucoup coopéré avec ma collègue Christiane Reymann à la création de relations avec les féministes polonaises et les partis de gauche en Pologne. Je me demande ce qui est arrivé depuis pour que j’ai à vivre des scènes aussi terribles qu’absurdes de la part de l’élue d’un parti où je garde des amitiés. Un seul incident dédramatise mes tristes constats: une collègue me désigne Angela Richter qui délestée de sa béquille qu’elle a utilisée pour entrer la première comme « handicapée », se dégourdit les jambes tranquillement. Nous sourions de concert : être actrice est un métier utile en toutes circonstances !


[1] http://www.wauland.de/media/2011_Jahresbericht.pdf, rapport d’activité 2011

https://www.facebook.com/notes/wikijustice-julian-assange/conférence-de-presse-du-20022020-deux-infos-capitales-two-major-news/493132691323050/

[2] Rapport d’activité 2010, http://www.wauland.de/media/2010_Jahresbericht.pdf, page 2

[3] document « Projekt 04: Informationsfreiheit verteidigen » Vorläufiger Transparenzbericht 2010 » – « Projet 04, défendre la liberté d’expression, bilan de transparence 2010 provisoire »,

Page 4 https://www.wauland.de/media/2010_Transparenzbericht-Projekt04_de.pdf

Et document « Jahresbericht 2011 », rapport d’activité de 2011, page 1, https://www.wauland.de/media/2011_Jahresbericht.pdf

Heureusement que la pause ne dure pas longtemps. Je me précipite dans la galerie dès que je peux, j’y ai perdu ma bonne place mais je suis soulagée de voir qu’avant que les débats ne reprennent Julian Assange a l’air un peu moins en souffrance. Il est vrai que Baltzar Garzon vient lui serrer la main avec empathie et qu’il peut échanger quelques mots avec les avocats espagnols. De plus, ma place plus lointaine ne m’empêche pas de remarquer que peu après il me regarde droit dans les yeux. Je lui souris et je fais un signe de la main tout en prenant soin de ne pas me faire trop remarquer du surveillant.

Pendant ce temps Summers narre la cyberattaque dont le site Wikileaks avait été victime et raconte la scène du film « Risk » dans laquelle Julian Assange téléphone à Hillary Clinton en compagnie de Sarah Harrison, salariée de « Wikileaks ». Puis il cite les médias et sites qui ont rediffusé les mêmes documents (dont le Spiegel et Cryptome) et aucun n’a été accusé par la justice états-unienne. Il conclut que la demande d’extradition n’est pas « fair, raisonnable, correcte» puisqu’elle discrimine un des acteurs de la même action. La plaidoirie continue mais certains ne tiennent plus en place dans le public. Gabriel Shipton prend congé des personnalités qu’il connait et quitte la pièce. Les personnalités assises devant moi partagent une tablette de chocolat et discutent entre elles comme au spectacle. L’avocat donne quelques précisions pour réfuter l’accusation d’intrusion informatique. Assange écrit quelque chose dans le cahier et passe le petit mot à Stella Morris. Summers aborde le téléchargement par Manning des « rules of engagement », « le droit d’engager » c’est-à-dire le permis de tuer par les soldats américains, directement lié, selon lui, au film « Collateral murder ». Manning aurait téléchargé cette video du meurtre de civils irakiens et de journalistes de Reuters juste après avoir pris connaissance des «règles de tuer » et aurait décidé seul de sa publication immédiatement après. C’est un peu dommage que Summers fasse l’impasse sur le travail des techniciens, journalistes et députés islandais qui ont «réécrit », ou « re-monté » la vidéo[1], qui figurent au générique du film et qui logiquement sont autant responsables pour sa publication que les Allemands de la Wau Holland pour leur « projet Wikileaks 04» en général[2]. Mais cette omission me parait pour l’heure moins grave du moment que Julian Assange n’est pas poursuivi pour cette production, même si dans la bouche de l’avocat l’homme accusé disparait encore une fois au profit de « l’entité inconnue Wikileaks ». Baraitser finit la séance en reconnaissant que le « gouvernement aurait effectivement dû mettre les publications dans leur contexte ». L’avocat parait avoir gagné la bataille. Enfin. On aurait presque eu envie de l’applaudir. Il est 13 heures, le juge Baraitser décide de la pause. Julian Assange s’anime, se lève. Il salue Garzon, appelle Summers et lui dit quelque chose en affichant un air mécontent. Je reste pour le voir partir entre deux gardes et je reconnais à sa démarche hésitante qu’il est fatigué, puis je suis sommée de quitter les lieux.

