Julian Assange le 19 février 2020 à la Westminster Magistrate Court – Le storytelling à l’épreuve de la réalité du tribunal

Monika Karbowska

Julian Assange, date indéterminée, 2008, 2009, 2010?

Dixième voyage à Londres pour assister à une audience préparatoire du procès de Julian Assange. D’aucun me disait que puisque le « grand procès » commence avec force médiatisation lundi prochain, cela ne vaut pas la peine de m’épuiser dans ces voyages express. Effectivement, fatiguée je peux l’être par cette incessante bataille pour organiser et financer le voyage et le séjour, dormir dans le Flixbus inconfortable sans oublier l’incertitude perpétuelle de ne pas savoir si j’aurai accès à la salle du tribunal en tant que public. Mais chaque audience est la seule occasion de voir Julian Assange, de témoigner inlassablement de son état, de marquer par notre présence le refus de le voir emmuré dans les oubliettes de l’indifférence. Rien ne vaut d’affronter la réalité brute du tribunal pour me rendre compte des illusions du storytelling médiatique, toujours plus invraisemblable en ce qui concerne la situation de Julian Assange.

Cette fois ci, c’est encore pire : mon bus a 4 heures de retard. Sans explication plausible autre qu’une grève perlée, plusieurs ferries de la ligne Calais Douvres sont annulés dans la nuit du 18 au 19 février. Lorsque notre bus franchit enfin le channel et fonce vers Londres, je sais déjà que je serai trop tard au tribunal. Arrivé vers 7 heures en banlieue, le bus se perd dans les embouteillages matinaux de la capitale. Je suis nerveuse, mais résignée à lâcher prise car je sais que dans cette affaire tout peut arriver. En effet, surprise : à 7 heures 30, mon ami John me communique la nouvelle au téléphone : depuis la veille la rumeur court que le tribunal aurait reporté l’audience de Julian Assange à l’après-midi. Mais comme plus personne ne fait confiance aux annonces du tribunal, les militants attendent. Il est dommage que les avocats n’aient pas pris la peine de nous avertir de ce changement d’horaire. Dès ma sortie à Victoria Station, je cours vers le métro. Il est 9h30 lorsque j’arrive à la Westminster Court, la porte est déjà ouverte. Le nom de Julian Assange se trouve comme d’habitude en tête de liste de 25 noms de Polonais et Roumains à extrader ce jour.

Je retrouve les militants et des journalistes dispersés dans la salle d’attente. Je salue les amis et connaissances. Finalement, au bout de ces longs mois passés ici, nous formons une espèce de « famille de cœur » de Julian Assange présente ici au cœur de la tourmente contre vents et marées, malgré nos différences. L’ambiance est plus chaleureuse lorsqu’aucun « garde chiourme » officiel ne vient contrôler nos conversations. Nous échangeons des remarques sceptiques sur la décision de tribunal. Quelle en est la vraie raison? Un homme âgé est bouleversé car il a voyagé la nuit du nord de l’Angleterre pour assister à l’audience et ne pourra pas rester l’après-midi. John le réconforte. Je réponds aux questions d’une journaliste de Sputnik au sujet de la stratégie de Wikijustice. Nous discutons aussi de la menace qui plane sur nous que le tribunal de la Belmarsh Magistrate Court ne laisse pas entrer librement le public la semaine prochaine lors du « full extradition hearing ». Lorsqu’à 10h, le secrétaire sort de la salle 3 et nous annonce que l’audience de Monsieur Julian Assange est reportée à 15h15 personne ne le croit. Tout le monde reste à attendre, nous nous relayons au guichet d’information ou l’employée agacée refuse de nous répondre. Le secrétaire doit s’y prendre à plusieurs fois pour nous convaincre qu’il dit la vérité.

A 10h30 passé, nous nous résignons à partir attendre au « café des avocats » et nous y restons plusieurs heures. Un peu avant 13 heures, je décide de revenir dans la salle d’attente du tribunal. Je ne veux pas perdre ma place dans la file après avoir fait un voyage 12 heures. Vers 14 heures, l’espace se remplit. Les journalistes sont de retour, je remarque la présence de Naomi Colvin tout comme l’absence de « Greekeemmy ». Je sais l’importance de la conférence de presse de Paris le lendemain, je me dis que les « proches officiels » sont en train de la préparer. Finalement, 14 journalistes seront présents devant la porte et 11 pourront entrer avec une carte d’accréditation. La plupart d’entre eux sont les mêmes que lors des audiences précédentes. Devant la porte, se tiennent deux hommes anglais que je croyais journalistes, et qui finalement seront les premiers à prendre place parmi le public. A leur allure et leurs conversations politiques, je comprends qu’ils peuvent être des militants de gauche. Nous formons une file serrée devant la porte derrière laquelle se déroulent les audiences des 4 derniers accusés de la liste, slovaque, polonais, lithuanien. Le tribunal sera vide lorsque le cas Julian Assange sera abordé.

Naomi Colvin et Mc MacGrath en tant que journalistes au Center for Investigative Journalisme en 2017

Un peu avant 15 heures, arrivent Gareth Peirce et Edward Fitzgerald. Je vois le jeune MC MacGrath pareillement, tout de noir vêtu, se joindre à eux. Côté accusation, je remarque la collaboratrice de Clair Dobbin mais pas cette dernière. Les agents de sécurité de Mitie sont accompagnés d’une grande femme à l’air sévère portant un uniforme de police. Elle vérifiera que nos portables sont bien éteints à l’entrée de la salle et nous surveillera dans le box. Est-ce l’effet de nos éclats émotionnels sur les fins d’audiences ou de nos critiques à l’endroit des passes-droit que la société Mitie octroie à certains « officiels » au détriment d’autres ? Peut-être les deux. Cependant, c’est toujours le manager de Mitie qui gère les entrées. A 15h10 nous nous retrouvons dans le box du public. Je suis contrainte de m’assoir trop au fond ce qui m’empêchera de bien voir Julian sur l’écran de droite. Mais je ne peux pas faire autrement.

Les avocats sont vite en place, mais Mc McGrath est gratifié du nom de « scholar » (étudiant ? chercheur ? stagiaire ?) par le secrétaire et doit s’assoir au dernier rang. L’accusation est représentée par un homme, jeune et roux, différent du procureur du 19 décembre. Dès 15h12, alors que la juge n’est pas encore là, le secrétaire prend la télécommande et appelle « officer, Belmarsh please». L’écran s’allume sur une pièce aux murs sombres, au centre deux fauteuils, sombres également, noirs ou violets. Derrière les fauteuils est suspendu un grand panneau « HMP Belmarsh » et au fond se trouve une porte. Nous apercevons un court instant un gardien costaud vêtu d’un uniforme noir. Le secrétaire lui dit d’amener « Monsieur Assange ». L’homme sort et peut après on voit la silhouette de Julian Assange apparaitre dans l’embrasure de la porte. Comme toujours, je suis saisie par l’émotion et donc je ne remarque pas que le gardien le suit dans le box.

Julian Assange porte un pantalon de jogging noir, un pull beige et une chemise blanche avec le col sorti sur le pull. Il a les cheveux correctement coupés et coiffés, il est rasé. Il porte des lunettes qu’il met sur sa tête en serre tête. J’ai l’impression qu’il est moins amaigri qu’il y a un mois mais peut être le jogging dissimule-t-il sa vraie corpulence. Son visage parait moins émacié, plus rond, et ses traits moins creusés, mais peut être est ce juste l’effet de la caméra qui le film de plus près. Je distingue son expression triste, un air absent mais je ne peux pas en dire plus car je me trouve trop loin de l’écran. Par contre, je suis sûre de voir sa démarche mal assurée. On dirait qu’il boite en entrant dans le box, d’autant plus qu’il porte des deux mains un gros classeur rempli de feuilles blanches. Lorsqu’il s’assied, il pose d’abord le classeur sur ses genoux, ses mains à plats dessus et ne bouge plus. Il reste ainsi immobile quelques longues Puis, il pose sa jambe gauche sur son genou droit, penche un peu vers la gauche. Ainsi, il cale le lourd classeur sur ses genoux, il l’ouvre lentement et commence à lire la page de gauche. Il reste au moins 5 minutes ainsi, il ne lève pas la tête, ne regarde pas la cour, ni ses avocats, ni la juge lorsqu’elle entre. Ses avocats non plus ne le saluent pas, ce qui n’en finira jamais de m’étonner, alors que le storytelling officiel, notamment lors de la conférence de presse de Paris, du jeudi 20 février, fait état d’un branle-bas de combat d’une «équipe internationale » de pointures de barreaux français, espagnols, anglais, belges qu’il est censé diriger.

Il faut dire que parfois les contradictions du storytelling prennent des accents surréalistes. Par exemple tout l’automne et l’hiver, j’ai entendu Gareth Peirce, ici même, se plaindre de ne jamais pouvoir voir son client. A Paris, le 20 février, j’apprends que le talentueux français Dupont Moretti a réussi en un tournemain ce que la pauvre Britannique n’arrivait pas à obtenir : alors qu’il n’a jamais été l’avocat de Julian Assange, qu’il ne fait pas partie de ses proches, il a pu effectuer une visite de 3 heures à la prison de Belmarsh en ayant à peine attendu 2 semaines pour la réserver ! Je pourrais pousser un « cocorico » nationaliste si je n’étais pas aussi sceptique au vu des contradictions du discours. De même, maitre Dupont Moretti décrit maintenant dans les médias la dure lutte qu’il mène pour obtenir le droit d’asile sur la base du fait que Julian Assange aurait séjourné en France de 2007 à 2010. La France exige de tous les ressortissants extra européens un contrat de travail pour obtenir une autorisation de travail, une carte de séjour et la sécurité sociale. Julian Assange a donc dû bénéficier de tout cela si son séjour était « légal ». Si cela est vrai, nul besoin alors de se lancer dans des procédures compliquées de demande d’asile, un simple renouvellement de la carte de séjour suffit !

Conférence de presse sur Julian Assange à Paris le 20 février 2020: Baltazar Garzon, Christophe Deloire et Maitre Dupont Moretti au centre

Loin de Paris, la réalité du tribunal londonien me montre un homme qui découvre son dossier à la veille de son procès. Et encore, je n’ai pas l’impression qu’il lit mais plutôt qu’il regarde distraitement, comme s’il était indifférent à tout ce charivari autour de lui. J’observe attentivement pour noter à quel moment il tourne les pages et essayer de déterminer s’il lit ou s’il est peut-être obligé de participer à une mise en scène destinée à nous faire croire qu’il a enfin accès à ses documents. En 45 minutes, Julian Assange tourne 4 pages et lève 3 ou 4 fois la tête pour regarder la cour avant de revenir au classeur. Lorsqu’il baisse la tête vers le classeur, il remet ses lunettes, pour voir la salle, il les enlève. Ce seront tous ses gestes. Une fois seulement, lorsque le procureur parle d’une fois forte, Julian Assange se frotte les doigts et les mains d’une contre l’autre d’un geste nerveux. Le reste du temps, il reste immobile, comme absent. Et cela ne choque personne dans l’assistance.

Véronique Pidancet Barrière Présidente de Wikijustice Julian Assange à la Conférence de Presse de Paris le 20 février 2020

La juge Baraitser entre à 15h25, nous nous levons mais Julian Assange reste assis derrière la caméra. Elle lui demande tout de suite de confirmer « your full name ». Il lui répond d’une voix claire et plus assurée que les dernières fois : « my name is Julian Assange 3 July 1971 ». Mais peut être est-ce aussi parce qu’ils ont augmenté le son…C’est tout ce qu’il dira. Encore une fois l’audience se déroule sans sa participation. L’audience sera composée d’un dialogue entre le jeune procureur, l’avocat Fitzgerald et la juge Baraitser. Le sujet est l’organisation du procès de la semaine prochaine. C’est donc un « case management hearing » auquel nous assistons. Comme les fois précédentes, je ne peux tout comprendre, je suis donc attentive à certaines expressions qui reviennent dans la conversation et que je pourrais compléter par mon débriefing post audience avec les amis et connaissances.

