Traverser la violence physique et institutionnelle – Julian Assange au tribunal le 18 novembre 2019

Monika Karbowska

Julian Assange en 2016

Pour la cinquième fois en deux mois je me retrouve à Londres le 18 novembre pour assister à une audience de jugement de Julian Assange à la Westminster Magistrate Court. Depuis que nous avions compris que toutes les audiences sont importantes pour la bataille, il n’est pas question d’éviter même la plus courte. Il est crucial de rendre compte de ce qui s’y passe afin d’éviter le storytelling mensonger qui peut être propagé par des personnes bien ou mal intentionnées en l’absence de films et de photos toujours interdites dans ce procès d’extradition pourtant public. Notre présence est d’autant plus cruciale que l’association Wikijustice a justement publié et envoyé aux tribunaux, aux parlementaires, aux médias britanniques une « request for release », une demande de libération de Julian Assange prête à l’emploi. Un avocat ou une association des droits de l’homme britannique pourrait, au nom des droits humains supérieurs à toutes les procédures et intérêts des Etats, demander sans tarder la libération d’un innocent, du prisonnier politique Julian Assange. En effet la Loi donne le droit de déposer cette requête au juge chaque mois qui passe alors que s’écoulent les 28 jours de sa détention provisoire de l’audience du 21 octobre à ce jour du 18 novembre. Gareth Peirce et Mark Summers, avocats de Julian Assange, auraient pu directement recopier notre requête rédigée en Anglais avec l’aide de nos juristes français et  européens.

https://www.linkedin.com/pulse/request-number-1-release-political-prisoner-julian-paul-v%C3%A9ronique/

Je doute qu’ils le fassent mais il est important de souligner, en contraste avec la violence physique et institutionnelle que je vais vivre, que ce jour -là Julian Assange aurait pu légalement redevenir un homme libre.

Une des 3 lettres que Wikijustice a reçues entre le 2 et le 5 novembre 2019. Ce furent aussi les toutes dernières lettres que le prisonnier Julian Assange aurait envoyées
enveloppe de la lettre avec le numéro de prisonnier de Julian Assange datant de 2010

La nouvelle du dessaisissement de la juge Emma Arbuthnot[1] dont les conflits d’intérêts dans ce dossier ont été soulignés par certains médias me parvient ce matin comme un baume au cœur alors que je fais la queue avec trois amis de 6h30 à 9 heures devant la porte du tribunal. Il est important d’arriver tôt pour avoir une place dans la salle numéro 3, l’expérience de la foire d’empoigne du 21 octobre l’a amplement démontrée. Nous sommes les premiers lorsque la porte d’entrée du bâtiment s’ouvre sur les agents de sécurité de l’entreprise Mitie qui vont contrôler nos sacs. A 7h30 deux jeunes hommes que nous croyons être des employés ou des traducteurs se postent derrière nous. A 8 heures le réseau de « Greekemmy » se présente avec 15 personnes et d’autres soutiens de Julian Assange forment une petite manifestation d’une trentaines de personnes dans la froide matinée automnale. Cette fois nous ne rencontrons pas trop de problèmes avec nos sacs mais les critères d’accès de l’entreprise Mitie sont flous et erratiques – parfois un appareil photo ne passe pas, l’autre jour ce sera un pot en verre.. Nous fonçons vers les listes des extradés du jour suspendues dans le hall – surprise, Julian Assange n’y figure pas ! Je soupçonne une manipulation et je monte au 1er étage. Nous inspectons les listes affichées sur les portes de toutes les salles. A la dernière minute, un employé vient changer celle de la salle 3 : oui, en haut d’une liste d’une 20-taine d’extradés toujours d’Europe de l’Est, figure le nom de Julian Assange.

D’habitude le travail du tribunal est bien rodé : à 9h30 le secrétaire du greffe ouvre la salle, laisse rentrer le public et organise pendant une demie heure le travail des             avocats et des interprètes avant l’arrivée du greffe, du procureur, du juge enfin. Du 20 septembre au 21 octobre personne n’avait fait attention à nous dans le public des proches, sauf le 18 octobre ou nous assistions aux procès des extradés est-européens en tant « qu’observers » identifiés. Mais aujourd’hui quelque chose a changé. Le secrétaire sort à 9h15 et demande qui vient pour Julian Assange. Je suis surprise par la tournure des événements. Ayant fait le pied de grue devant la porte depuis 6 heures pour cette audience publique je pensais qu’il était impossible de nous évincer de la salle. Hélas, la violence physique qu’avait exercé sur moi la personne de « Greekemmy » le 21 octobre devant la salle 1 a pris le 18 novembre une tournure institutionnelle.

Nous sommes physiquement poussés dans notre dos par le groupe des 20 personnes qui sont venus avec elle. Certaines personnes resquillent et tentent perpétuellement de passer devant nous. Une des femme se tient si près de mon épaule que ses cheveux et ses seins me touchent le dos. Il est essentiel de garder son calme, de ne pas répondre aux provocations mais aussi de ne pas se laisser bousculer et de  garder sa place pour signifier qu’on a le droit d’assister à ce procès public selon la règle du premier arrivé, premier servi. Hélas, le tribunal et l’entreprise de sécurité Mitie ont changé cyniquement leurs propres règles à la dernière minute : le secrétaire du tribunal annonce que seul « la liste » sera accepté. Quelle liste ? La fameuse liste est tenue d’un main de maitre par «Greekemmy » qui y a inscrit à la dernière minute les « personnes importantes ». Nous protestons à voix haute sur l’illégalité de la liste et le fait que nous soyons arrivés les premiers. La preuve, nous sommes toujours debout les premiers devant la porte, devant le secrétaire et devant les agents de Mitie venus lui prêter main forte. Nous nous effaçons cependant pour laisser passer les avocats et les interprètes des extradés. D’ailleurs, parmi eux arrive une vieille dame fluette que dans la confusion et la tension tout le monde oublie de saluer : c’est Gareth Peirce, l’avocate de Julian Assange. Le secrétaire hésite, disparait dans la salle. Le manager de Mitie annonce que seule les cartes de presse rentrerons, une dizaine de personne se présentent à la porte. Le ton et la température montent. Les 13 places du public seront chères et chacun tente une diversion, une ruse pour y accéder. La femme derrière moi, pourtant une de ses amis, se fait tancer par « Greekemmy » pour avoir resquillé la queue. Cette même femme profère des insultes dans mon oreille mais je dois surtout me concentrer sur la stratégie à adopter pour convaincre les agents de sécurité de Mitie que nous avons, en tant qu’association, autant de droit d’assister à ce procès que « ceux de la liste » venus après nous.

Greekemmy a du mal à prouver que sa légitimité est plus forte que la nôtre. Après tout c’est une citoyenne lambda dans ce dossier, comme tous ceux qui viennent pour diverses raisons assister à des audiences dans les tribunaux. Le secrétaire hésite puis finit par dire : «  est -ce qu’il y a la famille ? ». Les familles complètes des extradés polonais et roumains du jour se tiennent derrière, certainement agacées de ne pas pouvoir assister leur proches à cause de ce tumulte. Greekemmy annonce que « oui, le père est là, mais il est en bas ». Le secrétaire décide de privilégier « la famille » et John Shipton arrive peu après, sans avoir été mélé à l’ambiance de violence qui caractérise la lutte pour le sort de Julian Assange. Mais avec lui le secrétaire du tribunal fait entrer en premier toute une ribambelle de la liste de « Greekemmy ». Parmi ceux-là, les deux jeunes de 20 ans qui devaient être à l’école primaire quand Julian Assange était libre et actif. Nous ne comprenons pas leur plus grande légitimité que la nôtre à se trouver là. Puis les femmes amies de la cheffe du commando et Naomi Colvin qui joue le rôle de garde du corps de John Shipton, en tout dix personnes. Nous protestons. Enfin, et c’est le miracle de l’arbitraire de l’entreprise de sécurité, ou de la « justice » du tribunal, le manager de Mitie réouvre la porte et permet à trois personne de plus de s’engouffrer dans la salle.

