Fin de partie romantique de l’affaire Julian Assange? 2ème partie

Objections, analyses et actions de Wikijustice – 2ème partie

Monika Karbowska

Incohérence du storytelling photos et vidéos

La photo du couple Morris/Assange publiée par le Daily Mail et reprise dans une version découpée par les comptes Twitter et Facebook actuels de Stella Morris ne lasse pas d’interroger les incohérences du récit journalistique. Le couple est ensemble depuis 2015. Ils sont pris en photo enlacés dans une rue d’une ville. Mais alors, en 2015, Julian Assange n’était-il pas confiné dans une pièce de l’ambassade de l’Equateur, interdit de sortir sous peine d’être emprisonné et extradé vers la Suède ? Pouvait-il arpenter tranquillement avec le sourire les boulevards de Londres avec Stella Morris ? On nous a donc bien menti.

Je n’aime pas pointer du doigt le physique des personnes et ceux qui lisent mes articles ne trouveront pas de critiques irréfléchies de ce type. Mais la composition de la photo publiée par le Daily Mail le 11 avril dernier [1]et reprise par Stella Morris sur son compte twitter et Facebook est tellement étrange qu’elle m’oblige à faire le commentaire suivant : un observateur attentif verra, en regardant le bas de la photo, que les jambes de Julian Assange sont coupées au niveau de ses mollets et celles de Stella Morris au niveau de ses pieds. Ayant vu les deux personnes en chair et en os plusieurs fois et sachant que Stella Morris est de très petite taille (moins d’1 mètre 55) et Julian Assange plutôt haut de taille (1 mètre 90), la différence de taille fait qu’il est impossible que la tête de Madame Morris accolée à Julian Assange lui arrive au menton, tout au plus peut-elle arriver à sa poitrine. C’est logique et cela saute aux yeux de tous ceux qui ont vu en vrai les deux protagonistes de l’histoire. Leur jambes ont été découpées sur la photo pour pouvoir « ajuster » les personnages et réduire leur dimorphisme. J’affirme donc que cette photo est truquée.

En revenant vers le storytelling de la même presse d’il y a quelques années, les incohérences sont encore plus flagrantes. Un article du Guardian du 15 mai 2018[2] décrit avec un luxe de détails la surveillance intrusive que Julian Assange aurait subie dans « l’ambassade » de 2016 à mars 2018. Les agents d’UC Global l’observaient des années durant par les caméras de surveillance d’un PC de sécurité installé dans un immeuble voisin. Ils contrôlaient les passeports de toutes les personnes entrant pour lui rendre visite et transmettaient leurs coordonnées d’abord à Rafaël Correa puis à Lénine Moreno. Dans ces conditions, puisque UC Global aurait vendu les images aux autorités américaines, ces autorités étaient donc parfaitement au courant de la relation d’Assange avec Stella Morris. Nul besoin de voler des couches de bébé, il suffit de regarder ce qui se passe dans l’intimité de l’appartement via les caméras, procédé pornographique obscène s’il en est, mais il semble effectivement que rien n’a été épargné à Julian Assange. L’article précise que le gouvernement de Correa a coupé internet à Julian Assange définitivement en février 2018 et il a été interdit de visite dès mars 2018, enfermée dans le « solitary confinement » que nous commençons tous à expérimenter en Europe depuis ces dernières semaines, et ce pratiquement jusqu’au bout, jusqu’au 11 avril 2019. Or, Madame Morris affirme aujourd’hui que c’est la période à laquelle elle lui rendait visite en permanence, pour concevoir leur deuxième enfant, puis en étant enceinte.

Il est étonnant que Julian Assange n’ait à aucun moment évoqué sa « partenaire » et sa paternité future pendant 5 ans de 2015 à 2020. Depuis 2016, ses avocats ne se sont à aucun moment servis de cette information pourtant capitale pour demander un arrêt des poursuites suédoises ou sa libération en tant que soutien de famille, particulièrement dans les moments dramatiques de mai à octobre 2019 alors que Julian Assange était enfermé à l’isolement suite à sa condamnation pour rupture de libération conditionnelle. Le récit larmoyant de Stella Morris ne nous fournit pas de précisions sur l’état civil des enfants pourtant importantes pour toute action de soutien juridique à Julian Assange. Julian Assange a-t-il reconnu ces enfants à l’état civil britannique ? Portent-ils son nom ? S’appellent-ils Morris, Gonzalez Devant ou Smith Robertson ? John Shipton, considéré comme le père biologique de Julian Assange, est lui-même en contradiction avec les dires de Stella Morris lorsque le 18 avril dernier il évoque encore une fois la « famille française » et fait l’impasse sur les enfants de Morris[3]. Devons-nous comprendre que John Shipton ne se considère pas comme le grand-père des enfants que Stella Morris présente à la presse comme étant ceux de Julian Assange ?

