Fin de partie romantique de l’affaire Julian Assange? 2ème partie

Objections, analyses et actions de Wikijustice – 2ème partie

Monika Karbowska

Incohérence du storytelling photos et vidéos

La photo du couple Morris/Assange publiée par le Daily Mail et reprise dans une version découpée par les comptes Twitter et Facebook actuels de Stella Morris ne lasse pas d’interroger les incohérences du récit journalistique. Le couple est ensemble depuis 2015. Ils sont pris en photo enlacés dans une rue d’une ville. Mais alors, en 2015, Julian Assange n’était-il pas confiné dans une pièce de l’ambassade de l’Equateur, interdit de sortir sous peine d’être emprisonné et extradé vers la Suède ? Pouvait-il arpenter tranquillement avec le sourire les boulevards de Londres avec Stella Morris ? On nous a donc bien menti.

Je n’aime pas pointer du doigt le physique des personnes et ceux qui lisent mes articles ne trouveront pas de critiques irréfléchies de ce type. Mais la composition de la photo publiée par le Daily Mail le 11 avril dernier [1]et reprise par Stella Morris sur son compte twitter et Facebook est tellement étrange qu’elle m’oblige à faire le commentaire suivant : un observateur attentif verra, en regardant le bas de la photo, que les jambes de Julian Assange sont coupées au niveau de ses mollets et celles de Stella Morris au niveau de ses pieds. Ayant vu les deux personnes en chair et en os plusieurs fois et sachant que Stella Morris est de très petite taille (moins d’1 mètre 55) et Julian Assange plutôt haut de taille (1 mètre 90), la différence de taille fait qu’il est impossible que la tête de Madame Morris accolée à Julian Assange lui arrive au menton, tout au plus peut-elle arriver à sa poitrine. C’est logique et cela saute aux yeux de tous ceux qui ont vu en vrai les deux protagonistes de l’histoire. Leur jambes ont été découpées sur la photo pour pouvoir « ajuster » les personnages et réduire leur dimorphisme. J’affirme donc que cette photo est truquée.

En revenant vers le storytelling de la même presse d’il y a quelques années, les incohérences sont encore plus flagrantes. Un article du Guardian du 15 mai 2018[2] décrit avec un luxe de détails la surveillance intrusive que Julian Assange aurait subie dans « l’ambassade » de 2016 à mars 2018. Les agents d’UC Global l’observaient des années durant par les caméras de surveillance d’un PC de sécurité installé dans un immeuble voisin. Ils contrôlaient les passeports de toutes les personnes entrant pour lui rendre visite et transmettaient leurs coordonnées d’abord à Rafaël Correa puis à Lénine Moreno. Dans ces conditions, puisque UC Global aurait vendu les images aux autorités américaines, ces autorités étaient donc parfaitement au courant de la relation d’Assange avec Stella Morris. Nul besoin de voler des couches de bébé, il suffit de regarder ce qui se passe dans l’intimité de l’appartement via les caméras, procédé pornographique obscène s’il en est, mais il semble effectivement que rien n’a été épargné à Julian Assange. L’article précise que le gouvernement de Correa a coupé internet à Julian Assange définitivement en février 2018 et il a été interdit de visite dès mars 2018, enfermée dans le « solitary confinement » que nous commençons tous à expérimenter en Europe depuis ces dernières semaines, et ce pratiquement jusqu’au bout, jusqu’au 11 avril 2019. Or, Madame Morris affirme aujourd’hui que c’est la période à laquelle elle lui rendait visite en permanence, pour concevoir leur deuxième enfant, puis en étant enceinte.

Il est étonnant que Julian Assange n’ait à aucun moment évoqué sa « partenaire » et sa paternité future pendant 5 ans de 2015 à 2020. Depuis 2016, ses avocats ne se sont à aucun moment servis de cette information pourtant capitale pour demander un arrêt des poursuites suédoises ou sa libération en tant que soutien de famille, particulièrement dans les moments dramatiques de mai à octobre 2019 alors que Julian Assange était enfermé à l’isolement suite à sa condamnation pour rupture de libération conditionnelle. Le récit larmoyant de Stella Morris ne nous fournit pas de précisions sur l’état civil des enfants pourtant importantes pour toute action de soutien juridique à Julian Assange. Julian Assange a-t-il reconnu ces enfants à l’état civil britannique ? Portent-ils son nom ? S’appellent-ils Morris, Gonzalez Devant ou Smith Robertson ? John Shipton, considéré comme le père biologique de Julian Assange, est lui-même en contradiction avec les dires de Stella Morris lorsque le 18 avril dernier il évoque encore une fois la « famille française » et fait l’impasse sur les enfants de Morris[3]. Devons-nous comprendre que John Shipton ne se considère pas comme le grand-père des enfants que Stella Morris présente à la presse comme étant ceux de Julian Assange ?

De moi-même, je ne croirai à l’histoire de Madame Morris que si Julian Assange s’exprime librement en public. C’est son droit de s’exprimer lui-même sur sa propre situation. Personne ne devrait parler de sa vie personnelle et intime à sa place.

Les organisations qui protègent Stella Morris

Stella Morris affirme ne pas avoir agi pour sauver son compagnon de peur des attaques du gouvernement américain contre ses enfants. C’est plutôt ridicule si on pense que les enfants nés à Londres sont forcément déclarés à l’Etat civil, d’autant plus s’ils vivent normalement dotés de la nationalité britannique transmise par leur mère. Le gouvernement britannique était donc parfaitement au courant de l’existence de ces enfants et a donc, avec grande probabilité, transmis l’information à ses homologues états-uniens.

La peur de la compagne aimante du prisonnier politique, qui a attendu 6 ans pour agir, est d’autant plus incompréhensible qu’elle est protégée en tant que collaboratrice du célèbre Baltazar Garzon, ancien juge de la Chambre d’Instruction espagnole Audiencia National 5.

Ayant pu constater de visu à la Westminster Magistrate Court les liens que Stella Morris entretient avec les représentants d’autres structures puissantes, j’en conclue qu’elle était logiquement protégée par ces institutions et n’était nullement la mère célibataire fragile et solitaire qu’elle se présente être. Je parle ici de la Courage Foundation ou officiellement « Courage Corp, domestic business entity », sise à New York et dirigée par Nathan Fuller, domicilié à l’adresse 2790 Brodway appart. 4D, New York 10025[4]. Sur son site, la Courage Corp. se présente comme étant la Courage Foundation dont le Conseil d’Administration est rempli de lanceurs d’alerte, de journalistes, d’anciens agents de la CIA, de la NSA, du MI5, tous plus célèbres les uns que les autres. Stella Morris est amie avec Naomi Colvin (ce que j’ai pu voir de mes propres yeux de décembre 2019 à février 2020), qui succède à Sarah Harrison à la tête de la Courage « Foundation » en Europe. Stella Morris est aussi amie avec Renata Avila, membre du CA de Diem 25 et proche du politique gréco-australien actif à Berlin Yanis Varoufakis. Il est facile de le constater en fréquentant les audiences du procès de Julian Assange.