J’en suis avec mon collègue l’éditeur Aymeric Monville. Derrière moi la femme resquilleuse me talonne et regarde d’un air mauvais mes affaires alors que nous prenons place sur les deux chaises restantes dans le minuscule espace du public. Les acteurs sont en place, le show de la justice peut commencer. Cependant, si je reconnais tous les protagonistes habituels de la pièce, y compris le procureur, le greffe et les avocats des accusés suivants, la juge n’est pas là. Une huissière qui annonce les événements nous somme immédiatement d’éteindre nos portables, pour ne pas enregistrer l’audience ce que tout le monde a certainement toujours fait jusqu’à présent. Puis un homme grand et imposant se lève, il a une coupe de cheveux blonds coupée en bol et porte un beau costume gris et une cravate verte. Il tranche avec l’aspect passe partout des employés judiciaires anglais dans la salle. Il se lève du banc des avocats de l’accusation et se dirige vers le secrétaire du greffe et vers le procureur et discute avec eux. Un Américain ? Si tel est le cas, il n’a rien à faire ici dans un tribunal censément d’un pays souverain alors que l’audience doit décider de la libération du prévenu, toujours innocent, ou de sa détention provisoire. Si tel est le cas, la pression politique des Etats Unis sur la Grande Bretagne s’étale sans honte. Après l’audience l’homme quittera les lieux si vite que je n’aurai pas le temps de l’interpeller sur son nom et ses qualités.

Alors je remarque que la vidéo est déjà allumée et une rangée de chaises rouges derrière une table, inhabituelles pour les box de la prison de Belmarsh, apparait  à l’écran. Il n’y a ni gardien en uniforme de la prison pour introduire le détenu, comme c’était le cas dans les vidéos que nous avions suivis le 18 octobre, ni de panneau « HMP Belmarsh » qui devrait être suspendu au mur. Le tribunal nous demande de le croire sur parole que Julian Assange comparait bien de la prison de Belmarsh (et pas d’un hôpital psychiatrique ou autre lieu non identifié.. .) alors que rien ne le montre et que tout au long des procès les protagonistes du jeu se sont toujours gardés de prononcer en toutes lettres le nom de la prison, lui préférant des litotes comme « là où il se trouve », « de là ou il est »… Je réfléchis à tout cela, alors que l’événement surprenant se produit : Julian Assange apparait alors que la juge n’est pas là ! Il entre dans l’espace de la vidéo et s’assied sur la chaise centrale. Quelqu’un a dû tirer la table devant lui pour qu’il puisse y prendre place, mais on n’entend rien car le son n’est pas branché ni de notre côté ni du sien…

Ce qui s’ensuit s’apparente à une véritable violence institutionnelle et une forme de torture sur nous, les spectateurs du spectacle. Comme si le système voulait nous dire « vous ne nous croyez pas qu’il est vivant, vous nous accusez de le faire mourir ? Eh bien regardez le maintenant ! » L’écran nous présente  un homme qui ne réagit pas parce qu’il ne sait pas qu’il est regardé de la salle car du côté de la pièce où il se trouve la vidéo est éteinte. Julian Assange nous est montré comme on montre un animal en cage. Et nous sommes contraints, alors que nous sommes ses proches et ses soutiens, de l’observer à son insu. On nous met de façon obscène à une place similaire de celle des employés de l’entreprise de sécurité de Rafael Correa qui ont maté Julian Assange pendant des années dans les lieux de sa captivité, rue Hans Crescent – cet étrange bâtiment dans lequel les locaux loués par l’Equateur depuis 1976 sont mitoyens depuis cette date de ceux de la Colombie, dont le fier drapeau est hissé sur le balcon jumeau de celui ou Julian Assange apparaissait parfois au public de juillet 2012 à mai 2017.

Julian Assange parle la dernière fois en public en vrai, le 17 mai 2017

Je me sens vite gênée et je ressens à quel point ce spectacle contraint est humiliant pour lui et dérangeant pour nous, d’autant plus que cela dure au bas mot un quart d’heure. C’est si long qu’on en vient à souhaiter qu’ils abrègent ce voyeurisme alors qu’on avait tant souhaité voir Julian Assange vivant. Mais le voir vivant, c’est le voir digne, le voir interagir avec la salle, le voir s’exprimer, saisir des mots qu’il aurait pu destiner à nous, le public, puisque depuis le 21 octobre il sait que nous sommes là. J’avais non pas croisé, mais j’avais saisi son regard, je l’avais encouragé par le regard et mon attitude à nous transmettre des informations et j’avais tenté de le réconforter par mon expression de visage, par les rares gestes autorisés. Je n’étais pas la seule. Certaines personnes pleuraient en le voyant et il a vu notre émotion et compris qu’il n’est plus seul. Ce matin le système a décidé de nous dire « Regardez le bien. Il est à nous » et de nous renvoyer à notre impuissance.

En effet, je n’ai plus l’impression d’être en face du même homme dont les yeux sombres et tristes, mais déterminés, ont fixé mon visage le 21 octobre pendant la courte pause. On aurait cru qu’il est endormi, ou drogué, tellement ses gestes sont ralentis, il parait absent, le regard dans le vague. Il porte un sweat-shirt gris et un pantalon beige, on ne distingue pas bien sur la vidéo s’il porte une barbe ou s’il est rasé. La caméra est fixée un peu en hauteur et zoome sur sa tête donnant l’impression que son crâne est dégarni. Rapidement il sort des lunettes de sa poche et les met et alors on ne voit plus ses yeux. Le 21 octobre il avait abandonné l’idée de les mettre comme si elles étaient inutiles alors qu’il interagissait avec la salle et les avocats. Nous ne comprenons pas pourquoi il les porte alors qu’il ne peut voir personne et n’a aucun document sur la table devant lui ou à la main. Je reconnais néanmoins le même visage rond et le menton un peu crispé en arrière comme quand on serre la mâchoire avec force. Nous le regardons donc mais c’est une vraie torture de le voir et de savoir qu’on ne peut rien lui dire et qu’il ne peut pas communiquer avec nous, nous transmettre un message.

A un moment donné il met sa jambe sur le genou dans un geste familier, et croise les mains sur ses genoux mais il n’effectuera pas d’autres gestes, restant immobile et indifférent aux événements. On croit revoir l’homme mal en point qu’on nous avait présenté le 11 octobre. Ce spectacle dure si longtemps qu’au milieu Julian Assange s’assoupit même, penché en arrière, comme épuisé. Lorsque la juge apparait, il garde les yeux baissés et ce regard passif. Je suis tellement peinée car je ressens qu’il va plus mal qu’à notre précédente rencontre. Je regarde John Shipton à la dérobée, il reste impassible mais je suis sûre qu’il ne peut que souffrir face à ce spectacle de souffrance. Cependant les jeunes homme devant nous n’ont pas l’air de comprendre qu’ils regardent la torture infligé à un homme. Quant aux autres, ils papotent visiblement distraits.