De moi-même, je ne croirai à l’histoire de Madame Morris que si Julian Assange s’exprime librement en public. C’est son droit de s’exprimer lui-même sur sa propre situation. Personne ne devrait parler de sa vie personnelle et intime à sa place.

Les organisations qui protègent Stella Morris

Stella Morris affirme ne pas avoir agi pour sauver son compagnon de peur des attaques du gouvernement américain contre ses enfants. C’est plutôt ridicule si on pense que les enfants nés à Londres sont forcément déclarés à l’Etat civil, d’autant plus s’ils vivent normalement dotés de la nationalité britannique transmise par leur mère. Le gouvernement britannique était donc parfaitement au courant de l’existence de ces enfants et a donc, avec grande probabilité, transmis l’information à ses homologues états-uniens.

La peur de la compagne aimante du prisonnier politique, qui a attendu 6 ans pour agir, est d’autant plus incompréhensible qu’elle est protégée en tant que collaboratrice du célèbre Baltazar Garzon, ancien juge de la Chambre d’Instruction espagnole Audiencia National 5.

Ayant pu constater de visu à la Westminster Magistrate Court les liens que Stella Morris entretient avec les représentants d’autres structures puissantes, j’en conclue qu’elle était logiquement protégée par ces institutions et n’était nullement la mère célibataire fragile et solitaire qu’elle se présente être. Je parle ici de la Courage Foundation ou officiellement « Courage Corp, domestic business entity », sise à New York et dirigée par Nathan Fuller, domicilié à l’adresse 2790 Brodway appart. 4D, New York 10025[4]. Sur son site, la Courage Corp. se présente comme étant la Courage Foundation dont le Conseil d’Administration est rempli de lanceurs d’alerte, de journalistes, d’anciens agents de la CIA, de la NSA, du MI5, tous plus célèbres les uns que les autres. Stella Morris est amie avec Naomi Colvin (ce que j’ai pu voir de mes propres yeux de décembre 2019 à février 2020), qui succède à Sarah Harrison à la tête de la Courage « Foundation » en Europe. Stella Morris est aussi amie avec Renata Avila, membre du CA de Diem 25 et proche du politique gréco-australien actif à Berlin Yanis Varoufakis. Il est facile de le constater en fréquentant les audiences du procès de Julian Assange.

Par ailleurs, ces personnes comme Naomi Colvin, et Renata Avila, travaillent avec le Centre d’Investigation du Journalisme, école privée britannique de formation au journalisme, dont le fondateur Gavin MacFadyen fut un ami et superviseur de Julian Assange. Le CIJ[5] organise des sessions de formation financées par de riches fondations privées américaines (Reva and David Logan Foundation) britanniques (Lorana Sullivan Foundation, Joseph Rowntree Trust) et sud-africaines (Fondation David Potter et Ellen Potter Fondation…[6]). La plus importante de toutes est la Fondation Bertha[7].

La Fondation Bertha a été crée par le milliardaire sud-africain Tony Tabasnik[8] possédant le plus grand laboratoire de médicaments génériques du pays[9]. L’ancien avocat décédé de Julian Assange Michael Ratner était un ami de Tony Tabasnik[10]. Certains événements du Centre For Investigative Journalism sont financés directement par la plus célèbre des fondations, la Open Society Foundation de Georges Soros[11]. La Bertha Foundation est également liée par le partenariat avec la « Hungarian Civil Liberties Union » à Georges Soros[12]. Mais il n’est pas étonnant que ces fondations des plus grands oligarques du monde occidental travaillent ensemble. Le réseau des structures de Georges Soros forme une entreprise mondiale présente sur presque la totalité des pays du globe[13].