Par ailleurs, ces personnes comme Naomi Colvin, et Renata Avila, travaillent avec le Centre d’Investigation du Journalisme, école privée britannique de formation au journalisme, dont le fondateur Gavin MacFadyen fut un ami et superviseur de Julian Assange. Le CIJ[5] organise des sessions de formation financées par de riches fondations privées américaines (Reva and David Logan Foundation) britanniques (Lorana Sullivan Foundation, Joseph Rowntree Trust) et sud-africaines (Fondation David Potter et Ellen Potter Fondation…[6]). La plus importante de toutes est la Fondation Bertha[7].

La Fondation Bertha a été crée par le milliardaire sud-africain Tony Tabasnik[8] possédant le plus grand laboratoire de médicaments génériques du pays[9]. L’ancien avocat décédé de Julian Assange Michael Ratner était un ami de Tony Tabasnik[10]. Certains événements du Centre For Investigative Journalism sont financés directement par la plus célèbre des fondations, la Open Society Foundation de Georges Soros[11]. La Bertha Foundation est également liée par le partenariat avec la « Hungarian Civil Liberties Union » à Georges Soros[12]. Mais il n’est pas étonnant que ces fondations des plus grands oligarques du monde occidental travaillent ensemble. Le réseau des structures de Georges Soros forme une entreprise mondiale présente sur presque la totalité des pays du globe[13].

Côté allemand, la Fondation Wau Holland est propriétaire de la marque « Projet 04 Wikileaks ». Julian Assange a été salarié de cette structure en tant que chef de projet en 2010-2012 déjà sous la responsabilité du patron actuel Andy Müller Maguhn. Andy Müller Maguhn est aussi membre du Conseil d’Administration de la Courage Foundation[14], cette structure dont le siège est à la New York et qui récolte l’argent que les Européens de bonne foi croient verser pour la défense de Julian Assange. Andy Müller Maghun est aussi membre du Conseil d’Administration du Centre for Investigative Journalism [15].

Le dernier rapport d’activité de la Fondation allemande Wau Holland date de 2016, les rapports de 2017, 2018 et 2019 n’ont pas été publiés alors que légalement ils devraient être accessibles au public. Selon ce document[16], la fondation Wau Holland reverse depuis 2014[17] une partie (non spécifiée) de cet argent pour la prestation « Projet liberté d’expression », autre nom de « Wikileaks » à l’entreprise privée islandaise Sunshine Press Production dirigée par les directeurs adjoints Kristinn Hrafnsson et Inga Ragnar Ingasson, Julian Assange emprisonné ne pouvant évidemment pas assurer la gestion de cette entreprise[18]. Gavin Mc Fadyen, troisième administrateur de l’entreprise étant mort, il ne peut pas, lui non plus, en assurer la gestion. Stella Morris est en relation amicale avec Kristinn Hrafnsson ce que j’ai constaté de visu et semble aller de soi. Pour finir, rajoutons que Stella Morris est amie avec Jennifer Robinson, directrice à la Bertha Foundation, outil d’influence du milliardaire sud-africain Tabasnik[19]. Elle est aussi fondatrice de la branche juridique de la Bertha Foundation, la Bertha Justice Initiative qui est en capacité de donner en 2019 500 000 dollars de subventions[20] à une importante et ancienne organisation de défense des droits des minorités aux Etats-Unis, la « Center for Constitutional Right » – le Centre pour les Droits Constitutionnels.  Ces organisations que dirige ou influence l’amie de Stella Morris et avocate d’Assange ne sont donc pas de petites structures militantes.

Ce sont des agences privées, outil d’influence des intérêts de milliardaires anglo-saxons et d’entreprises de pointe allemandes. En tant que telles ces structures et leurs décideurs sont évidemment connues des agences de renseignements CIA et BND (Bundesnachrichtendienst). Comme l’ont démontré les analyses citées en bas de page, le chef de l’équipe des avocats de Julian Assange, Geoffrey Robertson, est un ami de Tony Blair, de Georges Soros et travaille avec la Banque Mondiale. Il est le mentor de Jennifer Robinson[21]. Alan Dershowitz, avocat américain et ami de Robertson, est connu pour avoir défendu aussi bien la légalisation de la torture que le richissime pédophile et trafiquant d’enfant Jeffrey Epstein[22]. Dougthy Street Chambers, le bureau d’avocats de Robertson a défendu les Etats Unis dans l’affaire Browder-Magnistky, et Mark Summers, avocat de Julian Assange chez Matrix Chambers a aussi déjà plaidé en faveur des intérêts américains[23]. Gareth Peirce, avocate « sollicitor » en première ligne du procès défend depuis 9 mois très mollement son client victime de torture visible par les témoins du public[24]. Quant à Baltazar Garzon, il est accusé de torture par l’opposition basque et catalane en Espagne entre autres faits d’armes en tant que juge[25]. Pendant ce temps les administrateurs de « Wikileaks » actuel ne répugnent pas à confier les intérêts de leur structure à des agences de communication en lien avec les politiques américains qui sont les premiers ennemis de Julian Assange[26].

Insérée dans un réseau aussi dense de relations puissantes dont les intérêts sont très en phase avec ceux du système étatique américain, Stella Morris ne devrait pas craindre d’être enlevée par la CIA. Comment se fait -il qu’elle en ait peur alors que nous, militants pour les droits humains, nous faisons notre devoir de défendre Julian Assange publiquement alors que nous sommes bien moins protégés qu’elle des attaques des services secrets britanniques et américains ?

Mensonges, silences et incohérences

Dans un article du 29 août 2018 du média « Abc news », Jennifer Robinson affirme que Julian Assange se trouverait dans un isolement total 3 rue Hans Crescent, interdit de visites et d’internet[27]. Aujourd’hui, il serait bon qu’elle admette avoir alors menti, puisque Stella Morris affirme avoir préparé, à cette période-là, la venue de son second enfant conçu avec le prisonnier politique dans ce même lieu.