L’huissière annonce l’arrivée de la juge et nous intime l’ordre de nous lever. C’est la juge magistrate Baraitser qui apparait sur l’estrade alors que deux autres personnes rentrent dans la pièce par la porte réservée aux juges. Impossible de comprendre qui ils sont et tout va très vite alors. Baraitser demande à Julian Assange de se présenter. Il le fait d’une voix plus grave que d’habitude, hésitante aussi, mais jusqu’au bout d’un trait. «Julian Assange, 3 juillet 1971 ». C’est hélas tout ce que notre ami prisonnier politique dira. Il ne va ni saluer son avocate, ni la cour, ni transmettre quoi que ce soit aux soutiens. Ni réagir à quoi que ce soit. Je peine à reconnaitre le même homme qui voulait tant parler, au prix d’efforts surhumains le 21 octobre. L’a-t-ont intimidé depuis ? Est-il plus mal que le 21 octobre ? A-t-il vraiment accès en vidéo à ce qui se passe dans la salle d’audience ? Nous aimerions que le tribunal nous en fournisse la preuve. Il n’est en effet pas interdit d’interagir avec la cour. J’ai vu des détenus polonais saluer et remercier leurs avocats et leurs interprète et même dérouler des éléments de leur propre défense en complément des avocats, dans cette même salle lors des audiences du 11 et 18 octobre.

La juge Baraitser lui signifie qu’il est présent ici parce que les 28 jours de détention légale se sont écoulés. Ce n’est pas elle qui va lui rappeler que la détention est provisoire, qu’elle doit être réexaminée et que c’est donc l’occasion de faire valoir de nouveaux arguments pour une demande de libération. Ceci est le rôle de l’avocate et la juge se tourne vers Gareth Peirce pour lui demander si elle a une requête à déposer. La défenseuse de Julian Assange se lève et d’une voix fatiguée explique qu’ils travaillent très dur sur ce dossier (Julian Assange assiste à ces mots sans un geste, son visage garde l’expression absente, triste et résignée du début de l’audience) mais qu’il est impossible de préparer une défense sans un ordinateur approprié auquel son client n’a pas accès à Belmarsh. Les phrases qui suivent ont toutes traits à cette demande d’ordinateur. L’avocate n’évoque ni une demande de libération, même sous caution, ni l’état de santé de son client. Il est pourtant visible pour le public que c’est l’état de santé préoccupant de Julian Assange qui l’empêche d’être efficace pour se défendre. Là encore il m’apparait surréaliste de voir des avocats déplorer les conséquences de la mise à l’isolement illégale que Julian Assange subit sans s’indigner de cette torture psychologique tant de fois dénoncée et surtout sans mettre en œuvre rapidement tous les outils possibles pour y mettre fin. Nous avons compris depuis que nos nombreux courriers ne lui sont pas distribués alors que la prison les a réceptionné en recommandé.

Le discours de Madame Peirce est prononcé d’une voix douce. Vanessa Baraitser lui sourit et répond tranquillement que les ordinateurs en prison ne sont pas de son ressort et qu’elle ferait mieux de s’adresser à l’autorité compétente. Je ressens l’humiliation de cette scène troublante: une jeune juge regarde de haut une ténor du barreau  de 79 ans, une personne considérée comme LA figure de la gauche anglaise dans le domaine du droit, en lui signifiant qu’elle se trompe de procédure ! Si j’étais Anglaise, j’en serais mortifiée. En tant qu’Européenne de gauche, je suis très inquiète de la tournure que prend le procès de Julian Assange car ses conséquences nous concernerons tous. Mais ici dans l’assistance, tout le monde a l’air de s’en moquer. Baraitser se tourne vers l’image sur la vidéo et lui annonce deux dates : 13 décembre comparution en vidéo pour prolongation de la détention et 19 décembre l’important « case management hearing » avec comparution physique. Elle ne demande pas au prisonnier s’il a compris et ne prend pas la peine de lui donner la parole, contrairement au 21 octobre ou elle était sous le feu des projecteurs du public. L’huissière annonce son départ et pendant que nous nous levons le système vidéo fait disparaitre l’image de Julian Assange.

Nous restons dans le couloir désemparés, essayant d’évacuer les émotions violentes subies. La plupart des « dix » de la salle sortent du tribunal rejoindre les manifestants et répondre aux journalistes. John Shipton s’entretient dans un coin du avec Gareth Peirce puis quitte les lieux précédé par Anu Schukla qui pousse les gens pour lui assurer un passage sans avoir à côtoyer la foule, comme s’il était au moins ministre. Deux femmes qui étaient présentes le 21 octobre viennent me dire leur étonnement et leur colère devant le comportement passif de l’avocate de Julian Assange. Les révélations sur les conflits d’intérêts de Mark Summers défendant les intérêts américains dans le cas Browder-Magnitsky[2] ne leur ont pas échappé. Même s’il est légal dans le système britannique de défendre au sein d’un même cabinet juridique les intérêts de l’accusateur aussi bien que de l’accusé, pour ces militantes de gauche le doute sur l’intégrité de la défense est jeté. Et encore nous n’avions pas encore pris connaissance de la nouvelle de la collaboration de Gareth Peirce avec Rand Paul, sénateur libertarien plutôt anti- lanceurs d’alerte…[3] Nous avons enfin compris que le silence public des avocats depuis des mois signifiait l’application de la « stratégie de la connivence »[4], reportant toute la force de la réponse sur les jours des audiences fatidiques du mois de février. Mais si cette stratégie échoue, alors que le public sera banni du tribunal, situé à l’intérieur de la prison et dont l’espace réservé aux « proches » comporte encore moins places? Les avocats pourrons dire, et ceux qui soutiennent mordicus cette stratégie du silence : « Dommage, la prochaine fois on fera mieux ». Sauf qu’il n’y aura pas d’un deuxième Julian Assange. Le seul Julian Assange qui existe sera mort à Guantanamo ou dans un hôpital psychiatrique d’une prison états-unienne.

Quelle énergie faut-il pour briser ses murs de violence, d’indifférence et d’incompréhension ?


[1] https://www.dailymaverivck.co.za/article/2019-11-15-conflicts-of-interest-judge-in-julian-assange-case-fails-to-declare-sons-links-to-uk-and-us-intelligence/amp/?__twitter_impression=true

[2] https://blogs.mediapart.fr/edition/liberez-assange-ethiques-et-medias/article/201119/avocats-d-assange-le-scandale-des-conflits-d-interets-se-repand-j

[3] op. cit.

[4] https://www.initiative-communiste.fr/articles/international/julian-assange-blanchi-mais-embastille-et-menace-a-besoin-detre-defendu/

Comment traverser les Murs – de la « Dark place » à une rencontre incroyable: Le procès de Julian Assange le 21 octobre 2019

Monika Karbowska

https://www.linkedin.com/pulse/situation-report-1-political-prisoner-julian-assange-v%C3%A9ronique/

Julian Assange SOS | LinkedIn

Lettre reçue par une militante de Wikijustice le 17 août 2019 en réponse à ses courriers à Julian Assange
SOS écrit au dos de la lettre

Adresse Belmarsh et numéro de prisonnier de Julian Assange

Lorsqu’en mai 2019 j’ai commencé à m’occuper de « l’affaire Assange » j’avais l’intention de démonter la cabale embrouillée des accusations suédoises montées contre lui. Mon but était surtout de nettoyer « mon » milieu féministe qui à mon sens se laissait manipuler par des organisations douteuses et se fourvoyait dans des chasse à l’homme aussi médiatiques qu’illégales. Puis vint un long d’un été au cours duquel l’homme Julian Assange avait tellement disparu de la circulation qu’on se demandait s’il n’était pas une chimère, un fantôme ou… une invention.