Générique de Collateral Murder

L’avocat Fitzgerald commence en remerciant la juge pour la réponse à un de ses mails. Il est alors question d’une « décision préliminaire » qui ne sera pas prise la semaine prochaine. Puis la juge dialogue avec le procureur au sujet du dépôt des « preuves ». Julian Assange lit toujours la première page du dossier, il remet ses lunettes, il penche maintenant vers la droite. Je n’ai pas l’impression qu’il écoute ou entende la cour. Je me demande alors, un peu désespérée, de quelles preuves peut donc disposer l’accusation ? Après tout, il n’y a pas de crime. De plus après avoir visionné la version longue de « Collateral Murder » je n’ai pas l’impression de me trouver face à une vidéo fuitée puisque de nombreux techniciens ont travaillé à sa conception. Julian Assange y est d’ailleurs crédité de « producer, creative director ». S’il y a un « creative director », c’est qu’il y a création. Le générique du film comporte également une palanqué de techniciens de la RUV, la télévision publique islandaise[1]. Gudmundur Ragnar Gudmundsson, chef opérateur de cette télévision est responsable du « contenu en ligne », Borgnyr Thoroddsen y est technicien du son, Kristinn Hrafnsson est crédité de « story developer » et Ingi Ragnar Ingason est « visual editor ». La député islandaise Birgita Jondsottir est « script » sur ce film alors que son collègue fondateur du Parti Pirate, Samari Mac Carthy, est « co producteur » du film avec l’ancien hacker et responsable du Chaos Computer Club, Rop Ronggrijp. Lorsque les historiens du futur se pencheront sur ce document, ils ne pourront certainement pas le considérer comme une source première de connaissance sur la guerre états-uniennne sur le sol irakien dans les années 2003 à 2010. Ils vont plutôt le traiter comme une image fictionnelle, une vision particulière produite par des Occidentaux qui sont opposés à cette guerre. [1] https://collateralmurder.wikileaks.org

Générique de Collateral Murder

Cependant, si aujourd’hui ce film est le « crime » qu’on juge aujourd’hui, alors ces techniciens islandais devraient être considérées comme responsables au moins autant que Julian Assange et Chelsea Manning. D’ailleurs, je réfléchis que personne n’a vu le film original transmis par Manning. Je pense aussi que nous n’avons pas vu de preuve, autre que ses aveux arrachés après torture, qu’elle aurait transmis quoi que ce soit à Julian Assange, pas plus les « Afghan Logs » que les « Irak Files » qui peuvent, cependant, être objet de l’accusation. Dans un système juridique moderne, les aveux, à l’inverse de la justice du Moyen Age, ont moins de poids que les preuves matérielles et les aveux sous la torture ne sont que la preuve de la torture. D’ailleurs, depuis 8 mois de procès nous n’avons pas encore pu assister à la lecture de l’acte d’accusation. Aura-t-elle enfin lieu lundi 24 février ?

Un homme bien caché: Ingi Ragnar Ingason, visual editor de Wikileaks sur « Collateral Murder » et patron de la Sunshine Press Production en Islande, sous traitant de la Wau Holland Stiftung pour le projet 04 Wikileaks

Je crois entendre la juge Baraitser dire qu’elle « ne prendrait pas de décision la semaine prochaine ». Cela permet à Edward Fitzgerald de dire, à 15h30, à quel point il « respecte sa proposition » et qu’il est d’accord pour étudier les « abuses » les premiers jours. Les « abuses » seraient les vices de procédures et notamment le fait que le traité d’extradition de 2003 interdit d’extrader pour motifs politiques. Je suis très contente qu’enfin la défense entre dans le vif du sujet. Par contre, je suis inquiète par le fait que Julian Assange parait encore plus passif et absent, il lit maintenant la deuxième page du dossier. Je m’aperçois aussi que le manager de Mitie est toujours présent dans la salle. Fitzgerald explique longuement qu’il déposera un document chronologique retraçant les « abuses », la juge le presse de conclure pour la semaine prochaine. A 15h34, Julian Assange relève ses lunettes et regarde la cour, puis il baisse la tête vers son dossier. Baraitser se montre conciliante au discours de l’avocat. Elle assure «entendre ses remarques critiques ». Par la suite, cependant quelque chose met Fitzgerald dans l’embarras et il parle d’une voix hésitante et peu audible. Lorsque la juge lui demande s’il s’agit des « spanish witnesses», les témoins dans la procédure espagnole, Assange enlève ses lunettes et écoute. Il est 15h37. Le procureur lance alors une offensive et exige d’ici lundi « les documents au complet incluant l’argumentaire sur les vices de procédures ». C’est alors que Julian Assange se frotte les mains dans un geste nerveux. Baraitser presse l’avocat de déposer la semaine prochaine un résumé de son argumentaire de défense. Fitzgerald bafouille de plus en plus, finit par dire qu’il va « discuter avec son client » puis amener « un résumé chronologique en relation avec les vices de procédures ». A 15h43, on passe en revue la question des témoins. Fitzgerald parle longuement de la difficulté d’obtenir les témoignages, et s’attarde sur le cas de Chelsea Manning dont les dépositions devant la commission militaire sont classifiées. A ce moment là, Julian Assange écoute, penché vers la gauche. Je comprends que les témoins ne comparaitront pas vraiment à la barre mais enverront des documents. Pourtant si faire venir des témoins est compliqué, il est souvent nécessaire et il est parfois plus facile pour une personne de parler que d’écrire.

Le procureur et l’avocat consultent alors ensemble un document. L’avocate de l’accusation se déplace et murmure quelque chose à l’oreille du procureur. Baraitser admet qu’il y a « a lot of bundles » dans le dossier. Je comprends ce mot comme « beaucoup de ramifications » ou de « sous-ensembles ». On ne sait pas si Julian Assange comprend ce qui se passe. Il est de plus en plus invisible alors qu’on parle de lui. La juge invite les parties à « conclure ». C’est alors que Fitzgerald mentionne trois témoins supplémentaires. A la surprise générale, il cite Jennifer Robinson comme témoin, ainsi qu’un certain Durkin et Rohrabacher, l’homme politique proche de Trump qui sera abondamment médiatisé le lendemain. Pour ma part, je m’interrogeais surtout comment Jennifer Robinson pourra apparaitre à la conférence de presse parisienne comme avocate de Julian Assange tout en étant témoin. La question fut résolue par son absence à cet événement. Car quelle légitimité peut avoir le témoignage d’une avocate censée être en charge du dossier. Normalement, aucun avocat, au regard de la règle de confidentialité, ne témoigne dans une affaire dont il a la charge. Un vice de procédure de plus? L’audience est conclue par une discussion entre juge, avocat et procureur au sujet des dates limites de dépôts des documents.

A 15h55, la juge Baraitser se tourne enfin vers Julian Assange et lui dit qu’il va comparaitre physiquement à la cour lundi. Elle conclut son layus par un « do you hear ». Assange la regarde sans répondre, visiblement il n’a pas entendu ou compris. C’est alors qu’à la surprise générale apparait sur l’écran le bras du gardien de la prison. Il agite sa main devant Julian Assange comme s’il voulait le réveiller ou vérifier s’il voit devant lui. Ce n’est qu’à ce moment que je m’aperçois de la présence du gardien, bien présent face à Julian Assange dans le box alors qu’il est dissimulé à notre regard. Je n’imagine pas qu’on puisse considérer comme équitable un procès au cours duquel l’accusé est enfermé dans un box et soumis au regard permanent d’un gardien sans que la cour puisse contrôler que le gardien n’intimide pas l’accusé et que celui-ci garde sa liberté de conscience à défaut de sa liberté de mouvement. Je réalise que Julian Assange avait probablement tout simplement peur, d’où son air absent et effacé. Le rapport d’inspection de la prison de Belmarsh de 2017 a beau montrer des relations détenus-gardiens modernisés[2], le système de détention reste un système de domination et un gardien a un tel pouvoir sur le détenu qu’il est impossible de parler de liberté d’expression lorsque l’accusé doit faire face au juge tout en affrontant au même moment son gardien !

Le gardien cependant interpelle la juge. Il lui rappelle que l’arrestation de Julian Assange expire aujourd’hui et que si rien n’est dit, il sera obligé de le relâcher ! Pendant 30 secondes, à cause de la distraction de Madame Baraitser, Julian Assange aurait pu voir la porte de sa goele s’ouvrir : vous pouvez partir, vous êtes libre ! Baraitser est visiblement vexée de son oubli : elle déclare d’une voix forte ajourner le procès à lundi « et vous monsieur Assange vous restez en détention ». Julian Assange ne réagit pas. Elle oublie aussi de lui demander s’il a compris. Qu’à cela tienne, l’écran s’éteint déjà, la juge part et on nous somme de dégager d’ici.

Toujours sonnée par l’injustice et les multiples vices de procédures, je reprends mes esprits en discutant avec les militants. Nous refaisons le film de l’audience pour être sûrs d’avoir compris ce qui se passe. Les avocats s ‘enferment dans une consultation room laissant MC McGrath dehors. Alors que John va lui parler, je discute avec les autres. Puis lorsque le jeune homme fait mine de partir, je viens lui parler. Il hoche la tête affirmativement lorsque je lui demande s’il est bien MC McGrath hacker et développeur de logiciels de contre surveillance. Je le complimente sur son travail et je lui dis qu’il a bien raison de faire du droit maintenant. Dans quelques années, il risque de se retrouver à la place de Julian Assange, vu comment le système se referme sur nous pour nous contrôler. Et il aura bien besoin de connaitre le droit pour se défendre. Je pense à Karl Koch, jeune hacker prodige des années 80, mort en 1988, à 23 ans, dans des circonstances très troubles après avoir été utilisé par les médias dans déjà un storytelling massif sur « le hacker espion pro russe » puis pressuré par les services secrets allemands[3].

Karl Koch en 1989

Assange avait connu Karl Koch, il a participé probablement avec lui au hackage des système Vax 25, ARPANET et MILNET, les premiers réseaux internet. Son livre écrit avec Suelette Dreyfus, en 1992-1997, décrit de façon romancée le scandale des adolescents de 16 ans devenus les premiers hackers internationaux[4]. Mais une revue de presse allemande de l’époque confirme que ces enfants, tous liés au Chaos Computer Club crée fraichement par Wau Holland et Andy Müller Maguhn en 1981, étaient sous constante surveillance des services secrets du BND qui comptaient bien les utiliser contre les Soviétiques[5].

Bernd Fix un des vrais patron du projet Wikileaks

Andy Müller Maguhn a d’ailleurs lui aussi 16 ans en 1981 mais deviendra très vite le dirigeant des structures du CCC et plus tard de la Wau Holland Stiftung dans laquelle il développera le projet 04 Wikileaks à partir de 2009. Le projet « Wikileaks », dont Julian Assange a été le coordinateur de projet exécutant a été aussi néfaste pour lui que le hackage sous contrôle des services secrets ne l’a été pour Karl Koch. Les dirigeants du Chaos Computer Club cependant ne sont jamais inquiétés quant à leur responsabilité juridique : Bernd Fix développe, en 1985, un virus appelé Fix virus par le BND qui sert de premier cheval de troie contre l’informatique soviétique. Il est aujourd’hui un très respecté dirigeant de la fondation Wau Holland, aux côtés de son collègue Müller Maghun, référant du Conseil d’Administration de la même fondation pour le projet Wikileaks en 2009-2014[6]. Il est temps que des adolescents de 16 ans et même les jeunes adultes inconscients soient mis à l’abri de manipulateurs qui médiatisent leurs exploits puis les abandonnent à leur sort quand la répression du système s’abat sur eux.

Andy Müller-Maguhn le vrai patron du projet Wikileaks?

C’est ce que j’essaye d’expliquer, peut être maladroitement, à MC McGrath qui écoute mon sermon avant de se sauver en courant. Mais j’ai 48 ans, l’âge de Julian Assange. Il est normal que je mette en garde les militants plus jeunes que moi. Je sais si bien que le système capitaliste et policier ne fait pas de cadeaux aux vrais Spartacus.


Emission de la radio SWR2 de Anna Loll sur les hackers allemands et américains et le pouvoir des fondations allemandes et américaines. Un hacking bien intégré à l’Etat?
Les hackers sous l’argent de Soros, de Ford et de Peter Thiel, de Palantir…
Andy Müller Maguhn, patron de la fondation allemande Wau Holland et patron de Wikileaks

[1] https://collateralmurder.wikileaks.org/

[2] https://www.justiceinspectorates.gov.uk/hmiprisons/wp-content/uploads/sites/4/2018/06/Belmarsh-Web-2018.pdf

[3] https://www.spiegel.de/geschichte/karl-koch-alias-hagbard-celine-tod-eines-hackers-a-1268203.html

http://networkclan.de/pdf/KarlKoch.PDF

[4] Suelette Dreyfus, Julian Assange, « Underground », Reed books Australia 1997

[5] https://www.afcea.org/committees/cyber/documents/impactofbndprojectrahabandccconthefutureofcomputer-networkmediatedespionage-cuckooseggpreque.pdf

« The Impact of Project RAHAB and the Chaos Computing Congresses (CCC) on the Future of Computer-Network Mediated Espionage: Cuckoo’s Egg Prequel or Perfect Storm? »

[6] https://hoi-polloi.org/~brf/index.html

http://www.wauland.de/media/2011_Jahresbericht.pdf

Julian Assange en 2011 ou 2012

Trial or sacrificial ceremony? -Julian Assange’s trial on January 23, 2020

Monika Karbowska

My ninth trip for a hearing of Julian Assange at the Westminster Magistrate Court takes place on January 22nd as always on the Flixbus with poor migrants but this time under the sign of increasingly violent emotions: anger, exasperation and psychological fatigue. I am an activist and my emotions open the way for me to reflect on the ethical timeliness of my actions. Emotions are the sign of our humanity but also the compass that keeps our citizen indignation intact and subtly directs our intuition towards solutions for analysis or action. This time my emotions show me that we are reaching a point of no return, a tipping point, a change of cycle. Today, to shed light and win the battle, to really free Julian Assange, we must reverse the virtual storytelling that Wikijustice does, but also understand what reality has of symbolic to extract the signs of real power.