Une fois ces mensonges constatés, comment donc les militants de base que nous sommes pourrions-nous faire confiance à ces deux femmes prétendant être aussi avocates de Julian Assange ? L’image de Julian Assange pleurant sur le balcon de l’appartement, le 19 mai 2017 et brandissant le Ruling de l’ONU, affirmant avec force les violations de droit qu’il subit, nous reste en mémoire. Ayant subi une première coupure d’internet et l’isolement total depuis octobre 2016, Assange est dans une souffrance visible. Aujourd’hui, Stella Morris nous raconte que c’est la période de naissance de leur première enfant… Nous sommes gênées par ces contradictions qui nous forcent à nous poser la question « qui dit vrai, et à quel moment est-ce -vrai » ? Un homme qui est un père heureux et soutenu par sa compagne ne peut pas porter autant de souffrance, ne peut pas envoyer un SOS à des inconnus. C’est aussi ma conviction après avoir vu Julian Assange en « vrai » et avoir constaté de visu les marques de tristesse et du sentiment d’être trahi et abandonné sur son visage lors des audiences du 21 octobre 2019, du 13 janvier 2020, du 24, 25, 26 et 26 février dernier.

Le silence de Stella Morris et son absence lors des événements dramatiques de 2019 m’empêchent de croire totalement à l’histoire qu’elle nous raconte dans le Daily Mail du 11 avril 2020. Le 11 avril 2019, alors que son compagnon, l’homme de sa vie, le père de ses enfants, est enlevé brutalement par les services secrets britanniques et placé en prison avant d’être jugé à la va vite le 1er et le 2 mai, Stella Morris est absente et silencieuse. Elle n’est pas davantage plus loquace pendant les deux mois angoissants qui suivent : le 9 mai 2019 Nils Melzer dit dans son rapport sur la torture avoir rendu visite à Julian Assange et constaté la dégradation de sa santé. Stella Morris se tait. Les quelques visiteurs admis à Belmarsh (Ai Wewei, Pamela Anderson, John Shipton) affirment que Julian Assange a perdu 15 kilos et donc peut mourir à tout moment. La vidéo fuitée en juin, probablement de la prison Wandsworth où Assange séjourne du 11 avril au 2 mai, montre un homme émacié et amaigri. Elle fait le tour d’internet et de nombreux militants se mobilisent en Europe pour organiser des manifestations devant les tribunaux anglais et la prison de Belmarsh, dont les Gilets Jaunes français. Stella Morris, qui affirme aujourd’hui avoir rendu visite à Julian Assange, en juin 2019, dans le cadre des visites familiales normalement accordées dans les prisons britanniques, se tait à l’époque et ne nous informe en rien de la réalité de la santé du prisonnier politique. C’est incompréhensible et irrespectueux pour les milliers de militants qui consacrent leur énergie et leurs moyens à sauver son compagnon et qui angoissent sur son sort.

C’est criminel pour Julian Assange. Un intervention de Stella Morris parlant des enfants aurait permis de mobiliser l’opinion publique et aurait appuyé les 7 (sic !) demandes de libération faites par Wikijustice Julian Assange depuis octobre 2019.

Mais le plus étonnant est que Stella Morris laisse s’installer et perdurer la campagne calomnieuse présentant son compagnon comme un violeur de femmes méritant cet acharnement judiciaire. La campagne de diffamation dure depuis 2010 et a été propagée par les même médias qui aujourd’hui racontent la « story » du père de famille aimé et de son épouse dévouée. Cette campagne agressive et omniprésente avait été précisément ce qui a rendu très difficile aux militants de gauche de convaincre les féministes, les partis communistes et écologistes, les milieux de la gauche radicale de l’innocence et de la bonne foi de Julian Assange. Pourquoi Stella Morris, prétendument avocate spécialisée dans le droit suédois, n’a-t-elle jamais déconstruit le dossier d’accusation rédigé par l’officière de police Irmeli Krans alors qu’il est truffé d’incohérences, d’invraisemblances, de collusion d’intérêts entre plaignantes, officière de police, avocats et procureur/es, toutes et tous membres du même parti politique socialiste et poursuivant les mêmes buts politiques et électoraux ? Pourquoi n’a-t-elle jamais cherché à aider les militants qui travaillaient à démontrer les failles politiques du dossier ?

Pourquoi avons dû nous être seuls avec cette tâche compliquée alors qu’il suffisait qu’elle dise ce qu’elle dit aujourd’hui, un an trop tard : Assange est un homme posé, doux, respectueux, pas du tout le névrosé déséquilibré capable du pire avec les femmes qu’on nous a tant de fois dépeint dans les médias. Ayant lu la déposition de Julian Assange face aux accusations d’Anna Ardin datée du 30 août 2010, j’ai acquis tôt la conviction qu’Assange est plus une victime qu’un délinquant, mais le témoignage d’une compagne prétendument aimante et mère de ses enfants aurait beaucoup aidé à mobiliser les milieux de gauche européens. Je suis obligée donc de souligner que l’absence de Madame Morris sur le front de la lutte ne nous a pas aidé.

L’absence et l’inaction de Stella Morris sur le front de la lutte pour sauver son compagnon atteint son apogée en été 2019. Plus personne ne parle alors de Julian Assange pendant 2 mois. Les médias officiels sont silencieux ou continuent de le calomnier. Les militants de la campagne « Dont Extradite Assange », « Defend Wikileaks » ou « Unity4J » sur Twitter ne livrent pas les informations cruciales sur une importante audience du 31 juillet au cours de laquelle se décide la mise en place de la procédure d’extradition. (Il convient là de souligner combien le choix de Twitter comme outil de campagne pour la libération d’un prisonnier politique européen est étrange. Comment expliquer la complexité d’une procédure judiciaire en 3 phrases sur Twitter alors que des milliers de jeunes militants ne savent même pas qui est Julian Assange, 10 ans s’étant écoulés depuis les exploits de « Wikileaks » ?)

Jennifer Robinson et John Shipton se trouvent alors en Australie. Personne ne rend plus visite à Julian Assange et de plus en plus de voix inquiètes s’élèvent réclamant que le Royaume Unie livre des « preuves de vie » d’un prisonnier politique vu vivant pour la dernière fois mi-juin. Les militants européens guettent avec angoisse les très rares lettres qui parviennent au public : 3 en tout, du 20 juin au 31 août alors que des milliers de personnes de toute l’Europe sont encouragées à écrire et écrivent effectivement à Julian Assange à l’adresse de la prison Belmarsh.

L’affaire du numéro d’écrou

Les sites de défenses officiels de Julian Assange comme Defend Wikileaks, la fondation Courage, Unity4J etc. ont tous appelé pendant l’été 2019 à écrire au prisonnier politique à Belmarsh SANS son numéro d’écrou A9379AY. Or, ayant retrouvé par un hasard de recherche sur l’internet « à l’ancienne » ce numéro pour demander une visite à Belmarsh, Wikijustice a très vite obtenu l’information que ce numéro est nécessaire[28] pour que le courrier parvienne au destinataire. Sans numéro du prisonnier, la lettre ne lui est pas livrée. Cependant, lorsque nous avons publié cette information, des militants « officiels » nous ont dénigré publiquement. Notre premier voyage à Belmarsh, le 21 septembre 2019, a confirmé que nous avions raison : le numéro d’écrou est indispensable si on veut que le courrier parvienne à Julian Assange. Pourquoi les « proches », les réseaux officiels de Wikileaks ont caché cette information, pis, ont désinformé les militants et ce n’est que lorsqu’il n’était plus possible de la cacher, ont enfin rendu public le numéro d’écrou de Julian Assange, en octobre 2019, par la voix de John Shipton ?