Cependant, ayant rejoint le comité Wikijustice issu du mouvement des Gilets Jaunes, j’ai pu poser auprès des camarades du comité des doutes qui m’habitaient depuis toujours sur l’incohérence du dossier. Les invraisemblances de la mission diplomatique équatorienne, signalées dans un précédent article, mes doutes sur la stratégie des avocats. Evidemment, ma propre expérience de la répression m’incitait à un examen critique. Puis on a travaillé sur la « matière humaine » – la personnalité de Julian Assange, son histoire, sa famille, ses relations… C’est ainsi qu’est apparue sous nos yeux une situation de plus en plus difficile, une solitude terrible, un isolement humain qui nous a fait craindre le pire : que « l’affaire Assange » ne soit un des plus grands scandales de l’Europe Occidentale actuelle, une « extraordinary rendition » organisée minutieusement sur 10 ans, visant à isoler, à diffamer, puis à enfermer un humain dans une captivité aussi ubuesque qu’illégale, pour finir par le détruire psychiquement et physiquement….Puis le capturer, le détenir dans un « trou noir » (qu’importe qu’il s’appelle Belmarsh ou ici vous pouvez mettre le nom d’une des nombreuses bases secrètes et non secrète des Etats Unis en Europe). Au final l’homme-épave sera jugé en son absence, mollement défendu par des personnes à peine convaincues de son innocence, puis extradé vers Guantanamo (« parce qu’on ne peut rien faire, n’est-ce pas » -vieille antienne que le système nous ressert à toutes les sauces et à toutes les occasions) pour y devenir, comme l’a cyniquement annoncé un vice-président de Stratfor « une excellente épouse en prison », c’est-à-dire un corps violé utilisé comme esclave sexuel.

Julian Assange en 2012 au mouvement Occupy London

Ayant démonté l’implacable machine, nous avons décidé de la gripper et c’est ainsi que je me suis déplacée à Londres pour assister à toutes les quatre audiences d’extradition de la Westminster Magistrate Court du 20 septembre au 21 octobre dernier. Au passage j’ai beaucoup appris sur les compagnons d’infortune et de circonstance de Julian Assange – les extradés polonais et autres est-européens, jugés en leur absence, sans avocats et sans interprète, souvent sans comprendre ce qui se passe sous le regard résigné de leurs familles muettes dans le public. La vie du prolétariat est-européen émigré en Grande Bretagne défilait sous mes yeux alors que j’attendais que l’administration britannique appelle le prisonnier Julian Assange à la barre. A force de protester contre les nombreuses violations de droits, les lettres qui n’arrivent jamais, les colis non livrés, les protestations auprès de l’administration pénitentiaire sans réponses, nous avons enfin obtenu l’inespéré : la « justice » britannique a été obligée de présenter l’homme Assange physiquement. De prouver qu’il n’a pas encore été assassiné à force de tortures. Car elle en a la responsabilité pénale, l’administration britannique, puisqu’il est privé de liberté et enfermé dans ses prisons. La torture est un crime voyez-vous, et les assassinats extrajudiciaires aussi. On peut échapper aux molles remontrances d’un comité de l’ONU mais sur le long terme, la colère du peuple peut être terrible. Les Gilets Jaunes prenant d’assaut le fourgon policier transportant Julian Assange donne aux élites anglaises un avant -goût de ce que peut être la Révolution.

La fameuse Liberté française guidant le peuple – j’avais envoyé cette carte postale à la lettre que j’évais écrite à Julian Assange en juin 2019

Voilà donc que le 21 octobre 2019 au petit matin je me retrouve devant la Westminster Magistrate Court dans l’espoir que peut être les avocats de Julian Assange vont demander sa libération et que peut être, innocent qu’il est, sortira -t-il ce soir libre… Avec ma collègue de Wikijustice nous avions préparé de petits panneaux portés sur des tee-shirts avec de petits messages. Nous voulions les brandir devant le fourgon de la société privée qui devait l’amener au tribunal par une porte située dans une rue latérale. Mais nous avions déjà compris qu’il y aura plein de police, que cela serait interprété comme une tentative d’aide à l’évasion et risquait d’obérer nos chances d’entrer dans le tribunal.

Julian Assange en 2009 ou 2010

A 8h30 donc nous sommes encore dans le café sympa proche du tribunal qui est le fief des avocats, lorsque nous avons la surprise de croiser l’avocate de Julian Assange Gareth Peirce et son barrister Mark Summers. Le café est petit, nous ne pouvons éviter de la voir instruire son collaborateur au sujet des arguments qu’il va dérouler pour défendre Julian Assange dans moins d’une heure. Dans ce lieu public accessible à tous je vois le document A4 de 5 à 10 pages stabiloté de jaune. Je ne peux m’empêcher de penser à ce pauvre Julian Assange terrorisé à l’idée d’être suivi par les services secrets américains, incapable de faire confiance à des gens inconnus au point de ne se fier que toujours au même cercle depuis 10 ans, même si le cercle en question s’avère nocif. Je n’utilise pas de caméra cachée, j’agis à visage découvert en tant que militante, mais dans un lieu pareil, le boulevard est ouvert à toutes les oreilles qui trainent par la…

Julian Assange en 2013, ou 2014 ou 2015

Lorsque nous arrivons devant le tribunal, surprise, environ 50 personnes font déjà la queue pour rentrer. D’autres préparent panneaux, banderoles et pancartes à l’effigie de Julian Assange. C’est sympathique jusqu’à ce que je comprenne que l’organisation en commando sert à permettre aux « personnalités » de l’affaire, arrivées en retard, à se retrouver en reines de la resquille tout en haut de la file devant les autres et donc devant nous au risque de nous empêcher de rentrer au tribunal et d’assister à l’audience. Ainsi, Kristinn Krafnsonn et Craig Murray arrivent bien après moi mais une militante cède sa place et ils se retrouvent, sans même la remercier, tout près de la porte. Il en sera de même dans la salle d’audience. La militante qui se fait appeler « Greekemmy » sur les réseaux sociaux régente un groupe de femmes « petites mains » qui occupent les sièges mais cèdent leur place au gré de l’arrivée « d’hommes importants » comme Pilger, Livingstone, Vaughan Smith puis même Juan Branco et Maxime Nicolle bien plus tard. Il suffit que Greekemmy crie « substitution » et immédiatement une femme se lève et donne sa place. Je ne trouve pas ce procédé honnête et il est illégal. Tout le monde a le droit de venir assister à une audience publique et une personne lambda ne peut pas s’arroger le droit de décider qui peut rentrer dans un tribunal et qui non. Même en Pologne on n’accepterait pas cela. D’autant plus que Greekemmy fait pire : lorsqu’elle aperçoit dans le couloir du tribunal ou dans la salle d’audience une personne qu’elle ne connait pas, d’autorité elle exige de connaitre son nom et ses coordonnées comme si elle était la police en personne. Or, il est illégal de stocker les données privées de personnes rencontrées dans un lieu public en se faisant passer pour une autorité compétente. Encore une des nombreuses bizarreries du dossier Assange qui a des conséquences, puisque les citoyens sont ainsi découragé d’assister aux audiences ou il est jugé…

Craig Murra et Kristinn Harfnson et la militante qui lui a chauffé la place
Gilets Jaunes devant la Westminster Court