Julian Assange en juillet 2010 – il n’y a plus aucune photo de lui nette et de près en 2019 ni 2020

Baraitser a déjà commencé à écourter les débats : de 45 minutes le lundi, la pause midi rallonge à une heure mardi et jusqu’à une heure et demie le dernier jour. Cela m’arrange car je peux quitter le sas étouffant et rempli d’agressivité pour m’acheter un en-cas et un café à la petite cafétéria du tribunal. Je fais mon compte rendu des agressions subies en téléphonant à la direction de Wikijustice et j’observe par la baie vitrée du premier étage Baltazar Garzon quitter le bâtiment définitivement avec son staff. Je remarque le personnel judiciaire de la Woolwich Crown Court habillés de costumes noirs et de perruques sortir de l’aile droite du bâtiment pour passer leur pause dans le hall, la cafeteria ou le jardin. Puis je n’ai pas d’autre choix que de retourner dans le sas pour ne pas être éjectée de la file. Les « personnalités » occupent déjà la première place, elles discutent entre elles de problèmes familiaux et domestiques. Randy Credico, toujours un peu dépassé par l’étrange atmosphère, tente de détendre l’ambiance par des blagues. Des journalistes venus de leur annexe ou ils disent avoir du mal à entendre le procès, se sont précipités pour occuper notre espace public si réduit. Le risque d’être éliminée revient, je dois être donc présente. Je remarque alors que les trois quarts des présents dans ce sas sont des Allemands. C’est curieux. La tension avec les « personnalités » de die Linke semble s’être calmée mais je ne peux éviter une légère altercation avec un jeune homme allemand qui me pousse sans ménagement vers l’arrière. Il est surpris que je lui réponde en Allemand. Lorsque l’heure tourne et que les avocats rentrent de pause, Angela Richter nous annonce qu’elle a réussi à obtenir une place dans la salle d’audience parmi les journalistes. Elle exprime sa joie, reprend sa béquille-outil de lutte et sort du sas en clopinant.

Angela Richter, une des militantes agressives avec moi le 25 février 2020

Cette fois l’agent de sécurité demande leur pièce d’identité à la « famille ». John Shipton sort un passeport bleu marine neuf, mais je n’ai pas le souvenir que Kristinn Hrafnsson ait dû présenter le sien. Le frère et le fils de Shipton sont partis, il y aura des places libres dans la pièce en général, je presse mes amis restés dehors de tenter d’entrer, mais les agents postés devant le bâtiment les en empêchent. D’ailleurs, malgré quelques sièges vides, je ne peux récupérer dans la galerie qu’une place assez éloignée de Julian Assange.

Quand Julian Assange entre dans le box, il ne salue pas ni ne regarde le public. Il s’assied à la même place, jambes jointes et mains sur les cuisses. J’ai l’impression qu’il a l’air intimidé cette fois ci. Et je me demande si dans la pause on lui donne à manger, car il n’a toujours pas de bouteille d’eau dans le box que je devine inconfortable. Dès que la juge arrive, Mark Summers reprend son argumentation: prouver que Chelsea Manning n’avait pas besoin de craquer un mot de passe pour accéder aux documents classifiés. En ce qui concerne les « war diaries », les « journaux de guerre », il existait un réseau d’échange de données interne à l’armée, « Sydney I » pour l’Irak et « Sydney A » pour Afghanistan. Il était possible d’accéder à ces bases par un métalien pour les télécharger et c’est ce que Manning a fait, car « selon sa conscience il était nécessaire que le public connaisse le nombre de victimes civiles et les assassinats par drone ». Pour l’avocat, Julian Assange n’a donc pas sollicité de posséder ce matériel et le procès n’est donc pas « juste équitable et raisonnable ». Quant à la récurrente question des « noms sensibles » contenus dans les documents, Summers explique que Manning n’a jamais voulu garder les noms de code SIGAD (indicateur alphanumérique qui identifie les stations d’écoute des USA) et que 20% des documents sur l’Afghanistan n’ont pas été publiés précisément à cause des noms afghans y figurant.