Les actions de Wikijustice Julian Assange

Parmi ces lettres, une militante française de Wikijustice reçoit le 17 août la lettre incroyable qui nous fait depuis agir intensément pour sa libération. Trois phrases comme les vers d’un poème écrites d’une écriture qui ressemble aux différentes signatures que nous avons pu trouver sur divers documents signés par Julian Assange et publiés sur internet : « Thanks B for fithing for me, I am in a very Dark place presently. Light up de night until victory ! J.A. ». Au dos de la feuille la même main a tracé le numéro d’écrou de Julian Assange A9379AY surmonté du code SOS en Morse. SOS, un appel au secours.

Wikijustice avait immédiatement contacté par twitter, Facebook et mail John Shipton, Christine Assange, Kristinn Hrafnsson, et par courrier Jennifer Robinson, Gareth Peirce, Mark Summers et Geoffrey Robertson leur demandant de bien vouloir authentifier la lettre via l’analyse de l’écriture. Nous n’avons reçu aucune réponse. Madame Morris s’est tue, elle aussi, tout l’été. Comment croire qu’elle était présente aux côtés de Julian Assange dans ces moments dramatiques alors qu’il envoyait une lettre SOS comme une bouteille lancée à la mer ? Seul un homme désespéré et seul envoie un SOS à des inconnus.

Nous avons alors eu l’intuition que « very dark place » n’était pas une métaphore littéraire comme certaines personnes bien intentionnées voulaient nous faire croire. « Dark place » est le nom des prisons secrètes et illégales situés dans les pays vassaux que les Etats Unis ont utilisées pour emprisonner et torturer leurs opposants après les avoir enlevés illégalement (« extraordinary rendition »). Des personnes ont ainsi été détenues et torturées, de 2001 à 2006, en Pologne, Lithuanie, Maroc, Thailande, Egypte…En Europe, des aéroports britanniques ont servis de points de départ à des « vol secrets » de prisonniers torturés à destination des centres de la mort de la CIA dans les pays cités[29].  Nous avions de bonnes raisons de croire que Julian Assange pouvait être détenu et torturé dans un de ces centres. En Pologne, par exemple, se trouvent plusieurs bases militaires officielles américaines, mais aussi des structures et des centres secrets, ce que nous savons par des militants politiques polonais opposés à la soumission de leur pays aux Etats Unis et réprimés pour leur opinions par la justice et la police. C’est ainsi que nous avons amplifié les questionnements et exigé que la Grande Bretagne donne une preuve de vie de Julian Assange. Nous n’avons été un peu soulagés que lorsque Donald Trump a inexplicablement annulé, à la dernière minute, sa très médiatisée visite à Westerplatte en Pologne prévue pour le 1 septembre 2019, pour les cérémonies de commémoration du début de la Seconde Guerre Mondiale. En effet, une puissante armada américaine se trouvait alors dans le port militaire de Gdansk et il n’était pas interdit d’imaginer que la livraison d’un prisonnier politique puisse être effectuée d’une prison secrète vers un de ces bateaux. Il vaut mieux imaginer le pire et le prévenir que laisser le pire se produire sous prétexte qu’imaginer le pire serait « complotiste » ou stupide.

Nous avons, dès début août, fait des demandes de visite à Julian Assange sur le site « visit a prisonner »[30]. Ces demandes se heurtaient non pas à un refus mais à la réponse sibylline que Julian Assange « is not available ». Est-il donc là ou n’est-il pas là ? Nous avons interpellé la prison Belmarsh par mail, courrier, document de réclamation et nous nous sommes physiquement rendus au « Centre des visiteurs » le 21 septembre et le 10 octobre 2019. Il nous a été répondu que le prisonnier gère une « visitor list » et que nous devons lui demander par mail ou courrier d’être inclus dans cette liste si on souhaitait lui rendre visite. Mais comment savoir si Julian Assange reçoit bien nos courriers, alors que les colis que nous lui avons envoyés ne lui ont manifestement jamais été donnés (preuve de la poste à l’appui, les colis restent à la poste et ne sont pas livrés à la prison…), que les lettres non livrées ne nous sont pas retournées, alors que c’est la Loi et qu’il n’y a aucune preuve qu’il ait reçu nos mails et même l’argent envoyé via le site internet de la prison ? Nos démarches avaient été décrites dans plusieurs de nos articles. Nous avons publié à de multiples reprises la lettre SOS de Julian Assange. Il est curieux que cette lettre n’ait jamais émue Stella Morris. Jamais elle n’a jugé important, utile pour la lutte, de nous expliquer ou se trouve réellement son compagnon, de donner des preuves de sa vie et de sa santé alors que des milliers de militants européens passaient des mois d’été à angoisser et à agir de toutes leurs forces pour que lumière soit faite sur la « dark place » (la place sombre). Jusqu’à aujourd’hui, nous n’avons obtenu aucune explication de la part de Stella Morris si oui ou non Julian Assange reçoit les lettres et les colis que les nombreux militants lui envoient. Il me semble pourtant que ces actions désintéressées méritent le respect et qu’il est en outre bénéfique pour la lutte que les proches d’un prisonnier politique entretiennent des relations suivis avec les militants.

Le 10 octobre 2019, j’ai été agressée par deux gardiens de Belmarsh qui voulaient m’obliger à sortir du centre de visiteur ou je venais poser des questions sur la « visitor list ». Les bénévoles de l’association PACT les en ont empêché. Nous avons écrit d’innombrables plaintes et réclamations à la direction de la prison. Elles ont eu comme issues deux courriers de réponses de M. Harding, directeur de la prison Belmarsh[31] . Ces courriers peuvent être résumés en une phrase suivante « Comme aucun prisonnier n’est maintenu en isolement à Belmarsh, ce n’est pas la prison qui est responsable de son état présentant des symptômes de torture ». En effet, notre intervention au tribunal Westminster Magistrate Court à l’audience du 20 septembre 2019 ou Julian Assange était absent, puis à celle du 11 octobre où il fut présenté en vidéo très mal en point, pâle, hirsute, émacié et hagard, nous ont conduit à réclamer des autorités anglaises l’arrêt immédiat des tortures que Julian Assange visiblement subissait. Nous avons aussi réclamé l’arrêt de ce procès inique et la libération immédiate de Julian Assange pour raison de santé, d’autant plus qu’il n’était plus condamné, mais en détention provisoire pendant la procédure d’extradition.