D’ailleurs, une femme passe devant la file d’attente nous susurrant que très peu de personnes pourront assister, la salle numéro 3 est très petite, il n’y a que 13 places pour le public. C’est vrai, je le sais, mais je persévère. Nous passons les portiques de sécurité en compagnie des familles des autres accusés polonais et roumains du jour. Surprise, l’audience a lieu dans la salle 1, plus grande ! Nous fonçons au premier étage. Il y a certes plus de place, mais 40 personnes attendent déjà. Greekemmy négocie avec les agents de sécurité que ses protégés passe avant les autres personnes en attente. Parmi les « protégés » je distingue Jennifer Robinson, l’ancienne médiatique avocate d’Assange, mais il n’y ni Christine Hawkins ni John Shipton. Greekemmy ne peut donc se prévaloir face aux huissiers que son groupe serait la « famille » de Julian Assange. A ce stade nous sommes tous à égalité, des citoyens qui venons assister à un procès public. Les hussiers laissent passer une vingtaine de journalistes qui ont montré leur carte de presse au secrétariat. La foule commence à pousser sur la porte et Greekemmy n’est pas en reste, me poussant et me tirant et me criant que je ne suis « pas enregistrée sur la liste ». Je lui réponds en Grec, qu’il n’y a pas de liste, que le procès est public et que tout le monde a le droit de rentrer. Elle me menace et laisse entendre que je serais une espionne… Je lui réponds qu’elle n’a qu’à demander à mes amis politiques grecs qui je suis, je suis connue en Grèce, oui… Mais pendant que ses copines grecques me cherchent noise et que la tension monte avec la chaleur dans la foule massée sous la porte, les « personnalités » pour lesquelles ma contradictrice travaille ne font même pas attention à elle : ils et elles la méprisent tellement qu’ils se parlent entre eux contents de se retrouver.

A un moment donné les agents de sécurité réclament le calme et commencent par faire rentrer le public au compte-goutte. Je me retrouve dans une petite pièce derrière une vitre, comme dans la salle 3 mais plus grande. Je m’assied au milieu dans la seconde rangée et je ne bouge plus, quoi qu’il m’en coute. La salle est vite remplie et commence alors le manège des « substitutions » qui permet à Juan Branco de s’assoir entre John Pilger et Ken Livingstone à ma droite malgré son retard. Il a quand même essayé de prendre place dans la salle d’audience parmi les journalistes, mais les huissiers le font sortir car il n’a pas de carte de presse et n’est pas avocat inscrit au barreau anglais. Ils lui demandent aussi de faire fouiller son sac par la sécurité qu’il a aussi visiblement réussi à éviter. Un peu rouge, le jeune Français médiatique obtempère. Maxime Nicolle arrivera vers la fin de l’audience, selon le même procédé une militante se lèvera pour lui céder la place, il sera assis à coté de son ami.

Il fait chaud, on est serrés et immobiles, nous avons soif car on n’a pas le droit d’avoir une bouteille d’eau. Le temps passe, tout le monde a pris place dans la salle mais l’audience ne démarre pas. Je vois Gareth Peirce et Mark Summers arrivés après leur séance au café, derrière son assistante et un autre homme qui s’avérera être Alistar Lyon, proche collaborateur de Peirce. Je distingue aussi Clair Dobbin, la request barrister des Américains et une autre de ses collaboratrices. Je comprends maintenant que l’accusation, le procureur est assis devant le juge avec à sa gauche les avocats de la défense et à sa droite ceux de l’accusation. Le greffier, un homme âgé, prend place derrière le bureau sous l’estrade du juge. Il restera remarquablement discret, laissant la jeune et accorte juge Baraitser mener la barque de ce show politique. Les nombreux journalistes sont assis en rang d’oignon au fond de la salle, c’est à dire sous la vitre séparant le public du personnel juridique. Mais qui sont donc ces messieurs, trois jeunes et grands aux costumes bien taillés, aux sourires éclatants et un autre un peu plus âgé ? Ils mettent à profit notre interminable attente pour se concerter, ensemble, avec Clair Dobbin et sa collègue, puis avec le procureur… Ils se placent de manière à ne pas être entendus des journalistes. Le messages est clair. C’est les pontes de l’accusation. Des Américains ? Interrogés, ils refuseront de donner leur nom à la sortie de l’audience.  Ils sortiront contents d’eux et souriant. J’ai vite compris que le retard de l’audience est destiné à leur permettre d’avoir le temps de se concerter avec la partie anglaise. Dans ce dossier, il n’y a jamais de hasard.

Les agents de sécurité puis la juge Baraitser elle-même nous mettent en garde : au moindre mouvement de perturbation nous serons virés et la séances suspendue. Il n’est donc évidemment pas question de montrer nos panneaux. Puis, un ange passe, cela va très vite. L’audience commence. Julian Assange arrive dans l’espace des accusés derrière la vitre, perpendiculaire à notre espace. Il s’assied au fond. Il est debout quand nous nous levons lorsqu’apparait la juge. L’émotion saisit tout le monde. Il est là… Il lève son poing gauche serré et se tourne vers nous. Nous répondons à son salut révolutionnaire et levons le poing. C’est tout ce que nous avons le droit de faire. L’agent de sécurité qui nous scrute en permanence nous fait signe que c’est fini. Le show commence.

Julian Assane pris en photo après que les Gilet Jaunes eurent réussi à stopper le fourgon quelques secondes. La photo correspond à l’homme que j’ai vu dans le tribunal salle 1

Julian Assange est grand et vouté, mais il ne parait pas si maigre vue de loin -on est à 30 mètres, derrière 2 vitres et on ne le voit que jusqu’à la taille car le bas du box est opaque. Ce n’est que lorsqu’il se lève et que sa veste se soulève qu’on voit qu’il est amaigri.  Il porte un pull bleu ciel neuf, une chemise blanche avec le col rentré dans le pull, une veste bleue marine et un pantalon gris. Il est rasé et cette fois on voit bien son visage. Ses cheveux blancs sont coupés selon le style qu’il affectionnait quand il était plus jeune, en 2007-2009, sans frange et coiffés vers l’arrière. Pendant les 45 minutes de l’audience il regarde devant lui – la juge, les avocats et l’accusation, donc moi qui suis assise au milieu de la salle du public juste dans l’axe de la juge, j’ai une excellente vue sur son profil côté droit. Je suis bien obligé de le dire, il a l’air très triste, très abattu. Il a l’air d’être le même homme qu’en 2010 mais comme s’il avait 60 ans et pas 48. Bien sûr il a perdu son air innocent des années de liberté, son sourire et son humour. Bien sûr, c’était déjà ainsi pendant sa captivité chez les Equatoriens, mais je crois que c’est encore plus fort. Pas un seul petit sourire pendant 45 minutes, même esquissé. De plus il ne regarde jamais vers l’endroit ou se trouvent ses « proches », les personnalités. JAMAIS il ne les salue ou il ne leur fait un signe de tête ou un sourire. JAMAIS. Il ne salut pas d’ailleurs ni Gareth Peirce ni Mark Summers. Il ne leur fait AUCUN signe.

Assange flashé par les photographes de Russia Today dans le fourgon

Je vois bien son visage. Il a le menton rond, rentré vers l’arrière, comme s’il serrait les dents en permanence. Cela fait ressortir son nez droit, comme sur les photo de 2010-11. Il a des yeux gris bleus foncés et  un regard qu’on remarque. Je dois vous dire que malgré son abattement il a une présence physique impressionnante, un côté solide malgré tout, il affronte. Quand il se lève, se rapproche de la vitre pour demander à parler aux avocats, il garde les gestes gracieux qu’il a naturellement, il y  un coté doux et fort chez lui. Il a un dossier de papiers à la main mais ne les consulte pas. A un moment donné il sort des lunettes de sa poche de veste, puis les remet dans la poche. Nous ne savons pas hélas ce qu’il peut voir. Pendant la première partie du procès il gardera cependant la même attitude de retrait que sur la video du 11 octobre: il se balance doucement d’avant en arrière, parait absent, met ses mains sous les aisselles sous les pans de sa veste et sa jambe gauche sur son genou droit. Mais plus tard il va changer d’attitude et je verrai ses mains, qui sont longues et fines comme sur les photos d’avant la captivité en 2011.

