Pour sa Liberté et la Nôtre – 2ème Partie. Julian Assange à la Old Bailey le 4 janvier 2021, en vie mais toujours captif

Monika Karbowska

Dieppe la muselée versus Brighton la rebelle – voyage en Angleterre le 2 janvier 2021

De Dieppe à New Heaven en Angleterre

A l’heure du mensonge planétaire les médias et les gouvernements nous font croire qu’il est interdit de voyager. Mais ce n’est pas vrai. Ainsi je suis repartie en Angleterre le 2 janvier en allant d’abord à Dieppe et de là avec le ferry de l’autre côté de la Manche.

Mon voyage commença à la gare Saint Lazare le 1 janvier dans une drôle d’ambiance qui me rappelle le film de science-fiction « Brazil » : 2 corps de polices différents arpentent la gare à l’affut de quelques réfractaires au masque, des soldats Vigipirate circulent en commando en faisant des bonds comme si derrière chaque voyageur léthargique sous son masque allait sortir un terroriste armé, deux boites de sécurité privée se partagent le marché du contrôle du masque, et les agents de la SCNF arborent des tenues flambants neuves et vous font toujours bien comprendre que le masque est plus important que le billet de train.

Le train est à un lieu où on apprend la discipline du masque, pas un moyen de transport public. Un haut-parleur crache toutes les cinq minutes d’une voix hystérique des commandes culpabilisatrices : « tous responsables contre le coronavirus, téléchargez l’application du gouvernement tous anti-covid » ! J’échange avec une serveuse du seule « café » Starbucks ouvert – les cafés normaux étant interdit par le gouvernement les multinationales américaines prennent logiquement tout le marché. Elle est lourdement masquée derrière une vitre en verre, pourtant elle est seule dans une vaste salle vide. Je ne comprends pas ce qu’elle dit et quand je finis mon achat de café, je lui demande si elle ne peut pas baisser son masque pour que je puisse comprendre ses paroles. L’entreprise devrait lui permettre de faire cela au moins… Elle soupire et me certifie qu’entre collègues on arrête la connerie du masque mais qu’elle craint les clients kapos.

Elle a raison, car très vite je subis les foudres d’une employée des toilettes lorsque j’enlève mon masque aux toilettes pour respirer, me regarder dans le miroir et me laver le visage. Encore une qui se croit petite cheffe grâce au Covid et qui ne sait pas que les kapos ont été toujours les derniers fusillés par les nazis après avoir chargé toutes les victimes dans les trains vers les camps. Je pense au 1 janvier 1941 quand les Français n’avaient pas encore tous compris ce qui leur était arrivé. L’ambiance devait être un peu comme celle que je vis ici, le 1 janvier 2021. Le train Paris-Rouen est néanmoins encore assez tranquille, je peux dormir sous le voile « abaya » à l’abri duquel je peux enlever le masque. Le contrôleur ne passe qu’une fois et mais évidemment on doit arborer la muselière pour qu’il puisse la contrôler dument. C’est nettement pire dans le train Rouen Dieppe : plusieurs contrôleurs en groupe passent et repassent 10, 20 fois dans les rames à la recherche du « criminel sans masque ». Je me demande pourquoi cette ligne de train est aussi peuplée de cheminots kapos. Déjà en juillet j’y avais une première conversation surréaliste avec une contrôleuse qui passait son temps à pister le sans-masque dans tout le train. J’étais seule dans toute la voiture et lorsqu’elle m’a dit « j’obéis aux ordres » je lui ai répondu « souvenez-vous des employés de la SCNF qui ont dit cela lors des procès d’épuration. Jusqu’à quelle limites êtes-vous prête à obéir ? Elle n’avait pas quoi su répondre, méconnaissant visiblement tout ce pan de notre histoire européenne et les mécanismes psychologiques qui ont précipité les gens dans l’engrenage de la soumission à la dictature.

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Mais le pire est que ce sont les syndicats de la RATP et de la SNCF qui les premiers ont exigé le masque dans les transports publics, dès le 11 mai 2020, sur les salariés et sur les voyageurs et ont ouvert la porte pour que le gouvernement l’impose partout, par tous les temps, en tous les lieux et pour tout le monde. Nous ne retrouverons pas la liberté de respirer tant que ces syndicalistes ne comprendront pas la muselière anti-contact humains imposée aux travailleurs 15 heures par jour c’est le premier pas vers le rétablissement du servage. A moins que ce ne fut pas une erreur ? Je me rappelle de ce dernier rassemblement politique « avant la guerre » auquel une amie Gilet Jaune parisienne, aujourd’hui confite dans le covidianisme, m’a entrainée. C’était le 10 mars 2020 à la Parole Errante de Montreuil. 5000 syndicalistes et usagers de la la RATP et la SNCF fêtaient heureux et déterminée la victoire dans la Grande Grève pour sauver les retraites que nous avons tous tenue contre Macron les durs mois d’hiver. J’ai assisté à l’événement, j’ai écouté les vibrants discours révolutionnaires de jeunes militants syndicaux qui ont entonné à la fin une émouvante Internationale[1].

Moins d’une semaine plus tard tous ces beaux esprits étaient sagement confinés obéissant à l’ordre de Macron de cesser immédiatement toute activité politique associative, culturelle et sociale. Depuis, nous n’avons plus de liberté de réunion et d’association. Comment un tel retournement a pu se faire ?  Et si les syndicalistes de la SNCF et la RATP n’ont pas gagné la grève des retraites mais ont simplement négocié leur adhésion au régime corona en échange de leurs régime spéciaux ? Nous trahissant tous ? La réponse à la question nous expliquerait le mécanisme de soumission servile des agents de la SNCF et RATP à tous les délires de la covido-dictature. D’ailleurs je me rappelle que trois semaines plus tard l’amie qui m’a emmené au meeting m’a expliqué qu’elle avait eu le covid en décembre 2019 et qu’elle avait déjà tout lu sur le virus dans les documents scientifiques chinois dès cette période, que c’était très grave et très contagieux et qu’on allait tous mourir des orages de cytokines impossible à prévenir, soigner et guérir. Mais alors, elle savait ce 10 mars 2020 que la contamination serait massive à ce meeting de plusieurs milliers de personnes rassemblées et elle m’y a quand même emmenée? Elle savait et elle ne m’a rien dit ? Que penser de son attitude et celle de ces syndicalistes disparus de la vie sociale et politique depuis ?

Traverser la mer en janvier 2021 -La côte anglaise en lutte contre la covid-dictature

A Dieppe je retrouve l’hôtel ou j’ai séjourné l’été. La propriétaire a baissé le prix d’un tiers mais nous ne sommes que 3 clients dans ce bel établissement dans une maison ancienne près du port. Elle se rappelle de moi et la confiance s’instaure au fil de la journée. Elle a compris qu’elle se fait avoir par la politique de Macron car elle avait scrupuleusement suivi les « gestes barrières » et avait imposé le délire hygiénico-masqué à tous ses clients estivaux. Peine perdue, Macron a quand même fermé les hôtels et lui a interdit de travailler détruisant ainsi le tourisme dont vivent des villes comme Dieppe. Mais il n’y a pas que la terreur hygiéniste dans les hôtels qui fait fuir les clients : je découvre avec déplaisir que le masque est obligatoire dans toute la ville de Dieppe et dans toute la région. Il est aussi imposé sur la vaste plage de galets et la soumission de tous est à l’ordre du jour. Je suis venue pour m’oxygéner les poumons et je suis soumise au même régime carcéral qu’en Ile de France. Qui viendra payer un hôtel dans une ville de province pour y respirer à la plage d’air vicié de son masque ?

 Je craque et je crie ma colère face à la mer déserte. Mais à Dieppe les gens me dévisagent d’un air méchant lorsque je déambule sur la plage sans masque. L’air est littéralement irrespirable. Donc je décide de passer outre-Manche avec le ferry dès le lendemain alors que j’avais programmé quelques jours de vacances ici. Lorsque du bateau j’appelle l’hôtelière pour lui expliquer pourquoi j’ai abrégé mon séjour, elle n’est pas surprise. Elle sait que le masque n’a jamais été imposé dehors en Angleterre et elle déplore les touristes anglais qui ne reviendront plus alors qu’ils étaient une importante source de revenus pour la ville. S’ils revenaient, ils seraient immédiatement soumis à un test PCR forcé au CHU de la ville sans pouvoir sortir du bateau, comme il est arrivé à une trentaine de touristes anglais qui avaient débarqué juste avant le Réveillon, m’a informé un Dieppois. Je discute longuement avec cet homme préoccupé par la mort de sa ville. Il connait déjà trois restaurateurs de la région qui se sont suicidés et personne n’en parle. Une de ses proches travaille dans des EPADH de la régions et elle a aussi beaucoup à dire sur les euthanasies actives et passives qui y sont en cours.