Pendant ce temps, Stella Morris, mère des enfants et compagne de Julian Assange selon ses dires, étaient absente des audiences et se taisait. Elle n’a pas non plus initié de demande de libération sous caution pour raison de soutien de famille. Un père de famille a non seulement le droit de voir ses enfants, mais aussi l’obligation de les entretenir. C’est justement la première action que posent les avocats des prisonniers polonais en attente d’extradition : demander la libération pour raison de soutien de famille, comme j’ai pu le voir en assistant à plusieurs audiences de ce genre le 11 et le 18 octobre 2019 à la Westminster Magistrate Court. Maitre Goscinski, Maitre Mastalerz et Maitre Matelska, avocats défenseurs des Polonais menacés d’extradition, m’ont expliqué que cette procédure est très simple à effectuer et qu’elle peut être renouvelée tous les 28 jours lors de l’audience de prolongation de la détention provisoire. Un détenu peut lui-même demander sa libération sous caution pour raison familiale en remplissant un court formulaire disponible par exemple dans ce guide distribué dans les prisons[32].

Les juges britanniques accordent cette libération facilement pour peu que le détenu puisse démontrer avoir une adresse stable au Royaume Uni, une famille et une possibilité de revenus. Julian Assange est le gérant d’une entreprise de production de film, Sunshine Press Production qui a bien généré quelques revenus en 2019[33]. Il remplit tout à fait les critères exigés que tant de migrants de l’Est satisfont et sont relâchés par les juges de la Westminster Court, y compris par Vanessa Baraitser, dans la journée qui suit. Bien sûr, le cas de Julian Assange, peut sembler plus compliqué mais est-il si différent juridiquement des autres accusés ? Non. Il ne devrait pas y avoir de prisonnier politique en démocratie. Ou bien nous ne sommes plus en démocratie.

Au moins serait-il intéressant politiquement d’utiliser cette possibilité offerte par le droit pour réclamer sans relâche tous les mois sa libération. Les proches de Julian Assange, ici John Shipton et surtout Stella Morris n’ont pas utilisé cette possibilité alors même que le statut de citoyenne britannique Madame Morris et de mère d’enfants je présume reconnus par Julian Assange lui conférait la faculté d’accorder l’adresse stable en Grande Bretagne qui avait fait défaut à Assange en 2010-2011. De plus, il est tout à fait possible de se marier en étant en prison et le mariage accorderait au citoyen non-britannique qu’est Julian Assange la possibilité d’acquérir des droits au séjour et de stabiliser sa situation sociale. Stella Morris n’a pas utilisé toutes ces possibilités pendant que Wikijustice envoyait, depuis octobre 2019, tous les mois, une requête de libération à la Westminster Magistrate Court.

Les absences de Madame Stella Morris

Stella Morris fut aussi absente de l’audience du 21 octobre 2019 qui fut une première victoire des militants exigeant le droit à comparaitre physiquement à son propre procès, garanti notamment par la CEDH et inclus dans l’Habeas Corpus. Julian Assange y est apparu très affaibli physiquement et psychologiquement[34]. Sur son visage, j’ai lu un sentiment de grande solitude et de grande détresse. Il n’a pas salué ses avocats ni les personnes de son ancien entourage. Impossible de savoir s’il a remarqué l’absence de de Stella Morris, il faut dire qu’aujourd’hui non plus ce n’est pas lui qui parle de sa relation avec elle aux médias, mais elle qui parle de lui à sa place. Lorsqu’il s’est révolté et a pris la parole malgré l’opposition du juge et l’absence de soutien de ses avocats, il a eu de la peine à finir ses phrases et a évoqué « le vol de l’ADN de ses enfants » et « l’intrusion des psychologues dans son intérieur ». A l’époque nous avions pensé que « le DNA children » pouvait évoquer ses procédés informatique car « parents enfants » sont des métaphores utilisés pour les serveurs et les logiciels. Stella Morris n’a montré aucune émotion quant à ces paroles terribles qui ont été répercutés par la presse et les militants. Elle n’a pas pensé qu’il aurait été utile et important de les expliciter. De toute manière, elle sera absente des audiences du 18 novembre et du 13 décembre au cours desquelles l’état de Julian Assange se dégrade brutalement. Julian Assange n’est plus capable, dès lors, de prononcer son nom et n’est pas en état de suivre les débats de la cour. Wikijustice analyse sa souffrance comme consécutive à la torture. Nous réclamons sa libération immédiate, l’accès aux soins ailleurs qu’en Grande Bretagne ou dans un autre pays inféodé aux Etats Unis et l’arrêt de la procédure d’extradition. Des militants suisses se mobilisent alors pour enclencher la procédure d’accès à un visa humanitaire pour Julian Assange. Le président du Mexique appelle à sa libération immédiate.

Stella Morris a-t-elle vu la dégradation de la santé de son compagnon ? Si elle n’a pu lui rendre visite, elle aurait pu au moins assister aux audiences. Elle apparait à la cour le 19 et le 20 décembre, dans le public, comme accompagnatrice du jeune MC McGrath. Le 20 décembre, alors que Julian Assange doit comparaitre physiquement à la Westminster Court comme témoin ou victime et non comme accusé dans le cadre de la procédure de Mandat d’Enquête Européen (EIO), elle prépare cette comparution dans une « consultation room » en compagnie de MC McGrath et de Fidel Narvaez. Finalement l’audience a lieu à huis clos et les militants sont empêchés d’y assister. Nous, militants de Wikijustice, nous ne pouvions qu’entre-apercevoir Julian Assange entouré d’agents de sécurité dans la salle N°4. Pendant les heures d’attente que nous avons passées à la cour, nous avons tenté de demander à Madame Morris, présente dans les escaliers et les couloirs du tribunal, si elle avait plus d’informations sur cette étrange procédure. Elle nous a ignorés d’un revers de main désinvolte et froid. Drôle de façon de lutter pour la libération de son compagnon que le mépris affiché à l’égard de personnes qui se dépensent sans compter pour que l’injustice recule. Nous ne sommes pas de simples porteurs de pancartes. La lutte pour la justice requiert toutes nos ressources et notre intelligence. Il serait bon qu’elles fussent respectées par celle qui clame aujourd’hui être la plus proche de Julian Assange.