Je remarque la femme black qui est entrée dans le box avec lui et qui le regarde, assise 4 sièges derrière lui. Elle le regarde avec bienveillance et une espèce de douceur comme une infirmière son malade. Je réalise seulement plus tard que c’est une gardienne – une policière ou une agent de sécurité de l’entreprise chargée de surveiller les détenus. Cela montre qu’ils ne peuvent pas le garder à Belmarsh car les gardiens eux-mêmes comprennent qu’il n’a rien à faire la, et qu’il n’est pas un détenu dangereux. Il n’y a qu’à comparer avec M. K., le détenu polonais condamné pour braquage dont j’avais vu le cas le 18 octobre dernier. Je sentais de la compassion pour ce compatriote de mon âge issu certainement de la classe ouvrière qui a tant perdu dans le capitalisme, une vie passée entre prison et braquage est un désastre total. Mais M. K. est un homme violent et dur, cela se voit et cela m’étonnerait qu’on laisserait cette femme seule le garder dans le box quand il comparait physiquement au tribunal! Julian Assange a l’air plus que jamais d’une souris égarée dans un nid de crotales.

Derrière moi sont assis les membres de la famille du migrant suivant qui va être jugé après. Ils discutent entre eux, ne paraissent pas très contents. L’huissière les sort pour leur dire que leur proche sera jugé bien plus tard, après le procès politique. Deux chaises se libèrent; ce qui permet à deux femmes petites mains de Greekemmy chassées par l’arrivée de Pilger et Branco de revenir assister à l’audience.

La gardienne regardera son téléphone toute la durée de l’audience, à la moitié un autre gardien black arrivera et sera assis loin de Julian. L’attitude de ces gardiens me fait penser, étant donné qu’ils sont les sont les premiers au courant de son état psychique, que la « dark place » est peut-être une unité psychiatrique dans Belmarsh ou quelque part sur une base.

L’audience commence. Je vous livre ce que j’ai compris mais il n’est pas facile de saisir la totalité de ce qui est dit, car juge, accusation et avocats se répondent mutuellement entre eux dans une justice rendue au nom du Roi et non du peuple dans laquelle le peuple n’est que toléré. La juge Baraister demande à Julian Assange de se présenter. Il se lève mais a du mal à dire son propre nom… Il trébuche sur les mots, finit par dire « Julian Assange » mais doit essayer plusieurs fois avant de prononcer sa date de naissance. On l’entend très mal, mais c’est bien sa voix, sa façon très particulière de parler qui fait j’ai toujours compris, alors que je ne suis pas anglophone, la totalité de ses conférences et entretiens fleuves données en 2010 et toujours accessibles sur internet.

La juge Baraister parle de la progression du « case », de la procédure et du calendrier qui a été fixé à la fin de juillet. Elle cite souvent une audience du 31 juillet, une audience dont le public et nous- même n’étions pas au courant alors qu’au coeur de l’été avocats et « proches » de Julian Assange étaient partis et nous nous inquiétions tant de l’absence de la moindre nouvelle. Ce qui veut dire que les audiences dites « techniques » peuvent être primordiales…. La juge déclare enfin qu’une « plainte des Etats Unis a mené à la formulation d’une requête d’extradition auprès du gouvernement britannique ». Dès que la voie diplomatique est citée, il apparait enfin que la procédure utilisée est la convention bilatérale d’extradition. C’est certes une procédure qui s’appliquera, Brexit ou pas Brexit, mais il faudra que les « preuves » soient examinées. Concrètement dans ces procédures bilatérales les juges doivent examiner les preuves et il n’est nullement automatique de devoir obéir à la requête de l’Etat étranger, puisque contrairement au Mandat d’Arrêt Européen, l’Etat receveur de la requête garde sa souveraineté. Baraister donne parole au procureur britannique Lewis qui globalement gardera la parole les trois quart du temps. Un petit quart sera donné à Summers. Le procureur est assis en face de la juge entre Summers et Peirce et Clair Dobbin. Au début il présente donc la plainte des Etats Unis menant à une requête d’extradition faite à la Grande Bretagne. Selon lui le « peuple des Etats Unis » se serait senti offensé par le fait que Julian Assange ait publié les télégrammes diplomatiques secrets américains. 19 000, 400 000; les chiffres des publications de Wikileaks en 2010 défilent. L’offense serait constituée par le fait que les publications aurait délibérément dévoilé le noms de gens qui de ce fait auraient été torturés et mis à mort.

C’est le même argument qu’en 2010 et on sait qu’il est faux. Le gouvernement des Etats-Unis de l’époque l’avait admis. Mais que peuvent ils inventer d’autre?  Rien. Il faut qu’ils justifient « l’offense faite au peuple américain » alors même que leur requête viole leurs propres lois. Il s’en suit un dialogue entre procureur et juge à propos du calendrier. Des dates sont énumérées : le 2 mai l’arrestation, le 14 juin – « l’extradition adress »,  puis le 31 juillet « case management » (audience de gestion), puis l’instruction de la plainte et une date importante pour la défense –le 18 octobre. Oui, le 18 octobre il s’est passé quelque chose d’important entre les avocats et la juge. Mais j’étais présente salle numéro 3 aux audiences d’extradition et je n’y ai vu que les extradés est-européens. Julien Assange n’a pas comparu. Il est possible que c’était la date limite du dépôt des preuves de la défense, et cela a été réglé entre avocat et juge via le dépôt des documents dans le dossier.Ce que je comprends est que l’accusation veut que les preuves des deux parties soient déposées en un mois, la défense veut avoir trois mois.

Liste des extradés à la Westminster Court. La photo étant interdite, celle du 21 octobre n’a pas pu être photographiée

La juge donne la parole à Mark Summers. Celui se lève et commence sa plaidoirie d’abord d’une voix forte, puis finit malheureusement par baisser le ton et la fin de son discours n’est plus audible du public. Il explique que ce procès a une haute importance politique et ses conséquences vont affecter tous les lanceurs d’alerte et les journalistes d’investigation. Il parle de liberté d’expression d’une belle façon mais je ne sais pas si son éloquence apporte quelque chose de nouveau. Il évoque les « spanish contractors », l’entreprise de sécurité privée qui a espionné Julian Assange dans les locaux de l’Equateur et le procès qui est en cours pour obtenir ces enregistrements afin de demander un délai supplémentaire pour les preuves. (Je suis toujours irritée quand les avocats s’indignent que leur relation avec Julian Assange ait pu être espionnée mais jamais ils ne parlent que sa vie privée à lui a été violée, que son intimité a été exposée… il y a t -il un procès en cours contre ça ?) Il parle de Chelsea Manning et des contacts nécessaires avec les avocats américains. Il veut avoir 3 ou 4 mois de plus, mais il ne cite qu’une date, le 18 décembre, aucune en février, mars ou avril… Or si le juge ne lui accorde que deux mois pour déposer les preuves de la défense, le reste du timing se déroulera comme il était prévu par l’accusation et le « full extradition hearing » aura bien lieu en février 2020.

La juge reformule à voix haute :  » application for more time for evidence » – requête pour plus de temps pour déposer les preuves. Julian Assange assiste à cela le regard vide. Il semble mal à l’aise, absent. Puis il s’anime quand la juge propose une pause pour qu’il puisse parler à sa défense. Mark Summers a effectivement évoqué la difficulté de communiquer avec Julian Assange en prison. Mais pour autant il ne fait pas demande de libération, ou un changement de prison pour Wandsworth (comme je sais désormais par mes avocats polonais qu’il est possible et souhaitable de faire) ou un changement de régime carcéral. On comprend vite que dans ce théâtre un avocat en vue fait carrière, il ne va pas risquer de demander des choses qui vont être refusés. Donc il ne demande rien. C’est là où on s’aperçoit que Julian Assange aurait peut-être été mieux défendu par des avocats moins connus qui n’ont pas à perdre une réputation ou une carrière.