Julian Assange en tant que coordinateur du projet 04 Wikileaks pour la fondation allemande Wau Holland – extrait du rapport d’activité de la fondation 2011

Julian Assange est resté immobile accoudé au dossier du banc pendant toute la tirade. A ce moment précis, John Shipton ne lève et quitte la galerie du public, son téléphone à la main. C’est alors qu’Assange regarde vers nous et je peux croiser son regard. Il reste un moment dans cette position, le visage tendu vers le haut, comme lorsqu’on fait pour se relaxer les épaules tendues. Mark Summers prend alors de la hauteur pour «expliquer l’approche de Wikileaks » à la juge. En fait il cite des conversations entre deux journalistes du « Spiegel », Schmitt et Goetz, qui décrivent « l’assistance technique » dont « Wikileaks » aurait besoin pour que son « équipe réécrive les mauvais endroits ». Finalement selon eux « Wikileaks » aurait demandé plus de temps et a fini par être critiqué pour avoir « over-redacted » (modifié trop largement) les documents. Nous savons que ce n’est pas pour rien que des acteurs allemands sont cités dans le dossier, puisque c’est la Wau Holland Stiftung, fondation allemande, qui sous la houlette de Andy Müller Maguhn, délégué du CA pour la supervision du projet 04 Wikileaks qui a dirigé l’équipe chargé de re-rédiger les documents. Les rapports d’activités de 2010, 2011 et 2012 de la fondation nous apprennent même que plusieurs journalistes étaient payés par la fondation pour ce travail et qu’en 2011 ils ont touché pour ce faire[3] 58 578 Euros. Malheureusement l’avocat ne cite pas la Wau Holland comme témoin clé voire acteur du processus de rédaction.


[1]

[2] Conseil d’Administration de la Wau Holland Stiftung 28.12.2009, http://www.wauland.de/media/2009-12-28_Protokoll.pdf

Rapport d’activité 2009, http://www.wauland.de/media/2009_Jahresbericht.pdf

Rapport d’activité 2010, http://www.wauland.de/media/2010_Jahresbericht.pdf

« Rapport de Transparence – projet 04, défendre la liberté d’expression 2010 », http://www.wauland.de/media/2010_Transparenzbericht-Projekt04_de.pdf

Rapport d’activité 2011, http://www.wauland.de/media/2011_Jahresbericht.pdf

« Rapport de Transparence – projet 04, défendre la liberté d’expression 2011»,

http://www.wauland.de/media/2011_Transparenzbericht-Projekt04_de.pdf

« Rapport de transparence projet 04, défendre la liberté d’expression 2012 -rapport pour les 6 premiers mois de 2012 »

http://www.wauland.de/media/2012_Transparenzbericht-Projekt04_de.pdf

« Rapport de transparence projet 04, défendre la liberté d’expression 2012 »

http://www.wauland.de/media/2012-1_Transparenzbericht-Projekt04_de.pdf

[3] « 5.8 Journalistische Aufbereitung Zur journalistischen Aufbereitung, insbesondere der Kontextualisierung zugegangenen Materials und der erklärenden Beleuchtung von Hintergründen und Zusammenhängen, wurden verschiedene Journalisten engagiert und ihr Aufwand entsprechend vergütet. Im Jahr 2011 waren damit insgesamt 6 Journalisten als Hilfskräfte in diesem Aufgabenbereich tätig. »,( « Pour la mise en forme journalistique, en particulier la mise en contexte des documents et l’explication du contexte historique et des relations, différents journalistes ont été engagés et leurs efforts indemnisés en conséquence. En 2011 en tout 6 journalistes ont été actifs comme « personnel aidant » dans ce domaine »)