Dieppe le 1 janvier 2021
Dieppe le ferry vers l’Angleterre 2 janvier 2021

Dans la gare maritime de Dieppe la société DFDS a le monopole de la traversée vers New Heaven. Le billet ne coûte que 30 Euros et contrairement à Douvres il est possible de monter dans le bateau sans véhicule. Nous sommes quelques 30 voyageurs, des couples britanniques âgés qui rentrent chez eux après des en vacances en France avant le conflit franco-britannique autour du pseudo « variant anglais » du corona. Il y a aussi quelques jeunes Français qui émigrent pour de bon. Le masque est sévèrement obligatoire dans toute la zone du port de passagers et de marchandises. Le port est d’ailleurs encadré d’imposants barbelés sous la falaise. Je me dis qu’on a laissé le régime installer ces barbelés contre les migrants qui allaient en Angleterre. Mais finalement le dispositif sécuritaire se retourne contre nous, citoyens français. Si nous devons fuir notre dictature, nous ne pourrons plus monter dans un bateau et traverser la mer comme l’ont fait les pêcheurs de l’ile de Sein qui ont rejoint de Gaulle dès l’été 1940. Nous sommes prisonniers de notre propre pays et de son régime.

La guichetière de DFDS accepte de me vendre un billet mais m’impose une attestation sur l’honneur « je soussignée déclare ne pas avoir de symptômes du covid ». C’est illégal bien sûr, aucune entreprise privée n’a le droit d’inspecter un dossier médical d’un citoyen. Les données personnelles des voyageurs doivent être déclarées à la CNIL si dorénavant DFDS les récolte. Je demande à la jeune employée selon quelle loi l’entreprise stocke ces données personnelles et si elle les a déclaré à la CNIL. La jeune ne sait même pas de quoi je parle, elle n’a jamais entendu parler de la CNIL et obéit sans un murmure aux ordres données. Je ne veux pas mettre ma traversée en danger par trop de protestation mais je lui demande une photocopie de la feuille signée et tamponnée par l’entreprise attestant que j’ai bien déposé cette déclaration. « Vous comprenez, si je vous donne cette attestation, comment puis- je prouver ce qui est dessus si je ne l’ai plus en main, en cas de problème ? Je dois me couvrir aussi ». La jeune employée ne comprend rien mais sa supérieure hiérarchique si : elle me fournit la photocopie tamponnée.

Attestation illégale exigée par le ferry en plus du passeport
La mer entre Dieppe et New Heaven

L’entrée dans le bateau est morose, mais après je savoure ma traversée. La mer vert-bleue sur laquelle se lèvent quelques rayons de soleil après l’averse. Il fait froid sur le plus haut pont. Mais je suis seule et je RESPIRE un air iodé magnifique. Quel bonheur de respirer, c’est une liberté première. D’ailleurs, nous sommes des privilégiés car nous avons droit au restaurant du ferry, manger et de contempler le paysage sans masque. Quel bonheur d’être soi, de retrouver une vie normale. Le débarquement a lieu vers 14 heures. New Heaven est un petit port industriel niché entre les falaises de la côte assez urbanisée du Sussex. La gare maritime est toute petite, nous descendons au garage et les employés anglais de DFDS nous récupèrent à la sortie du bateau, nous escortent à pied vers un petit hangar où nous passons le contrôle aux frontières britanniques et reprenons nos bagages. Je suis un peu nerveuse car l’employée fait du zèle. Elle demande mon « Passanger Locator Card’ » et demande si je vais à Londres. Oui, rejoindre mon/ma « friend ». Partenaire, copain, ami… L’Anglais permet de rester dans un flou diplomatique. Elle n’insiste pas et me laisse passer. Dès la sortie du bâtiment j’arrache mon masque. Quel bonheur d’être libre. Les salariés du port ne le portent d’ailleurs pas du tout lorsqu’ils travaillent dehors.

Promenade à Brighton le 3 janvier 2021

D’ailleurs c’est le cas de toute la région. Mis à part les transports en commun qui sont plus sévères, le masque n’est pas porté sur la côte du sud. Il n’est pas imposé dehors et tout le monde respire librement sur les plages, sur la promenade côtière, dans les rues. Les restaurants sont fermés et ne font que de la vente à emporter, mais ils sont nombreux à travailler et dans bien des endroits les employés ne portent même de masque à l’intérieur. D’ailleurs la région est vent debout contre la dictature covid et elle le fait savoir par cette résistance pratique et obstinée. Je discute avec les hôteliers et les restaurateurs qui m’expliquent leur refus de mourir de la folie du gouvernement. Je sais que le gouvernement anglais n’est pas uni sur la question et que c’est plus le NHA qui impose ces interdictions absurdes et contraires aux droits fondamentaux. La côte de Eastbourne à Portsmouth est urbanisée et touristique, parsemée de HLM mais aussi dotée de jolies centres-villes victoriens et de petites maisons coquettes rénovées par les classes moyennes. Les propriétaires des hôtels trois étoiles et plus ont l’air de bien vivre la fermeture de leur business mais ce n’est pas le cas des petits loueurs de chambres ou des propriétaires de pub et d’hôtels bon marché. Ils ouvrent pour survivre dans cette folie incompréhensible. Ce dimanche 3 janvier les habitants et les touristes déambulent avec leurs familles sur la plage et sur la promenade côtière, prennent des cafés et des repas sur les bancs, font de la course à pied et du vélo. Sans masques naturellement.

Brighton victorienne
Brighton monument aux morts

La municipalité de Brighton a placardé les affiches qui déconseillent le port du masque aux personnes âgées. L’affiche dit :« Thank you for Understanding me, I cant wear the mask » à côté de la photo d’une vieille dame. « Comprends mois, je ne peux pas porter de masque ». Le slogan reste dans le cadre de l’idéologie covidienne : on doit porter le masque pour protéger les autres. Mais le maire de Brighton demande pitié pour les vieux, laissez les respirer ! Il a raison. Je pense à ces pauvres ombres dans ma banlieue ou à Dieppe qui arrivent à peine à se trainer le bouche et le nez bouchés par le plastique chinois, marchand tête baissées comme des âmes damnées. La Grande Bretagne respire et un grand air vivifiant renforce sa détermination à vivre pleinement. Cet air est contagieux et je vit moi aussi quelques moments de pur bonheur.

« Merci de comprendre que je ne peux pas porter de masque » – Brighton déconseille le masque aux vieux

La Grèce pour Assange

Le soir du 2 janvier je suis heureuse d’intervenir lors du débat du collectif Greece for Assange[2] invitée par une amie militante grecque Anastasia Politi via l’application Jitsi Meet. Evidemment, ayant connu les Forums Sociaux ou 100 000 militants européens se rencontraient à Paris en 2003, à Londres en 2004, à Athènes en 2006, à Malmö en 2008 et Istanbul en 2010, ayant organisé ce genre de grand événement, je trouve toujours les « débats » virtuels très décevants et de surcroit épuisant énergétiquement alors qu’un véritable meeting public est une rencontre qui me nourrit. Mais aujourd’hui je suis reconnaissante aux amies grecques de venir prendre part à la lutte pour la libération de Julian Assange. Je suis heureuse de revoir même en video les grandes militantes de la gauche grecque, Sissi Vovou et Afroditi Stambouli. Surtout je suis très reconnaissante du soutien apporté à nos actions pour la libération de Julian Assange par mon amie l’ancienne eurodéputée Konstantina Kouneva que je connais depuis 2008, du temps de nos luttes syndicales communes pour les droits des travailleurs migrants est-européens en Grèce. Je suis d’autant plus satisfaite que ces militantes connues en Grèce sont aussi des piliers historiques du mouvement féministe. Julian Assange a été mis en captivité par le système politico-judiciaire britannique sur la base de manipulations utilisant un vernis féministe, il n’est que justice que ce soient les féministes européennes qui parviennent à sa libération. Je suis très heureuse de retrouver l’ambiance familière du militantisme de la gauche grecque que j’ai connu de 2005 à 2017 alors du mouvement altermondialiste et des luttes contre la dette odieuse imposée à la Grèce.

Greece for Assange avec le soutien de Konstatina Kouneva

J’entends de la part de la militante Niki Konstantinidi (dont je ne vois pas le visage, encore une des particularité de la « démocratie sur internet, qu’on puisse entendre un débat sans être vu) l’assurance que Julian Assange aurait froid « à Belmarsh », qu’il « manquerait de vêtements chauds » et qu’il « serait impossible d’accéder le 4 janvier à la Old Bailey ». Cette personne a l’air de très bien connaitre Assange et l’entourage des avocats, mais ses affirmations m’agacent néanmoins : si Assange est à Belmarsh, ses prétendus proches n’ont qu’à utiliser l’argent des cagnottes pour lui acheter ce dont il a besoin au magasin de la prison. Belmarsh n’est pas Tazmamart ni Cayenne, je refuse de jouer ce jeu de dramatisation. Ou bien Assange n’est pas à Belmarsh, mais dans un endroit particulier, dépendant seulement du système royal et pas du ministère de la Justice britannique et alors que la vérité éclate. Les peuples sont fatigués du storytelling infantilisant et veulent entendre la vérité sur tout : le covid, le Grand Reset, la situation géopolitique, les fraudes aux élections en Amérique du Nord et aussi qui est et où est Julian Assange.