Alors la pause a lieu. La juge part, on se lève. Alors, le petit monde de Greekemmy ne s’occupe plus que de lui : les uns vont boire, d’autres aux toilettes, ils se parlent; sortent faire leur communication avec les journalistes. Peu de gens restent pour Julian. Moi évidement je reste. Je le regarde, je lui souris, j’essaye de lui transmettre notre message mentalement, de faire comme si les murs et les vitres n’existaient pas et que je pouvais lui transmettre mes paroles par la pensée, par les yeux. Je le vois toujours assis s’approcher de la vitre. Il parle d’abord à Summers et Peirce, puis à Alistar Lyon, le collaborateur de Peirce. Lyon ne va pas s’exprimer aujourd’hui. Donc si Julian lui parle, c’est pour préparer la suite.

Julian Assange en 2010

Quand Lyon se penche vers Julian pour lui parler, Julian est tourné vers le public. Alors je vois qu’il me voit. Je vois bien ses yeux et j’établis un contact visuel. Mais il reste triste et concentré.C’est fini, la juge revient. La bataille des dates continue. Le procureur réclame un mois : « it is very easy to say more time »‘. Summers demande plus de temps, mais il est toujours question du 18 décembre, deux mois après le 18 octobre. La juge dit qu’il faut une négociation. Julian semble s’animer et écouter, il se rapproche de la vitre. Mais il ne regarde toujours pas le public. Les protagonistes du « management », de la « gestion du cas » sortent chacun leur agenda comme dans une rencontre commerciale. Si le dépôt des preuves de la défense sera le 18 décembre, le 18 janvier la date limite des preuves de l’accusation, le 1 février on liste les documents de la défense, le 18 février c’est le « prosecution hearing »  (l’audience d’accusation) et puis du 21 au 24 février aura lieu le « full extradition hearing » (l’audience finale d’extradition).

Gilets Jaunes devant le High Governorate de l’Australie

C’est ce qui est décidé. La juge repousse les demandes, que je trouve assez flous, de Mark Summers. Elle arrête ce calendrier. Elle se tourne vers Julian pour lui signifier sa décision. Elle lui dit qu’il restera en détention et qu’il doit comparaitre tous les 28 jours en video. La première date de comparution pour prolongation de détention sera le 18 novembre. Elle se garde évidemment de dire que ces dates sont aussi des occasions pour la défense de formuler des requête de remise en liberté, sous caution, pour raisons de santé ou raisons familiale. C’est pourtant légalement possible et cette bataille est le quotidien des avocats polonais que j’ai vu lutter dans ces salles pour sortir leur client du centre de rétention. Mais Baraitser ne risque pas d’être ennuyée par l’examen des demandes de libération formulées par Summers ou Peirce : elle sait qu’il n’y en aura pas. Elle continue tranquillement à citer le 19 décembre en video pour le « case management hearing », puis le 18 janvier (les 28 jours écoulés), le 1 février, le 18 février, puis le final du 21 au 24 février. La fin aura lieu au tribunal de Belmarsh. Un murmure d’horreur parcourt alors la partie de la salle dévouée à Greekemmy. On comprend et pour le coup on se sent proche de Greekemmy…

Alors la juge Baraitser permet à Julian Assange de prendre la parole. Et c’est là que le terrible, l’extraordinaire se produit. Il se lève, essaye de parler. Il n’arrive pas à prononcer des phrases entières, elles sont hâchées, il parle bas, il béguaye. On voit qu’il est dans un sale état. Nous sommes tous suspendus à ses lèvres en tentant de comprendre ce qu’il dit. Pour la première fois, on se sent uni avec tous ces gens hostiles… Il est au bord des larmes, pleure je crois, comme sur le balcon en mai 2017. Tout d’abord Baraitser, tel un bourreau froid, lui demande s’il a compris. Il répond que non ! Elle lui dit de demander à ses avocats, comme si un homme qui n’est pas en état de comprendre devait être dépendant des autres, plutôt qu’on le libère pour reprendre des forces et se battre lui-même pour son sort. Mais Julian Assange ne se laisse pas remettre dans la case de la passivité. Il lutte. Il dit que ce n’est pas fair, que la puissance avait 10 ans pour préparer ce procès… Il évoque qu’il n’a pas ses documents… Dans les deux dernières phrases, les plus terribles, je distingue « interior life » et « ‘children »… Mais je ne comprends rien d’autre. C’est horrible. Même les Anglais ne comprennent rien. J’interroge mon voisin, il n’a pas entendu mieux que moi. (C’est par la suite que nous aurons la transcription de ses paroles, minutieusement notées et surement recoupées par le journaliste du Guardian. C’était possible pour les journalistes de mieux entendre que nous, puisqu’ils se trouvaient à 10 mètres de lui derrière une vitre, nous à 30 et derrières deux vitres…-) – « Ils sont entrés dans ma vie intérieur avec les psychologues. Ils ont volé l’ADN de mes enfants ». Quoi que ces mots veuillent dire, ils parlent de la torture que cet homme a subi et dont il nous avertit. La torture est un crime, que tout le monde se rappelle…

C’est fini. La juge part, Julian est parti, j’avais baissé la tête et j’ai loupé le moment. Les agents de sécurité nous chassent et font sortir les judiciaires par la suite. Je passe mon temps à pister les Américains de l’accusation pour leur demander leur nom puis à tenter de parler à Alistar Lyon. Clair Dobbin me salue en me reconnaissant. Dehors les autres font leur com alors que les Gilets Jaunes pourchassent le fourgon de police privée qui emmène Julian. Il n’est plus seul, je suis sure qu’il l’a compris. Il nous a vu et il a entendu le peuple qui vient pour le libérer…

Alors je suis intriguée car je remarque Hrafnsonn, Pilger et Lockhart Smith sortir d’une « consultation room 4 », salle normalement fermée car réservé aux avocats. Ils ont l’air contents d’eux. Par la vitre de cette salle je vois aussi Juan Branco en conversation avec Renata Avila responsable dans l’organisation Open Democracy financée par Goerges Soros et responsable politique dans le mouvement de Yanis Varoufakis Diem 25 !  Je suis étonnée qu’un tribunal britannique aussi à cheval sur les règles permette à des mouvements politiques et des personnes privées d’utiliser ses salles pour des réunions.Car c’est confirmé, ces salles sont réservées aux avocats et à leurs clients, certainement pour éviter les séances de travail dehors telle ce matin ma rencontre impromptue avec Gareth Peirce et Mark Summers au café du coin.Dans cette affaire, le « client » est Julian Assange, il est adulte et n’est pas sous curatelle (à moins que ?) et donc personne ne doit le représenter auprès de ses avocats, qui sont respectivement sollicitor Gareth Peirce et barrister Mark Summers. Tous les autres ont les mêmes droits que le public, que moi et ne devraient pas avoir d’accès privilégié à ces lieux.

Nous retrouvons nos amis dehors alors que les caméras s’activent autour de la foule. Les Gilets Jaunes font la Révolution à Londres. La lutte continue.

Julian Assange versus Anna Ardin in August 2010 – being raped rather than being the rapist

Julian Assange on August 14, 2010 at the Conference in the House of Trade Unions in Stockholm. On his right Peter Weiderud, president of the Christian Brotherhood within the Social Democratic Party, organizer of the meeting. On the far right, Anna Ardin, then spokesperson for the organization and Weiderud’s assistant.