Page 5, https://www.wauland.de/media/2011_Jahresbericht.pdf

Wikileaks, l’Allemagne, et la Wau Holland Stiftung

Sur ce la juge Baraitser décide d’une pause de 10 minutes. Je suis fatiguée car je ne me repose absolument pas dans l’ambiance hostile du sas. Mais l’après-midi avance et l’attrait du procès s’émousse visiblement. En effet, les députées de die Linke ne reviennent plus ni dans le sas ni dans la galerie. Je sympathise avec Volker, un des militants allemands qui a témoin de l’agression du matin qui l’a visiblement choqué. Nous discutons un peu de l’état de Julian Assange et de ce que nous voyons en partageant dans la pause un café et une barre de céréales. Il trouve intéressante ma façon de prendre des notes. L’ambiance s’adoucit même si le public reste étrangement à plus de 80% composé d’Allemands et de germanophones. Il en sera ainsi les jours suivants, le 26 et 27 février.

A notre retour, Summers décrit la messagerie Jabber que les soldats américains utilisaient pour leurs loisirs et cite des supérieurs hiérarchiques de Manning qui auraient certifié qu’il était courant pour les soldats de jouer à cracker mutuellement leurs mots de passe. Manning était même tellement douée qu’elle en aurait fait une activité commerciale, validée par une de ses chefs qui lui aurait demandé carrément d’installer un logiciel interdit. Conclusion : Manning n’avait pas besoin des compétences informatiques d’Assange pour s’introduire dans des bases interdites. A cette évocation visiblement douloureuse, Julian Assange se balance légèrement d’avant en arrière puis revient dans sa prostration initiale. L’avocat conclut que les accusations n’ont pas pris en compte le contexte et sont donc abusives. Pour le prouver, il abandonne la jurisprudence états-unienne qui était sa référence jusqu’alors (toute l’analyse du comportement de Manning étant contenu dans son dossier juridique selon le droit américain), mais détaille la jurisprudence européenne en se servant des cas Castillo, Murua et le Polonais Sekrewski. Les deux plaignants auraient gagné à la Cour Européenne des Droits de l’Homme de Strasbourg contre une demande d’extradition en prouvant les abus de procédures. Je vérifie sur les jugements dans la base de données HUDOC de la Cour de Strasbourg : seul le jugement de Algar Castillo est répertorié[1]. Pendant que l’avocat invoque le droit européen pour juger un Australien poursuivi par les Etats Unis, Assange regarde les 25 journalistes assis derrière des pupitres à sa gauche. Ses gestes nerveux reviennent. Il n’y a aucun signe de connivence avec ceux qui devraient être ses confrères de métier.

Rapport d’activité de la fondation allemande Wau Holland en 2009 – les projets TOR, Jabber et Wikileaks sont décidés