Le 13 janvier 2020, la cour permet à Julian Assange de comparaitre une deuxième fois physiquement. C’est un moment important qui nous permet de communiquer avec lui par gestes à défaut des paroles, puisque nos courriers ne lui parviennent plus et nous en avons la preuve par le suivi postal. Madame Morris est présente dans la salle d’audience accompagnée des étranges « avocats » qui ne plaident pas – MC McGrath et Jennifer Robinson. Elle ne salue pas Julian Assange, ne lui fait aucun signe, même quand il tente de prendre la parole, ne l’encourage même pas en geste et reste en général dans une attitude froide et impersonnelle. Le témoignage de la journaliste Véronique Pidancet Barrière, présente en face de Julian Assange parmi les journalistes, rend bien compte de l’atmosphère de cette cour et de l’attitude des avocats et du public[35]. Julian Assange y apparait plus que jamais comme un homme seul et sans espoir, un homme qui se débat dans une souffrance intérieure intense et qui cherche par le regard un contact avec une personne amie. Il s’anime et reprend espoir grâce à cette communication visuelle avec Véronique Pidancet Barrière, seule à le regarder parmi tous les journalistes assis à l’intérieur de la salle d’audience.

Impossible de croire en observant sa souffrance, ce que j’ai pu faire étant aussi présente dans le public[36], qu’il serait un homme comblé et soutenu par la présence de deux fils qui grandissent entourés de l’amour d’une mère et d’une compagne aimé et aimante. Il est alors dit qu’il n’est plus placé en isolement, isolement d’ailleurs illégal. Les visites familiales sont un droit de base et elles devraient alors lui avoir été accordées selon le règlement des prisons britanniques[37].

Par ailleurs, Stella Morris n’était pas présente parmi les militants qui, le 13 janvier 2020 ont bloqué le fourgon transportant Julian Assange du tribunal après l’audience. Or, ce rare moment toléré par la police britannique était capital pour montrer la solidarité du peuple avec Julian Assange. Les militants ont pu lui montrer à travers la vitre des mots écrits sur des pancartes, lui faire des signes de soutien avec les mains posées sur la vitre du hublot, crier des slogans et des mots d’encouragement en ce moment rare ou il peut les entendre avec certitude. Les photos de Julian Assange prises alors par les photographes montrent un homme dont les yeux reprennent vie. C’est par ce « french activism » (« activisme à la mode française » selon le qualificatif d’un des agents des sécurité admiratif de la combativité des Gilets Jaunes) que nous avons su insuffler la vie et espoir à un homme qui se voyait mourir solitaire dans un « un lieu sombre ».

Stella Morris lors du procès de février dernier

Le 23 janvier et 19 février alors que Julian Assange comparait en vidéo immobile, prostré et comme absent (peut être drogué à des médicaments), Stella Morris participe au procès dans la salle d’audience, au dernier rang de la salle, à côté de MC McGrath qui est alors qualifié de « scholar », étudiant ou stagiaire par le secrétaire du tribunal. MC McGrath, informaticien et hacker, n’a en réalité aucun droit à se trouver à cette place puisqu’il n’est pas juriste. Stella Morris ne semble pas plus submergée par l’émotion à la vue de Julien Assange qu’elle ne l’a été auparavant le 19 décembre dans le public. Aucun signe de connivence, aucun sourire…

Sa discrétion professionnelle se poursuit pendant les longues et éprouvante heures du « full extradition hearing » « procès final d’extradition » du 24, 25, 26 et 27 février 2020, dans la salle 2 à l’intérieur de la Woolwich Crown Court attenante aux prisons Thameside et Belmarsh. Je retrouve dans ma mémoire et consigné dans mes écrits[38] l’emplacement où elle se trouvait et son comportement au cours du procès. Assise juste devant Julian Assange au dernier rang de la salle d’audience (le box des accusés se trouve ici au fond de la salle alors qu’il est gauche de la salle au tribunal Westminter), Stella Morris accompagnait Baltazar Garzon et MC McGrath les deux premiers jours du procès. Le troisième jours elle est assise à la même place à droite de l’avocat hispanophone Aitor Martinez. Le quatrième jour c’est Jennifer Robinson qui réapparait et l’accompagne.

Stella Morris ne se tourne pas vers Julian Assange lorsqu’il entre dans le box et alors que l’émotion dans la galerie du public est à son comble. Elle ne prend pas la peine de se lever et de lui serrer la main dans les pauses, comme Baltazar Garzon le fait deux fois. Elle se contente de prendre les petits papiers qu’il lui transmet et les fait passer au premier rang vers Gareth Peirce et Edward Hamilton Fitzgerald. J’ai observé son visage comme j’observe tout le monde dans l’assistance pour bien saisir qui est qui et qui fait quoi dans ce spectacle. Je l’ai trouvé impassible comme celui des autres protagonistes du jeu et comme il l’avait été lors des rencontres précédentes.

Le mercredi 26 février, au troisième jour du procès, l’état de santé de Julian Assange empire. Il est pâle et prostré le matin, livide et au bord du malaise en début d’après-midi. J’ai pu décrire les événements à chaud et publier l’information le soir même [39]. En fin d’après-midi, le prisonnier se révolte brusquement. Il se lève et parle, gesticule et exige trois fois de la juge qu’elle l’écoute. Alors que les avocats s’affolent, sortent pour se concerter avec l’autorisation de la juge, l’agent de sécurité qui surveille le public se sauve nous permettant de laisser libre court à nos émotions et notre stupeur… Stella Morris assise juste devant l’homme de sa vie ne l’encourage pas dans sa révolte ni même ne le réconforte alors qu’elle se trouve à 1 mètre de lui.

Certes, son effacement est tel que je ne peux être certaine aujourd’hui que j’ai observé tous ses gestes, mon attention était alors absorbée par Julian Assange. Mais il est évident qu’elle n’a joué aucun rôle dans la décision prise par les avocats d’accepter la proposition de demande de libération sous caution que Vanessa Baraitser leur fait pour éviter que le prisonnier ne s’effondre en direct devant les témoins la plaçant ainsi dans une position très inconfortable. Nous publions la nouvelle le soir même en envoyant encore une autre demande de libération de la part de Wikijustice. Nous sommes très déçus lorsque Fitzgerald ne fait aucune allusion à la libération sous caution de son client le lendemain, le 27 février 2020, dernier jour du procès.

Lorsque Julian Assange sort de sa torpeur et que l’ambiance d’hypnose collective s’estompe, à la fin de l’audience, Stella Morris est une des premières à venir vers lui, enfin, mais elle n’est qu’une parmi d’autres. Elle n’est pas celle à qui Julian Assange parle en premier ni celle à qui il lance un salut ultime avant de quitter la pièce.