I am exasperated because moving the hearing from January 14th to the 13th at the last minute required great physical and organizational effort on our part. But it also upset the program established on December 19 for this last « case management hearing » set for January 23. While we had hoped that Julian Assange would appear in person to fully participate in the organization of his trial, we must accept that it is possible that the rumors that he will only be present on video are true. But precisely, I no longer believe in explanations that are never official, rational and justified. Justice by videolink is for me an aberration and a serious violation of the ECHR, which defines a fair trial as a physical trial. But since the texts of human rights are only respected in the capitalist system if citizens use them, it is unfortunately not the East European migrants extradited en masse by the Westminster Court who will be able to assert these rights in the total absence of British organizations. In the case of Julian Assange each hearing marks a step in the recomposition of power in this case. Each element gives us clues as to the real power and that is why I am obliged to note all the details while remaining open to all solutions. Including the good news of an immediate release of Julian Assange, which, let’s remember, is legally quite possible with a lawyer who would apply for release and a judge who would want to show that he or she is independent of political power.

So I imagine Julian Assange simply walking out of the court door as a free man. I imagine shaking his hands and telling him all about what happened here. I also imagine everything that will have to be set in motion to deal immediately with his new situation as a Commonwealth undocumented migrant released after 10 years of actual detention.

Power and hierarchy in a queue

In this state of mind, between anger and hope, I get up at 5:00 a.m. to arrive at the court door at 5:30 a.m.. I now know that the « Greekemmies » arrive even earlier and that places are more and more expensive in this audience. Indeed, our team is in place at 5:40 a.m., but there are already 3 people in front of us: an Australian journalist, an elderly lady who turns out to be a psychiatrist who signed the list  » Doctors for Assange  » and Paul, who more than ever, this morning, looks like an understudy of Julian Assange. He’s sitting in a folding chair, a clever idea after his malaise the week before. Everyone turns out to be French-speaking and in a later conversation with Paul I learn that he spent his last summer in France with his bike. So we discuss, we have to keep politeness despite the tension and fatigue, because we are, alas in theory, allies for a cause but in reality we are at odds because of our differences in strategy. This is what Dr. Felicity De Zulueta talks about for several hours, introducing me to her collaboration of 20 years ago with lawyer Gareth Peirce, and to her own work as an expert with political refugees, even if later I find on the internet only the trace of her real specialty – the trauma of children who are victims of violence. I tell her that she will be shocked, that one does not come out unscathed from such confrontations, even a non-medical person like me sees the symptoms of torture that Julian Assange suffered. Dr. De Zulueta agrees. She knows that the situation is bad, she has read the report of the doctor from Wikijustice. She appreciates the quality of his work. I explain to her that Wikijustice has always wanted to collaborate with the relatives of Julian Assange and had proposed, as early as July 2019, to the lawyers to discuss the best strategic coordination to be implemented for optimal support of the political prisoner Julian Assange. It is the lack of response and the violence that characters like Greekemmy inflict on us under the impassive eye of the lawyers that made us take a more radical direction. Without forgetting the SOS letter we received from Julian Assange on August 17, 2019, which gives us the DUTY and not simply the right to do everything possible to save him.

Greekemmy arrives en masse around 6 am but some of his collaborators are already behind us. We count the present while our friend J., who is late, is twelfth in line. We should all go home, even if it’s room 3. Alas, the sneaky freeloader is still king: J. won’t be coming home while others, including Naomi Colvin, placed before her by Greekemmy, will be able to fill their twitter account with brief remarks. Basically, the police can install security barriers, but it’s ridiculous. For a media man as famous as Assange was 10 years ago, we are barely 30 in front of this place where his final fate is sealed by the iniquitous system he denounced. But in order to fight we must be there, we have no other choice. Julian Assange is deprived of communication with us, deprived of mail, parcels, emails, the money we sent him. He no longer receives visits, not even from John Shipton, who has disappeared permanently from circulation. Some of the 30 people waiting from 5:30 to 9 am are journalists he knows and who will write stereotypical papers about him. Or write nothing as they did after December 19, a hearing on which no major media representative published anything while they were forcefully hunting for a stolen photo of an exhausted man locked in a van.

It is finally 9 o’clock and the security guards unlock the doors. We enter each one watching his place. I am lucky, I pass the metal detector very quickly, I check on the lists in the hall, yes, alas it is room 3, the name Julian Assange is at the top of the list. So I find myself first in front of the door of the room, Doctor De Zulueta behind me, further on the psychiatrist Derek Summerfield, with the friends of our team around them. The head of the ushers, Rosie Sylvester, directs the operations and places us, 25 people, in single file in front of the room so as to clear the space of the corridor. As long as she’s there, I’m confident that the rules will be respected. Problems can start when security guards find themselves alone under the fire of various requests and manipulations. In fact, today, those managing Room 3 are the same Mitie team that stood guard outside the door of Room 4 during the December 20 ghost hearing, which was procedurally flawed and potentially illegal. The security manager Mitie, who had the strange right to attend a closed hearing on December 20, seconds the chief bailiff but I know, since November 18, that when she is not present, this man holds a power that he does not always put at the service of legal rules (incongruous presence during the closed hearing of December 2 or appeared Julian Assange, cooperation with Greekemmy to enforce his illegal lists …). Journalists have the privilege of sitting quietly on the chairs in the waiting room. There are more than 20 of them, almost the same as on January 13, except Moritz Muller from the German magazine « Nachdenkseiten » that I recognize because I saw his picture. It’s the first time I see him, he didn’t come before. Precisely, Greekemmy goes to see each of the journalists one by one, she talks to them and hands them a photocopy of an article from El Pais about the proceedings against UC Global in Spain. With Dr. Zulueleta we discuss the undeniable responsibility of Rafael Correa and his diplomatic staff, including Fidel Narvaez, in the management of this surveillance and the confinement of Julian Assange in the apartment at 3 Hans Crescent Street. It was then that I noticed Kristinn Hrafnsson sitting with the journalists next to the head of the « mementums » of the DefendWikileaks project John Rhees. Does he have a press card that he didn’t have on October 21, just like Joseph Farell? It is true that « Wikileaks » has no legal structure and is not a media organization, so the website is not allowed to issue press cards. It is the « 04 Wikileaks » project of the Wau Holland Foundation, but this German organization is an association for training and user advocacy and not a media. Kristinn Hrafnsson is a minority shareholder of the Icelandic company Sunshine Press Production created in 2010 but it is a film production company, not a publisher or a newspaper. Perhaps the CIJ, Centre for Investigation of Journalism is taking on this task even though it is registered as a British charity and not a media organization.

Strange collective ritual

I think about it when lawyers from both sides enter the hallway and walk past us. There is no « rustle of dresses » because in the « magistrate » courts the employees of justice dress in civilian clothes but the black color of the clothes as much as the theatrical aspect of their behavior accentuate the effect of « sacrificial rite » which comes to my mind when I remember all that I have been living in these places for 5 months. Clair Dobbin arrives with his second, then the « Americans », the prosecution team in which I recognize the elderly man who refused to give me his quality and name at the end of the hearing on December 19, 2019, lock themselves in the rooms marked « private » at the end of the corridor. They greet the group formed by Gareth Peirce, Edward Fitzgerald, Mark Summers and Alistar Lyon. In this group I am surprised to see Stella Morris and also the blonde woman who accompanied, on January 13, the young dark-haired boy that Morris was coaching on December 19 and 20. By the way, today I know the boy’s name: MC Mc Grath . He is probably American, a graduate of Boston University, MIT. He is a hacker, computer scientist and creator of the Transparency Toolkit website. He lives in Berlin, collaborates with Russia Today Germany, and has given lectures on its counter-espionage monitoring site. In my opinion, he cannot be a British trainee lawyer at the same time[1]. So he doesn’t belong in this court, or else I and my friends should be able to sit among the lawyers in the courtroom[2]. These huge procedural flaws that should invalidate these shading hearings of Julian Assange logically make me doubt the diplomas and qualities of the other lawyers: if the secretariat of the tribunal registers any computer scientist as a lawyer, how can we believe that he checked Stella Morris’ diploma or that Gareth Peirce still has the right to plead despite the fact that she is retired?

The feeling of participating in a sacrificial ritual, rather than in a political trial crucial to the future of our freedoms on the European continent, then settles in and never leaves me. When I see Kristinn Hrafnsson and John Rhees waving a small plastic press card under the nose of one of Mitie’s agents, my tension rises a notch. I know they have to be accredited and show their pink accreditation sheet and I remind the agent. Seeing me, Mitie’s manager takes matters into his own hands: he calls the bearers of the accreditation sheet and brings these journalists into the room. Afterwards, he let the audience in. I sit in the front row to get a good view of the screen on both sides surrounded by my friends, the two psychiatrists and Paul on my right. Paul has lost his clumsy appearance, Greekemmy no longer manages him and he plays a role that I understand as important. As the second row takes its place, I see that those who don’t have accreditation are still accepted by private security. They will even be allowed to use their phones to type their text while ours are severely checked to stay off. When we notice the unequal treatment to the agent of Mitie who scans us, she tells us that they write with their machine. Faced with these people entering without accreditation, using forbidden telephones, I have the even clearer impression that the court is a room privatized by private interests in which a ceremony that has nothing to do with the official justice of the state is taking place.

The sensation becomes almost certain when I see the Australian journalist who arrived early in the morning asking the « Americans » for their names one by one, a young man, two young women, the elderly brown man with a satisfied smile and Clair Dobbin’s usual collaborator. The Australian asks and immediately gets what we and our allies have never been able to get since we have been haunting these halls. Strange political trial where all the lawyers, judges and journalists checked by the world of Greekemmy know each other and work together as in the Polish proverb « Reka reke myje », « the hand washes the hand ». The clerk of the registry wearing a veil seems very self-effacing, even though she does the job of calling « Julian Assange » on the video screen, remote control in hand. Likewise, the clerk behind her distant desk seems absent and preoccupied with managing the rest, the 20 Poles, Romanians and Slovaks whose extradition she has to manage after the end of the cumbersome meeting on Assange. It is five minutes to 10:00 on the room clock. I am here to see Julian Assange and eventually to convey our messages to him through my thoughts, my heart and my eyes. Julian Assange seems to be alone in the face of the ceremony that disposes of his life.


[1]   https://exposingtheinvisible.org/films/group/mc-mcgrath/

http://shidash.com/

https://transparencytoolkit.org/

[2]   https://www.youtube.com/watch?v=kQLDvasKPdo

Trial or video interview?

On the screen I first see a row of three red armchairs in a small room with blue or purple walls. The light is raw and distorts the perception of colors. In the distance on the wall a sign « HMP » but you can’t see the word « Belmarsh » written on it. The scene is filmed differently than usual. The camera is placed three meters from the chairs. « So that we can’t see anything, » I say to myself. Indeed, first a guard in a vaguely brown uniform enters the room. We have never been able to see the uniforms of the Belmarsh guards, those who work at the entrance to the site are dressed in white shirts and black pants. The will to show us that the prison is real seems obvious today. Then behind the small box window I see the slender silhouette of Julian Assange, higher than his guard, walking with a not badly assured walk. He enters the room and lets himself fall on the central armchair. My anger rises. They show him from so far away that you can’t see his face at all. It’s a matter of not distinguishing the expressions on his face, his facial expressions, so that we can’t see the traces of his suffering. Signs of torture. I can’t even tell how long his beard and hair are, or what his eyes are saying. In fact, it may not be him. How could we see him when we can barely distinguish him under a pale light as if he were 100 meters away from us? Julian Assange is wearing a brown suit and I see dark sneakers at his feet and light socks. He is immediately motionless, puts his hands on his thighs, then crosses them in front of him, puts his right foot on his left knee and doesn’t move for long minutes. As he enters, he is carrying a backrest, but as soon as he is seated, he puts the useless artifact on the seat next to him and does not touch it anymore, the pile of papers looks from afar like an illustrated magazine sitting in a waiting room.