La City à la veille du procès de Julian Assange

J’arrive dans la City of London Corporation, dite City de Londres, le 3 janvier 2021 au soir. On est dimanche et je ne m’étonne pas que le quartier soit désert. Je serai plus surprise le lendemain lundi devant les bureaux vides, les boutiques fermées à double tour pour « cause de covid rules » comme si une bombe avait décimé le vivant ne gardant que les bâtiments : les multinationales ont imposé enfin le télétravail à tous et peuvent refaire de l ‘argent en abandonnant les bureaux devenus inutiles. C’est le salarié qui paye maintenant avec SON propre loyer les frais de bureau d’entreprise ! Quelle aubaine de faire pareil économie ! Vive le Covid, doivent se dire les top managers de la banque American Bank, Goldman Sachs, Barclays, London Stock Exchange, bourse de la City, qui entourent le tribunal de la Old Bailey.

 Ce n’est pas le cas des propriétaires des petits commerces qui vendaient les services aux salariés : boutiques de vêtements, kiosques, librairies, cafés, pubs, restaurants sont déjà en faillite et à vendre. J’ai réussi à réserver un hôtel situé à 500 mètres de la Old Bailey. C’est un hôtel typique pour manager au confort ultra moderne mais au décor et mobilier minimalistes. En temps normal je n’aurais jamais pu y payer une chambre, mais le prix est modique étant donné l’emplacement. Avec la dictature Covid, la panique et le télétravail, il faut dire que nous ne sommes que 3 clients dans tout l’hôtel. Les règles à la réception sont bien plus sévères que sur la côte révoltée : mon passeport est scannée et je suis sommée de signer une déclaration comme quoi je ne voyage que pour les raisons que le gouvernement a jugé valables. Sur la feuille de papier que la réceptionniste me remet figure « l’enterrement d’un proche et accompagnement d’un proche à un enterrement », «la maladie » et « le soutien à un proche malade » : ambiance. Il y a tout de même une petite ligne « séjour impératif pour rencontre de travail ne pouvant être menée à distance ».

Je fais comme si de rien n’était et il n’y avait aucun covid. Au troisième jour les employés finiront par tomber le masque, le naturel de la vie revient heureusement.

Old Bailey, photo d’internet côté Nord, Newgate Street, les deux fenêtres de face et de côté au deuxième étage sont illuminées la nuit du 3 janvier, veille du procès

A peine arrivée je dois me mettre en quête de quelque chose à manger, j’ai compris qu’avec les « covid rules » les rares restaurants n’ont pas de clients et donc pas de raison de rester ouverts le soir. Je marche vers la Old Bailey par la rue NewGate Street, je longe l’église historique Saint Sépulcre et je me retrouve devant l’imposant bâtiment du 19ème siècle et de son prolongement, le bunker des années 60 ou j’ai passé des heures à attendre en septembre. Autour d’eux les immeubles de bureaux vides avec leurs immenses portes donnant sur de profonds souterrains de livraisons sont sinistres. Seuls les agents de sécurité sont en faction dans les halls et je sais qu’au moindre signe suspect ils vont immédiatement appeler la Police de la City of London Corporation qui n’a du tout été commode en septembre. Je ne peux donc prendre aucune photo.

Pourtant ce que je vois de la Old Bailey est très intéressant : la « cérémonie » du « procès » est déjà en préparation car tout le chez de chaussée du vieux bâtiment, une grande salle au premier étage côté gauche et deux fenêtres au dernier étage sont illuminées. Dans le bunker des années 60 où avait lieu les réunions de septembre et où j’ai pu voir Assange physiquement présent, deux grandes baies vitrés sont illuminées au rez-de-chaussée ainsi une grande salle d’audience au premier et au deuxième étage, peut-être la salle 10 ou cela se passait en septembre. Au dernier étage deux petites fenêtres se distinguent par leurs lumières bleutées : les galeries du public sont situées là-haut, mais je n’ai pas le souvenir d’une lumière bleue. Ce qui est intéressant est que même la grande porte cochère qui donne sur une petite cour par laquelle rentrent les employés du tribunal est illuminée. Est-ce à dire que même les employés sont mobilisés pour la préparation de la « cérémonie » ? Je crains fort que ce qui se passera demain sera une « exécution ».

Je contourne le complexe de la Old Bailey par la Warwick Lane, rue qui sépare le tribunal du complexe de la cathédrale Sankt Paul entourée d’immeubles de banques neufs et laids. Le seul magasin ouvert dans le quartier se trouve près du métro Sankt Paul. Je peux enfin d’acheter de quoi dîner.

Warwick Lane – la Cour derrière la Old Bailey – photo en été
Entrées principales de la Old Bailey (le batiment de 1907 et plus loin le bunker des années 60 rue Old Bailey ) – photos prises en été
La Amen Court, maisons du 17 siècle derrière la Old Bailey, dont le mur au fond est un vestige de la New Gate prison, qui a servi 1000 ans jusqu’à 1907 à la place des bâtiments actuels

Nuit d’attente du verdict à la Old Bailey

J’aurais aimé retourner la nuit près de la Old Bailey pour surveiller ceux qui amènent Assange à la Old Bailey. L’expérience de septembre a montré qu’il n’y était en aucun cas amené chaque matin, mais le plus probablement vivait déjà dans la Old Bailey avant le procès et y est resté tout le mois de septembre car il y a dans cet immense bunker toute l’infrastructure nécessaire. Après tout le lieu a été avant 1902 la sinistre millénaire prison New Gate bien pourvue en cachots qu’il suffit de moderniser[3]. Si je ne l’avais pas vu de mes propres yeux en chair et en os salle 10 le 9 septembre 2020, j’aurais même pu douter de sa présence réelle dans ce lieu. Mais je l’ai bien vu. Qui donc et de quelle manière amène l’illustre otage vers ces lugubres salles où nous sera dévoilé son sort ? Répondre à cette question serait avoir un indice ou Julian Assange se trouve vraiment, une fois compris qu’il ne peut être dans l’ordinaire prison de Thameside dite « Belmarsh ». Les prisonniers de Belmarsh sont des condamnés de droit commun par le ministère de la justice britannique et bénéficient tous du même régime, lettres, e-mail, possibilité de visite et envoie d’argent.

Warwick Passage, l’entrée de la galerie du public ou j’ai attendu presque 4 heures de 5h30 à 9h du matin le 4 janvier 2021

Quant au Covid à Belmarsh il n’y a guère que les storytellers de l’affaire Assange qui sonnent le tocsin, les véritables détenus et leurs avocats ne sont pas du tout affolés, comme j’ai pu le constater en discutant avec mes contacts polonais (un consul polonais s’occupe des nombreux Polonais purgeant une peine à Belmarsh)

Mais je ne me résouds pas à faire le siège de la Old Bailey de nuit, je suis trop fatiguée et je suis seule. Néanmoins, la nuit est encore profonde quand je me lève et je sors à 5h30 pour aller à la Cour. Je suis bien équipée pour tenir le froid et j’ai emporté mon petit déjeuner.

J’arrive rapidement à 5h45 devant le bâtiment sombre et désert. J’inspecte les lieux, personne, aucun militant installé pour la nuit dans le passage Warwick, l’étroit boyau côté sud du tribunal ou nous avons passé en septembre des heures à attendre devant l’entrée des galeries du public.

Panneau dans le Warwick passage (photo faite en été )

Je marche vers la partie Nord du bâtiment à New Gate Street mais j’hésite à perdre un temps précieux car quelqu’un peut me prendre ma première place devant la galerie du public…Comment savoir quelle entrée sera utilisée cette fois ? Je ne peux pas le savoir, seule devant les multiples entrées de la Old Bailey il est m’impossible de mieux m’organiser.

Il n’y a pas un chat devant tout le pâté de maison, je reviens vers le Warwick passage. Avant de me poster devant la lourde porte en bois du Passage Warwick, je vais d’abord voir l’agent de sécurité de la banque en face qui me regarde fixement dans l’entrée de son immeuble. Je sais déjà combien les cerbères de la City son promptes à appeler la police de la City of London Corporation à la moindre « anomalie ». Pour eux, une femme seule dans la nuit à attendre devant une porte d’un tribunal qui ouvre à 9 heures est une anomalie. L’homme est jeune, il porte un masque et je ne pense pas qu’il me sourit, mais moi je suis souris. Je me présente et j’explique que je représente une association des droits de l’homme et que je viens comme « observer » pour le procès de Julian Assange. Je l’avertis pour qu’il comprenne ce que je fais là si tôt. Il acquiesce. Ensuite, j’inspecte les deux grands panneaux d’affichage sous verre à côté de l’entrée principale du bunker : il y aura 25 audiences criminelles dans la cour aujourd’hui.  Les noms des justiciables sont affichés, le numéro de dossier et, ce qui est important les noms des juges.

Panneau près de l’entrée de la Old Bailey (photo faite en été)
Entrée principale de la Old Bailey (des avocats, des justiciables, des témoins… ). Panneaux des audiences à droite. Photo faite en été

Pas de Julian Assange sur les liste de la Old Bailey, pas non plus de juge Baraitser, Vanessa ou autre. Le procès d’Assange n’est donc bien pas mené par la Central Criminal Court mais organisé par une autre « entité » dans une salle louée ou prêtée pour l’occasion. Encore une preuve que ce procès n’est pas un vrai procès.

Souvenirs de l’audience du 11 décembre 2020

Debout dans le froid glacial qui balaye le Warwick Passage, j’ai tout le loisir de réfléchir à mes aventures du 11 décembre dernier, la dernière audience lors de ce qui fut un plaisant voyage dans une Angleterre bien plus libre que la France sous couvre-feu et l’incarcération policière à domicile sous prétextes sanitaires.