Monika Karbowska

Julian Assange on this conference 14 August 2010 in Sweden

This was the first text I wrote about Julian Assange in August 2019. I didn’t know much about the case yet. I just wanted to unravel the case of the rape charges and to understand why my former feminist colleagues in the Feminist Party participated in the witch hunt. Reading Julian Assange’s legal file as published on the internet, I discovered some surprising facts.

Julian Assange in the offices of the Aftonbladet newspaper on August 13, 2010 before the conference on August 14.

August 2019. This article is the first one in a series of analyses of the Swedish legal case against Julian Assange. I feel the necessity to publish my analysis because I’ve never believed in Julian Assange’s guilt, whose legal file from the very start was an accumulation of unbelievable manipulations by the Swedish Department of Justice. These manipulations will be outlined in another article, mainly the collusion between the main complainant, Anna Ardin, and Irmeli Krans, the police officer who noted down the accusation of the two complainants – Ardin and Krans being not only close friends, but also eligible members of the same political party. This fact should have been enough reason to immediately drop the case due to procedural error, and even an appointed lawyer could have come to this conclusion.

The Conference of the 14 August 2010 in Stockholm

I’m writing this article in order to shine a light on some elements of this case which have been rarely published and, even less so, analyzed. My starting point will therefore not be the accusation, but the defense – being accused of rape by Anna Ardin and having had to learn this through an article published in a Swedish tabloid on August 20, 2010, Julian Assange immediately responds to the subpoena issued by the Swedish police. During his interview with the police om August 30, 2010, Assange gives them his version of what had happened. The summary of his deposition has rarely been published and hardly ever been analyzed. Yet this is one of the rare accounts which have been produced spontaneously and without preparation. That’s why, in my view, this dialogue contains the most authentic elements about the whole “affair”, an affair which has cost this man almost a decade of solitary confinement, an imprisonment in a maximum-security prison at present and soon the certainty of extradition or the secret American torture prisons. Shining a light on the darkness of this “affair” is the only way to set free the political prisoner on European soil he has become.

Anna Ardin – picture from her Facebook

A second article will analyze the defense of Julian Assange against the accusations of Sofia Wilem, but given the fact that this defense dates from 2016 and has been mainly redacted under the influence of lawyers who have lost all of his cases, like Jenny Robinson, it’s less important than the deposition dating from August 30, 2010, against Anna Ardin.

Julian Assange wears on August 14, 2010 a wedding ring on his ring finger of the left hand. Who is he married to in Sweden?

What’s most striking when reading this document, is that Julian Assange seems so flabbergasted that he fails to defend himself. Initially he believes it is all a misunderstanding, he simply cannot believe that the person with whom he has been sharing the bed, their intimacy and apartment for an entire week, is now accusing him of rape.

The police officer kindly urges him to share the details of his emotional and sexual relationship with Anna Ardin in order to give his version of the facts and constitute his defense. His lawyer, Leif Silbersky, willingly encourages him to meticulously answer the questions so that not only the complainants version will be taken into account.

excerpt from the video of the conference

This is how we know that only one copulatory encounter has taken place, during their first night together which was August 13, and that this particular encounter has been experienced as rape by Anna Ardin. However the nights following this particular encounter have been filled with caresses much appreciated by her – she doesn’t accuse him of anything for those other nights… But Assange has not been able to give any more precise descriptions as the very vague “we’ve been mutually touching each other”. This small phrase isn’t strong enough to counterbalance the raw, harsh and realistic version given by the complainant about the events of that first night – her version being one of an Assange rushing on her directly upon their arrival at her apartment, tearing off her clothes and jewelry before clamping her on the bed. The complainant keeps silent about the caresses given to her by her lover during the entire rest of the week, which makes her narrative more than questionable.

After the conference (picture from a swedish site with original comments)

While Assange is unable to describe the caressing and hardly able to mention the two orgasms experienced by Ardin due to his caresses, this remains inaudible and thus the only remaining version – the complainant’s- is being imposed. Why doesn’t Julian Assange manage to talk, could it be out of shame? A shame that, apparently, is nowhere to be seen on the complainants’ side, who are spreading their complaint, providing it with extensive and very explicit sexual descriptions, almost to the extent of provoking arousal with the lecturer. Clearly, the shame here can only be detected on the side of the accused, which is an abnormality in classic cases of a woman being raped by a man.

Julian Assange after the conference of the 14 August 2010

The same happens with the central point of the accusation: the perforated or torn condom. Assange does not defend himself. He doesn’t remember who had taken the initiative to use a condom, nor does he remember who had put it on or even who had taken it off!

To almost every question he replies: I don’t remember. He is incapable of stating the hour the sexual encounter had taken place, or if there were more than one… The passivity, the  prostration as well as the abatement will cost him heavily because every charge is considered equally important as every discharge…Therefore, in absence of details which would underline a discharge, all that remains is the accusation.

To such an extent, that it worries his counsellor, who after the interrogation has come to an end, asks him if by any chance he has been intoxicated with drugs or made drunk. This is exactly the impression an outsider would have upon observation: if the alleged rapist displays such vagueness as well as loss of memory, would it not be possible that he is the one being abused, particularly with some kind of drug? The so-called “rape drug” can obviously functions both ways,  meaning its substances provoke the complete erasing of one’s memories of an event.

I’m heartbroken and deeply touched when I read Julian Assange’s answer to the question “ who initiated the sexual contact?” : “ Anna”.

“How did she do that?” Julian Assange’s answer: “she told me to sleep in her bed”. And she “added things that a lover is supposed to do in bed”. It is her who decides, not him. “After all, it is her apartment” – he says.

This image of passiveness and obedience is haunting me, as an outside viewer. The one who the United Stated as well as the mainstream media worldwide have accused and portrayed as a predator, is in fact a submissive, passive little boy. Given that Anna Ardin was also the person who let him use her address as a mandatory part of his residence permit request in the Schengen area, this adds to the completion of his vulnerability. A vulnerability towards the complainant that, logically speaking, should have incited his lawyer to question and doubt the accusation.

As to his lawyer, who has showed himself to be efficient and empathic, Leif Silbersky was sacked after a week. Who was advising Julian Assange then, and who suggested he’d break with Leif Silbersky? The answer to that question could put us on the track of those who have pushed Julian Assange in an indissoluble situation for over 10 years now, and who have had him lose ALL of his trials. Will they have him lose this final trial too, the one on which his life depends, the US extradition trial? If we, citizens who are concerned by injustice, fail to mobilize, this is exactly what “inevitably” will happen.

Julian Assange the 15 of August with Anna Ardin (left) and the heads of the Pirate Party
Signature of the cooperation with the Pirate Party the 15 of August 2010
Signature of the Cooperation Assange and Pirate Party the 15 of August 2010
Picture of Irmeli Krans, the police officer redacteur of the complain of Anna Ardin and Sofia Wilem against Assange and her friend from the Social Democrat Party Thomas Bodström, former Justice Minister and former Minister of Foreign Affairs, in 2010 associates of Claës Borgström, the lawyer of Anna Ardin and accuser of Assange

Documents available here :

https://nnn.se/nordic/assange/protocol.htm

http://www.nnn.se/nordic/assange/docs/protocol.pdf

http://www.nnn.se/nordic/assange/docs/memoria.pdf

Protocoll Julian Assange by swedish police , 30 August 2010, page 1
Idem page 2
idem page 3
Idem page 4
Idem page 5
idem page 6
idem page 7
idem page 8
Conférence in Stockholm 14. 08.2010 the Afghan War Diary – part 1
part 2
part 3
part 4
part 5
Anna Ardin today very happy with her life