But that’s when I notice that someone is sitting across from him off-camera. I can see a hand, a human form moving. Julian Assange is observed during his trial by an invisible guard as if in an interrogation room. I am flabbergasted by this scene, which is so contrary to human rights, to the traditions of habeas corpus, to this whole long history of struggles for the rights attached to the individual here in England since the Middle Ages. This history of struggle that I learned with passion as early as 1988 when I began my studies at the Institute of History at the University of Warsaw. How is it that we live such a regression, when since ancient times people have been fighting against royal arbitrariness and the right to justice is to freely confront the judgment of men and God’s judgment, face to face, to assume one’s faults as well as to prove one’s innocence? What value is there in the word of a man locked in a cage that is going to be presented to the judge while his executioner or the policeman is staring at him? How can we still talk about a trial? I propose the name of ritual sacrifice, it seems more appropriate. Even the Inquisition, which knows a lot about torture, took care to keep the appearance of a real trial in which the accused expressed himself freely while confessing his faults and being sentenced to death. Without a trial, the death sentence is meaningless, and therefore the existence of the Inquisition is useless. It is just as well to kill the accused immediately with a bullet to the head or a missile with a drone. For assassination to become justice, certain rules are needed. If this trial does not respect these rules, it is nothing more than a slaughter ritual. I am thinking of Polish communist friends, of Mateusz Piskorski, prosecuted and accused of espionage for having dared to criticize American domination in Europe. I think of myself and all my friends in the struggle. If Julian Assange is put to death at the end of this ritual without there being a chance of a real trial, then we will soon be next on the list.

While the « interrogator » betrays his presence by moving his hands in the foreground, Julian Assange, who cannot see the room, becomes agitated and can no longer hold on to the chair. He rubs his hands, touches his hair, looks left and right as if he wants to take his gaze out of the interrogator’s field of vision, and then stops. He seems to be asleep, he flees from the intolerable by withdrawing inside himself. Meanwhile, Hrafnsson writes on his phone and then stares at Fitzgerald sitting in the front row between Gareth Peirce and Mark Summers, who remains silent. On the same bench next to them, Clair Dobbin sits upright like an I. Behind him is the row of the American prosecution. In the last shot, Alistar Lyon rubs shoulders with Stella Morris, the other woman, and MC Mc Grath who takes no notes and does not look at Assange. The judge called by the press Baraitser enters and begins the formal ceremony.

Pre-programmed ritual or trial?

At the command to « formally identify yourself, you can hear me », Julian Assange answers in a weary but less hasty voice than before « Yes, I am Julian Assange, 3 July 1971 ». And that’s all he will say today as his life is decided in an implacable mechanism of final crushing. He does not have the strength to do more. We have known this since our doctor’s report on torture. This trial should never take place and the lawyers should boycott this deadly theater and shout scandal everywhere until the end. They will not do it because it suits them to do things the way they want to do them.

The prosecution begins the hostilities and for ten minutes Clair Dobbin talks to the judge in a firm voice. Her flow is fast and all my attention is focused on understanding her and taking notes. Dobbin recalls that the court decided on December 19 to give the prosecution until January 10 to present their « evidence » and to hold the « full extradition hearing » in February and March over 4 weeks. She believes that the prosecution has met these requirements. I hear the British representative of the U.S. prosecution quoting several times « the United States », pointing out that « the USA » has responded, and then I am concerned when I understand that she repeats that American medical experts should examine Julian Assange. There is no way we are going to let this pass. Julian Assange is already seen by these people as a trapped game, I have been watching them for 5 months. You can see with the naked eye that his condition is deteriorating in English prisons, but it is not up to his worst enemies to decide whether or not he was tortured – it is up to the British administration to take responsibility and up to the UN to ensure that he is treated in a truly neutral country far from the influence of Washington. In the West, these countries are not legion, France is one of those rare countries that does not have an American base on its soil, and we have the associative and medical fabric to ensure the neutrality of this expertise.

For the time being Julian Assange remains impassive, strangely motionless while we talk about his life. I am certain that he hears nothing. If this could be proven, the procedure should be cancelled for formalities. Moreover, I wonder about another strangeness: Clair Dobbin talks about the « United States » but only a legal authority has the right to make an extradition request to the British government on the basis of the « Extradition Act » of 2003. This body is never cited and worse, the indictment has never been formally read. Will it finally be read on February 24 at the time of the final proceedings? A trial without an indictment seems really strange to me. If you add the procedural flaws that are legion, the impression of witnessing something distorted becomes stronger. Moreover, the Grand Jury that secretly decided to prosecute Julian Assange for espionage is a purely American political rather than judicial structure that has no equivalent in any other country. Does the bilateral extradition treaty recognize this institution as a legal body whose decisions would have to be enforced by British courts? I do not think so. In diplomacy nothing is automatic, everything is governed by the rule of reciprocity. If the Grand Jury has no equivalent in Great Britain, it is up to the British prosecutor to formulate this indictment against someone who is neither an American nor a British citizen and who is not protected by the consular law of his own country. If Julian Assange were Polish, Tunisian or Greek, the consul of his country would have been obliged to visit him in prison and to be present, in this room, with us. There is no Australian consul in Britain and this situation casts a harsh light on Australia’s colonial status vis-à-vis Britain.

Precisely, Clair Dobbin and Judge Baraitser embarked on a long dialogue on the extradition calendar. I hear them talking about Prosecutor Lewis, who is busy with cases in Northern Ireland and unavailable in February. For us, defenders of Julian Assange, the prosecutor’s occupations are of no concern to us, I even wonder why a Court devotes so much time to them as if we were in a secretariat and discussing planning among executive assistants. Nevertheless, I understand that Dobbin proposes to divide the programs of the « killing » in two and again Baraitser agrees as if it were a foregone conclusion. We’re heading for May 18, when everything will be decided after a week of « mise en bouche » from February 24 to 29. I’m very worried, I’m watching the reaction of Julian Assange’s lawyers, but a man approaches the clerk of the court office and hides the protagonists. I can only observe that Julian Assange is asleep on the box seat, his body leaning slightly to the right side. Last week his right leg had given way while he was walking. What if he had had a mild stroke? That would also explain his speech difficulties. Hrafnsson and Rhees stare at Fitzgerald, but do not react to this surprising change in events with any gesture. Do they already know about it?

Edward Fitzgerald finally has the floor, he stands up and instead of starting a strong diatribe in defense of his client, he says that he supports the accusation in the proposal to « divide the hearings »! He even seems to be in complete harmony with Clair Dobbin, he looks at her in all connivance, she is standing too, and they look at each other a meter apart in complete agreement. Why not. After all, in real life they are colleagues, lawyers in the same field, working together on some cases, competing on others. It would be natural for them to socialize privately, eat together or more. This is why usually in political trials victims fight to have cases moved to courts in other cities to avoid collusion of interests due to the inevitable proximity of local life. Edward Fitzgerald does his job, however, by asking for « more time for evidence », more time to present the evidence. The evidence is the witnesses who have to appear. He speaks of a « significant » number of witnesses, he cites witnesses designated by numbers, witnesses 4, 6, 12, without their names or initials. The twelfth witness is key because it is related to the « spanish procedure ». Baraitser also seems to be interested in this trial in Spain and to accept the importance of all the witnesses from this procedure. Why is this? The mere escape of the surveillance videos cannot mechanically hinder the extradition procedure. Moreover, we still do not know who the plaintiff is and whether Julian Assange is a witness or a victim and who has been named, and above all by whom, as a suspect.

From an oratory point of view, Mr. Fitzgerald is not very good: he stammers, stutters, has trouble finishing his sentences. Sometimes his speech takes on surrealist accents when he says he is waiting for « instructions » from Julian Assange while Julian Assange does not look at him and struggles to stay straight in his seat without falling down. I wonder how he would be able to give instructions if he is not in good enough health to attend his trial. I get irritated when Mr. Fitzgerald evades the question of Julian Assange’s health with a « we are not in the position to face the medical background of Julian Assange ». This attitude revolts me when he has Julian Assange’s life in his hands for which he can demand an independent medical report and release on health grounds.

On the contrary, Edward Fitzgerald, under the watchful eye of Gareth Peirce, goes into the extradition schedule, discusses with the judge the deadlines for the submission of evidence, asserts that some witnesses are « not available » and that the « spanish witnesses » are the most important. The judge commented on the details, asking for the availability of witnesses number 10, 11 and 12. The lawyer says that there is a large volume of documents to read and that it would take another week in March. We are again in the « executive secretarial » mood as Julian Assange slumps more and more in his chair. Fitzgerald promises to submit the list of witnesses by February 1 and to make sure, he hopes, that they will all come to testify. In a stutter, he points out that he needs time to « take instructions from Mr. Assange », explain the publications and give the witnesses time to check their availability. He asked for three or four weeks of trial and one day per person to allow each witness to summarize his or her position. From a formal point of view, it is always annoying to hear negative expressions in lawyers’ speeches that should be broken in political jousts. At present, I find it hard to bear hearing about « extreme complexity », or « great difficulties » or « not easy process ». But Kristinn Hrafnsson seems satisfied with the way things are going. Julian Assange, on the other hand, seems less and less concerned, he looks down, does not see the Court, does not react to anything, and above all does not touch the file that is supposed to represent his defense and that lies on the seat next to him. I can make out by dint of effort the extreme sadness that can be read on his face.

Mr. Fitzgerald, however, assures us that he wants to « involve Mr. Assange at every stage of the procedure », whatever his « medical background » may be. (I have difficulty understanding this last expression. Either the accused is capable of participating in his trial or he is not. If not, the trial must be adjourned and the person treated, I don’t see a third way legally speaking). When Fitzgerald begins to say that the « USA must respond to witnesses » and finally evokes the examination of the validity of the extradition procedure according to the 2003 treaty, Clair Dobbin takes the floor again and easily counters him by demanding a shortening of the time limits. Then the judge summarized what they agreed on (the dates of February and May) and listed the non-agreements. And she orders a recess.

« Ladies and Gentlemen Lawyers, please…. »

We keep our eyes glued to Julian Assange who is almost lying on the box seat. But the security guards kick us out of the room rather abruptly. It is 11:00 am, they announce that the hearing must resume at 11:15 am and then at 11:30 am. It’s hard. We have to pick up our bags and go out to stand again in front of the door to face Greekemmy who doesn’t lose an opportunity to push us outside. Naomi Colvin is even so sure of her status that she will try to get in with the lawyers before being prevented in extremis by an agent. I think that this kind of drama is designed to keep us from witnessing the negotiation and agreement between lawyers, prosecution and judge. It’s as simple as that.

I am very tired and overwhelmed when we are allowed to come back into the room. The security guards get rougher and force us to sit at the back of the box while from there we no longer see Julian on the screen on the right. Dobbin immediately attacks, setting the dates of February 14, 20 and March 27 with 3 weeks of prosecution and defense response. Fitzgerald agrees. He repeated the importance of the « spanish issues ». As the lawyers do not inform us of anything, we will have to make our own investigation in Spain. The judge agrees. Meanwhile, poor Julian Assange remains apathetic, his hands slumped on his knees, he has a grin of suffering on his face – with a lot of concentration, I end up being able to distinguish his features better. Joseph Farell, sitting among the journalists, takes out a small telescope from his pocket and scrutinizes his former project manager coldly. Vanessa Baraitser is satisfied. She turns to the screen and aloud informs us of the program: February 19, the last « case management hearing », with a videolink that will also serve to prolong the detention, then the « full extradition hearing » in Woolwich in the week of February 24, possibly until March 2, then three weeks from May 18. But she forgot to make sure that the accused understood what was happening to her and she is getting out. The hearing is over. I don’t want to and I will at least remind the lawyers of this procedural flaw that should have allowed them to cancel the whole hearing. In French, I say to the room, « Gentlemen, ladies, can you ask Julian Assange if he has understood what is going to happen to him? A muffled noise reacts to my intervention, which I claimed in a loud voice, fed up with passively watching the killing of the sacrificial lamb. There are limits to everything. Some activists and the psychiatrist ask me to repeat in English. But Rosie Sylvester grabs my arm and threatens to ban me from entering the courtyard. I apologize to her, because she is trying so hard to make this strange place respect some basic rules.

But I think it’s too much emotion for me. We go out and find the friends who were not allowed in. Some manage to talk to Mr. Fitzgerald and Mrs. Peirce. Fitzgerald assures them that Julian is doing very well and that he sees him every day whenever he wants. This is totally contradictory to what Gareth Peirce has been repeating over and over since October before us, that it is almost impossible for her to make the « legal visit » to Julian Assange. As for her health, everyone can see it now. Doctor De Zulueta was very moved by the visible suffering of Julian Assange and expressed her emotion during the forced break. So, which of the lawyers is lying in this case?