Devant la Westminster Court le 11 décembre

J’étais arrivée tôt à la Westminster Magistrate Court, j’y étais aussi la première et il s’était écoulé encore une heure avant que les supporters de Greekemmy n’arrivent. La deuxième personne à se présenter fut Sabine von Törne pour laquelle j’ai de la sympathie. Nous avons discuté ensemble longuement de la situation d’Assange et de nos pays respectifs pendant que nous attendions. Il y avait environ 7 personnes derrière moi et Greekemmy distribue toujours les numéros, mais me nota respectueusement comme « première ».

Le jour se lève alors vers 8h30 et bientôt tout se met en place : les nouveaux agents de sécurité sont aux portiques de sécurité, notre ami Mauricien francophone est là aussi. Nous nous saluons et je passe vite les portiques, je fonce au tableau dans le hall, il n’y a pas de liste. Je cours à l’étage sans regarder derrière moi et je demande au secrétariat. La jeune secrétaire part se renseigner : Assange, ce sera salle 3 ou salle 10. J’arrive devant la salle 3, un secrétaire affiche la liste peu après. Ce sera bien ici : Julian Paul Assange, 10 heures. Mais pas de nom de juge, comme toujours. La liste comporte 16 noms, 10 le matin et le 5, soir plus Assange. Trois sont Polonais, un Hongrois, 4 Roumains, 1 Estoniens, I Irlandais… Mais je remarque très vite que le gros des extradés est-européen est expédié salle 10 au deuxième étage. On voit d’ici la foule s’amasser au deuxième étage : avocats et familles. Ils ont donc décidé de séparer Assange des autres justiciables. Nous ne sommes que 8 à faire la queue devant la salle 3 : derrière moi Sabine, Deepa, Greekemmy, bientôt Rebecca Vincent toujours avec son masque noir et son manteau rouge, et puis deux journalistes dont Mohamed El Maazi de Sputnik UK et Joseph qui cette fois fait la queue avec une carte de presse avec eux.

Deepa fait son compte rendu

A 9h50 tout se gâte. Un grand greffier, différent de ceux dont on a l’habitude, sort de la salle et demande qui vient pour l’audience de Julian Assange. Je suis confiante, je me présente. Mais l’homme ne me calcule pas, parle au-dessus de ma tête aux autres, comme si je n’existais pas. Deepa Driver se présente comme « legal observer » au nom d’une organisation. Je suis excédée car je ne comprends pas bien ce que les gens disent avec le masque. J’ai besoin de voir les lèvres et les expressions du visage pour comprendre une langue étrangère. De plus, comme l’homme ne me comprend pas non plus, je suis obligée d’écarter mon masque pour être comprise. Mais voici que l’homme déclare qu’à cause du « Covid » il n’y aura que deux places pour le public, journalistes compris, d’autant plus que les observateurs de la « High Commission » sont attendus. Quid cette « High Commission » ? Des envoyés du « High Governorate de l’Australie » ? L’Australie se bouge et reconnait Assange comme son citoyen ?

Nous sommes abasourdis. Je proteste, disant que je suis ici depuis 6 heures du matin. Deepa proteste, Rebecca aussi. Les journalistes demandent au moins à parler au juge car il est « inconcevable » que la presse soit écarté de la justice ! Entre temps je me suis documentée sur les divers procès à scandale du temps de la reine Victoria, dont celui de Oscar Wilde, qui a marqué la lutte pour la liberté d’expression et la liberté de créer. En fait, le public et les journalistes était présents en foule, en masse, pendant les procès du 19 siècle et ne se privait pas de venir ! La démocratie était bien plus vivante à l’époque que dans notre siècle oligarchico- technologique ou il faut se battre pour faire accéder UN TEMOIN au tribunal ![4].

Oscar Wilde

Le désagréable greffier déclare qu’il va « demander au manager » si plus de places peuvent être accordés (le corona est un parfait outil de dictature !). Il fait plusieurs fois la navette entre la salle 3 et le secrétariat. Sur ce arrive Edward Hamilton Fitzgerald qui nous salue d’un air que je trouve condescendant. Le greffier fait entrer deux grands rouquins, qui se présentent comme étant de la « High Commission », donc représentants diplomatiques d’un pays membre du Commonwealth à un autre. Australiens ? Possible, mais comment le savoir, ces hommes ne nous regardent même pas[5].

Rebecca Vincent toujours en rouge et en masque

Le greffier se tourne alors vers nous et demande qui nous sommes. Je me tiens à ma « première place » et Deepa River et Rebecca Vincent sont dans mon dos. Je donne mon nom et mon organisation et je propose des documents de Wikijustice comme preuve. L’homme n’en veut pas. Deepa et Rebecca essayent aussi chacune de « vendre » leur organisation. Je crains fort qu’il s’apprête à dire « ça va pas être possible ». Mais brusquement, il se tourne vers Sabine qui se tient en retrait. Qui êtes-vous ? Elle répond « personal friend of Julian Assange ». Le greffier emmène Sabine vers Fitzgerald quelques mètres plus loin. Il revient… et ouvre la porte à Sabine qui se trouve être la seule à pouvoir rentrer voir Assange.

Deepa est interloquée. « Comment ? Il suffit de dire qu’on est copine d’Assange et on vous ouvre toutes les portes » ? Je souris. J’aurais bien aimé lui rappeler qu’elle est maintenant victime du système qu’elle a si bien contribuer à installer : des gens inconnus arrivent, se disent être la « famille d’Assange » et sans avoir à présenter aucune preuve, aucune pièce d’identité, aucun certificat de mariage, de concubinage, que sais-je, ont brusquement tous les privilèges. Stella Morris fait exactement ainsi depuis juillet dernier et cela n’avait jamais gêné Deepa. C’est alors que tout se débloque… El Maazi est invité à entrer et comme je trouve derrière lui, je lui emboîte le pas. Tant pis si on me vire. Mais le greffier ne dit plus rien, Deepa et Rebecca me suivent et on se retrouvent à 3 dans le box du public ! Sabine est assise au fond, 11 sur 13 sièges sont condamnés, Deepa finit par s’asseoir dans la salle d’audience et personne ne lui dit rien comme si la direction du spectacle avait lâché prise et décidé de ne plus tenir aucune des règles soit-disant si contraignantes et indispensables. La vidéo est déjà allumée, on distingue une salle mais différentes des fauteuils rouges qu’on nous a présenté pendant 1 ans comme étant ceux de Belmarsh et ressemblant à une salle d’attente de centre médical.

Julian Assange n’est pas là. Par contre, le juge est déjà là et c’est un jeune homme roux. La prétendue audience en justice est réduite à une rencontre organisationnelle expéditive. Fitzgerald est debout et discute avec le procureur, une jeune roux également. Il ne s’assied même pas quand le juge dit « Judge Baraitser has granted » que M. Assange ne sera pas obligé de comparaitre car il est représenté ». A garanti ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Comment peut-elle garantir qu’il n’est pas obligé de se présenter et qu’on peut parler dans son dos ? Elle LUI a promis ? C’est lui qui ne veut pas comparaitre ? Sinon QUI a décidé à sa place que nous ne le verrons pas et qu’il sera donc impossible de voir quelle est sa santé et son état général ? Est-il encore vivant ? Après tout nous ne l’avons plus revu vivant depuis septembre…

Hamilton Fitzgerald dit quelque chose que je ne comprends pas mais qui n’a pas l’air solennel. Et voici que le juge déclare que c’est « reporté au 4 janvier prochain à la Criminal Court ». Tout le monde se lève et part sans attendre le juge. Je suis de plus en plus excédée par cette « fake justice ». Je sors du box et je me dirige vers le juge. Celui-ci me demande de m’écarter. Je le fais mais je lui dis que je n’ai pas entendu et pas compris ce qui se passe. Je me présente et je présente Wikijustice et je lui demande si je peux connaitre son nom. Il se présente (enfin, ce n’est pas un luxe en démocratie que de connaitre le nom des juge décidant de la vie de citoyens !) : Paul Goldspring. Je remercie. Nous sortons du tribunal ensemble, Sabine et Rebecca Vincent en manteau rouge et moi dans mon costume violet. Dehors la manif continue. Je suis déçue mais pas si surprise. Ils ne veulent pas nous le montrer, on ne sait pas pourquoi. Je ne crois pas que ce soit lui qui ait refusé de se montrer, mais plutôt qu’ils n’ont pas les moyens de monter la « mise en scène Belmarsh » comme avant et c’est pour cela que le cérémoniel à la Westminster est réduit à la plus simple expression. Dans 3 semaines ce sera la cérémonie à la Old Bailey. Je ne sais pas ou Assange passera Noël, mais ce qui est sûr est qu’il sera à la Old Bailey avant le lundi 4 janvier.

Je pars le soir même inspecter à Islington le Pure Theater de Lisa Baraitser. J’y passe de beaux moments dans les pubs et restaurants ouverts, pleins de vie et de joie.