Baraitser interrompt alors l’avocat pour lui demander si Manning avait été déclarée coupable. Oui, doit admettre Summers, mais le procès a été contesté, reprend-il. Mais il n’argumente pas que les aveux de Manning ont été arrachés après torture ce qui les rend en réalité non recevables… du fait justement de la torture. Il reprend son discours sur la jurisprudence européenne et rappelle la déjà longue histoire des abus juridiques que subit Julian Assange : les « accusations suédoises », l’impossibilité de quitter les locaux de l’Equateur… Face à l’historique connu qui l’agace peut-être, Baraitser questionne l’avocat sur les faits : oui ou non la page internet Wikileaks sollicitait elle le public pour lui envoyer des documents secrets ? Le procureur intervient alors: pour lui les sollicitations sont clairement exprimés sur la page internet « Wikileaks ». Dans un vrai procès, il est d’usage de produire devant le public les passages discutés : le grand écran qui trône dans la salle aurait pu servir à voir le site incriminé, mais il reste éteint et le juge ne demande pas au procureur de prouver ses dires. De même l’avocat ne se sert pas du fait que le propriétaire du site n’est pas Julian Assange mais John Shipton pour invalider l’accusation de « sollicitation actives », alors même que John Shipton ne risque rien puisqu’qu’il a déjà gagné en février 2009 en Californie le procès contre la banque Julius Baer. Le jugement du tribunal californien a bien invoqué le premier Amendement, le« droit de recevoir des informations » pour débouter Julius Baer de sa demande de fermeture du site Wikileaks appartenant à John Shipton après publication de ses listings bancaires[2]. Le jugement californien est valide alors même que Wikileaks y est qualifiée « d’entité inconnue », ne possédant donc ni siège social ni structure. Julian Assange ne devrait donc pas être condamné pour la même chose pour laquelle son père a été relaxé. Hélas, en ne posant pas ces arguments, j’ai le sentiment que Mark Summers donne quartier libre au procureur qui affirme que Julian Assange aurait dit à Manning « je suis curieux de voir tous les documents », là encore sans amener la moindre preuve matérielle (une retranscription des conversations sur Jabber par exemple). Le procureur martèle que le sort de Julian Assange doit être déterminé aux Etats Unis car « Julian Assange décidait de publier sur le site internet Wikileaks ». Le rôle des Allemands de la Wau Holland Stiftung est passé ainsi à la trappe. On comprend que l’accusation américaine ne veut pas brusquer son plus précieux allié en Europe, l’Allemagne, en l’impliquant dans un procès gênant. Mais j’avoue que je comprends moins la stratégie des avocats de plutôt sauver Andy Müller Maghun et les autres membres du CA de la Wau Holland Stiftung que Julian Assange qui est leur client.

John Shipton comme propriétaire de l’entité inconnu Wikileaks

Pendant la tirade du procureur, alors qu’il paraissait très fatigué, Julian Assange se lève et appelle Gareth Peirce. Elle met un certain temps à l’entendre et à venir vers lui, puis elle se rassied. Assange parle alors à Jennifer Robinson qui a pris le siège laissé par Garzon. Jennifer Robinson incite Peirce à sortir de sa réticence et revenir écouter son client même si elle ne le regarde toujours pas lorsqu’elle s’adresse à lui. Enfin, lorsque Summers a fini son argumentation, Edward Hamilton reprend l’organisation de la défense. Il propose à la juge de déposer un « sommaire des vices de procédures » le lendemain. Hélas, en l’absence de micro on n’entend pas ce que dit Julian Assange à ses conseils. Il est 16 heures, Baraitser se lève. Nous sommes tous très fatigués et la cérémonie du départ est réduite. Mais demain, je serais fidèle à mon poste ici.

Pour la Woolwich Court, le procès Assange n’existe pas. Le planning ne prévoit pas d’audience salle 2 pour le 25 février 2020

[1] https://hudoc.echr.coe.int/eng#{« fulltext »:[« Castillo »], »documentcollectionid2″:[« GRANDCHAMBER », »CHAMBER »]}

[2] http://www.dmlp.org/sites/citmedialaw.org/files/2008-02-26-Brief%20of%20Intervenors%20to%20Dismiss%20for%20Lack%20of%20Subject%20Matter%20Jurisdiction.pdf

http://www.dmlp.org/sites/citmedialaw.org/files/2008-02-28-Notice%20by%20John%20Shipton%20of%20Intent%20to%20Appear%20and%20Joinder%20in%20Motions%20and%20Oppositions%20of%20Amici-Intervenors.pdf

https://www.facebook.com/notes/wikijustice-julian-assange/conférence-de-presse-du-20022020-deux-infos-capitales-two-major-news/493132691323050/

https://www.courtlistener.com/opinion/1737559/bank-julius-baer-co-ltd-v-wikileaks/?fbclid=IwAR3hpvyy6MfaKv84HnVWNeR1oMu6wvJosyK9gBhFcUGyFrlxGQSBmlYpYas