The money

Gareth Peirce assured our friend J. to work for free, « pro bono ». However, as soon as the hearing was over, Joseph Farell called in front of the cameras to donate money on the site of the Courage Foundation, money intended to ensure the defense of Julian Assange. Courage is a project of the Wau Holland Foundation and it is to this German structure that citizens are invited to donate money to pay Julian Assange’s lawyers via the website https://wauland.de/en/projects/moral-courage/. However, for donations that are not tax-exempt, the Courage project managers advise people to send their money by transfer to a bank in New York, the recipient’s address being Courage Foundation, 201 Varick St., P.O. Box #766, New York, NY 10014, USA [1]. We have a problem with people of good will being called upon to send their money to the United States to a country that is legally suing Julian Assange and in fact persecuting him. How is it that the collaborators of the Wikileaks project who are the founders of the Courage foundation, Sarah Harrison for example, did not see the contradiction and the danger that immediately jumps out at us? Setting up the headquarters of the Courage Foundation, which is supposed to defend Julian Assange, in the United States, the country most hostile to Julian Assange, is in fact endangering the citizens supporting Julian Assange and all the opponents of the war policies of the United States, because it will allow the American State to file the coordinates of these opponents, especially Europeans, through the control of their financial donations.

This alerts us all the more since 201 Varick Street is a building owned entirely by the U.S[2]. federal government. It houses the Office of Technological Measures under the Homeland Security Department – that is to say, the U.S. Department of the Interior – and the Court of the Bureau of Immigration under the Department of Justice. This U.S. federal court also validates deportations and administers all laws affecting the stay of foreigners in the United States. As Julian Assange is awaiting extradition to the USA, the impression is strong that the Courage Foundation is installed in the proverbial lion’s den. I also remember the strange concert organized by the Courage Foundation on November 5, 2019, in front of the Home Office, the British Home Office. The fact that the Courage Foundation, run by the German Wau Holland Stiftung, rents offices in such places and moreover organizes concerts in front of the British « mouth of the wolf » is surprising and worrying to say the least.

Moreover, for other whistleblowers like Jeremy Hammond, the site https://freejeremy.net/donate, which can be accessed through the « Donate » link on the Courage Foundation’s site, refers the donor to Derek Rothera & Company, Chartered Accountants, Units 15 & 16, 7 Wenlock Road, London[3]. Problem, this account manager has assured us that he will no longer take care of the Courage Foundation since 2016. According to Derek Rothera Compagny, the foundation has repatriated its accounts to New York and manages them from there. It seems to me that for the trust of the donors a public audit of the Courage foundation is necessary and the legal publication of its financial statements indispensable.

I am not opposed to a good lawyer being compensated for, among other things, having the assurance that he or she is able to devote himself or herself fully to the task. I fully agree that donations should be made by citizens to Julian Assange to help him or her pay for an effective lawyer. But Julian Assange is not the president or even a director of the Courage Foundation and, as he is imprisoned, he is not in a position to decide anything in this matter. Those who manage the Courage Foundation and collect donations from citizens must accept citizen control over the use of these donations. This is all the more urgent since the laws in Europe are clear: only donations can be collected from European citizens if they are made to an organization with an official seat in a European country and duly registered according to the laws of that country. The place of registration of this type of organization may vary (Prefecture for France, court for Poland, register of charitable organizations for Great Britain) but everywhere the legal obligations are the same: publication of activity and financial balance sheets every year so that the amount of donations and their use is public. It is not normal that the Courage foundation collecting donations for the defense of Julian Assange escapes the obligations of European laws of transparency and therefore citizen control. We call upon the legal leaders of the Courage Foundation to take their responsibility to repatriate the foundation’s headquarters to Europe and to publish the financial statements of the institution. The credibility of their action is at stake.
The life of Julian Assange is at stake!


[1]           https://www.couragefound.org/donate/

https://defend.wikileaks.org/donate/

[2] https://en.wikipedia.org/wiki/Varick_Street

https://www.gsa.gov/historic-buildings/federal-building-new-york-ny

https://en.wikipedia.org/wiki/Environmental_Measurements_Laboratory

https://www.justice.gov/eoir/new-york-varick-immigration-court

https://www.justice.gov/eoir/page/file/eoir_an_agency_guide/download

[3] https://www.couragefound.org/donate/

https://freejeremy.net/donate

Procès ou cérémonie sacrificielle ? -Julian Assange jugé le 23 janvier 2020

Monika Karbowska

Mon neuvième voyage pour une audience de Julian Assange à la Westminster Magistrate Court se déroule le 22 janvier comme toujours en Flixbus avec les migrants pauvres mais cette fois sous le signe d’émotions de plus en plus violentes : colère, exaspération et fatigue psychologique. Je suis une militante et mes émotions ouvrent la voie à ma réflexion sur l’opportunité éthique de mes actions. Les émotions sont le signe de notre humanité mais aussi la boussole qui permet de garder notre indignation citoyenne intacte et dirige subtilement notre intuition vers les solutions d’analyses ou d’action. Cette fois mes émotions me montrent qu’on atteint un point de non-retour, un basculement, un changement de cycle. Aujourd’hui, pour faire la lumière et gagner la bataille, pour libérer Julian Assange réellement, nous devons renverser le storytelling virtuel ce que Wikijustice fait, mais aussi comprendre ce que la réalité a de symbolique pour en arracher les signes du vrai pouvoir.

Je suis exaspérée parce que le déplacement de l’audience du 14 janvier au 13 à la dernière minute a exigé de nous de grands efforts physiques et organisationnels. Mais aussi il a chamboulé le programme établit le 19 décembre pour ce dernier « case management hearing » fixé au 23 janvier. Alors que nous espérions que Julian Assange comparaitrait physiquement pour participer pleinement à l’organisation de son procès, nous devons accepter qu’il est possible que soit vraies les rumeurs disant qu’il ne sera présent qu’en vidéo. Mais justement, je ne crois plus aux explications qui ne sont jamais officielles, rationnelles et justifiées. La justice par « vidéolink » est pour moi une aberration et une grave violation de la CEDH qui définit comme procès équitable un procès physique. Mais comme les textes des droits humains ne sont respectés dans le système capitaliste que si les citoyens s’en servent, ce ne sont hélas pas les migrants est-européens extradés en masse par la Westminster Court qui pourront faire valoir ces droits en l’absence totale d’organisations britanniques. Dans le cas de Julian Assange chaque audience marque un pas dans la recomposition du pouvoir dans cette affaire. Chaque élément nous apporte des indices sur le véritable pouvoir et c’est pour cela que je suis astreinte à noter tous les détails en restant ouverte à toutes les solutions. Y compris à la bonne nouvelle d’une libération immédiate de Julian Assange ce qui, rappelons-le, est juridiquement tout à fait possible avec un avocat qui ferait une demande de libération et un juge qui aurait envie de montrer qu’il ou elle est indépendant du pouvoir politique.

Alors j’imagine Julian Assange sortant simplement en homme libre par la porte du tribunal. J’imagine lui serrer les mains et tout lui raconter de ce qui s’est passé ici. J’imagine aussi tout ce qu’il faudra mettre en route pour s’occuper immédiatement de sa nouvelle situation de sans-papier du Commonwealth libéré après 10 ans de détention réelle.

Pouvoir et hiérarchie dans une file d’attente

Dans cet état d’esprit, entre colère et espoir, je me lève à 5h pour arriver à 5h30 devant la porte du tribunal. Je sais maintenant que les « Greekemmies » arrivent encore plus tôt et que les places sont de plus en plus chères dans cette assistance. Effectivement, notre équipe est en place à 5h40, mais il y a déjà 3 personnes devant nous : une journaliste australienne, une dame d’un certain âge qui s’avère être une psychiatre ayant signé la liste « Doctors for Assange » et Paul, qui plus que jamais, ce matin, ressemble à une doublure de Julian Assange. Il est assis sur une chaise pliante, judicieuse idée après son malaise la semaine précédente. Toutes les personnes s’avèrent francophones et en conversant plus tard avec Paul j’apprends qu’il a passé son dernier été en France avec son vélo. Nous discutons donc, il faut garder la politesse malgré la tension et la fatigue, car nous sommes, hélas en théorie, alliés pour une cause mais en réalité en rupturedu fait de nos différences de stratégie. C’est de cela dont m’entretient pendant plusieurs heures la docteure Felicity De Zulueta, me présentant sa collaboration d’il y a 20 ans avec l’avocate Gareth Peirce, et son propre travail en tant qu’experte auprès de réfugiés politiques, même si plus tard je ne trouve sur internet que la trace de sa vraie spécialité – le trauma des enfants victime de violences -. Je lui dis qu’elle sera choquée, qu’on ne sort pas indemne de confrontations de ce genre, même un non médecin comme moi voit les symptômes de torture que Julian Assange a subi. Dr De Zulueta acquiesce. Elle sait que la situation est mauvaise, elle a lu le rapport du médecin de Wikijustice. Elle apprécie la qualité de son travail. Je lui explique que Wikijustice a toujours voulu collaborer avec les proches de Julian Assange et avait proposé, dès le mois de juillet 2019, aux avocats de discuter de la meilleure coordination stratégique à mettre en œuvre pour un soutien optimal du prisonnier politique Julian Assange. C’est l’absence de réponse et les violences que nous font subir des personnages comme Greekemmy sous l’œil impassible des avocats qui nous a fait prendre une direction plus radicale. Sans oublier la lettre de SOS que nous avons reçue de Julian Assange, le 17 août 2019, qui nous donne le DEVOIR et pas simplement le droit de tout mettre en œuvre pour le sauver.

Greekemmy arrive en masse vers 6 heures mais quelques-uns de ses collaborateurs sont déjà derrière nous. Nous comptons les présents alors que notre amie J. en retard est douzième dans la file. Nous devrions rentrer tous, même si c’est salle 3. Hélas, la resquille sournoise est toujours reine : J. ne rentrera pas alors que d’autres dont Naomi Colvin, placée avant elle par Greekemmy, pourront remplir leur compte twitter de remarques succinctes. Au fond, la police a beau installer des barrières de sécurité, c’est ridicule. Pour un homme des médias aussi célèbre qu’Assange a été il y a 10 ans, nous sommes à peine 30 devant ce lieu ou son sort final est scellée par le système inique qu’il a dénoncé. Mais pour lutter nous devons être là, nous n’avons pas d’autre choix. Julian Assange est privé de communication avec nous, privé de courrier, de colis, de mails, de l’argent que nous lui avons envoyé. Il ne reçoit plus de visites, pas même de John Shipton, disparu définitivement de la circulation. Une partie des 30 personnes qui attendent de 5h30 à 9 heures sont des journalistes qu’il connait et qui vont écrire sur lui des papiers stéréotypés. Ou ne rien écrire comme après le 19 décembre, audience sur laquelle aucun représentant de grand média n’a rien publié alors qu’ils s’exerçaient avec force à la chasse à la photo volée d’un homme épuisé enfermé dans un fourgon.

Il est enfin 9 heures et les agents de sécurité déverrouillent les portes. Nous entrons chacun surveillant sa place. J’ai de la chance, je passe très vite le détecteur de métaux, je vérifie sur les listes dans le hall, oui, hélas c’est salle 3, le nom Julian Assange est en tête de liste. Je me retrouve donc première devant la porte de la salle,  la docteure De Zulueta derrière moi, plus loin le psychiatre Derek Summerfield, avec autour d’eux les amis de notre équipe. La cheffe des huissiers, Rosie Sylvester, dirige les opérations et nous place, 25 personnes, en file indienne devant la salle de façon à dégager l’espace du couloir. Tant qu’elle est là, j’ai confiance, les règles sont respectées. Les problèmes peuvent commencer quand les agents de sécurité se retrouvent seuls sous le feu des diverses demandes et manipulations. D’ailleurs, aujourd’hui, ceux qui gèrent la salle 3 sont la même équipe Mitie qui montait la garde devant la porte de la salle 4 lors de l’audience fantôme du 20 décembre, émaillée de vices de procédures et potentiellement illégale. Le manager de sécurité Mitie qui a eu le droit étrange d’assister à une audience de huis clos le 20 décembre seconde l’huissière en chef mais je sais, depuis le 18 novembre, que quand elle n’est pas présente cet homme détient un pouvoir qu’il ne met pas toujours aux services des règles légales (présence incongrue lors du huis clos du 2° décembre ou comparaissait Julian Assange, coopération avec Greekemmy pour faire respecter ses listes illégales…). Les journalistes ont le privilège de s’assoir tranquillement sur les chaises de la salle d’attente. Ils sont plus de 20, presque les mêmes que le 13 janvier, sauf Moritz Muller du magazine allemand « Nachdenkseiten » que je reconnais car je l’ai vu en photo. C’est la première fois que je le vois, il n’est pas venu avant. Justement, Greekemmy va voir chacun des journalistes un par un, elle leur parle et leur tend la photocopie d’un article de El Pais sur la procédure contre UC Global en Espagne. Avec le Dr Zulueleta nous échangeons sur la responsabilité indéniable de Rafael Correa et de son personnel diplomatique dont Fidel Narvaez dans la gestion de cette surveillance et de l’enfermement de Julian Assange dans l’appartement 3 rue Hans Crescent. C’est alors que je remarque Kristinn Hrafnsson assis avec les journalistes à côté du chef des «mementums » du projet DefendWikileaks John Rhees. A-t-il une carte de presse qu’il n’avait pas le 21 octobre, tout comme Joseph Farell ? Il est vrai que « Wikileaks » n’ayant pas de structure juridique et n’étant pas un médias le site internet n’a pas le droit de délivrer de carte de presse. Il est le projet « 04 Wikileaks » de la fondation Wau Holland mais cette organisation allemande est une association de formation et de défense d’usagers et pas un médias[1]. Kristinn Hrafnsson est bien actionnaire minoritaire de l’entreprise islandaises Sunshine Press Production crée en 2010 mais c’est une entreprise de production de film, pas un éditeur ou un journal[2]. Peut-être que le CIJ, Centre d’Investigation du Journalisme se charge de cette tâche bien qu’il soit inscrit au registre des associations de charité britanniques et pas des médias.