Le juge Paul Golspring a mon âge. Il est cité comme ayant eu à juger un apprenti terroriste qui demandait à avoir un téléphone dans sa cellule[6]. Mais il a surtout été connu en 2017 pour avoir décidé de l’extradition deux Polonais, les frères Herba, que l’Italie accusait de kidnapping d’une jeune femme mannequin. Les Herba assuraient n’avoir commis aucun crime et ont cherché à s’expliquer par video avec la justice italienne. Ils affirmaient avoir eux-mêmes emmené la jeune Chloe Ayling[7] à l’ambassade britannique. Leur avocat prétendait que l’affaire est une invention organisée par l’agent du modèle pour obtenir une notoriété ce qui n’est pas sans rappeler certaines accusations suédoises contre Assange… Le juge Goldspring se trouvait dans la difficile situation de juger de la vie réelle de deux hommes réels sur la base unique de « storytelling » fournis par les médias… Ce qui rappelle également le rôle des storytellers dans la vie de Julian Assange. Où est la vérité ? Où est la fable ? Comment prouver la vérité alors qu’un juge Magistrate n’est qu’un simple médiateur citoyen qui se trouve investit d’un pouvoir si grand sans avoir les moyens de mener sa mission avec justice et honnêteté?

Comment croire que la juge Baraitser a vraiment décidé de la vie de Julian Assange alors qu’elle n’est pas un juge professionnel et que ce sont évidemment les pouvoirs politiques qui ont décidé et décident du sort d’Assange (Couronne, ministère de la justice, de la Défense, Home Office, Foreign Office, différentes fondations dont celles qui payent les storytellers médiatiques… analysés dans la plainte Internationale de Wikijustice[8]).

Un tribunal n’est pas un théâtre pour lequel les médias écrivent le scénario. Historiquement non, mais peut-être qu’au 21ème siècle nous nous dirigeons vers une telle vie, une telle société ? Trop de choses ont été bouleversées dans nos vies depuis 1 an. Nous avons perdu totalement la maitrise de nos vies, notre pouvoir de citoyen est déjà bien rogné. Nous devons résister et lutter si vous voulons récupérer ce pouvoir citoyen et refuser la condition de bétail enfermé de nuit et sortant uniquement de jour pour être exploité au travail. Oui, nous devons REFUSER cette condition servile de toutes nos forces.

Julian Assange le 4 janvier à la Old Bailey, la vie sauve mais captif et en danger de psychiatrisation

Une heure s’écoule alors que j’attends dans le passage Warwick balayé par le vent glacial. Dès 6 heures 15 une multitude de caméras sont installées devant la porte centrale du bunker de la Criminal Court, un matériel coûteux et lourd. Des présentateurs télévision prennent la pose sous des parapluies tenus par leurs assistants. Tout un monde de storytelling se presse, qui ne s’est jamais dérangé pour rendre compte de la torture qu’Assange subissait dans son cachot, il y a exactement 1 an alors que nous étions les seuls, à Wikijustice, à sonner l’alarme dès octobre 2019.

A 7 heures il y a déjà 30 journalistes et photographes et c’est alors que quelques militants arrivent : Jamie, qui avait fait le siège du passage en septembre mais ne vient jamais à la Westminster Court, puis Alison l’Australienne. Je les salue et je me risque à quitter mon poste pour voir ce qui se passe dans la rue. Il y a 5 militants à côté des journalistes quand arrive un imposant car de flics : ce sont les policiers de la City of London Corporation reconnaissables à leurs damiers rouges et blancs sur leur képi et dotés d’uniformes noirs. Leur camion s’arrête devant le passage Warwick et m’obstrue la vue. Je bas en retraite dans le renfoncement près de la porte. Les policiers circulent dans le passage sans me remarquer. C’est l’heure à laquelle la même dame qui habite derrière la Old Bailey promène son chien noir. Elle sort de la Amen Court, maisons historiques du 17 siècle qui subsistent dans le quartier après les sévères bombardements nazis de la guerre. C’est l’heure aussi à laquelle arrivent les employés de la Criminal Court, des secrétaires masquées, des agents de sécurité. Rosie Sylvester, la préposée au procès d’Assange en septembre ne passe pas. Elle a visiblement fini son service sur cette affaire, je ne l’ai pas revue non plus à la Westminster.

Une demi-heure de présence policière plus tard, des cris retentissent dans la rue : les policiers de la City of London Corporation encerclent et nassent les militants venus pour soutenir Assange sans déranger l’armada de caméramans et autres reporters de storytelling qui sont maintenant 50 devant l’entrée principale. Le spectacle de cette meute venue se repaitre du sort d’un homme emprisonné dont elle ne se souciait absolument pas quand on pouvait le sauver, en été, à l’automne et à l’hiver 2019 m’est très déplaisant. Non seulement tous ces gens étaient aux abonnés absents quand ils pouvaient servir à quelque chose mais encore ils répercutent sans jamais vérifier tous les storytelling les plus abjects, Assange violeur, Assange va se suicider, Assange s’encanaille dans l’ambassade joyeusement jusqu’à faire deux enfants à son « avocate »… Ca me révulse mais je comprends à les regarder faire aujourd’hui comment le « concept » d’Assange a été construit artificiellement : en 2010 il y avait comme aujourd’hui plus de caméras pour faire le spectacle que de vrais militants et de vrais amis. Assange a toujours été un otage du système politico-médiatique et n’a jamais eu la moindre liberté dans la construction de son image et de sa vie.

La police épargne les storytellers du mensonge mais menace d’arrestation les militants : Alison est son amie son encerclées par les policiers alors elles crient qu’ils n’ont pas le droit de les interpeller car les «lois covid » n’abolissent pas les droits de l’homme et elles ont donc le droit d’être dans la rue. Le bras de fer dure 45 minutes : les policiers partent vers 8 heures, les militants se réfugient dans le campement des journalistes ou la police ne vient pas les chercher.

Dans le boyau Warwick, je commence à m’interroger sur les raisons de ma solitude. Et si ce n’est pas la bonne entrée ? Mais j’ai peur que si je bouge je vais perdre ma place si durement occupée. Les agents de sécurité commencent à faire entrer les avocats et les employés de la Criminal Court dans l’entrée principale. Vers 8h20 je vais voir l’un d’entre eux et je lui demande si pour l’audience de Julian Assange c’est bien ici. Il me répond : « oui, ne bougez pas. C’est bien l’entrée du public. Mais il y aura très peu de places à cause du Covid. Seule la famille sera autorisée ». Je suis obligée de faire confiance à l’homme car je n’ai pas le choix.

Je n’en peux plus du froid et de la fatigue. Qui sera donc la « famille » de Julian Assange ? Stella Morris va -t-elle faire office de « famille » ici ou bien « d’avocate » dans la salle d’audience ? Vers 8h45 heures une militante âgée que j’ai vue à la Westminster vient me saluer et me propose de m’apporter un café. J’ai tellement froid que j’accepte de bonne grâce sans lui poser de questions ou sont les autres, Greekemmy, Deepa, Rebecca Vincent. Deux femmes inconnues se placent derrière moi et me demandent si c’est bien ici qu’on doit attendre pour l’audience d’Assange. Je ne peux que leur répéter les informations reçues par l’agent de sécurité. La vieille dame obligeante revient avec deux cafés. Je bois le mien, mais je lui demande néanmoins si elle peut demander à l’entrée si les règles n’ont pas changé et que la porte d’entrée du procès n’est pas au Nord plutôt qu’au sud du bâtiment. C’est impossible en effet d’être seule aussi longtemps, avec 25 jugés il y aurait sûrement eu des familles ou des témoins qui devraient attendre avec moi comme ce fut en septembre. A 9 heures les portes du tribunal s’ouvrent, il y a un mouvement dans la rue.

Alors la lourde porte en bois s’ouvre devant moi et un agent de sécurité apparait. Le procès Assange ? « Mais Madame, c’est porte 2, au nord du tribunal, pas ici ». J’ai été grugée, y compris et surtout par ces « militants » qui me voyaient attendre au mauvais endroit depuis 6 heures du matin et ne m’ont rien dit. Je suis décontenancée, mais ce sont les risques de militer en milieu hostile. Autour de l’affaire Assange j’ai rencontré très peu de gens honnêtes et beaucoup de menteurs, de manipulateurs et mêmes des violents. Je sais que je ne pouvais pas m’attendre à rien de mieux. Mais le coup du café offert pour endormir ma méfiance et me faire perdre du temps c’est le summum de la duplicité surtout que la femme s’est éclipsée une fois sa mission accomplie et que je ne l’ai plus jamais revue. Pas le temps à perdre, je m’en vais et je traverse le tohu-bohu des caméras dans la rue direction le bâtiment 1907 de la Old Bailey. Celui qui était si illuminé la veille. J’aurais dû y penser, être cohérente dans la logique. Mais il ne faut pas oublier que j’ai derrière moi le voyage difficile en temps de règne covid alors que ces gens-là sont sur place dans leur pays.

Effectivement, c’est à Newgate Street, autour d’une autre entrée que tout le monde attend ! Evidemment, en arrivant à 9h15 je ne suis pas la seule ! Greekemmy, Rebecca Vincent, Fidel Narvaez et Deepa Driver peuvent me toiser d’un air goguenard, cette fois ils m’ont bien eue ! Mais dans le procès Assange rien n’a été donné sur un lit de roses et en même temps il y a toujours eu des retournements de situation de dernière minute. Je ne me décourage donc pas et je reste coincée avec les autres entre les travaux dans la rue et la mur en pierres grises de la Old Bailey.