Côté allemand, la Fondation Wau Holland est propriétaire de la marque « Projet 04 Wikileaks ». Julian Assange a été salarié de cette structure en tant que chef de projet en 2010-2012 déjà sous la responsabilité du patron actuel Andy Müller Maguhn. Andy Müller Maguhn est aussi membre du Conseil d’Administration de la Courage Foundation[14], cette structure dont le siège est à la New York et qui récolte l’argent que les Européens de bonne foi croient verser pour la défense de Julian Assange. Andy Müller Maghun est aussi membre du Conseil d’Administration du Centre for Investigative Journalism [15].

Le dernier rapport d’activité de la Fondation allemande Wau Holland date de 2016, les rapports de 2017, 2018 et 2019 n’ont pas été publiés alors que légalement ils devraient être accessibles au public. Selon ce document[16], la fondation Wau Holland reverse depuis 2014[17] une partie (non spécifiée) de cet argent pour la prestation « Projet liberté d’expression », autre nom de « Wikileaks » à l’entreprise privée islandaise Sunshine Press Production dirigée par les directeurs adjoints Kristinn Hrafnsson et Inga Ragnar Ingasson, Julian Assange emprisonné ne pouvant évidemment pas assurer la gestion de cette entreprise[18]. Gavin Mc Fadyen, troisième administrateur de l’entreprise étant mort, il ne peut pas, lui non plus, en assurer la gestion. Stella Morris est en relation amicale avec Kristinn Hrafnsson ce que j’ai constaté de visu et semble aller de soi. Pour finir, rajoutons que Stella Morris est amie avec Jennifer Robinson, directrice à la Bertha Foundation, outil d’influence du milliardaire sud-africain Tabasnik[19]. Elle est aussi fondatrice de la branche juridique de la Bertha Foundation, la Bertha Justice Initiative qui est en capacité de donner en 2019 500 000 dollars de subventions[20] à une importante et ancienne organisation de défense des droits des minorités aux Etats-Unis, la « Center for Constitutional Right » – le Centre pour les Droits Constitutionnels.  Ces organisations que dirige ou influence l’amie de Stella Morris et avocate d’Assange ne sont donc pas de petites structures militantes.

Ce sont des agences privées, outil d’influence des intérêts de milliardaires anglo-saxons et d’entreprises de pointe allemandes. En tant que telles ces structures et leurs décideurs sont évidemment connues des agences de renseignements CIA et BND (Bundesnachrichtendienst). Comme l’ont démontré les analyses citées en bas de page, le chef de l’équipe des avocats de Julian Assange, Geoffrey Robertson, est un ami de Tony Blair, de Georges Soros et travaille avec la Banque Mondiale. Il est le mentor de Jennifer Robinson[21]. Alan Dershowitz, avocat américain et ami de Robertson, est connu pour avoir défendu aussi bien la légalisation de la torture que le richissime pédophile et trafiquant d’enfant Jeffrey Epstein[22]. Dougthy Street Chambers, le bureau d’avocats de Robertson a défendu les Etats Unis dans l’affaire Browder-Magnistky, et Mark Summers, avocat de Julian Assange chez Matrix Chambers a aussi déjà plaidé en faveur des intérêts américains[23]. Gareth Peirce, avocate « sollicitor » en première ligne du procès défend depuis 9 mois très mollement son client victime de torture visible par les témoins du public[24]. Quant à Baltazar Garzon, il est accusé de torture par l’opposition basque et catalane en Espagne entre autres faits d’armes en tant que juge[25]. Pendant ce temps les administrateurs de « Wikileaks » actuel ne répugnent pas à confier les intérêts de leur structure à des agences de communication en lien avec les politiques américains qui sont les premiers ennemis de Julian Assange[26].

Insérée dans un réseau aussi dense de relations puissantes dont les intérêts sont très en phase avec ceux du système étatique américain, Stella Morris ne devrait pas craindre d’être enlevée par la CIA. Comment se fait -il qu’elle en ait peur alors que nous, militants pour les droits humains, nous faisons notre devoir de défendre Julian Assange publiquement alors que nous sommes bien moins protégés qu’elle des attaques des services secrets britanniques et américains ?