[1]              http://www.wauland.de/media/2011_Transparenzbericht-Projekt04_de.pdf

[2]             https://fr.scribd.com/document/341479410/Sunshine-Press-Productions-Ehf-private-limited-company-aka-Wikileaks

Etrange rituel collectif

Je réfléchis à la question quand les avocats des deux parties entrent dans le couloir et passent devant nous. Il n’y a pas de « froissement de robes» car dans les tribunaux « magistrate »  les employés de la justice s’habillent en civil mais la couleur noire des vêtements autant que l’aspect théâtral de leur comportement accentuent l’effet de « rite sacrificiel » qui me vient à l’esprit quand je me remémore tout ce que je vis dans ces lieux depuis 5 mois. Clair Dobbin arrive avec sa seconde, puis les « Américains », l’équipe d’accusation dans laquelle je reconnais l’homme âgé qui a refusé de me donner sa qualité et son nom à la fin de l’audience du 19 décembre 2019, s’enferment dans les salles marquées « privé » tout au bout du couloir. Ils saluent le groupe formé par Gareth Peirce, Edward Fitzgerald, Mark Summers et Alistar Lyon. Dans ce groupe je suis surprise de voir Stella Morris et aussi la femme blonde qui accompagnait, le 13 janvier, le jeune garçon brun que Morris coachait le 19 et 20 décembre. Au fait, aujourd’hui, je connais le nom du garçon : MC Mc Grath[1]. Il est probablement américain, diplômé de l’université de Boston, du MIT. Il est hacker, informaticien et créateur du site Transparency Toolkit. Il vit à Berlin, collabore avec Russia Today Allemagne[2], il a fait des conférences sur son site de surveillance du contre-espionnage. Selon moi, il ne peut, au même moment, être avocat britannique en stage. Il n’a donc rien à faire dans ce tribunal, ou alors moi aussi et mes amis nous devrions pouvoir nous assoir parmi les avocats dans la salle d’audience. Ces vices de procédures énormes qui devraient faire invalider ces audiences de mise à l’ombre de Julian Assange me font logiquement douter des diplômes et des qualités des autres avocats : si le secrétariat du tribunal enregistre n’importe quel informaticien comme avocat, comment croire qu’il a vérifié le diplôme de Stella Morris ou que Gareth Peirce a toujours le droit de plaider malgré le fait qu’elle soit à la retraite ?

La sensation de participer à un rituel sacrificiel, plutôt qu’à un procès politique crucial pour l’avenir de nos libertés sur le continent européen, s’installe alors et ne me quitte plus. Lorsque je vois Kristinn Hrafnsson et John Rhees agiter une petite carte de presse en plastique sous le nez d’un des agents de Mitie, ma tension monte d’un cran. Je sais qu’ils doivent être accrédités et montrer leur feuille rose d’accréditation et je le rappelle à l’agent. Me voyant, le manager de Mitie prend les choses en main : il appelle les porteurs de la feuille d’accréditation, fait entrer ces journalistes dans la salle. Après, il fait entrer le public. Je m’installe au premier rang pour bien voir l’écran des deux côtés entourée de mes amis, les deux psychiatres et Paul à ma droite. Paul a perdu son aspect pataud, Greekemmy ne le gère plus et il joue un rôle que je comprends comme important. Alors que le deuxième rang prend place, je vois que ceux qui n’ont pas d’accréditation sont quand même acceptés par la sécurité privée. Ils auront même le droit d’utiliser leur téléphone pour taper leur texte alors que les nôtres sont sévèrement vérifiés pour rester éteints. Lorsque nous remarquons l’inégalité de traitement à l’agente de Mitie qui nous scrute, elle nous fait valoir que eux écrivent avec leur machine. Face à ces personnes entrées sans accréditation, utilisant des téléphones interdits, j’ai l’impression encore plus nette que le tribunal est une salle privatisée par des intérêts privées dans laquelle se déroule une cérémonie n’ayant rien à voir avec la justice officielle de l’Etat.

La sensation devient quasi-certitude lorsque je vois la journaliste australienne arrivée tôt le matin demander leur nom un à un aux « Américains », un jeune homme, deux jeunes femmes, l’homme âgé brun au sourire satisfait et la collaboratrice habituelle de Clair Dobbin. L’Australienne demande et obtient immédiatement ce que nous et nos alliés n’avons jamais pu arracher depuis que nous hantons ces salles. Etrange procès politique ou tout le monde des avocats, des juges et des journalistes checkés par le monde de Greekemmy se connait et travaille ensemble comme dans le proverbe polonais « Reka reke myje », « la main lave la main ». La secrétaire du greffe portant voile parait très effacée, même si elle effectue le job d’appeler « Julian Assange » à l’écran vidéo, télécommande en main. De même la greffière derrière son lointain bureau parait absente et préoccupée par la gestion de la suite, des 20 Polonais, Roumains et Slovaques dont elle doit gérer l’extradition après la fin de l’encombrante réunion sur Assange. Il est 10 heures moins cinq sur l’horloge de la salle. Je suis là pour voir Julian Assange et éventuellement lui transmettre nos messages par la pensée, le cœur et le regard. Julian Assange semble seul face à la cérémonie qui dispose de sa vie.


[1]             https://exposingtheinvisible.org/films/group/mc-mcgrath/

http://shidash.com/

https://transparencytoolkit.org/

[2]             https://www.youtube.com/watch?v=kQLDvasKPdo

Procès ou interrogatoire en vidéo?

A l’écran je vois d’abord une rangée de trois fauteuils rouges dans une petite pièce aux murs bleus ou violets. La lumière est crue et déforme la perception des couleurs. Au loin sur le mur un panneau « HMP » mais on n’y voit pas inscrit le mot « Belmarsh ». La scène est filmée différemment que d’habitude. La caméra est placée à trois mètres des fauteuils. « Pour qu’on ne voit rien », me dis-je. Effectivement, d’abord un gardien en uniforme vaguement marron entre dans la pièce. Nous n’avons jamais pu voir les uniformes des gardiens de Belmarsh, ceux qui travaillent à l’entrée du site sont vêtus de chemises blanches et de pantalons noirs. La volonté de nous montrer que la prison est réelle parait manifeste aujourd’hui. Ensuite derrière la petite fenêtre de box je vois passer la silhouette longiligne de Julian Assange, plus haut que son gardien, marchant d’un pas mal assuré. Il entre dans la pièce et se laisse choir sur le fauteuil central. Ma colère monte. Ils le montrent de tellement loin qu’on ne voit absolument pas son visage. Il s’agit qu’on ne distingue pas les expressions de son visage, ses mimiques, pour qu’on ne puisse pas déceler les traces de sa souffrance. Les signes de la torture. Je ne peux même pas dire quelle est la longueur de sa barbe et de ses cheveux, ni que disent ses yeux. En fait, cela peut ne pas être lui. Comment pourrions-nous le constater alors que nous le distinguons à peine sous une lumière blafarde comme s’il se trouvait à 100 mètres de nous ? Julian Assange porte un costume marron et je vois des baskets foncées à ses pieds ainsi que des chaussettes claires. Il est tout de suite immobile, met les mains sur les cuisses, puis les croise devant lui, met le pied droit sur le genou gauche et ne bouge plus de longues minutes. En entrant il portait un dossier, mais dès qu’il est assis, il pose l’artefact inutile sur le siège voisin et ne le touche plus, la pile de papiers parait de loin comme un magazine illustré posé dans une salle d’attente. 

Mais c’est alors que je remarque que quelqu’un est assis en face de lui hors champ. Je distingue une main, une forme humaine qui bouge. Julian Assange est observé lors de son procès par un gardien invisible comme dans une salle d’interrogatoire. Je suis sidérée par cette scène qui est si contraire aux droits de l’homme, aux traditions de l’habeas corpus, à toute cette longue histoire de luttes pour les droits attachés à la personne ici même en Angleterre dès le Moyens âge. Cette histoire de lutte que j’ai apprise avec passion dès 1988 lors du début de mes études à l’Institut d’Histoire de l’Université de Varsovie. Comment se fait il qu’on vive une régression pareille, alors que depuis l’antiquité les gens luttent contre l’arbitraire royal  et que le droit à la justice, c’est se confronter en liberté au jugement des hommes et de celui de Dieu, face à face, assumer ses fautes tout comme prouver son innocence ? Quelle valeur a la parole d’un homme enfermé dans une cage qu’on va présenter au juge alors que son bourreau ou le policier le regarde fixement ? Comment peut-on encore parler de procès ? Je propose le nom de de sacrifice rituel, cela parait plus approprié. Même l’Inquisition, qui s’y connait en torture, prenait soin de garder l’apparence d’un vrai procès dans lequel l’accusé s’exprimait librement alors qu’il avouait ses fautes et qu’il était condamné à mort. Sans procès, la condamnation à mort n’a pas de sens, et donc l’existence de l’Inquisition est inutile. Autant tuer l’accusé tout de suite d’une balle dans la tête ou d’un missile à l’aide d’un drone. Pour que l’assassinat devienne justice, il faut certaine règles. Si ce procès ne respecte pas ces règles, il n’est qu’un rituel d’abattage. Je pense aux amis communistes polonais, à Mateusz Piskorski poursuivi et accusé d’espionnage pour avoir osé critiquer la domination américaine en Europe. Je pense à moi-même et tous mes amis de lutte. Si Julian Assange est mis à mort au terme de ce rituel sans qu’il y ait une chance de vrai procès, alors nous serons très vite les prochains sur la liste.

Pendant que « l’interrogateur » trahit sa présence en bougeant ses mains au premier plan, Julian Assange, qui ne voit pas la salle, s’agite, ne tient plus en place sur la chaise. Il frotte ses mains, touche ses cheveux, regarde à droite et à gauche comme s’il voulait sortir son regard du champ de vision de l’interrogateur, puis s’immobilise. On dirait qu’il dort, il fuit l’intolérable en se retirant à l’intérieur de lui. Pendant ce temps, Hrafnsson écrit sur son téléphone puis regarde fixement Fitzgerald prendre place au premier rang entre Gareth Peirce et Mark Summers qui restera silencieux. Sur le même banc tout près d’eux, Clair Dobbin est assise droite comme un I. Derrière, le rang de l’accusation américaine. Au dernier plan, Alistar Lyon côtoie Stella Morris, l’autre femme et MC Mc Grath qui ne prend aucune note et ne regarde pas Assange. La juge appelée par la presse Baraitser entre et commence la cérémonie formelle.

Rituel pré programmé ou procès ?

A l’ordre de « s’identifier formellement, vous m’entendez » , Julian Assange répond d’une voix lasse mais moins hachée que précédemment « Yes, I am Julian Assange, 3 July 1971 ». Et c’est tout ce qu’il dira aujourd’hui alors que sa vie se décide dans une mécanique implacable de l’écrasement final. Il n’a pas la force de faire plus. Nous le savons depuis le rapport de notre médecin sur la torture. Ce procès ne devrait jamais avoir lieu et les avocats devraient boycotter ce théâtre mortifère et crier au scandale partout et jusqu’au dénouement. Ils et elles ne le feront pas parce que cela les arrange de mener les choses comme ils les mènent.

L’accusation commence les hostilités et pendant dix minutes Clair Dobbin dialogue avec la juge d’une voix ferme. Son débit est rapide et toute mon attention est tendue pour la comprendre et prendre des notes. Dobbin rappelle que la cour a décidé le 19 décembre de donner à l’accusation jusqu’au 10 janvier pour présenter leurs « preuves » et de tenir le « full extradition hearing » en février et mars sur 4 semaines. Elle estime que l’accusation a répondu à ces exigences. J’entends la représentante britannique de l’accusation états-unienne citer plusieurs fois « the United States », souligner que « the USA » ont répondu, puis je suis inquiète lorsque je comprends qu’elle répète que des experts médicaux américains devraient examiner Julian Assange. Pas question pour nous de laisser passer cela. Julian Assange est déjà vu par ces gens comme un gibier pris au piège, cela fait 5 mois que je les observe. On voit à l’œil nu que son état se dégrade dans les prisons anglaises, mais ce n’est pas à ses pires ennemis de décider si oui ou non il a été torturé – c’est à l’administration britannique de prendre ses responsabilités et à l’ONU de veiller à ce qu’il soit soigné dans un pays vraiment neutre et éloigné de l’influence de Washington. En Occident, ces pays ne sont pas légion, la France est un de ces rare pays à ne pas avoir de base américaine sur son sol et nous disposons du tissu associatif et médical pour veiller à la neutralité de cette expertise.