Entrée 2 ou a eu lieu la rencontre du 4 janvier 2021 ou j’ai vu Julian Assange en vidéo salle 4

Devant moi se presse une dizaine de personnes, mais nombreux sont ceux qui chauffent la place pour « plus important », je sais d’expérience qu’ils ne vont pas chercher à rentrer. Ils et elles n’ont pas vraiment de discussions politiques sur le procès d’Assange. Ils échangent sourires et nouvelles comme s’ils se retrouvaient au spectacle ou dans un travail de figurants. D’ailleurs certains assument ouvertement être comédiens de profession. Une jeune femme à l’air triste et fatiguée distribue gratuitement des tee-shirts avec « free Assange » peints à la main comme s’il fallait les écouler dans la journée. J’en prends un. Une agent de sécurité femme en blanc et bleu masquée de noir se tient dans l’embrasure de la porte ouverte. Elle demande la famille, mais il n’y a personne, plus exactement il n’y a pas de John Shipton, il n’est pas venu. Cinq minutes plus tard tout le monde se pousse pour laisser passer Craig Murray qui fait office de « famille de Julian Assange ». Je m’énerve toujours quand cet homme est présenté comme la « famille » d’Assange car aucun lien de parenté n’a été prouvé entre eux jusqu’à présent. Il n’a pas non plus été prouvé qu’Assange souhaite la présence de cet homme comme seul « soutien familial » car à la Woolwich Court en 4 jours de débats Julian Assange n’a pas salué une seule fois ni fait un signe de tête à Craig Murray. En plus voir Craig Murray écrire des rapports fictifs chaque jour des audiences alors qu’il n’a même pas un stylo et ne prend pas de notes, cette réalité que j’ai vu de mes yeux m’énerve prodigieusement. Comme il n’est pas possible de retenir autant de détails d’un procès au quotidien dans sa mémoire et d’écrire tous les jours pendant 1 mois sans avoir aucune note, il est évident que le script de ces articles est écrit à l’avance, soit par lui-même soit par d’autres storytellers. Qui décide et pourquoi a-t-il la primauté de rentrer ici en tant que FAMILLE sans jamais faire la queue ? Je repose la question une n-ième fois en 1 an et demi !

Cette fois non plus Craig Murray n’a ni sac, ni cahier ni stylo, ni manteau comme s’il sortait directement d’un appartement mais il entre dans la Old Bailey le premier, suivi de Deepa, de Narvaez, de Rebecca Vincent et d’un jeune que je ne connais pas. Greekemmy reste dehors et fait des photos souvenirs avec ses amis. Comme tout le monde se regroupe autour d’elle, il n’y a plus aucun obstacle entre moi et l’agent de sécurité de la porte. Je parlemente : je suis d’une association de défense des droits de l’homme, je suis ici comme observer, je suis toujours venue au procès, j’attends ici depuis 6 heures du matin dans le froid, les agents de la porte principale se sont trompés et m’ont certifié que je devais attendre Passage Warwick et j’y ait attendu 4 heures… Pourquoi seulement une place pour la famille et 4 places pour le public alors qu’on sait que les galeries du public ont 40 places, je l’ai vu en septembre ? La femme n’a pas l’air de sourire, on ne voit rien avec le masque et la diplomatie est très difficile quand on ne voit plus le visage de son interlocuteur. Moi je porte le masque sur le menton pour signifier mon respect des règles, mais je lui montre aussi mon visage pour qu’elle y lise ma fatigue mais aussi l’absence d’hostilité. Elle me répond que oui, c’est à cause du covid qu’il y a si peu de places, mais elle ne me dit pas de partir. Quand je lui demande pourquoi les associations des droits de l’homme ne peuvent être accréditées au tribunal et qui décide de ce refus, elle me dit : « allez voir le juge ».

J’objecte « Mais le juge qui juge Julian Assange n’est pas un juge de la Central Criminal Court. La Old Bailey ne répond pas à nos lettres, ce qui est logique puisque ce n’est pas la Central Criminal Court qui juge Assange. Vous n’avez en tant qu’institution rien à voir avec ce procès, je le sais. Mais le juge d’Assange ne répond jamais à aucune requête parce qu’elle n’a pas de mail en tant que juge. La Westminster Court ou elle est censée siéger nous répond que ce ne sont pas eux qui organisent le procès ici. Alors, qui décide de ce qui se passe dans votre institution » ?

La femme parait gênée mais ne répond pas. Je vois alors Elliot et Esther Shipton, la femme du frère de John Shipton et le fils de ce couple arriver devant la porte. Ils avaient été les privilégiés qui pouvaient observer Assange en personne salle 10 en septembre. Cette fois, sans John Shipton, ils se font sans ménagement refouler par l’agente. Visiblement ils ne sont plus la famille. Maigre satisfaction pour moi que de voir les autres ne pas pouvoir entrer. Un journaliste inconnu se pointe devant moi devant la caméra. Je suis tellement excédée que je déverse ma bile dans sa caméra peut être imprudemment. Je dis que ce procès est un fake, que Julian Assange n’est pas jugé par la Criminal Court, qu’on ne sait pas qui loue la Old Bailey historique pour le spectacle, mais que c’est une honte d’utiliser les institutions d’un Etat souverain pour s’amuser ainsi. Qui est le juge ? Vanessa Baraitser n’a aucune existence sociale, n’apparait sur aucun document officiel ni ici à la Criminal Court même pas de la Westminster Court ou elle est censée être Magistrate, c’est une honte que les associations de droits de l’homme ne puissent pas voir le procès et surtout voir l’état d’Assange alors que tant de menaces pèsent sur sa santé. On revient au Moyen Age et le covid a bon dos dans l’installation de la dictature, à moins qu’on ne soit jamais ici sorti du Moyen Age…Bref, je dis une partie de ce que nous avons analysé dans notre Plainte Internationale de Wikijustice et notre 14ème demande de libération qui vient de partir[9].

Je sens la jeune femme gardienne de l’entrée de plus en plus embarrassée, mais ma tirade ne lui est pas adressée, elle reste impassible. Il est 10h30 environ quand une jeune femme brune s’approche de moi et demande si c’est bien là le procès de Julian Assange. Les autres mangent leur pique-nique, nous sommes donc seules devant la porte. Elle s’appelle Ellie, est sociologue et elle est une Grecque vivant ici. Je suis contente de voir quelqu’un arriver par les réseaux militants grecs que nous avons bougé grâce à Anastasia Politi et ses amis de Greeks for Assange. Nous discutons en Grec et nous avons tout le temps pour sympathiser. Je lui raconte mon expérience des audiences depuis le 20 septembre 2019 en passant par le 21 octobre 2019, le 13 janvier, la dernière semaine de février à la Woolwich Court et le 9 septembre – toutes les fois que j’ai pu voir Julian Assange en chair et en os. Nous discutons du précédent que cette extradition fait peser sur ceux qui refusent les bases américaines dans nos pays. Nous avons aussi tout le loisir de discuter de ce qu’est un Etat mafieux et un système policier et juridique corrompus et pervertis : je lui raconte mon militantisme en Grèce depuis 2005 et les Forums Sociaux, mes activités syndicales à Santorin et la répression que j’y ai subi avec le procès -cabale de 2009 à 2013. Et je rappelle l’attentat sur Konstantina Kouneva vitriolée en décembre 2008 par la mafia des exploiteurs proches du pouvoir suite à nos actions pour les droits des travailleurs issus de l’Europe de l’Est.

Santorin 2008 – Ile Grecque ou j’ai travaillé et ou j’ai été réprimée pour activités syndicales

Je me sens plus forte n’étant plus seule et j’ai repris espoir. Après tout si quelqu’un sort je peux peut-être entrer… Il est 11 heures à peu près (je n’ai ni montre ni téléphone car ils sont interdits dans la Old Bailey) lorsque Craig Murray sort, immédiatement entouré des militants. C’est lui qui nous annonce la nouvelle de la non-extradition. Mais ce n’est pas très clair dans sa bouche et avec le masque c’est encore plus dur pour moi. J’ai plutôt l’impression qu’il dit que Baraitser n’a pas accepté les arguments politiques touchant à la liberté d’expression, le stress reste donc de mise, je suis prête à tout. Murray a été bien obligé de descendre dire la nouvelle aux militants car il n’a pas de portable (et toujours pas de stylo…). Il repart à l’intérieur et nous restons avec Ellie à nous interroger sur le sens de cela. Elle a un portable et cherche une solution pour le cacher quelque part ou le confier à quelqu’un. Malheureusement de là ou nous sommes, loin de la manifestation devant la porte centrale, je ne peux voir si mes amis sont venus. Nous continuons donc nos discussions en Grec et cela me fait plaisir de me replonger dans la langue de ce pays que j’ai aimé et qui a tant compté pour moi politiquement et personnellement. Les souvenirs du bleu la Mer Grecque et les projets me font tenir ici dans ce froid du Nord. Je pense à comment retrouver notre Liberté sachant qu’en Grèce aussi le régime a imposé le couvre-feu, pour la première fois depuis 1976 et les colonels. Seule la Crète ne respecterait pas ces « mesures covid » et comme toujours se révolte la première.