Car le point commun de toutes ces communications, celle du Daily Mail du Samedi de Pâques, comme celles diffusées depuis, est que Julian Assange NE PARLE PAS publiquement. Ce n’est pas lui qui présente sa fiancée ou sa famille. C’est encore une fois un/e autre qui parle à sa place, comme s’il était trop malade pour parler ou sous curatelle et incapable de présenter ses intérêts et dialoguer avec son public. Hélas, dans l’ambiance exacerbée d’histoires de toutes sortes racontées à tord et à travers, je ne croirai à cette histoire-ci que si Julian Assange, libre de toute pression, la présente lui-même. De préférence live et non pas en vidéo aisément trucable.

Julian Assange et les droits des enfants

Je vois déjà venir ceux qui me reprocheront mon incrédulité fasse à ces voltes-faces incessantes des « proches » de Julian Assange. Pourquoi serait-ce si inconfortable d’accepter l’idée de Julian Assange père de deux enfants ? En fait, je n’ai pas de problème avec cette hypothèse.

Je sais que Julian Assange a toujours été ému par le sort des enfants et a dénoncé le crimes et les abus dont de trop nombreux enfants sont victimes. Présentant le film « Collateral Murder » et les documents relatifs aux crimes des Etats Unis en Irak et Afghanistan pour lesquelles il est accusé, il a toujours souligné, dans ses conférences d’avril à octobre 2010, le sort révoltant fait aux enfants.

C’est bien lui qui a fait publier les 1100 pages des documents de la police belge sur les violences commises sur les enfants par les réseaux mafieux pédo-criminels dans le cadre de l’enquête sur Marc Dutroux[40]. Sachant que les versions papier des procès-verbaux d’auditions des victimes et des témoins du trafic d’êtres humains de l’Europe de l’Est vers les pays occidentaux, de 1996 à 2001, ont étrangement brûlé dans les archives de la police belge, il n’y a donc qu’une seule version qui subsiste : celle que Julian Assange a sauvegardé sur « Wikileaks » et mis à la disposition de notre connaissance afin que les citoyens s’en saisissent pour finir le travail de la trop lente ou trop corrompue justice.

Pour finir, il faut mentionner aussi le rôle de la publication des mails de John Podesta pour laquelle Julian Assange a récolté une critique acerbe jusque dans son propre camp en 2016 : ces mails ont été le début d’une enquête citoyenne qui a permis de faire tomber Jeffrey Epstein, le criminels pourvoyeur d’enfants à vendre pour la jet set états-unienne et britannique[41] . Julian Assange et certains de ses proches qui l’ont aidé dans l’isolement du 3 Hans Crescent a toujours défendu les enfants.

A défaut de croire en l’histoire d’une vie de famille clandestine mais chaleureuse, je regarde les photos que Stella Morris a fournies aux médias de Julian Assange portant des bébés dans ses bras comme une métaphore de son véritable engagement pour les droits et la liberté des plus petits d’entre nous.

Nous ne lâcherons pas ce combat pour le faire libérer et libérer tous ceux qui souffrent et qui luttent. Nous ne nous laisserons pas enfermer ni dans la maladie ni dans la panique. Les droits humains sont universels et la lutte collective nous mènera à la victoire. Nous ne nous laisserons pas hypnotiser par la peur et la répression. Si nous tombons, d’autres sortiront à notre place. Nous sommes nombreux et nos pensées sont plus que jamais unies dans nos actions pour la liberté et la justice. Julian Assange n’est pas seul et nous sommes toujours à ses côtés.


[1]             https://www.dailymail.co.uk/news/article-8210957/WikiLeaks-boss-Julian-Assange-fathered-two-children-inside-Ecuadorian-embassy-lawyer.html

[2]             https://www.theguardian.com/world/2018/may/15/julian-assange-ecuador-london-embassy-how-he-became-unwelcome-guest

[3] https://www.youtube.com/watch?v=K9NZCdfO8P4&fbclid=IwAR0MmFlvwHhlOgOw2q_bj_8wKcmUh0zZqabIyvKX3zW5d12BYSI45e9yuz0; minute  38 :23

John Shipton dit aussi que Wikileaks a été crée en France, a publié en France et mené des actions judiciaires en France. Il n’y a aucune trace d’une association Wikileaks dans les registres de la Préfecture de Paris.

[4]             Voir le site de NYS Department of State, Division of Corporation, Entity Information. La Courage Corp a été crée le 30 Mai 2017, numéro DOS 5145362

https://www.dos.ny.gov/corps/bus_entity_search.html

[5]https://www.facebook.com/CIJournalism

[6]http://apps.charitycommission.gov.uk/Showcharity/RegisterOfCharities/CharityWithPartB.aspx?RegisteredCharityNumber=1118602&SubsidiaryNumber=0

[7]             https://berthafoundation.org/

[8]             https://keywiki.org/Tony_Tabatznik

[9]             https://www.caglobalint.com/recruitmentafrica/blog/2019/08/05/south-african-billionaires-on-the-uk-rich-list-2019/

[10]            https://berthafoundation.org/michael-ratner-we-stand-on-your-shoulders/

[11]            https://www.facebook.com/media/set/?set=a.3144581135608584&type=3

[12]            https://berthafoundation.org/bertha-justice-network-welcomes-new-partners/

[13]            https://www.opensocietyfoundations.org/who-we-are

[14]            https://www.couragefound.org/advisory-board#andy           ²

[15]            Voir le rapport d’activité Centre for Investigative Journalism Limited, Company no. 05471322

Charity no. 1118602, Report of the Trustees and Financial Statements 30 November 2018

[16]http://www.wauland.de/media/2016-12-31_jahresbericht.pdf

[17]« 5 Projekt 04 – Informationsfreiheit Im Projektbereich 04 wurden die Aktivitäten umstrukturiert, so dass eine Abstimmung mit und eine Kontrolle der Aktivitäten durch den Vorstand einfacher wurden. Mit der Medienfirma Sunshine Press Productions EHF (SPP, Island) wurde ein Rahmenvertrag für journalistische Dienstleistungen geschlossen. Seitdem werden konkrete Projekte beauftragt und nach Arbeitsfortschritt abgerechnet. Die Dienstleistungen umfassen: Projektkoordination, technische Aufbereitung der Materialien zum Schutz von Whistleblowern und Dritten (Entfernen der Metainformationen), Review und Kontextualisierung der Materialien, Aufbereitung für die Veröffentlichung im Internet sowie Kommunikation mit Medienpartnern. 2014 wurde auch der Internetauftritt von wikileaks.org grundlegend überarbeitet mit neuer Submission-Platform und verbesserter Dokumentensuche » – extrait du rapport d’activité de la Wau Holland en 2014

http://www.wauland.de/media/2014_Jahresbericht.pdf

[18]            Certificat d’enregistrement de Sunshine Press Production : « – Register of Enterprises – Laugavegi 166, 150 Reyk javík , Iceland – Tel: +354 442-1250, Fax: +354 442-1279 Certificate of Registration