Pour l’heure Julian Assange demeure impassible, étrangement immobile alors qu’on parle de sa vie. Je suis certaine qu’il n’entend rien. Si on pouvait prouver cela, la procédure devrait être annulée pour vice de forme. D’ailleurs, je m’interroge sur une autre étrangeté : Clair Dobbin parle des « Etats Unis » mais seul une instance juridique a le droit de faire une requête en extradition auprès du gouvernement britannique sur la base du « Extradition act » de 2003. Cette instance n’est jamais citée et pis, l’acte d’accusation n’a jamais été lu formellement. Le sera-t-il enfin le 24 février au moment de la procédure finale ? Un procès sans acte d’accusation me semble vraiment étrange. Si on ajoute les vices de procédures qui sont légion, l’impression d’assister à quelque chose de faussé se renforce. D’ailleurs, le Grand Jury qui aurait décidé en secret de poursuivre Julian Assange pour espionnage est une structure plutôt politique que judiciaire purement états-unienne et qui n’a pas d’équivalent, dans aucun autre pays. Le traité d’extradition bilatérale reconnait-il cette institution comme instance juridique dont les décisions devraient obligatoirement être appliquées par les tribunaux britanniques ? Je ne le crois pas. En diplomatie rien n’est automatique, tout est régit par la règle de la réciprocité. Si le Grand Jury n’a pas d’équivalent en Grande Bretagne, il appartient au procureur britannique de formuler cet acte d’accusation à l’encontre de quelqu’un qui est ni citoyen états-unien, ni britannique et qui n’est pas protégé par le droit consulaire de son propre pays. Si Julian Assange était Polonais, Tunisien ou Grec, le consul de son pays aurait bien été obligé de lui rendre visite en prison et d’être présent, dans cette salle, avec nous. Il n’y a pas de consul australien en Grande Bretagne et cette situation jette une lumière crue sur le statut colonial de l’Australie vis-à-vis de la Grande Bretagne.

Justement, Clair Dobbin et la juge Baraitser se lancent dans un long dialogue sur le calendrier de l’extradition. Je les entends parler du procureur Lewis occupé à des affaires en Irlande du Nord et non disponible en février. Pour nous, défenseurs de Julian Assange, les occupations du procureur nous sont bien égales, je me demande même pourquoi une Cour y consacre autant de temps comme si on se trouvait dans un secrétariat et qu’on discutait planning entre assistantes de direction. Je comprends néanmoins que Dobbin propose de diviser les programmes de la « mise à mort » en deux et derechef Baraitser acquiesce comme si c’était plié d’avance. Cap sur le 18 mai ou tout se jouera après une semaine de mise en bouche du 24 au 29 février. Je suis très inquiète, je scrute la réaction des avocats de Julian Assange mais un homme s’approche de la secrétaire du greffe et cache les protagonistes Je peux juste constater que Julian Assange est comme endormi sur le siège du box, son corps penche légèrement vers le côté droit. La semaine dernière sa jambe droite avait lâché alors qu’il marchait. Et s’il avait été victime d’un léger AVC ? Cela expliquerait aussi ses difficultés d’élocution. Hrafnsson et Rhees regardent fixement Fitzgerald, mais ne réagissent par aucun geste à cette surprenante modification des événements. Sont-ils déjà au courant ?

Edward Fitzgerald a enfin la parole, il se lève et au lieu de commencer une forte diatribe en défense de son client, il affirme qu’il soutient l’accusation dans la proposition d’effectuer de « diviser les audiences » ! Il parait même tout à fait en harmonie avec Clair Dobbin, il la regarde en toute connivence, elle est debout elle aussi, et ils se regardent à un mètre de distance en toute entente. Pourquoi pas. Après tout dans la vraie vie ils sont collègues, avocats dans le même milieu, travaillent ensemble sur certains dossiers, en concurrence sur d’autres. Il serait naturel qu’ils se fréquentent en privé, mangent ensemble ou plus. Voilà pourquoi d’habitude dans les procès politiques les victimes luttent pour que les affaires soient dépaysées dans des tribunaux d’autres villes pour éviter les collusions d’intérêts liées à la proximité inévitable de la vie locale. Edward Fitzgerald fait tout de même un minimum son job en demandant « more time for evidence », plus de temps pour présenter les preuves. Les preuves, ce sont les témoins qui doivent comparaitre. Il parle d’un nombre « significatif » de témoins, il cite des témoins désignés par des numéros, témoins 4, 6, 12, sans leur nom ni leur initiales. Le douzième témoin est clé car lié à la « spanish procedure ». Baraitser parait s’intéresser aussi à ce procès en Espagne et accepter l’importance de tous les témoins issus de cette procédure. Pourquoi ? La seule fuite des vidéos de surveillance ne peut mécaniquement entraver la procédure d’extradition. D’ailleurs ne nous savons toujours pas qui est le plaignant et si Julian Assange y est témoin ou victime et qui a été désigné, et surtout par qui, en tant que suspect.

D’un point de vue oratoire M. Fitzgerald n’est pas très bon : il bafouille, bégaye, a du mal à finir ses phrases. Parfois son intervention prend des accents surréalistes quand il dit attendre les « instructions » de Julian Assange alors que Julian Assange ne le regarde pas et peine à rester droit sur son siège sans tomber. Je me demande comment il pourrait être en état de donner des instructions s’il n’est pas en état de santé suffisant pour assister à son procès. Je m’irrite quand M. Fitzgerald élude la question de la santé de Julian Assange par un « we are not in the position to face the medical background of Julian Assange ». Cette attitude me révolte alors qu’il a entre les mains la vie de Julian Assange pour lequel il peut exiger un rapport médical indépendant et une libération pour raison de santé.

Au contraire, Edward Fitzgerald, sous l’œil attentif de Gareth Peirce, rentre dans le calendrier de l’extradition, discute avec la juge des dates limite de dépôt des preuves, affirme que certains témoins sont « not available » et que les « spanish witness » , témoins espagnols, sont les plus importants. La juge commente les détails, demande la disponibilité des témoins numéros 10, 11 et 12. L’avocat dit qu’il y a un volume important de documents à lire et qu’il faudrait une semaine de plus en mars. On est de nouveau dans l’ambiance « secrétariat de direction » alors que Julian Assange s’affaisse de plus en plus sur sa chaise. Fitzgerald promet de soumettre la liste des témoins au 1 février et de s’assurer, il en a l’espoir, qu’ils vont tous venir témoigner. Dans un bégaiement, il souligne qu’il lui faut du temps pour « prendre les instructions auprès de M. Assange », expliquer les publications et donner du temps au témoins pour consulter leur disponibilité. Il demande trois ou quatre semaines de procès et une journée par personne pour permettre à chaque témoin de résumer sa position. D’un point de vue formel, il est toujours agaçant d’entendre des expressions négatives dans le discours d’avocats qui devraient être rompus aux joutes politiques. A présent, j’ai du mal à supporter d’entendre parler de « extreme complexity », ou de « great difficulties » ou encore « not easy process ». Mais Kristinn Hrafnsson parait satisfait de la tournure des événements. Julian Assange semble par contre de moins en moins concerné, il regarde vers le bas, ne voit donc pas la Cour, ne réagit à rien, et surtout il ne touche pas au dossier qui est censé représenter sa défense et qui git sur le siège à côté. Je distingue à force d’efforts l’extrême tristesse qui se lit sur son visage.

M. Fitzgerald pourtant assure vouloir « impliquer Mr Assange à chaque stade de la procédure » quel que soit son « medical background ». (J’ai du mal à comprendre cette dernière expression. Soit l’accusé est capable de participer à son procès, soit non. Si non, le procès doit être ajourné et la personne soignée, je ne vois pas de troisième voie juridiquement parlant.). Lorsque Fitzgerald commence à dire que les « USA doivent répondre aux témoins » et évoque enfin l’examen de la validité de la procédure d’extradition selon le traité de 2003, Clair Dobbin reprend la parole et le contre facilement en exigeant de raccourcir les délais. Alors la juge résume ce sur quoi ils sont d’accord (les dates de février et celles de mai) et liste les non accords. Et elle ordonne une suspension de séance.

« Messieurs et Mesdames les avocats, s’il vous plait…. »

Nous gardons les yeux rivés sur Julian Assange qui est presque étendu sur le siège du box. Mais les agents de sécurité nous virent de la salle assez brusquement. Il est 11h, ils annoncent que l’audience doit reprendre à 11h15 puis à 11h30. C’est dur. Nous devons ramasser nos sacs et sortir pour de nouveau rester plantés devant la porte à affronter Greekemmy qui ne perd pas une occasion pour nous pousser dehors. Naomi Colvin est même tellement sûre de son statut qu’elle tentera de rentrer avec les avocats avant d’en être empêchée in extremis par un agent. Je crois que ce cinéma est fait pour qu’on n’assiste pas à la négociation et à l’entente entre avocats, accusation et juge. C’est aussi simple que cela.

Je suis très fatiguée et excédée lorsque nous avons le droit de revenir dans la salle. Les agents de sécurité se font plus rudes et nous obligent à nous asseoir au fond du box alors que de là nous ne voyons plus Julian sur l’écran de droite. Dobbin attaque immédiatement posant les dates du 14, du 20 février et du 27 mars avec 3 semaines de procédure d’accusation et de réponse de la défense. Fitzgerald est d’accord. Il répète l’importance des « spanish issues ». Comme les avocats ne nous informent de rien, il va falloir faire notre enquête nous-même en Espagne. La juge acquiesce. Pendant ce temps, le pauvre Julian Assange reste apathique, les main affalées sur les genoux, il a un rictus de souffrance sur le visage – à force d’efforts de concentration, je finis par mieux distinguer ses traits. Joseph Farell, assis parmi les journalistes, sort de sa poche une petite lunette et scrute son ancien chef de projet froidement. Vanessa Baraitser est satisfaite. Elle se tourne vers l’écran et à haute voix nous informe du programme : 19 février, dernier « case management hearing», avec vidéolink qui servira aussi à prolonger la détention, puis le « full extradition hearing » à Woolwich dans la semaine du 24 février, éventuellement jusqu’au 2 mars, puis trois semaines à partir du 18 mai. Mais elle a oublié de s’assurer que l’accusé a bien compris ce qui lui arrive et elle sort. L’audience est finie. Je ne tiens pas et je me charge de rappeler au moins aux avocats ce vice de procédure qui aurait dû leur permettre de faire annuler toute l’audience. Je lance en Français vers la salle « Messieurs, Mesdames pouvez-vous demander à Julian Assange s’il a bien compris ce qui va lui arriver » ? Un bruit étouffé réagit à mon intervention que j’ai clamé d’une voix forte, ras le bol d’assister passivement à la mise à mort de l’agneau sacrificiel. Il y des limites à tout. Des militants et le psychiatre me demande de répéter en Anglais. Mais Rosie Sylvester me saisit le bras et me menace d’être interdite d’entrée dans la cour. Je m’excuse auprès d’elle, car elle fait tant d’effort pour que cette étrange endroit respecte quelques règles élémentaires.

Mais je crois que c’est trop d’émotions pour moi. Nous sortons et retrouvons les amis qui n’ont pas pu entrer. Certains réussissent à parler à M. Fitzgerald et Madame Peirce. Fitzgerald leur assure que Julian va très bien et qu’il le voit tous les jours quand il veut. C’est totalement contradictoire avec ce que Gareth Peirce a répété sur tous les tons depuis octobre devant nous, qu’il est quasiment impossible pour elle d’effectuer les « legal visit » à Julian Assange. Quant à sa santé, tout le monde le voit maintenant. La docteure De Zulueta a été très émue par la souffrance visible de Julian Assange et nous a exprimé son émotion lors de la pause forcée. Alors, lequel des avocats ment dans cette affaire ?