A 12h25 coup de théâtre : Fidel Narvaez et Rebecca Vincent sortent. Ma patience est récompensée : je peux entrer. Je fonce dans l’escalier sombre qui ressemble à celui du Warwick passage. Quelques marches plus haut, il faut enfermer son sac dans un détecteur de métaux, jeter la nourriture et les bouteilles dans une poubelle, ouvrir les manteaux… L’agent de sécurité qui inspecte mes affaires est le grand homme aux cheveux blancs qui officiait au Passage Warwick et était de service le jour où j’ai vu subrepticement Assange dans salle 10… Il me connait, je le salue, je me rappelle à son souvenir.

C’est plus rapide qu’en septembre, je suis libérée et je peux courir dans l’escalier sombre jusqu’au 4ème étage, un espèce de grand vestibule avec des fenêtres qui paraissent hautes vues de l’extérieur mais en réalité sont les plus petites de celles qui donnent sur la rue – et elles étaient illuminées la veille. Cet espace rappelle les écoles du 19 siècle comme Paris en est plein : hauts murs, grandes fenêtres, plafond lointain, meubles en bois sombre massif, ambiance feutrée et couloirs austères. Je poursuis dans le couloir longeant des portes des salles 2 et 4. Dans laquelle se trouve Julian Assange ?

Deux agents de sécurité travaillent devant la salle 4. Le premier, un homme âgé sympathique, me dit que c’est la pause et il m’invite à attendre dans le vestibule. Il viendra nous chercher. Je m’assieds sur un banc devant une table dans la salle d’attente quand arrive Ellie. Nous reprenons nos discussions, alors que Deepa et Craig Murray discutent de leur côté. Je ne comprends hélas pas beaucoup de ce que dit Craig Murray alors qu’il est le seul témoin oculaire de la salle 2. A cette heure il est confirmé que Julian Assange ne sera pas extradé mais non pas parce qu’il est un prisonnier politique, mais du fait de son «état psychiatrique » suite aux « rapports médicaux produits par les experts en septembre ».

C’est tout ce que nous craignons : que les pseudo expertises de psychiatres dont l’indépendance à l’égard du système royal comme à l’égard du système américain n’est pas certaine, conduisent Assange tout droit à réclusion dans un hôpital psychiatrique ou nous ne le verrons jamais plus. Cela me révulse d’autant plus que lorsque Wikijustice alertait en octobre, novembre, décembre 2019 et janvier 2020 sur les traces de torture que Julian Assange a visiblement subie en captivité, et que nous avons écrit 3 rapports médicaux et exigé un rapport médical indépendant, ni les avocats ni les militants n’avaient réagi favorablement. Ils étaient tous arc-boutés sur la fable de la « méchante prison Belmarsh » et convaincus « qu’on ne peut rien faire » tandis que Gareth Peirce se plaignait de « ne pas pouvoir rendre visite à son client ». Pendant ce temps le système qui maintient Assange en captivité faisait venir des psychiatres américains pour l’examiner, qui sait si ce n’était pas contre son gré[10]Le grande révolte que Juliana Assange a montré le 26 et 27 février à la Woolwich Court nous rappelle qu’il n’est pas prouvé qu’il soit en accord avec cette stratégie de psychiatrisation de sa personne imposée par les avocats (et les bailleurs de fonds des avocats, Courage Corp et Wau Holland Stiftung ?)

Nous attendons encore un quart d’heure lorsqu’arrive Georgia, celle qui présente à toutes les audiences et qui passe toujours. Elle nous demande si Rebecca Vincent est là et vérifie pourquoi nous avons si froid : il n’y a pas de chauffage dans l’auguste tribunal. Je me rappelle la clim détestable qui crachait un air vicié sur nous de l’autre côté, salle 9 et 10. Enfin c’est le signal vers 12h50. L’agent de sécurité vient nous chercher et ouvre la porte de la salle 2 pour Craig Murray. Assange est donc là, je tends le cou, mais je ne peux rien voir. Je dois me contenter de la salle 4, et ce n’est pas si mal. Nous nous retrouvons à 4 personnes dispersées sur le balcon aux sièges de cuir vert posés sur des bancs marrons comme dans un théâtre du 19 siècle. Ellie est assise juste un rang au-dessus de moi et ensemble nous nous transmettons les informations capitales. En contrebas la salle est grande et dotée de 4 hauts fauteuils de juges sur une estrade. Ils sont vides et un bric à brac informatique parsème les tables de l’estrade. En bas de l’estrade le mobilier de la salle est composé de 4 rangées de tables disposées en rang comme dans une école. C’est très différent d’un décor de cour de justice européenne. Le box des accusés est une petite estrade vide à droite. Il y a 50 places mais seuls 10 personnes, prétendument des journalistes, sont assises dispersées devant les tables à raison de 3 ou 4 par rangée. Je note leur emplacement. Ce sont surtout des jeunes femmes aux longs cheveux blonds que je n’ai jamais vues dans les salles ni de la Westminster, ni de la Woolwich ni même ici en septembre. Il n’y a pas de têtes connues, ni de politiques comme la députée allemande Heike Hänsel et s’il y a des diplomates allemands ce ne sont pas les mêmes qu’en septembre.

On dirait des figurants ou des stagiaires. Ils regardent l’écran où se joue la tragédie politique du siècle impassibles, sans aucune émotion. Comme s’ils assistaient à la présentation d’un « cas » d’étude pour leur école. Deux hommes aux cheveux gris au look plus décontracté ressemblent plus à des journalistes et sont assis dans la rangée de gauche face aux jeunes filles qui fixent l’écran au-dessus d’elles. Je peux regarder l’écran placé au-dessus de l’estrade des juges en face de moi. Il est assez grand mais divisé en deux parties : sur la partie de droite apparait la tête de Mark Summers qui parle d’un bureau plein de dossiers. Summers n’est donc pas physiquement présent à la Old Bailey. Côté gauche on distingue une salle similaire à celle-ci : c’est la retransmission de la salle 2. Mais on n’y voit pas Assange. En effet, la caméra filme sous un drôle d’angle : elle montre des tables au milieu et deux rangées de hauts fauteuils en quinconce. Sur la rangée de droite je vois des personnes, peut-être Baraitser, sur la rangée de gauche c’est rempli aussi mais je ne peux distinguer que ceux que je connais déjà : Clair Dobbin grâce à ses longs cheveux blonds. Je crois reconnaitre Fitzgerald à côté de Dobbin  mais l’image est assez lointaine. D’ailleurs je reconnais plus la voix de Baraitser que je ne reconnais sa silhouette.

Fitzgerald se lève, puis c’est au tour de Dobbin, Baraitser parle de l’extradition Act de 2003, puis l’avocat cite des « section 1-3-4 ». L’ambiance est détendue, familière, comme après un travail ou on aurait fait un « good job ». Summers parle à l’écran mais il a curieusement la voix bégayante de Fitzgerald. Je ne sais pas si je dois me concentrer sur les débats ou guetter le moment ou enfin, peut-être, la caméra va montrer Assange. Est-il seulement là ? Aucune photo de lui n’a été publiée depuis 1 an, le 13 janvier 2020, depuis la photo faite dans le fameux van de Serco à la sortie de la Westminster où il avait croisé le regard pendant 1 heure avec la présidente de Wikijustice Véronique Pidancet-Barrière entrée en tant que journaliste avec une carte de presse[11] Son visage reste toujours gravé dans ma mémoire, mais je ne peux pas imprimer cette image et je ne suis pas assez bonne dessinatrice pour recomposer ce que j’ai dans ma tête. Très dommage car je ne peux que vous livrer ce témoignage si imparfait…

L’ambiance est tellement détendue dans la pièce feutrée qu’on voit Mark Summers boire son café chez lui pendant que Clair Dobbin et Baraitser discutent des « coûts du procès ». Je sursaute : on ne va quand même pas faire payer à Assange les coûts de sa répression ! C’est la Couronne britannique qui a accepté de le poursuivre sur la base du Mandat d’Arrêt Européen et du Traité d’Extradition, qu’ils se débrouillent pour payer leurs salles de location à la Old Bailey ! Soudain, j’entends Baraitser s’adresser à Assange, elle parle de « remand in custody » jusqu’au 6 janvier, et que l’« application for bail », la demande de libération sous caution sera examinée. Enfin quelqu’un a fait une demande de libération ! Mais pourquoi sous caution ?! Julian Assange n’est PLUS poursuivi, il devrait tout de suite sortir LIBRE PAR LA GRANDE PORTE !

Pourquoi est-il encore enfermé ? Ce n’est pas légal ! La demande d’extradition rejetée, il n’y a AUCUNE RAISON de maintenir un homme en détention : c’est de la détention arbitraire, de la prise d’otage en fait. Le « remand in custody » ne s’applique qu’au justiciable en attente de procès, or ici il n’y a PLUS de procès ! La procédure d’extradition qui n’est pas un procès EST FINIE ! Et la partie adverse ne peut faire appel car ce n’est pas prévu par le traité d’extradition ! La seule chose que la partie adverse peut faire, c’est refaire une autre demande d’extradition et passer par la voie diplomatique comme il se doit !