               Sunshine Press Productions ehf c/o Ingi Ragnar Ingason Postal Address: Klapparhlíð 30 270 Mosfellsbær

               ID-nr: 611010-0280 Domicile: Klapparhlíð 30 270 Mosfellsbær

               Issued: 15.1.2020 Date of Articles of Association: 8.10.2010

               Company’s Board of Directors according to a meeting on: 8.10.2010: 030771-3039 Julian Paul Assange, Ástralía, Chairman 250662-5219 Kristinn Hrafnsson, Miklubraut 68, 105 Reykjav ík, Director 250571-2919 Ingi Ragnar Ingason, Klapparhlíð 18, 270 Mosfellsbær, Director 010140-2269 Gavin Hall Macfadyen, Bretland, Reserve Director »

[19]            https://www.opendemocracy.net/en/author/jennifer-robinson/

[20]https://ccrjustice.org/sites/default/files/attach/2020/01/Audit-Report-06-30-2019.pdf

[21] https://blogs.mediapart.fr/edition/liberez-assange-ethiques-et-medias/article/220819/les-avocats-fantomes-de-julian-assange

[22]https://blogs.mediapart.fr/edition/liberez-assange-ethiques-et-medias/article/201019/lhomme-julian-assange-trahi-par-ses-avocats-0

https://blogs.mediapart.fr/edition/liberez-assange-ethiques-et-medias/article/121219/assange-regression-feodale-au-royaume-uni

[23]https://blogs.mediapart.fr/edition/liberez-assange-ethiques-et-medias/article/201119/avocats-d-assange-le-scandale-des-conflits-d-interets-se-repand-j

[24]https://blogs.mediapart.fr/edition/liberez-assange-ethiques-et-medias/article/261219/assange-torture-gareth-peirce-detourne-le-regard

[25] https://blogs.mediapart.fr/edition/liberez-assange-ethiques-et-medias/article/140220/le-juge-dechu-et-tortionnaire-garzon-escorte-assange

[26] https://blogs.mediapart.fr/edition/liberez-assange-ethiques-et-medias/article/090819/sans-assange-wikileaks-reste-t-il-digne-de-confiance

https://blogs.mediapart.fr/edition/liberez-assange-ethiques-et-medias/article/201119/assange-amnesty-international-moves-international-guilty

[27]            https://abcnews.go.com/Politics/isolation-intensifies-wikileaks-julian-assange-faces-threat-eviction/story?id=57475632

[28]            https://blogs.mediapart.fr/edition/liberez-assange-ethiques-et-medias/article/090919/la-fibre-federatrice-de-julian-assange

[29]            https://www.facebook.com/notes/wikijustice-julian-assange/les-extraditions-extraordinaires-et-illégales-de-la-cia/358323091470678

https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/13642987.2015.1044772

https://www.therenditionproject.org.uk/flights/index.html

https://www.hsdl.org/?abstract&did=760248

https://blogs.mediapart.fr/edition/liberez-assange-ethiques-et-medias/article/121219/assange-regression-feodale-au-royaume-uni

[30] https://www.justice.gov.uk/contacts/prison-finder/belmarsh/visiting-information

[31] https://www.facebook.com/photo/?fbid=3156585994408098&set=a.3156589991074365

https://www.facebook.com/photo/?fbid=3156586414408056&set=a.3156589991074365

https://www.facebook.com/photo/?fbid=3156608564405841&set=a.3156589991074365

[32]            http://www.prisonreformtrust.org.uk/Portals/0/Documents/pibs/10003E57Polish_pib_08_male.pdf

[33]            Rapport du Conseil d’Administration de Sunshine Press Production du 29 août 2919 – administration fiscale de l’Islande : Ríkisskattstjóri Reykjavík, Internal Revenue, Main Office Reykjavík

               « Upplýsingar með ársreikningi Kennitala: Nafn: 611010-0280 Sunshine Press Productions ehf Reikningsár: Reikningstegund: Dagsetning aðalfundar: Ársverk 2018 Ársreikningur 29.8.2019 0,50 Stjórnarmenn Kennitala Nafn 030771-3039 Julian Paul Assange 250571-2919 Ingi Ragnar Ingason 250662-5219 Kristinn Hrafnsson

               Endurskoðendur/skoðunarmenn Kennitala Nafn 0604593049 Theodór Siemsen Sigurbergsson 4301901999 Grant Thornton endurskoðun ehf. Tíu stærstu hluthafar Kennitala Nafn Hlutur % Hlutafé 030771-3039 Julian Paul Assange 94 470.000 250662-5219 Kristinn Hrafnsson 2 10.000 250571-2919 Ingi Ragnar Ingason 2 10.000 010140-2269 Gav in Hall Macfadyen 2 10.000 » ,

[34]            http://www.defenddemocracy.press/comment-traverser-les-murs-de-la-dark-place-a-une-rencontre-incroyable/

[35]            https://www.facebook.com/notes/wikijustice-julian-assange/audience-du-13012020-face-à-face-avec-julian-assange/490463704923282

[36]            http://amitie-entre-les-peuples.org/Remonter-de-la-Dark-Place-a-la-lumiere-Julian-Assange-face-au-systeme-politique

[37]            https://www.justice.gov.uk/contacts/prison-finder/belmarsh/visiting-information

[38] https://www.facebook.com/notes/wikijustice-julian-assange/procès-de-wikileaks-ou-procès-de-julian-assange-/505746903394962

http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=28226

[39]https://lepcf.fr/Revolte-a-la-Woolwich-Court

[40]            https://file.wikileaks.org/file/dutroux-dossier-summary-2005.pdf

[41]            Regarder dans la base de données de Wikileaks avec le mot clé « Jeffrey Epstein » – par exemple :

https://wikileaks.org/dnc-emails/emailid/27438

https://wikileaks.org/dnc-emails/emailid/27842

https://wikileaks.org/dnc-emails/emailid/2077

https://wikileaks.org/dnc-emails/emailid/29315

https://wikileaks.org/gifiles/docs/20/2053540_-os-uk-econ-uk-s-prince-andrew-to-quit-as-trade-envoy-.html

https://wikileaks.org/podesta-emails/emailid/1929

               Sur l’affaire Epstein : https://www.marianne.net/monde/affaire-epstein-une-enigme-nommee-bill-clinton

https://www.rtbf.be/info/monde/detail_affaire-epstein-d-autres-personnalites-impliquees?id=10301044

https://www.lesoir.be/241887/article/2019-08-13/trump-clinton-et-le-prince-andrew-jeffrey-epstein-avait-de-nombreux-liens-avec

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