L’argent

Gareth Peirce a assuré à notre ami J. travailler gratuitement, « pro bono ». Or, dès l’audience finie, Joseph Farell appelle devant les caméras à donner de l’argent sur le site de la fondation Courage, argent destiné à assurer la défense de Julian Assange. Courage est un projet de la Fondation Wau Holland et c’est à cette structure allemande que les citoyens sont invités à verser de l’argent pour payer les avocats de Julian Assange via le site https://wauland.de/en/projects/moral-courage/. Cependant, pour les dons non défiscalisés, il est conseillé par les gérants du projet Courage d’envoyer son argent par transfert à une banque de New York, l’adresse du récipiendaires étant Courage Foundation, 201 Varick St., P.O. Box #766, New York, NY 10014, USA[1]. Pour nous, il pose problème que des personnes de bonne volonté soient appelées à envoyer leur argent aux Etats Unis dans un pays qui poursuit Julian Assange juridiquement et de fait le persécute. Comment se fait-il que les collaborateurs du projet Wikileaks qui sont les fondateurs de la fondation Courage, Sarah Harrison par exemple, n’aient pas vu la contradiction et le danger qui nous saute aux yeux immédiatement ? Installer le siège de la fondation Courage, censée défendre Julian Assange, aux Etats Unis, pays le plus hostile à Julian Assange, c’est de fait mettre en danger les citoyens soutenant Julian Assange et tous les opposants aux politiques guerrières états uniennes car cela permettra à l’Etat américain de ficher les coordonnées de ces opposants, notamment européens, par le biais du contrôle de leur dons financiers.

Cela nous alerte d’autant plus que le 201 Varick Street est un immeuble appartenant entièrement à l’Etat fédéral américain[2]. S’y trouve le Bureau des Mesures Technologiques dépendant du Homeland Security Department – c’est-à-dire du ministère de l’intérieur américain – et la Cour du Bureau de l’Immigration dépendant du ministère de la justice. Ce tribunal fédéral américain valide aussi les expulsions et gère toutes les lois touchant le séjour des étrangers aux Etats Unis. Comme Julian Assange est en instance d’extradition vers les USA, l’impression est forte que la fondation Courage est installée dans la proverbiale gueule du loup. Je me rappelle aussi du concert étrange organisé par la fondation Courage, le 5 novembre 2019, devant le Home Office, le ministère de l’Intérieur britannique. Que la fondation Courage, pilotée par la Wau Holland Stiftung allemande, loue des bureaux dans ce genre d’endroit et de plus organise des concert devant la « gueule du loup » britannique est pour le moins surprenant et inquiétant.

D’ailleurs, pour les autres lanceurs d’alerte comme Jéremy Hammond, le site https://freejeremy.net/donate sur lequel on rentre par le lien « Donate » du site de la fondation Courage renvoie le donateur à la société Derek Rothera & Company, Chartered Accountants, Units 15 & 16, 7 Wenlock Road, à Londres[3]. Problème, ce gestionnaire de comptes nous a assuré ne plus s’occuper de la fondation Courage depuis 2016. Selon Derek Rothera Compagny, la fondation a rapatrié ses comptes à New York et les gère de là-bas. Il me semble que pour la confiance des donateurs un audit public de la fondation Courage est nécessaire et la publication légale de ses bilans financiers indispensable.

Je ne suis pas hostile à ce qu’un bon avocat soit rétribué notamment pour avoir l’assurance qu’il ou elle est en capacité de se consacrer pleinement à sa tâche. Je suis tout à fait d’accord à ce que des dons soient versées par les citoyens à Julian Assange pour l’aider à rétribuer un avocat efficace. Mais Julian Assange n’est pas président ni même administrateur de la fondation Courage et emprisonné, il n’est pas en capacité de décider de quoi que ce soit en la matière. Les personnes qui gèrent la fondation Courage et récupèrent les dons des citoyens doivent accepter un contrôle citoyen sur l’utilisation de ces dons. Ceci est d’autant plus urgent qu’en Europe, les lois sont claires : ne peuvent être récoltés auprès des citoyens européens que des dons versés à une organisation ayant un siège officiel dans un pays européen et dument enregistrée selon les lois de ce pays. Le lieu d’enregistrement de ce type d’organisation peut varier (Préfecture pour la France, tribunal pour la Pologne, registre des organisations de charité pour la Grande Bretagne) mais partout les obligations légales sont les mêmes : publication des bilans d’activité et des bilans financiers chaque année afin que le montants des dons et leur utilisation soit publics. Il n’est pas normal que la fondation Courage récoltant des dons pour la défense de Julian Assange échappe aux obligations des lois européennes de transparence et de ce fait, au contrôle citoyen. Nous appelons les  dirigeants légaux de la fondation Courage à prendre leurs responsabilités à rapatrier le siège de la fondation en Europe et à publier les bilans financiers de l’institution. Il y va de la crédibilité de leur action.

Il y va de la vie de Julian Assange !


[1]            

https://www.couragefound.org/donate/

https://defend.wikileaks.org/donate/

[2]           https://en.wikipedia.org/wiki/Varick_Street

https://www.gsa.gov/historic-buildings/federal-building-new-york-ny

https://en.wikipedia.org/wiki/Environmental_Measurements_Laboratory

https://www.justice.gov/eoir/new-york-varick-immigration-court

https://www.justice.gov/eoir/page/file/eoir_an_agency_guide/download

[3]           https://www.couragefound.org/donate/

https://freejeremy.net/donate

Julian Assange versus Anna Ardin in August 2010 – being raped rather than being the rapist

Julian Assange on August 14, 2010 at the Conference in the House of Trade Unions in Stockholm. On his right Peter Weiderud, president of the Christian Brotherhood within the Social Democratic Party, organizer of the meeting. On the far right, Anna Ardin, then spokesperson for the organization and Weiderud’s assistant.

Monika Karbowska

Julian Assange on this conference 14 August 2010 in Sweden

This was the first text I wrote about Julian Assange in August 2019. I didn’t know much about the case yet. I just wanted to unravel the case of the rape charges and to understand why my former feminist colleagues in the Feminist Party participated in the witch hunt. Reading Julian Assange’s legal file as published on the internet, I discovered some surprising facts.

Julian Assange in the offices of the Aftonbladet newspaper on August 13, 2010 before the conference on August 14.

August 2019. This article is the first one in a series of analyses of the Swedish legal case against Julian Assange. I feel the necessity to publish my analysis because I’ve never believed in Julian Assange’s guilt, whose legal file from the very start was an accumulation of unbelievable manipulations by the Swedish Department of Justice. These manipulations will be outlined in another article, mainly the collusion between the main complainant, Anna Ardin, and Irmeli Krans, the police officer who noted down the accusation of the two complainants – Ardin and Krans being not only close friends, but also eligible members of the same political party. This fact should have been enough reason to immediately drop the case due to procedural error, and even an appointed lawyer could have come to this conclusion.

The Conference of the 14 August 2010 in Stockholm

I’m writing this article in order to shine a light on some elements of this case which have been rarely published and, even less so, analyzed. My starting point will therefore not be the accusation, but the defense – being accused of rape by Anna Ardin and having had to learn this through an article published in a Swedish tabloid on August 20, 2010, Julian Assange immediately responds to the subpoena issued by the Swedish police. During his interview with the police om August 30, 2010, Assange gives them his version of what had happened. The summary of his deposition has rarely been published and hardly ever been analyzed. Yet this is one of the rare accounts which have been produced spontaneously and without preparation. That’s why, in my view, this dialogue contains the most authentic elements about the whole “affair”, an affair which has cost this man almost a decade of solitary confinement, an imprisonment in a maximum-security prison at present and soon the certainty of extradition or the secret American torture prisons. Shining a light on the darkness of this “affair” is the only way to set free the political prisoner on European soil he has become.

Anna Ardin – picture from her Facebook

A second article will analyze the defense of Julian Assange against the accusations of Sofia Wilem, but given the fact that this defense dates from 2016 and has been mainly redacted under the influence of lawyers who have lost all of his cases, like Jenny Robinson, it’s less important than the deposition dating from August 30, 2010, against Anna Ardin.

Julian Assange wears on August 14, 2010 a wedding ring on his ring finger of the left hand. Who is he married to in Sweden?

What’s most striking when reading this document, is that Julian Assange seems so flabbergasted that he fails to defend himself. Initially he believes it is all a misunderstanding, he simply cannot believe that the person with whom he has been sharing the bed, their intimacy and apartment for an entire week, is now accusing him of rape.

The police officer kindly urges him to share the details of his emotional and sexual relationship with Anna Ardin in order to give his version of the facts and constitute his defense. His lawyer, Leif Silbersky, willingly encourages him to meticulously answer the questions so that not only the complainants version will be taken into account.

excerpt from the video of the conference

This is how we know that only one copulatory encounter has taken place, during their first night together which was August 13, and that this particular encounter has been experienced as rape by Anna Ardin. However the nights following this particular encounter have been filled with caresses much appreciated by her – she doesn’t accuse him of anything for those other nights… But Assange has not been able to give any more precise descriptions as the very vague “we’ve been mutually touching each other”. This small phrase isn’t strong enough to counterbalance the raw, harsh and realistic version given by the complainant about the events of that first night – her version being one of an Assange rushing on her directly upon their arrival at her apartment, tearing off her clothes and jewelry before clamping her on the bed. The complainant keeps silent about the caresses given to her by her lover during the entire rest of the week, which makes her narrative more than questionable.

After the conference (picture from a swedish site with original comments)

While Assange is unable to describe the caressing and hardly able to mention the two orgasms experienced by Ardin due to his caresses, this remains inaudible and thus the only remaining version – the complainant’s- is being imposed. Why doesn’t Julian Assange manage to talk, could it be out of shame? A shame that, apparently, is nowhere to be seen on the complainants’ side, who are spreading their complaint, providing it with extensive and very explicit sexual descriptions, almost to the extent of provoking arousal with the lecturer. Clearly, the shame here can only be detected on the side of the accused, which is an abnormality in classic cases of a woman being raped by a man.

Julian Assange after the conference of the 14 August 2010

The same happens with the central point of the accusation: the perforated or torn condom. Assange does not defend himself. He doesn’t remember who had taken the initiative to use a condom, nor does he remember who had put it on or even who had taken it off!

To almost every question he replies: I don’t remember. He is incapable of stating the hour the sexual encounter had taken place, or if there were more than one… The passivity, the  prostration as well as the abatement will cost him heavily because every charge is considered equally important as every discharge…Therefore, in absence of details which would underline a discharge, all that remains is the accusation.

To such an extent, that it worries his counsellor, who after the interrogation has come to an end, asks him if by any chance he has been intoxicated with drugs or made drunk. This is exactly the impression an outsider would have upon observation: if the alleged rapist displays such vagueness as well as loss of memory, would it not be possible that he is the one being abused, particularly with some kind of drug? The so-called “rape drug” can obviously functions both ways,  meaning its substances provoke the complete erasing of one’s memories of an event.

I’m heartbroken and deeply touched when I read Julian Assange’s answer to the question “ who initiated the sexual contact?” : “ Anna”.

“How did she do that?” Julian Assange’s answer: “she told me to sleep in her bed”. And she “added things that a lover is supposed to do in bed”. It is her who decides, not him. “After all, it is her apartment” – he says.

This image of passiveness and obedience is haunting me, as an outside viewer. The one who the United Stated as well as the mainstream media worldwide have accused and portrayed as a predator, is in fact a submissive, passive little boy. Given that Anna Ardin was also the person who let him use her address as a mandatory part of his residence permit request in the Schengen area, this adds to the completion of his vulnerability. A vulnerability towards the complainant that, logically speaking, should have incited his lawyer to question and doubt the accusation.

As to his lawyer, who has showed himself to be efficient and empathic, Leif Silbersky was sacked after a week. Who was advising Julian Assange then, and who suggested he’d break with Leif Silbersky? The answer to that question could put us on the track of those who have pushed Julian Assange in an indissoluble situation for over 10 years now, and who have had him lose ALL of his trials. Will they have him lose this final trial too, the one on which his life depends, the US extradition trial? If we, citizens who are concerned by injustice, fail to mobilize, this is exactly what “inevitably” will happen.

Julian Assange the 15 of August with Anna Ardin (left) and the heads of the Pirate Party
Signature of the cooperation with the Pirate Party the 15 of August 2010
Signature of the Cooperation Assange and Pirate Party the 15 of August 2010
Picture of Irmeli Krans, the police officer redacteur of the complain of Anna Ardin and Sofia Wilem against Assange and her friend from the Social Democrat Party Thomas Bodström, former Justice Minister and former Minister of Foreign Affairs, in 2010 associates of Claës Borgström, the lawyer of Anna Ardin and accuser of Assange

Documents available here :

https://nnn.se/nordic/assange/protocol.htm

http://www.nnn.se/nordic/assange/docs/protocol.pdf

http://www.nnn.se/nordic/assange/docs/memoria.pdf

Protocoll Julian Assange by swedish police , 30 August 2010, page 1
Idem page 2
idem page 3
Idem page 4
Idem page 5
idem page 6
idem page 7
idem page 8
Conférence in Stockholm 14. 08.2010 the Afghan War Diary – part 1
part 2
part 3
part 4
part 5
Anna Ardin today very happy with her life