ASSANGE EST UN HOMME LIBRE DE DROIT. IL DEVRAIT L’ETRE DE FAIT

Il devrait sortir de ce bunker, descendre de ce foutu box et sortir dans la rue Old Bailey… Il devrait pouvoir parler lui-même aux médias au lieu que des personnes autoproclamées épouse ou amis parlent à sa place. On devrait pouvoir lui parler et lui proposer notre aide pour un séjour chez nos amis en Angleterre, en France ou ailleurs. D’ailleurs, à l’issue du verdict la cour devrait lui restituer son passeport et tous ses documents pour qu’il puisse retrouver sa dignité de citoyen. Mais je me demande si Julian Assange a un jour possédé les attributs de citoyens que sont une carte d’identité, un passeport. Personne d’ailleurs ne songe à réclamer que le système les lui rende, comme si c’était déjà normal qu’il soit un prisonnier de guerre dans un régime moyenâgeux. Il n’est pas coupable, mais il reste captif. Comme on s’habitue vite à l’intolérable viol des libertés, depuis 2 ans nous en avons le spectacle terrifiant.

Soudain, alors qu’un brouhaha est perceptible à l’écran, signe que la rencontre est finie, la caméra zoome sur le côté gauche de la salle 2 et montre…. Assange ! Elle le montre même de près et assez longuement. Je suis assise à 10 mètres de l’écran mais j’arrive à bien le voir. Ellie me désigne d’ailleurs l’écran toute en émotion et commente ce qu’elle voit. On n’est jamais de trop ici pour croiser nos impressions. La caméra montre Julian Assange de côté : il est assis derrière une barrière en bois mais je ne vois pas de box en verre. Il porte un costume gris et un gros cache-col bleu foncé ou noir autour du cou, le genre de gros châle dont on a besoin quand on a froid. Et il fait froid dans ces murs et il est frileux, je l’ai déjà vu avec des pulls en plein été. Il a les cheveux mi-longs comme en 2009 et j’ai l’impression que son visage est glabre et qu’il ne porte pas de lunettes. Comme je ne peux pas distinguer les traits de son visage, je me concentre sur ses gestes. D’abord il est assis et se penche en avant pour parler à quelqu’un. Je vois Baltazar Garzon ! Garzon est bien un chef décisionnaire dans cette cérémonie mais comment fait-il pour siéger dans un tribunal britannique alors qu’il n’est ni avocat ni juge en Grande Bretagne et que le Brexit prononcé, les règlements européens éventuels ne s’appliquent plus automatiquement ?

Julian Assange en 2011. Faute de pouvoir faire une photo le 4 janvier dernier, je choisis des photos anciennes ou l’expression de son visage ressemble à celle que j’ai vue à la Old Bailey

En tout cas, Garzon est la personne la plus importante qui décide de la suite car Assange lui parle longuement après le verdict. Mais il ne lui serre pas la main comme dans les moments dramatiques à la Woolwich Court en février 2020, il n’y a pas d’effusion d’émotion. Visiblement le verdict était déjà connu, d’ailleurs le jugement est publié dans la foulée sur internet et il est évident que la juge Baraitser n’a pas rédigé les 110 pages dans la nuit mais que c’était connu et prêt bien à l’avance[12].

L’attitude de Julian Assange, sa gestuelle gracieuse est la même que celle de l’homme que j’ai vu 8 fois en vrai et 13 fois en video. Je l’ai vu 45 minutes le 21 octobre et le 13 janvier, des heures entières en février 2020 et puis de façon très fugace le 20 décembre 2019 et le 9 septembre 2020. Je constate qu’il a l’air à l’aise, il est plutôt solide, pas trop amaigri. Il n’a pas l’air d’un psychotique autiste qui ne comprendrait pas ce qui se passe. Cette psychiatrisation est vraiment abusive. D’ailleurs, alors que je me demande comment faire, une fois que je l’ai vu pour qu’il me voit, Julian Assange se lève et se tourne face à la caméra. Il est grand, mais un peu voûté, comme le 21 octobre 2019 et le 9 septembre dernier. Il se tourne avec grâce vers nous comme un danseur vers son public. Comme quand il nous a salué à sa sortie du spectacle le 27 février dernier jour de la Woolwich Court. J’ai l’impression qu’il sait qu’on est là, fidèles contre vents et marées, c’est le cas de le dire… J’ai baissé mon masque au cas où il aurait quand même une possibilité de voir la galerie du public maintenant ou en différé et qu’il puisse reconnaitre mon visage ou mon costume violet.

C’est fini et l’agent de sécurité vient nous chercher. J’envoie Ellie lui parler pendant que je reste scruter Assange : je ne pars pas tant qu’il est là ou qu’on ne m’ait pas virée. La caméra continue de le montrer, alors que les spectateurs en contrebas quittent les lieux. Enfin, à regret, je me décide à me lever… Nous discutons avec l’agent de sécurité. L’homme parait aussi remonté contre ce procès que nous. Je lui demande si l’audience du 6 sera ici ou à la Westminster Court. Il me répond, véhément « Madame, ce sera certainement à la Westminster Magistrate Court ! Nous n’avons rien à voir avec ce procès ! Nous, on s’occupe de terroristes ici ! Ce n’est pas notre rôle de décider des extraditions ! » Il est blessé dans sa dignité d’honnête travailleur à qui on demande de servir de garde-chiourme pour emprisonner des journalistes. J’engage la conversation. Je lui dis que nous savons que la Old Bailey et ses juges jugent de vrais criminels et pas des citoyens coupables de rien sinon de publier des informations et qui ne devrait à aucun moment être emprisonnés. Mais qui dirige, qui organise vraiment le procès de Julian Assange ? Qui impose ce spectacle dans les augustes murs de la Criminal Court ? L’homme ne me le dira pas, mais il répète avec force que son institution n’y est pour rien dans la situation de Julian Assange. Ce n’est pas elle qui l’emprisonne. Je lui redis que selon la Loi Assange devrait sortir libre d’ici à la minute ou le refus d’extradition a été prononcé….

Il approuve et cela rend son refus de participer à la mascarade d’autant plus authentique. Nous lui expliquons, moi la Polonaise, Ellie la Grecque à quel point nous craignons pour nous et pour nos amis de lutte dans nos pays si ce dangereux précédents d’extradition pour opinion politique venait à être imposé. Il nous écoute et aimablement nous prenons congé de lui et de son collègue, un véritable policier armé (nous nous occupons de terroristes ici, Madame, de vrais…- nous a-t-il encore répété à la fin…). Je sors exténuée en marchant dans les longs couloirs austères. Dehors il fait toujours aussi froid mais c’est la liesse. 400 photographes et reporters encerclent on ne voit pas trop qui, Stella Morris ou Hrafnsson. Nous cherchons le militant qui a gardé le portable de Ellie et nous retrouvons nos amis français et anglais dans la manifestation pleine de joie. Mais Julian Assange reste enfermé. L’espoir de le voir sortir après-demain sous caution est terni par ce déni de justice évident qu’un homme innocent, qui n’est plus poursuivi par personne, est toujours maintenu en captivité illégalement. Sous le prétexte storytellé d’un appel qui n’existe pas dans les textes juridiques.

Nous prenons un grand café chaud dans un seul Starbucks ouvert d’où les employés nous chassent sans ménagement : les fameuses Covid Rules ! Plus forte que la Loi et les Droits de l’Homme ! La nouvelle norme sociale et politique des multinationales ! Je suis épuisée, je dois faire mon rapport. Je prends congé de mes amis et je rentre à l’hôtel. Il faut me préparer à rejoindre la Westminster Court pour une ultime bataille. Mais j’ai vu Julian Assange. Il est vivant et parait bien portant. C’est tellement essentiel.


[1] https://www.facebook.com/CoordRATPSNCF/posts/141151180777677

https://www.facebook.com/RevolutionPermanente.fr/videos/430499884409927/

[2] https://www.facebook.com/groups/515096986022028

https://www.facebook.com/groups/515096986022028/permalink/761277734737284

https://meet.jit.si/securefreespeechsecureourfreedom?fbclid=IwAR0rHxo9smrEhSkN7Dw8V1ZBtW06Voo6swHM7vLYFycPEaq12FPRciQAd50

[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Prison_de_Newgate

https://www.alamyimages.fr/photos-images/newgate-prison-london.html

www.victorianweb.org/art/architecture/london/63.html

[4] https://fr.wikipedia.org/wiki/Oscar_Wilde

[5] https://en.wikipedia.org/wiki/High_commissioner

[6]https://www.euroweeklynews.com/2019/12/03/english-news-second-terrorist-back-behind-bars-as-police-review-license-conditions/

[7] https://www.bbc.com/news/uk-41445444

https://www.newsshopper.co.uk/news/15556500.alleged-kidnapping-of-coulsdon-model-could-be-a-sham-claims-a-lawyer/

[8] https://drive.google.com/file/d/1rCPKk9vdY29H_kaHjqeClvJtQ62_cw7W/view

[9] https://drive.google.com/file/d/1rCPKk9vdY29H_kaHjqeClvJtQ62_cw7W/view?usp=drive_web

[10] https://www.judiciary.uk/wp-content/uploads/2021/01/USA-v-Assange-judgment-040121.pdf

Page 100 à 110

[11] https://www.linkedin.com/pulse/audience-du-13012020-face-à-avec-julian-assange-véronique/

https://vk.com/@430817373-13012020-hearing-face-to-face-with-julian-assange

[12] https://www.judiciary.uk/wp-content/uploads/2021/01/USA-v-Assange-judgment-040121.pdf

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