Mensonges, silences et incohérences

Dans un article du 29 août 2018 du média « Abc news », Jennifer Robinson affirme que Julian Assange se trouverait dans un isolement total 3 rue Hans Crescent, interdit de visites et d’internet[27]. Aujourd’hui, il serait bon qu’elle admette avoir alors menti, puisque Stella Morris affirme avoir préparé, à cette période-là, la venue de son second enfant conçu avec le prisonnier politique dans ce même lieu.

Une fois ces mensonges constatés, comment donc les militants de base que nous sommes pourrions-nous faire confiance à ces deux femmes prétendant être aussi avocates de Julian Assange ? L’image de Julian Assange pleurant sur le balcon de l’appartement, le 19 mai 2017 et brandissant le Ruling de l’ONU, affirmant avec force les violations de droit qu’il subit, nous reste en mémoire. Ayant subi une première coupure d’internet et l’isolement total depuis octobre 2016, Assange est dans une souffrance visible. Aujourd’hui, Stella Morris nous raconte que c’est la période de naissance de leur première enfant… Nous sommes gênées par ces contradictions qui nous forcent à nous poser la question « qui dit vrai, et à quel moment est-ce -vrai » ? Un homme qui est un père heureux et soutenu par sa compagne ne peut pas porter autant de souffrance, ne peut pas envoyer un SOS à des inconnus. C’est aussi ma conviction après avoir vu Julian Assange en « vrai » et avoir constaté de visu les marques de tristesse et du sentiment d’être trahi et abandonné sur son visage lors des audiences du 21 octobre 2019, du 13 janvier 2020, du 24, 25, 26 et 26 février dernier.

Le silence de Stella Morris et son absence lors des événements dramatiques de 2019 m’empêchent de croire totalement à l’histoire qu’elle nous raconte dans le Daily Mail du 11 avril 2020. Le 11 avril 2019, alors que son compagnon, l’homme de sa vie, le père de ses enfants, est enlevé brutalement par les services secrets britanniques et placé en prison avant d’être jugé à la va vite le 1er et le 2 mai, Stella Morris est absente et silencieuse. Elle n’est pas davantage plus loquace pendant les deux mois angoissants qui suivent : le 9 mai 2019 Nils Melzer dit dans son rapport sur la torture avoir rendu visite à Julian Assange et constaté la dégradation de sa santé. Stella Morris se tait. Les quelques visiteurs admis à Belmarsh (Ai Wewei, Pamela Anderson, John Shipton) affirment que Julian Assange a perdu 15 kilos et donc peut mourir à tout moment. La vidéo fuitée en juin, probablement de la prison Wandsworth où Assange séjourne du 11 avril au 2 mai, montre un homme émacié et amaigri. Elle fait le tour d’internet et de nombreux militants se mobilisent en Europe pour organiser des manifestations devant les tribunaux anglais et la prison de Belmarsh, dont les Gilets Jaunes français. Stella Morris, qui affirme aujourd’hui avoir rendu visite à Julian Assange, en juin 2019, dans le cadre des visites familiales normalement accordées dans les prisons britanniques, se tait à l’époque et ne nous informe en rien de la réalité de la santé du prisonnier politique. C’est incompréhensible et irrespectueux pour les milliers de militants qui consacrent leur énergie et leurs moyens à sauver son compagnon et qui angoissent sur son sort.

C’est criminel pour Julian Assange. Un intervention de Stella Morris parlant des enfants aurait permis de mobiliser l’opinion publique et aurait appuyé les 7 (sic !) demandes de libération faites par Wikijustice Julian Assange depuis octobre 2019.

Mais le plus étonnant est que Stella Morris laisse s’installer et perdurer la campagne calomnieuse présentant son compagnon comme un violeur de femmes méritant cet acharnement judiciaire. La campagne de diffamation dure depuis 2010 et a été propagée par les même médias qui aujourd’hui racontent la « story » du père de famille aimé et de son épouse dévouée. Cette campagne agressive et omniprésente avait été précisément ce qui a rendu très difficile aux militants de gauche de convaincre les féministes, les partis communistes et écologistes, les milieux de la gauche radicale de l’innocence et de la bonne foi de Julian Assange. Pourquoi Stella Morris, prétendument av